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Full text of "Revue des études juives 1884"

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in 2012 with funding from 

Algoma University, Trent University, Lakehead University, Laurentian University, Nipissing University, Ryerson University and University of Toronto Libraries 



http://archive.org/details/revuedestudesjui09soci 



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- 



REVUE 



DES 



ETUDES JUIVES 



a 






VERSAILLES 

CERF ET FILS, IMPRIMEURS 
HUE DUPLESS1S. 59 



P REVUE 

tè \ 



DES 



ÉTUDES JUIVES 



PUBLICATION TRIMESTRIELLE 
DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



TOME NEUVIÈME 



PARIS 

A LA LIBRAIRIE A. DURLACHER 

83 bis , RUE LAFAYETTE Ar 

1884 £,.&•* 



3 fc\^ 



IOI 
t. S 



DÉCOUVERTES ÉPIGRAPHIQUES EN ARABIE 



La partie de l'Arabie qui confine immédiatement au Hidjâz a 
reçu, dans les derniers temps, la visite de trois voyageurs distin- 
gués, MM. Doughty, Huber et Euting, et chacun d'eux a recueilli 
un nombre considérable d'inscriptions rédigées en trois écritures 
différentes : araméenne, nabatéenne et pré-arabe. Le recueil de 
M. Doughty, confié aux soins du comité du Corpus inscriptionum 
semiticarum, vient d'être publié et mis à la disposition des sémi- 
tisants. Pour la collection de M. Huber, je ne saurais dire si 
quelque chose en est parvenu en France, puisque le voyageur n'a 
pas encore quitté l'Arabie 1 . De la récolte de M. Euting on con- 
naît jusqu'à présent trois inscriptions araméennes découvertes à 
Taïmâ, oasis célèbre mentionnée dans la Bible. La traduction de 
ces textes intéressants a été publiée par M. Th. Noldeke dans les 
comptes -rendus de l'Académie de Berlin, du 10 juillet 2 , et le savant 
traducteur a bien voulu m'en envoyer un tirage à part. 

Une découverte épigraphique aussi considérable dans une con- 
trée si peu connue a toujours un attrait de nouveauté; mais celle- 
ci a, en outre, une valeur inappréciable en tant qu'elle nous fournit 
des documents authentiques sur l'état social et religieux des pays 
limitrophes des villes saintes de l'islamisme depuis le troisième 
siècle avant notre ère jusqu'à la fin du premier siècle. L'histoire 
ancienne du peuple arabe en reçoit des éclaircissements nouveaux 
et inattendus. Ces considérations me font croire qu'il ne serait pas 
sans intérêt de soumettre cette épigraphie à un premier examen 
d'ensemble, afin de coordonner et de compléter, s'il est possible, 
les résultats que permet déjà d'affirmer l'étude des textes traduits 
par M. Noldeke et par la commission du Corpus. 

Mon travail suivra naturellement l'ordre indiqué par les va- 

1 On nous apporte à l'instant la triste nouvelle que M. Huber a été assassiné en 
voulant revenir de Djedda à Haïl. 

2 Noldeke, Altaramiiische Inschriften ans Teimâ ; Berlin, 1884. 

T. IX, n° 17. 1 



2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

riétés d'écriture, textes araméens, textes nabatéens et textes 
arabes. Ces derniers ont été déchiffrés pour la première fois ; 
j'y ai ajouté une interprétation provisoire des parties intelligibles 
des textes. 



I. — Inscriptions araméennes archaïques. 

On connaît jusqu'ici trois inscriptions araméennes, toutes trou- 
vées à Taïmâ. La plus grande est gravée sur une stèle, la moyenne 
sur un socle soutenant une statue, la plus petite est une inscrip- 
tion funéraire. 

La stèle de Taïmâ consiste en une plaque de grès grisâtre de 
42 centimètres de large sur 98 de haut et de 110 centimètres en 
diagonale ; l'épaisseur de la plaque est de 11 centimètres ; la partie 
inférieure est enlevée par une fracture oblique ; la partie supé- 
rieure est arrondie. 

L'inscription, tracée en relief sur le devant, avait 24 ou 25 lignes 
en caractères araméens archaïques. Les neuf premières lignes sont 
entièrement effacées, à l'exception des lignes 3 et 4 qui ont con- 
servé quelques mots. Sur le bord étroit de gauche, on voit un bas- 
relief représentant un personnage de haute taille, tenant un 
sceptre et habillé à l'assyrienne. Il est surmonté d'un disque ailé. 
Dans le registre inférieur, une figure plus petite, représentant un 
prêtre en attitude d'adoration devant un autel sur lequel est placée 
une tête de bœuf. Au-dessous du prêtre, une inscription de deux 
lignes. 

Le texte, déchiffré par MM. Euting, Nôldeke et Landauer ne 
peut être complété que sur un petit nombre de points. Il est ainsi 
conçu : 

1 

2 

"»T np^b N72\n \~btf n^T . . 3 

ïfN . . . , N73 "n niOHJ .... 4 

5 

6 

1 

«[a^in 8 

i 9 

TÙR inb nm 10 

■nous ~n iw Dbsb (?) ihltf" 1 Nfcti 11 

nMi ùsn ^t ûb^t rraa wiîVi 12 



DÉCOUVERTES ÉPIGRAPHIQUES EN ARABIE 3 

«»^n *ïrba Mi [N]ms bsrh n 13 

isaa )i2 iii2W[-\} n?nn trinbm 14 

[Fflahî Nnpi£ NT am Ntt^fi 15 

nM^nt Nbwiûi -in7D it sbs 16 

(?) [an-als d^rr [-ïïjûbttb Ktfn irb& 17 

Nrwra pi 1 1 iz ibpT abpri V 2 18 

Ibpl b^ liiiH ibpn fcobtt ^T 19 

tt»*n Inbai hawa rr^LiT) [HlllfOfZ 20 

■notae nn n?^ ùb^ib [ps>]3!T ab 21 

ïtorci rr^hjtbi [n]3t «nMa \n 22 

ab i[t]-...p)-1»!3 23 

b 24 

3 . . . parure (?) des dieux de Taïmâ, en l'honneur de 

4 le nom de 

8 Taïmâ 

10 Hagam. Mais que les dieux de 

11 Taïmâ protègent (?) l'image de Schezib, fils de Petosiri, 

12 ainsi que ses descendants dans la maison d'images de Hagam. 

13 Celui qui endommagera ce vêtement (?), que les dieux de Taïmâ 

1 4 l'arrachent ainsi que ses descendants et son nom de la surface de 

15 Taïmâ. Et ceci est la contribution de [la maison] 

16 d'images de Mahar (?), de Schangelâ et d'Aschi[mjâ (?) 

17 dieux de Taïmâ pour (le culte de) l'image de Hagam le p[rêtre] (?) 

18 savoir, du champ xxm palmiers et de la possession 

19 du roi vi palmiers ; en tout, palmiers 

20 xxix, an par an. Que ni divins ni homme 

21 ne fassent sortir (?) l'image de Schezib, fils de Petosiri 

22 de cette maison ni ses descendants ni son nom . 

23 ...Et(?) celui qui ne 

24 à 

L'inscription du bord porte : 

3Ï1D ûb£ 

Image de Schezib le prêtre. 

Ma traduction ne diffère de celle de M. Nôldeke qu'en quelques 
points de détail, en somme assez douteux. 

L. 3, je crois reconnaître les traces des mots rw « parure, or- 
nement » et np^b « en l'honneur de ». 

L. 8, le dernier mot me semble devoir se compléter sa^n 
« Taïmâ ». 

L. 11, le verbe, comme le montre le contexte, doit signifier 
« protéger » ou « perpétuer » ; c'est peut-être înir de nas. 



4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

L. 15. Le mot qui manque à la fin se restitue nécessairement 
[ùb£] ma ou mab « de la maison [d'images] ». Nnpiï: doit signifier 
« contribution, legs pieux », et l'on voit que l'administration du 
temple principal contribuait de ses revenus aux frais nécessités 
par le culte des statues élevées en l'honneur de personnages mé- 
ritants. 

L. 16, le dernier nom divin serait-il awnûN, le dieu des Hama- 
théens (II Rois, xvn, 30)? 

L. 17,1a première lettre du dernier mot effacé semble être plutôt 
un s qu'un a ; dans ce cas on pourrait songer à anttis « prêtre ». 
Le mot ùb^b est le complément indirect de tfnplï (1. 15). 

L. 20, je prends le mot "jï-sba au sens de « divins », c'est-à-dire 
personnages royaux ; comparez l'expression srniDsba Ntibtf de 
la 15 e inscription palmyrénienne de M. de Vogué {Syrie centrale, 
p. 17-18) répondant au grec 0eo5 'A^dvopou. 

L. 21, le verbe dont il ne reste que les trois lettres initiales afp 
est complété par M. Noldeke en a w*, en sorte que la défense 
aurait pour objet d'empêcher l'attribution d'une partie du revenu 
à d'autres divinités ou à des personnages humains, mais cela se 
heurte à deux difficultés insurmontables : d'abord l'expression 
iabsa ne saurait signifier « du revenu de l'image » ; puis, le verbe 
&ttM ne peut avoir pour second complément indirect nst «ma )i2 ; 
ensuite, le complément direct njntb (1. 22) montre que le premier 
complément ûb£ doit être précédé d'un b et non d'un a ; enfin, et 
ceci doit être une considération matérielle, la défense de profiter 
des revenus de la statue de Schezib est tout-à-fait superflue, 
puisque l'inscription n'en fait pas mention. Ces raisons obligent à 
s'arrêter à un verbe qui signifie « éloigner, enlever, arracher » 
ou quelque chose d'analogue. On pense à mît, "Dît, peaïT (de 
sna, TW, pD2) si le 3 est certain, et à nntr ou pnîr (de nrû et pns) 
si cette lettre est un n comme elle en a l'air sur la photographie 
de M. Noldeke. Dans un cas comme dans l'autre, il y a ici une 
forme haphel au lieu du aphel de l'araméen postérieur. Le hapliel 
se trouve sur une intaille araméenne publiée par M. de Vogué 
[Mélanges cV archéologie, p. 121, n° 24) et dans les morceaux 
araméens du livre d'Esdras. Cette forme ancienne s'observe 
aussi par ci par là dans les inscriptions nabatéennes de Madàïn 
Salin. 

Malgré la mutilation regrettable subie par le texte, le contenu 
s'en dégage assez clairement. Il s'agit de l'installation de l'image 
du prêtre Schezib fils de Petosiri dans un temple dit « maison 
d'images de Hagam », où officiaient les descendants, probablement 
les petits-fils de Schezib. La partie perdue de l'inscription semble 



DÉCOUVERTES ÉPIGRAPH1QUES EN ARABIE 5 

avoir encore relaté le don fait par ceux-ci aux divinités du temple 
d'un vêtement et de diverses parures. A cette occasion, on rap- 
pelle que le sanctuaire des divinités principales de Taïmâ avait 
légué pour le culte de la statue de Hagam la valeur de 29 palmiers 
dont 23 des terres de la commune et 6 du domaine du roi. Des 
malédictions sont prononcées contre les destructeurs éventuels 
des ex-voto, et il est fait défense d'enlever le sacerdoce du temple 
aux descendants de Schezib ainsi que d'en faire disparaître l'image 
et le nom de ce dernier. 

Notre inscription ne portant pas de date, nous sommes réduits, 
pour en déterminer l'âge, à des considérations. tirées de l'écriture, 
de la langue et du sujet même du texte. La plupart des caractères 
sont d'un type archaïque ; M. Euting s'appuie sur cette circons- 
tance pour faire remonter ce monument au vi e siècle et plus haut 
encore; mais dans les appréciations paléographiques ce sont les 
formes relativement récentes, s'il y en a, qui doivent entrer en 
ligne de compte. Pendant l'époque de transition graphique, les 
formes modernes coudoient fréquemment les formes plus an- 
ciennes ; souvent même les types archaïques se conservent à côté 
de leurs descendants cursifs, comme cela est arrivé aux écritures 
égyptiennes et gréco-latines. Dans le cas dont il s'agit, l'ouver- 
ture des boucles des lettres a, % ai o, *i, qui constitue le carac- 
tère spécial de l'alphabet araméen, est déjà, à deux exceptions 
près, un fait accompli. Les lettres 3, b, tt, y, p, w, n rappellent 
celles de l'inscription d'Eschmounazar ; T h ï et i celles de la stèle 
de Byblos. D'un autre côté, le n a les deux traits de droite super- 
posés l'un à l'autre ; la haste du a se continue déjà en demi- 
cercle très accentué ; le i a déjà perdu son apex de gauche ; le 
type du d est celui des monnaies de Gilicie et du lion de bronze 
d'Abydos ; enfin le n a déjà parfois perdu la première moitié de 
son trait droit et se rapproche ainsi de la forme nabatéenne. 
L'ensemble de ces considérations fait voir que notre document ne 
peut êt^e antérieur à la seconde moitié du iv Q siècle avant l'ère 
vulgaire. L'agencement de l'orthographe convient parfaitement à 
cette époque. L'a final est marqué tantôt par n, tantôt par n. Les 
semi-voyelles i et i sont toujours écrites à la fin des mots et 
facultatives clans l'intérieur. L'existence du i vocalique dans la 
syllabe fermée de nd»^ caractérise l'époque ptolémaïque. Quant 
à la langue du document, elle est identique à celle des papyrus 
araméens d'Egypte, qui datent de la même époque, et le nom pu- 
rement égyptien de Petosiris n'est, dans aucun cas, antérieur à la 
domination perse en Egypte sous les descendants de Darius. 
J'ajoute que, si mon explication du mot fnbN par « divins » est 



6 REVUE DES ETUDES JUIVES 

exacte, comme je le crois, le caractère ptolémaïque de notre mo- 
nument sera hors de doute, car le titre 6s6ç — nîi^n n'est appliqué 
aux rois que depuis Alexandre le Grand et est tout-à-fait inconnu 
à l'époque perse. Enfin, pour ce qui concerne le caractère artis- 
tique de la représentation figurée, tout assyrien qu'il est, il ne 
saurait trancher la question de date en faveur d'une antiquité 
plus reculée, car dans une contrée aussi peu mouvementée que 
l'oasis de Taïmâ, l'art restait naturellement stationnaire et les 
formes archaïques s'y conservaient bien longtemps après qu'elles 
s'étaient profondément modifiées dans leur pays d'origine. 

Bien que notre inscription soit postérieure à Alexandre, elle 
surpasse en importance tous les monuments araméens découverts 
en Egypte, sans excepter celui qui date du règne de Xerxès que 
M. Euting a publié, il y a quelques années. Ce fait seul que, vers le 
commencement du iip av. J.-Chr., on ait érigé dans l'intérieur de 
l'Arabie une telle stèle inscrite en langue et en caractères ara- 
méens, ce fait seul est déjà d'un grand intérêt; mais cet intérêt 
devient tout-à-fait hors ligne par la preuve matérielle qu'elle four- 
nit de l'état de haute civilisation qui régnait dans l'Arabie : un culte 
réglé avec statues, temples et sacrifices, prêtres, notables, ins- 
criptions, institutions communales et culture artistique 1 . C'est ab- 
solument le contraire de l'idée que l'on se faisait naguère de l'anti- 
quité arabe. Dans mes travaux antérieurs j'ai, à plusieurs reprises, 
combattu cette idée par des arguments tirés des récits assyriens 
qui témoignent de la civilisation avancée des Arabes 2 ; je suis donc 
très heureux de voir mon opinion confirmée par des monuments 
locaux d'une authenticité indiscutable. 

Mais le monument découvert par M. Euting a encore cette va- 
leur inappréciable qu'il montre l'influence antique de la civilisa- 
tion assyro-babylonienne sur les Arabes, du moins en ce qui con- 
cerne l'art plastique. L'Egypte n'y est représentée que par le nom 
propre Petosiris, circonstance qui est due aux fréquentes relations 
de commerce que les caravanes de Taïmâ entretenaient avec 
l'Egypte. Les chroniques assyriennes nous mettent même en me- 
sure de le déterminer d'une façon précise. Les annales de Tiglath- 
phalasar II mentionnent le tribut reçu des villes arabes Massa, 
Têrnâ, Sala, Hayapâ, Hatea, Badana et de la tribu de Idibili, 
et le monarque assyrien confie même la garde de l'Egypte à cette 
tribu arabe, probablement par suite de son expédition en Philistée, 
734 av. J.-Chr. Sargon entreprend une invasion systématique 



1 Nôldeke, ibid., p. 6. 

a Cf. Essai sur les inscriptions du Sa/a, p. 310-318. 



DÉCOUVERTES ÉPIGRAPH1QUES EN ARABIE 7 

dans l'Arabie et en transporte les habitants en Samarie et dans 
la Syrie du nord. L'oasis de Taïmâ ne semble pas avoir pris part 
à la rébellion, et l'influence assyrienne a pu s'y exercer paisi- 
blement. 

Il reste encore une question à élucider, celle de savoir d'où 
viennent la langue et l'écriture araméennes dans une contrée 
aussi isolée. A cela le monument même nous donne une réponse 
satisfaisante. Jusqu'à présent on n'a constaté le dialecte particu- 
lier à notre document qu'aux extrémités du monde sémitique : 
en Babylonie, en Egypte et en Cilicie. Le texte de Taïmâ réunit 
à travers le désert la Babylonie à l'Egypte et toutes les vraisem- 
blances sont pour la provenance directe du premier pays, car au- 
trement l'influence égyptienne n'aurait pas manqué de se faire 
sentir sur le domaine religieux. 

Les autres inscriptions en araméen archaïque sont très courtes 
mais non dénuées d'intérêt : 

2 np ^T xin^lft 

ny nn "pana a 

nbtt dbsb \r\ 

Siège offert par Manan, fils de 'Imran, à la statue d'Allah, 
pour sa propre vie. 

Allah semble déjà être ici un nom propre ; la traduction stric- 
tement possible de NïibN par « le dieu » ne convient guère. 

Le siège consacré à la divinité est une x)ûvt) dite wzw en palmy- 
rénien ' . 

3 pma ma ibru: nn[p 2 
Tombeau de Scha'lân, fille de Schab an. 

La terminaison an de ces noms rappelle celle des noms ho- 
rites : )W, f^rt, ïaipK, etc. (Genèse, xxxvi, 26). Le nom de 
femme hébreu jaç-ngi est au fond identique avec l'expression 
pi\û ma de notre texte. 

4 . ..-ia ïrwish -rç amtt 3 
Siège de Rimmounatan, fils de. . . 

1 M. D.-H. Mùller compare aussi le trône consacré par le roi de Axum {Oester- 
reichische Monatsschrift, 1884, n° 8, p. 210). 

2 M. Mùller (l. c.) a aussi admis cette lecture. 

3 Documents épigraphiques , pi. III (f. 1). 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



Le nom inMttn se compose de *pn, le y*n des Araméens de la 
Damascène (II Rois, v, 18), le Raman des Assyriens. 



IL — Inscriptions nabatéennes. 

M. Doughty a recueilli une cinquantaine de ces inscriptions et 
il en a apporté des estampages plus ou moins réussis. Les plus 
importantes d'entre elles ont été expliquées par M. Renan dans 
son cours au Collège de France et insérées dans les Documents 
épigraphiques. Ce sont en grande partie des textes funéraires 
ayant pour but de défendre l'aliénation des caveaux mortuaires. Le 
n° 2 offre à peu près le type de ces sortes de documents : « C'est 
ici le caveau que firent faire Camcam, fils de 'Hawallat, fils de 
Tahram, et Coleibat, sa fille, pour eux, pour leurs enfants et leurs 
descendants, au mois de Tebêt de Tannée neuvième de Harthat, 
roi des Nabatéens, aimant son peuple. Que Dusarès et Marhaba et 
Allât de Ammânou et Manoutou et Qaïsa maudissent celui qui 
vendrait ce caveau, ou l'achèterait, ou le mettrait en gage, ou le 
donnerait, ou en tirerait les corps, ou celui qui y enterrerait 
d'autres que Camcam et sa fille et leurs descendants. Et celui qui 
ne se conformerait pas à ce qui est ici écrit (?), qu'il en soit justi- 
ciable devant Dusarès et Hobalou et Manoutou gardiens de ces 
lieux (?), et qu'il paye une amende de mille salîn nouveaux, à l'ex- 
ception de celui qui produirait un écrit de Camcam ou de Coleibat, 
sa fille, ainsi conçu : « Qu'un tel soit admis dans ce caveau (?) ». 
Puis vient la signature de l'architecte : « Wahbelâhî fils de 'Abdo- 
bodat a fait ». 

Il n'entre pas dans le plan de ce bref aperçu de reprendre l'exa- 
men des mots et des passages obscurs ou douteux. Un tel travail 
ne saurait être entrepris avec chance de succès avant que M. Eu- 
ting n'ait publié ses copies et ses nouveaux estampages. Je me 
bornerai par conséquent à quelques considérations d'un caractère 
général qui ne peuvent pas être ébranlées par des découvertes 
ultérieures. Elles ne prétendent à d'autre mérite qu'à celui d'at- 
tirer l'attention des sémitisants sur cette nouvelle épigraphie. 

Pour ce qui concerne tout d'abord la langue des inscriptions, 
on est surpris de la trouver très analogue aux spécimens qui nous 
sont parvenus du langage araméen parlé par les Juifs après leur 
retour de Babylone. L'emploi des suffixes dïi— pour fii-r, qui a paru 
particulier aux morceaux araméens du livre d'Esdras et que l'on 
avait expliqué par l'influence de l'hébreu, cet emploi se trouve être 



DÉCOUVERTES ÉPIGRAPHIQUES EN ARABIE 9 

de règle dans nos textes ; on a ainsi : drttpss, dimna (n° 2) , dir^n (n° 7) , 
dïibd (n° 9), dinbi (n° 12), dîipitttf (n° 14), ûï-ftjjx, drrb (n° 16), dïrbs 
(n° 17). La forme verbale hitpa'al pour itpa'al, si répandue dans l'a- 
raméen biblique, revient ici dans «"npnïi (n° 10) , ce qui implique en 
même temps la forme b^Dfi pour b^DN, usitée dans la Bible. Comme 
aramaïsmes palestiniens, on peut citer encore le verbe w« (n° 2 
passim), la particule pb, qui se présente aussi dans l'inscription 
de Taïmâ, le suffixe as— pour }— dans aaxTn (n os 4, 7, 9, 10, 13). 
Cette dernière forme, soit dit en passant, fournit la clé du vocable 
énigmatique MapavaOà (Cor. xvi, 22) qui doit être transcrit Èttan» 
an et traduit : « Notre seigneur, viens ! » Cf. va\ë P /ou, Apocal. xxn, 
20. Le verbe imn (n° 2 passim), d'origine perse, se constate dans 
l'ancienne Mischna (Eduyôt, vi); la même chose s'observe à propos 
du terme Dip (n° 2), emprunté au gréco-romain kévœoç, census, et du 
terme monétaire 3>bo (n° 2 passim), qui est estimé dans la Mischna 
à quatre as (Maasêr schênî, iv). D'autres expressions talmudiques 
sont : w bsd (n° 6) « le double de la valeur », nuii U5-i3N nw ab 
(n° 10) — *wn dis "pa (Derenbourg) et ïi"i^n pw> (n°% passim), qui 
sont des formules stéréotypes de droit. Plus curieux sont encore 
les mots purement hébreux : i^bs (n° 2 passim) « à l'exception », 
ponctué ^ba par la Massore; ttiiN (n° 6 passim) « homme», 
synonyme du mot, également hébreu w$, constaté dans les pa- 
pyrus araméens d'Egypte. Une accommodation avec la vocalisation 
hébraïque paraît avoir produit la forme hybride ^ittn (n° 3, 4), h. 
ïtâiytà. Tous ces faits, qu'il est impossible de considérer comme 
fortuits, prouvent avec évidence de très fréquentes relations 
entre les Nabatéens et les Hébreux, relations qui, témoins les vo- 
cables d'origine hébraïque, doivent avoir commencé à une époque 
où l'hébreu était encore parlé par le gros du peuple juif, c'est-à- 
dire avant la captivité de Babylone. 

Arrivé à ce point, nous voyons les ténèbres s'épaissir sur notre 
chemin et les silhouettes effacées des anciens habitants de l'Arabie 
Pétrée, Quénites, Médianites, Amalécites et Iduméens passer devant 
notre regard dans un tohu-bohu indescriptible. Quelle était l'ori- 
gine de ces peuplades et quelle langue parlaient-elles ? Quelques 
faibles lueurs nous arrivent de divers côtés; profitons -en au 
moins pour nous orienter et pour mieux envisager les difficultés 
qui nous arrêtent. 

Avant tout, une réflexion qui paraît conduire à un certain ré- 
sultat. Elle se rapporte à l'extinction de l'hébreu et à l'adoption de 
l'araméen par les Juifs à leur retour de la captivité. Cet araméen 
n'a pas été apporté de Babylone, comme on le croyait jadis, et 



10 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

cela par cette raison péremptoire qu'à Babylone on parlait une 
langue très différente, l'assyrien des cunéiformes. La Syrie 
payenne était trop éloignée pour forcer les barrières que le par- 
ticularisme juif lui aurait opposées; d'autant plus qu'une partie 
des voisins immédiats de la Judée, les Phéniciens et les Philistins *, 
parlaient un dialecte très rapproché de l'hébreu. L'araméen, vain- 
queur de la langue sacrée, ne pouvait donc venir que du côté de 
la Samarie. Les colons transportés dans l'ancien royaume d'Israël 
par le conquérant assyrien, Sargon, avaient adopté la religion 
juive presque aussitôt qu'ils s'étaient établis dans le pays. Ils ne 
tardèrent pas à se mêler avec le reste des Israélites et à entrer en 
intimes relations avec les Judêens, lesquels, l'ancienne jalousie poli- 
tique ayant disparu, devaient les considérer comme des alliés et des 
coreligionnaires. Les froissements qui eurent lieu entre les Sama- 
ritains et Zorobabel, à propos de la construction du Temple à Jéru- 
salem, ont si peu enrayé le rapprochement des deux nations qu'à 
l'arrivée d'Esdras et de Néhémie une partie considérable des Juifs 
avait contracté des alliances matrimoniales avec les Samaritains. 
La prévalence de l'araméen en Judée doit, sans aucun doute, être 
attribuée à l'influence de ces mariages mixtes, et, en effet, Néhémie, 
xin, 23-24, constate l'ignorance de l'hébreu spécialement chez les 
entants nés de ces mariages, bien que, ayant surtout en vue le 
côté religieux du fait, l'auteur n'ait parlé que des femmes asdo- 
déennes, ammonites et moabites, soit parce qu'il avait oublié que 
la langue de ces peuples ne différait guère de l'hébreu, soit parce 
que ceux de ces peuples qui occupaient la Samarie avaient déjà 
été aramaïsés auparavant 2 . 

Le résultat de la réflexion qui précède se borne donc à ceci : l'a- 
ramaïsation des Judéens est surtout 3 due au mélange de ces der- 



1 Voyez la note suivante. 

2 La moitié des enfants juifs parlait l'asdodéen (rPTHttîN) et ne savait pas le 
judéen (Néhémie, xxn, 24). Dans le nom de asdodéen, il faut voir, cela me semble 
maintenant certain, l'équivalent du ^CHID talmudique, qui désigne l'araméen comme 
un dialecte tordu et hybride. Il paraît que la ville de Asdod reçut de bonne heure 
des habitants araméens et notamment des Nabatéens. Outre les transportations vio- 
lentes de peuplades araméennes en Philistée opérées à plusieurs reprises par les rois 
assyriens, il ne faut pas oublier que, déjà avant l'époque perse, les Arabes, c'est-à- 
dire les Nabatéens, étaient maîtres de tout le littoral palestinien depuis Gaza jusqu'à 
Jénysus (Hérodote, III, v). Le voisinage dangereux des Nabatéens au sud de la 
Philistée était, en fait, accompli au temps de l'auteur de la seconde partie du livre 
de Zacharie, lequel prévit l'occupation d' Asdod par les « bâtards » (1T?2X3 3Œm 
^ÏÏITEÎO, Zacharie, ix, 6). Cette épithète flétrissante des Nabatéens se retrouve chez 
Etienne de Byzance, où on lit : Napaxaioi, e6vo; xà>v eùSaijxovcov 5 Apà(3a)v.. . Na^irr,; 
Se èfftiv àpa(ik<7Ti ô èx u.oi/£Îa; yevojxevoç x. t X. Comparez aussi les légendes rabbi- 
niques sur les promiscuités excessives des Iduméens et des Séirites. 

3 En partie aussi peut-être aux Nabatéens du sud-ouest. Voyez la note précédente. 



DÉCOUVERTES ÉPIGRAPHIQUES EN ARABIE 11 

niers avec les colons de la Samarie, qui parlaient araméen depuis 
le commencement de l'époque perse. C'est peut-être quelque chose, 
mais c'est malheureusement de peu d'importance pour la ques- 
tion que nous agitons, car l'aramaïsme de ces colons eux-mêmes 
nous demeure inconnu quant à ses origines. Poursuivons toutefois 
nos investigations dans la seule voie qui nous reste ouverte. Les 
renseignements que nous puisons dans la Bible, joints aux don- 
nées des annales assyriennes, nous permettent de constater dans 
la composition des colonies samaritaines trois groupes différents : 
babylonien, syrien et arabe. Nous écartons d'abord le groupe baby- 
lonien qui, venu de Babylone, de Kuta et de 'Awwa 1 , c'est-à-dire 
de la Babylonie centrale, n'a pu importer l'araméen en Samarie. 
Le groupe syrien, originaire de Hamath et de la ville voisine de 
Sepharwaïm, ou plus exactement Siphraïm, c'est-à-dire de l'Ha- 
mathène, a ceci de particulier que, d'après le témoignage expli- 
cite de la Genèse, et nous n'avons aucune raison pour en douter, 
il appartenait à la race cananéenne et parlait par conséquent 
un dialecte phénicien. Les Hamathéens n'ont donc pu propager 
l'araméen dans leur nouvelle patrie qu'à la condition d'avoir 
déjà été aramaïsés avant leur déportation, mais cette condition 
a-t-elle été réellement remplie? voilà ce que nous ignorerons pro- 
bablement pour longtemps encore, sinon pour toujours. Le groupe 
arabe, enfin, renfermait tout d'abord des individus appartenant 
aux tribus de Thamud, Ibadid, Marsiman et Hayapâ, expatriés par 
Sargon, le conquérant de Samarie. Ce monarque raconte en effet 
ce qui suit : lu Tamudi, lu [Ib]adidi(3) [lu Marsima[nï] lu Hayapâ 
mat Arbâa ruquti asUibût madtari sha lu ahlu lu shapiru... 
la idûma (4) sha ana sharri [abi)ya imma bilatsun la isshûma 
ina kakki an-asshur beliya ushamUit shunutima sittateshunu 
assuhama (5) ina ali Samerina ushesfiïb (Botta, 75, 3-6). « Les 
hommes de Tamud, d'Ibadid et de Hayapâ, pays lointains de l'A- 
rabie, habitants du désert qui ne connaissaient pas de maître et de 
commandeur (?), qui n'avaient jamais apporté le tribut au roi mon 
père, je les ai terrassés par les armes du dieu Assur, j'en ai trans- 
porté les restants et je les ai établis dans la ville de Samarie ». 
Le passage parallèle (Sargon, 20) porte : Kashid lu Tamudi lu 
Ibadidi, lu Marslmani lu Hayapâ sa sittashunu innitqamma 
usharmû Uirib mat Bit-Humria. « Vainqueur des Thamud, des 
Ibadid, des Marsiman et des Hayapâ, dont les restants ont été 
transportés et établis par lui dans le pays d'Israël ». On reconnaît 

1 Peut-être faudra-t-il entendre sous l'appellation de $&$ le sud de la Philistée, où 
le Deutéronome (II, 23) place le peuple pré-philistin des Awwites (d" 1 ^). 



12 REVUE DES ETUDES JUIVES 

d'ordinaire dans les Thamudi et les Marsimani les Tkamudites et 
les Maesaemani des géographes classiques. Hayapâ est, d'après 
M. Delitzsch, la branche midianite mentionnée dans la Bible sous 
le nom de 'Epha, ïw«3f. Le nom Ibadidi répond probablement à 
Tf^n* « serviteur de Dad ». C'est la première fois que les armes 
assyriennes atteignent le territoire de Thamoud, d'où provien- 
nent les inscriptions que nous étudions. Cette colonie arabe a été 
renforcée par de nombreux compatriotes après la conquête que 
fit Essarhaddon de la contrée arabe de Bazn et Hazu, probable- 
ment le m et le im des Hébreux, située au sud de l'Idumée. Le 
récit assyrien dit simplement que les habitants de cette contrée 
ont été transportés en Assyrie, mais sous cette désignation il 
faut comprendre l'empire assyrien en général, car les adversaires 
samaritains de Zorobabel croyaient être les descendants de ceux 
qui avaient été déportés par Essarhaddon (Esdr., iv, 2), dont le 
nom se cache aussi dans le mot corrompu nçspwX (Ibidem, 10) qu'il 
faut restituer pjftîrftDN. La prépondérance de l'élément arabe en 
Samarie l résulte de ce fait que le seul chef vraiment indigène de 
la ville de Samarie, au temps de Cyrus, était un Arabe portant un 
nom nabatéen, bien caractérisé par le wâw final, mm (Ibidem, \i, 
6) hébraïsé en &U5S. Les deux autres chefs, Sanballat et Tôbiâ 
étaient des Ammonites, partant étrangers au pays. En un mot, 
quand on fait abstraction de quelques individus venus des pays 
voisins, le gros de la population samaritaine, au retour des Ju- 
déens de la captivité de Babylone, se composait d'Arabes parlant 
le dialecte araméen que nous appelons nabatéen. N'est-il pas 
maintenant raisonnable de supposer que l'araméen adopté par les 
Juifs quelques années après fut précisément le nabatéen que par- 
laient les Samaritains avec lesquels ils ne tardèrent pas à con- 
clure des liens de famille? Ceci admis, les particularités naba- 
téennes de l'araméen biblique et notamment celui du livre 
d'Esdras s'expliquent de la manière la plus naturelle. Au con- 
traire il y aurait lieu de s'étonner s'il en était autrement, et il me 
paraît tout-à-fait inutile d'aller chercher l'araméen juif au loin, 
en Syrie, dans le Haouran ou je ne sais où, tandis qu'il était à la 
porte de la Judée et y touchait immédiatement. 

Les considérations qui précèdent tendraient donc à démontrer 
que l'araméen a pénétré en Palestine, non du côté de la Syrie, 
comme on l'admet jusqu'ici, mais du côté opposé, celui de l'Arabie, 

1 La lettre adressée par les Samaritains à Artaxerxès contre les Juifs (Esdras, iv, 
7-22) mentionne en première ligne les peuples originaires du nord et de l'est, comme 
étant presque les compatriotes du roi, et ne tient pas compte de l'importance numé- 
rique des tribus. 



DECOUVERTES ÉPIGRAPHIQUES EN ARABIE 13 

et par les captifs arabes transportés en Samarie sous Sargon et 
Essarhaddon. J'avoue que ce renversement de l'opinion reçue m'a 
fait longtemps hésiter, mais je me suis tranquillisé avec cette idée 
que beaucoup d'autres questions historiques ont aussi été résolues 
d'une façon inattendue dans ces derniers temps et toujours par 
suite de découvertes épigraphiques. Ce qui est plus grave, c'est 
qu'un bouleversement dans cet ordre d'idées en amène souvent 
d'autres. Cette logique inexorable des faits ne manque pas de se 
produire également sur le domaine de nos recherches présentes. 
Etant donné que les Arabes du nord du Hidjâz ont importé le dia- 
lecte araméen en Palestine au vm e siècle avant l'ère vulgaire, 
dialecte qui devait être leur langue primitive, car on ne voit 
guère à qui ils l'auraient emprunté, il s'ensuit forcément que 
toutes ces tribus que la Bible mentionne sous les désignations 
d'Ismaélites et de Qaturéens étaient des peuplades araméennes et 
non pas des Arabes dans le sens moderne du mot. C'est donc un 
nouveau renversement d'une opinion reçue. Heureusement, sur 
ce point c'est la Bible elle-même qui vient à notre secours. Parmi 
les rares noms propres midianites qu'elle enregistre, il y en a 
deux dont le caractère araméo-nabatéen ne peut être méconnu. 
L'un de ces noms, baw, forme araméenne de l'hébreu bar\1l 
« volonté de dieu », a été porté par le beau-père de Moïse, l'autre 
Y-irn, affecté du wâw nabatéen, par son beau-frère. L'historicité 
de ces deux personnages n'étant pas susceptible clu moindre 
doute, l'aramaïsme de toutes ces peuplades abrahamides devient 
une conclusion inévitable ; du moins, rien ne nous autorise à pré- 
sumer que ces tribus ramenées par la tradition à une seule ori- 
gine aient été composées de diverses souches au point de vue 
linguistique. 

Je m'attends ici à une grosse objection. Si les descendants 
d'Abraham en Arabie parlaient araméen, comment se fait-il que 
ses descendants palestiniens parlaient une langue différente, 
l'hébreu ? La légende sacrée n'est-elle pas inconséquente avec 
elle-même? Mais à cela il y a deux réponses. D'abord, cette 
contradiction apparente peut avoir pour but d'exprimer la supé- 
riorité des tribus hébraïques sur les tribus araméennes avec les- 
quelles les Israélites se sentaient unis par une proche parenté. 
Ensuite, et c'est vers cette solution que j'inclinerais volontiers, 
est-il bien certain que les tribus israélites parlaient l'hébreu 
avant leur immigration en Palestine ? L'idée que l'hébreu aurait 
été emprunté par les Israélites aux Cananéens a été défendue par 
plusieurs auteurs anciens et modernes et j'avoue que je la trouve 
infiniment plus vraisemblable que l'hypothèse, assez hasardée 



14 REVUE DES ETUDES JUIVES 

selon moi, d'un ancien foyer de race hébraïque caché quelque part 
en Babylonie. Si une telle race avait existé dans ^cette contrée, 
elle aurait difficilement échappé à l'attention des chroniqueurs 
babyloniens qui relèvent les noms des tribus les plus infimes de 
leur pays. On arguë mal à propos, à ce qu'il me semble, de la re- 
marque d'Hérodote, suivant laquelle les Phéniciens seraient venus 
de la mer Erythrée. Cette légende est démentie par la mythologie 
phénicienne qui fait naître les dieux en Phénicie même et n'en 
connaît pas d'autre lieu d'origine. L'explication la plus simple qui 
se présente à l'esprit, c'est de supposer que l'historien d'Halicar- 
nasse a reporté aux Phéniciens ce qu'il avait entendu dire au sujet 
des Syriens de la Palestine qu'il mentionne souvent dans la même 
phrase avec les Phéniciens. Ces Syriens de la Palestine, dont la 
capitale est Cadytis ou Gazza, sont naturellement les Philistins 
que la tradition hébraïque fait également venir d'une contrée mé- 
ridionale, Caphtor. Quant aux Hébreux, ils ont toujours consi- 
déré l'ancêtre de leur race, Abraham, comme originaire de la 
Chaldée, le pays araméen par excellence des annales babylo- 
niennes. Les autres Térahides sont aussi formellement donnés 
comme ayant parlé l'araméen, témoin l'expression NrrHtttû w 
pour Galaad, mise dans la bouche de Laban (Genèse, xxxi, 4*7), 
et, ce qui plus est, le titre d'Araméen est encore appliqué à Jacob 
dans le Deutéronome, xxvi, 5. La tradition biblique a donc cons- 
tamment regardé les tribus abrahamides comme originaires d'un 
pays araméen et comme ayant parlé un dialecte araméen avant 
leur immigration en Palestine ; aussi l'idiome que nous appelons 
« hébreu » ne porte jamais ce nom dans la Bible, mais celui d'i- 
« diome de Canaan (Isaïe, xix, 18) » ; c'est que la tradition savait 
parfaitement que cette langue a été empruntée aux Cananéens. 
Sous ces circonstances, la forme évidemment araméenne du dieu 
des Hébreux Ialrwé, mi-p, et l'origine visiblement araméenne du 
mot ftb» s'expliquent d'elles-mêmes, tandis qu'elles présentent des 
difficultés insurmontables dans l'hypothèse contraire et commu- 
nément acceptée ! . 

Si ce que nous venons d'exposer est exact, le groupement primi- 
tif des Sémites au point de vue linguistique peut être classé de la 
façon suivante : à l'est, les Assyro-Babyloniens et les Elyméens 2 ; 

1 L'étymologie donnée par l'Exode, xvi, 15, du nom de la manne demeure en- 
core problématique, le mot *jfà n'étant dans aucune langue sémitique connue l'équi- 
valent de ÎTE « quoi? ». Le syriaque N372, auquel on pense à première vue, est 
lui-même composé de jS3ï"7 N72 « quoi cela ». 

2 Les habitants du Qb^ proprement dit, cest-à-dire la province susienne qu 



DÉCOUVERTES ÉPIGRAPHfQUES EN ARABIE 15 

au sud, les Yoctanido-couschites ; à l'ouest, les Phéniciens; au 
nord, les Hittéens ou Hittites ; dans la région moyenne , qui 
comprend la Syrie et l'Arabie déserte, les peuplades araméennes. 
Une partie de ces dernières peuplades, renfermant les Beni-Israël, 
Ammon, Moab et Edom qui occupaient d'anciens territoires cana- 
néens, échangèrent leur langue primitive contre celle des indigènes. 
On remarquera combien cette division simplifie singulièrement la 
distribution ethnographique du monde sémitique, qui a été étran- 
gement embrouillée jusqu'ici. Dans un travail que j'ai eu l'hon- 
neur de lire à l'Académie, il y a quatre ans, j'avais cherché à dé- 
montrer, par des arguments tirés de la Bible, que les quatre fils 
d'Aram, "Ouç, Roui, Geter et Masch (Genèse, x, 23), personnifiaient 
des territoires de l'Arabie déserte contiguës au Hidjâz, et non pas 
des régions mésopotamiennes comme on le croyait jusqu'alors. 
Je suis heureux de voir cette hypothèse remarquablement cor- 
roborée par les découvertes récentes. Oui, les tribus ismaélites 
et qaturéennes qui nous ont laissé des inscriptions en dialectes 
araméens ont toujours parlé ces dialectes et cela rend parfai- 
tement compte de ce phénomène, en apparence extraordinaire, 
que la plupart des noms bibliques des Abrahamides et des plus bi- 
zarres comme ^p, unbô, t]b*p, ©ob, ftp et tant d'autres, se retrou- 
vent avec leur cachet national, le waw de prolongation, dans les 
textes araméo-nabatéens. Cette voyelle nabatéenne se remarque 
aussi, pour les noms de villes sud-palestiniennes, dans les listes 
égyptiennes dressées avant l'immigration des Israélites et des Idu- 
méens. Tous ces faits réunis me semblent former un faisceau de 
preuves en faveur de l'habitat relativement méridional du groupe 
araméen. Naturellement les Araméens les plus proches de ceux 
de leurs congénères qui avaient adopté des dialectes cananéo-hé- 
braïques et qui avaient une civilisation plus avancée, ont emprunté 
à ceux-ci un certain nombre de mots et de formules de droit, ainsi 
que nous l'avons constaté au commencement de cette étude. 

Terminons en signalant quelques noms propres nouveaux. Le 
nom Û5735 (n° 2, 1) . est sans aucun doute emprunté à la plante 
aromatique que les Grecs appelaient xocyxajjLov et qui figure aussi 
dans les textes sabéens. Quelques lexicographes avaient cherché 
à expliquer ce mot par le sanscrit, mais son emploi comme nom 
propre dans l'intérieur de l'Arabie milite en faveur d'une ori- 
gine sémitique. Parmi les noms théophores, deux sont formés par 
l'élément initial in « annoncer » : nbfitifl (non nbann !) « annonce 

longeait le Tigre, étaient des Sémites parlant un idiome très rapproché de l'assyrien; 
cela résulte des noms propres d'hommes et de villes de cette contrée, que nous donnent 
les inscriptions cunéiformes. A Suse on parlait un idiome tout différent. 



1G REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de Allât », et mtûin « annonce de Schouh » ; mû est probable- 
ment le dieu éponyme du canton de ce nom mentionné dans la 
Bible. Ceci rappelle le nom phénicien "jbwirp « Malik annonce » 
et Adrâ-hau « Adar-annonce » qui se présente dans un texte 
cunéiforme. D'autres divinités apparaissent pour la première fois, 
ce sont wffù, !Wp et ibnrr répondant aux dieux arabes tifittfc, D^p 
et >aîr. Dans ï-nmw (non ttarritt) je reconnais également le dieu 
amtt cité par les auteurs musulmans. Plus obscur est le nom 
an?** porté par le grand dieu de Bostra ; il rappelle le nom divin 
nia qui paraît dans une inscription sabéenne récemment traduite 
par MM. Derenbourg. Enfin, je signalerai pour la première fois 
le nom divin \al dans frûszn (III) et la forme correcte du grand 
dieu iduméen, Kos. Je n'hésite pas un seul instant à reconnaître 
ce dieu dans le nom propre In^op, que les éditeurs des Documents 
épigrapfiiques ont grécisé dans leur transcription sous la forme de 
Xanten. Nous y avons certainement l'orthographe indigène du 
nom propre iduméen figuré Kocrvàravo? dans l'inscription grecque 
de Memphis publiée par M. E. Miller. Kosnatan, formé comme 
l'hébreu ïrùï\ signifie « Kos a donné ». Des formations analogues 
s'observent dans d'autres noms iduméens : Koaixâ^axoç = Y 5 ^ D P 
« Kos a régné » ; Koayvîpo? = nsop « Kos est ami » ; Kosâveôoç ■=■ n^rop 
« Kos relie », et le cunéiforme Ka-usU-gàb-ri == iitep « Kos a 
vaincu ». La vraie orthographe de ce nom divin est op et non raip 
comme je l'avais cru jusqu'ici et il est bien différent du cpp arabe 
avec lequel je l'avais confondu ». L'étymologie en reste cependant 
très obscure. 



III. — Inscriptions arabiques. 



Sous cette dénomination je réunis les textes rédigés en langues 
et en écritures appartenant à des populations non araméennes 
habitant cette partie de la péninsule que les auteurs anciens appe- 
laient « Arabie heureuse » et qui va depuis le Hidjâz jusqu'au Ha- 
dramaout. Toutes ces écritures forment le groupe arabique dont 
l'alphabet le plus septentrional est celui des inscriptions safaïtiques 
et le plus méridional celui qu'on nomme communément sabéen 
ou himyaritique. Elles présentent des variétés assez notables 
entre elles, de telle sorte que chacune exige un déchiffrement à 

1 Cette orthographe a été supposée par M. Eb. Schrader (KAT 2 , p. 613) et les 
monuments lui donnent parfaitement raison. 



DÉCOUVERTES ÉPIGRAPHIQUES EN ARABIE 17 

part, bien que l'alphabet sabéen puisse être regardé comme le 
mieux équilibré et le plus monumental. 

Le recueil de M. Daughty contient deux photographies d'ins- 
criptions sabéennes (lvi,29 et lvii, B) trouvées à Madâin Sâlih. La 
plus petite est très mutilée et peu lisible. La plus grande, égale- 
ment fragmentaire, est mieux conservée. Elle mentionne la con- 
sécration faite par l'auteur, dont le nom est perdu, de ses enfants, 
de ses bestiaux et de ses meubles (?) aux dieux de Ma'in (nnm 
pE nbaÔN onnai wn ï-nbia), à la suite d'une certaine expédition 
(N^orj). Ces formules sont suffisamment connues par les nom- 
breuses inscriptions que j'ai rapportées de la capitale des Minéens 
en Arabie méridionale. On sait que les Minéens faisaient le com- 
merce des épices et des essences aromatiques, qu'ils importaient 
en Egypte. L'auteur de cette inscription était donc un commer- 
çant minéen qui s'était arrêté à Madâin Sâlih. Un peu plus au sud, 
à El-A'ly el-khereyby, d "au très voyageurs sabéen s ont gravé de 
courtes inscriptions, ce sont : Yaschra'hel de Gharbat (barniDi 
nnwi, xvi), 'Hamyan de Yaf'an (nariDi ^ffiîi 'plan, xvn), Raï- 
ghatdeRada' (**7nî n5>*n ? lbid.), Radhaï de Ruaïn (fin iân), Aous 
Dhayaï (?) fils de ^Abcl de 'Thohrân ftnttâî 1 132 Ip I ■vrçi oin, Ibid.). 
Ce sont toutes des localités assez connues du Yémen : Gharbat me 
semble appartenir à l'oasis de Nedjran ; Yafân est la province 
de Yâfa\ voisine du Hadramaout, dont la capitale porte encore 
aujourd'hui le nom de Rada\ Les deux autres villes, Ruaïn et 
Thohrân sont aussi mentionnées dans les textes sabéens et sem- 
blent se trouver non loin de Sanâ. En un mot, les inscriptions 
sabéennes trouvées à Madaïn Sâlih et à El-Ally sont dues à des 
étrangers de passage pour leur commerce et non pas à des habi- 
tants du pays. J'ai déjà fait remarquer ailleurs que ce fait réduit 
à néant l'affirmation des écrivains musulmans, d'après laquelle le 
nord de l'Arabie aurait été peuplé par des tribus yéménites émi- 
grées après la rupture de la digue de Marib. Nos textes rendent 
hors de doute qu'à part les quelques individus d'origine sabéenne 
qui y séjournaient temporairement, le gros de la population était 
indigène dans le pays et d'une origine différente. Appelons-la, 
faute de mieux, nord-hidjazienne. Madâîn Sâlih semble avoir 
encore appartenu au territoire thamoudite, conformément à la 
tradition arabe qui appelle cette contrée Dâr Thamoud « demeure 
des Thamoud » et qui est en accord avec les géographes classiques 
qui placent sous cette latitude le pays des Thamydeni. 

Un examen minutieux des inscriptions nord-hidjaziennes m'a 
permis d'y constater deux espèces considérablement différentes 

T. IX, N° 17. 2 



18 REVUE DES ETUDES JUIVES 

l'une de l'autre aussi bien par la forme de plusieurs caractères que 
par la disposition générale de l'écriture. La première espèce se rap- 
proche notablement du caractère sabéen, a un aspect monumental 
et est tracée en lignes droites. Le plus grand nombre d'inscrip- 
tions de cette espèce se trouve à El-Ally. On y sent les habitudes 
graphiques soigneuses d'une population sédentaire ou à peu près. 
La seconde espèce a un caractère plus cursif, est tracée irréguliè- 
rement et le plus souvent dans un sens perpendiculaire. C'est 
probablement une écriture de nomades. Les graffiti copiés par 
Fresnel à El-Wecljh appartiennent à cette espèce. 

Je donnerai ci-après quelques spécimens d'inscriptions de ces 
deux espèces en réservant à un autre endroit la preuve du déchif- 
frement que j'en propose. 

I Espèce A. 

1 (xm) îmiwa» 

rn i nrnstt 
Abna, propriétaire de cette tour (?). 

2 (Ibidem) = w (?) bn^i ybn ...battm nû7d l npn 

...babii^m 

'Haqqat-Masa et 'Hamel. . . Que Hobal (?) sauve 
\Amrata et "Walel... 

3 (xiv) bttffiK I p i bN*n» 

b-irt l d*3!n 

Mata il, fils de Au'hil, a réparé le mur (?) 

4 (xv) n» i pjymaM 

p 1»» I nos l m 

...bpnn piipnn 

(?) rtcna i ïrttN i nb^m 

Ammatyaqîn, fille de Dad, femme de Ma'd, fille de Ta c h- 
qan, fils de Ta'hqal... Rata'ilâh sa mère, ses...? et ses 
aides. 

5 (Ibidem) a ùbirï-r i nm i *nm i ïmri 

1) ïbi l ïibin» I p l mp* 

rbsyi i n 

î i rracni (?) ïiana.. 



DÉCOUVERTES ÉPIGRAPHIQUES EN ARABIE 19 

ittbn i p l bfiCÂs 

« Da'tha a fait faire la pose (?) de la statue. 

b A.qrab, fils de Marilâh a fait faire ce (?) . . ?, ses.. ?, 
ses aides et ses descendants, l'année cinquième de Khanas 
fils de Talmi. 

6 (Ibidem) | p \ ^y rjp'n i p i iibaî-n 

. . . ncn ipnsi oss i tti i (?) ït»^ 

^7 1 (?) ^b | Kfhî-n I ti^n 1 1 (?) d^ïib^ i 'rna. 

. . | nàïfta | qb^în I Dttn | wn 

. ..^oi'jntt)^ i ris» | p 1 P)te 

Wahbilâ, fils de Zêdqanî et Lamî, fils de Na'ma (?j, ont 
érigé le monument de Mar, fils de Hift. . ., propriétaire. . . 
hiver et été... été... avec des troupeaux et des biens 
(?)... cent vingt... 

IL Espèce B. 

1 (xxiv) ^bft p rottJ p mro p ïQft p •fjfc P- ■ 

oin p ùbOS p 

N., fils de Malik, fils de Hênah, fils de Batrat, fils de 
Bahnat, fils de Malik, fils de Baslam. fils de Baous... 

2 (vu) nttrùi di? p nm 

Wadâdat, fils de c Aum et Katmat. 

3 (Ibidem) njg nn jyrwî 

pbn p nm 
n^no p n^ 2 p nb^n 

Nfmat'an, fils de Mar 
Wadâdat, fils de Halban 
Waddilâh, fils de At, fils de Katmat. 

4 (xi) niramb 

nnn p 

Fait par Wa'hshghaouth, fils de 'Habab de Nakl (?). 

1 La présence des mots £pn et NriT dans nos textes peut servir d'appui à l'opi- 
nion de M. Fr. Prœtorius sur Ja valeur n de la deuxième letire du mot safaïtique 
NNT <î ue j'avais assimilée à un N. Malheureusement, dans les textes du Safa, il n'est 
pas facile de lire £pn le mot Jtf^fl qui le suit parfois. 

2 C'est le dieu Lunus des Araméens du nord, transcrit en grec "A6vj . 



20 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Malgré l'incertitude des copies et le caractère provisoire du 
déchiffrement, on peut déjà affirmer que ces inscriptions sont ré- 
digées dans un dialecte différent de la langue classique du Coran. 
De môme que dans les textes du Safa. l'article n'est pas al, mais n 
comme en hébreu et en phénicien. Pour la question de la religion 
préislamique, il résulte avec certitude que les Arabes du Hidjâz 
employaient le nom divin el et érigeaient des statues en l'honneur 
des dieux et des hommes de mérite, comme le faisaient leurs voi- 
sins, les Araméens. 

Qu'on nous permette maintenant de résumer les conclusions de 
cette étude : 

1° Les oasis de l'Arabie déserte contiguës au Hidjâz et au Nadjd 
étaient primitivement habitées par des populations araméennes, 
en grande partie sédentaires, possédant une civilisation avancée 
et pénétrée de la civilisation assyro-babylonienne ; 

2° Les tribus abrahamides que la Bible mentionne sous les 
noms d'Ismaélites et de Keturéennes étaient des Araméens et ne 
parlaient pas l'arabe proprement dit ; 

3° Il est également très vraisemblable que la langue primitive 
des enfants d'Israël a été l'araméen et que l'hébreu n'est que la 
langue cananéenne qu'elles adoptèrent après leur immigration en 
Palestine ; 

4° L'araméen que les Juifs parlaient après leur retour de la 
captivité de Babylone provient, non de la Syrie, mais des colonies 
samaritaines qui se composaient d' Araméens et de Nabatéens 
transportés de l'Arabie déserte par les rois assyriens ; 

5° Les Arabes du Hidjâz septentrional sont indigènes dans le 
pays et ne viennent pas de l'Arabie méridionale ; 

6° Les mômes Arabes étaient en possession d'une écriture très 
cursive ainsi que d'une civilisation relativement avancée ; 

*7° La langue arabe actuelle n'est devenue classique et d'un 
usage général que grâce au caractère sacré du Coran. Antérieu- 
rement à Mahomet le dialecte coreischite était peu connu au nord 
du Hidjâz. 

Joseph Halévy. 

Paris, août 1884. 



DEUX LIVRES DE COMMERCE 

DU COMMENCEMENT DU XIV e SIÈCLE 

( SUITE * ) 

IV 

Les monnaies. 



Dans ce chapitre et le suivant nous nous proposons de donner 
la liste des monnaies, poids et mesures qui sont mentionnés dans 
nos deux manuscrits. 

La liste des monnaies enrichira, dans une mesure assez notable, 
le vocabulaire excellent publié, dans le volume Zur Geschichte 
und Literatur, par M. Léopold Zunz. 

Nous avons omis de noter, lorsque nous avons eu les manus- 
crits entre les mains, à côté des noms de monnaies que nous y 
avons relevés, l'année dans laquelle ces monnaies sont mention- 
nées et il nous est impossible, maintenant, de combler cette 
lacune, les mss. n'étant plus à notre disposition. On se rappellera 
seulement que toutes les opérations qui sont mentionnées dans nos 
mss. se placent entre 1300 et 1318. 

A part les florins et les moutons, qui sont des monnaies d'or, 

1 Voir tome VIII, p. 161. Nous rappelons : 1° que les chiffres des feuUlets précé- 
dés du signe I indiquent le ms. I, que les chiffres qui ne sont précédés d'aucun 
chiffre romain ou du chiffre II désignent les feuillets du ms. II; 2° que les tirets 

— représentent le mot (deux tirets pour deux mots) placé en veàelte en tête 

de PaUnéa ; 3° que les mots français soulignés qui soïvent un mot hebieu sont une 
transcription hypothétique des mots écrits en caractères hébreux. Tout mot ou tout 
passage en caractères hébreux qui n'est pas suivi d'une transcription en caractères 
italiques (soulignée) n'est pas un mot français, mais un mot en hébreu biblique ou 
rabbinique ou talmudique ou en araméen. 



22 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

toutes les monnaies mentionnées ci-dessous sont des monnaies 
d'argent ou de billon. 

Les ouvrages auxquels nous renvoyons le plus souvent pour les 
monnaies sont : Leblanc, Traité des monnaies de France, Paris, 
1609 ; Abot de Bazinglien, Traité des monnaies; Paris, 1764 ; le 
Glossaire de Ducange, édition Henschel ; les Ordonnances des 
rois de France ; et enfin Dom Grappin, Recherches sur les an- 
ciennes monnaies, poids et mesures du comté de Bourgogne, 
Paris, 1782. M. l'abbé Morey et M. Ouverleaux nous ont fourni, 
pour ce chapitre, un certain nombre de renseignements des plus 
utiles pour l'intelligence de nos textes, et en outre M. l'abbé Morey 
nous a fourni, pour toute cette partie de notre travail, comme 
pour la précédente, un grand nombre de notes et de renseigne- 
ments. Les personnes qui voudraient connaître les mœurs et les 
usages de la province au moyen âge liront avec intérêt son excel- 
lent ouvrage : La Vigne de la Motte de Vesoul (Besançon, 1867). 

Monnaies. 

finaib, pluriel mawib (46 #), litre, c'est-à-dire livre: monnaie de 
compte. La subdivision de la livre est le wr [denar, denier), 
mot qui est constamment employé pour désigner le sou; le 
15*7 est divisé en b^IBO, deniers (singulier, ÛltBÔ 6 a) ; le 
denier a pour subdivision la ï-.a'nD (43 à), mot qui signifie 
sans doute obole l . 

Si l'on voulait avoir la preuve que, suivant les habitudes 
des écrivains français, le -itt est bien le sou et non le denier, 
on la trouverait, entre autres, dans les Tesuoot hakhmé Çarefat, 
de Joël Mueller (Wien, 4 884), p. 20, n # 34, où l'on voit que 
45 L* valent 300 "îï**, donc la livre vaut 20 tPI, donc le } xm 
est bien le sou. Nos mss. du reste fournissent la même preuve, 
car on a, au f° II 23 #, 4 livres égalent 80 1T^. 

pipT le marc, pesant à peu près une demi-livre (le marc de Paris 
pèse 244 grammes, 752 milligr.).La taille d'une espèce indique 
le nombre de pièces de cette espèce que donne le marc. Au 
feuillet 53 a il est question de pièces à 70 s. le marc, ce qui 
veut dire que 70 sous de la monnaie de ces pièces valent un 
marc d'argent fin. 

b-ia, lûbn&t, ybia, bïiN. Voir u^abvj, tnb-n:i, trbi-w «mmBi traim 
m^n». 

yfcttiva'W 3 a, 8 à, 13 a, etc. ; yn"P"J^ 41 a ; iûmtib'WII a, 47 à, étéve- 

1 Au f° 44 a se trouve cette indication : "ib 1217DN Nlt^bïf B"3 ■ nous lui avons 
dit (à un débiteur) que la livre est à 3 d. » 

2 Dans tout ce chapitre, les signes 1., s., d., représentent respectivement les mots 
livres, sous, deniers. 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV e SIECLE 23 

nans. Monnaie estévenante frappée parle chapitre Saint-Etienne, 
de Besançon ; portant le bras de saint Etienne en pal (Dom 
Grappin, p. 47-18). Cette monnaie valait 1/6 de plus que les 
autres au xiv° s. [ibid., p. 53). 

wb^pz^N 4 a, 7 b, etc., ékrlins ; toarnaE'w 59 b, esterlins; ^bcri^a 
60 a, estelis ; y^rrp l^ipttî ffi^*« 60 a, élerlis qu'on appelle 
cronés (c'est-à-dire couronnés) ? Voir esterlins doubles cou- 
ronnés dans Leblanc, p. 238. Les esterlins (notre sterling ac- 
tuel) étaient une monnaie anglaise. 

iWp^i&O 10 a, 4 4 a, etc., baudequins (baldaquin) ; D*wn — 10a, baude- 
quins nouveaux ; ù^ap — , 36 a, petits baudequins. Le nom de 
cette monnaie vient de ce que le roi y était représenté assis 
sur un trône couvert d'un baldaquin. Voir Ducange, au mot 
baldaMnus. Baudequin à 6 d. (15 a) ; 105 s. baudequins valent 
7 florins (15 a). 

ttîba&n&O (ou Q&untti), avec un tilde dont la place est assez incer- 
taine, car il se trouve sur les trois lettres qui suivent la pre- 
mière et qui ne sont pas susceptibles de recevoir le tilde, 
53 b ; baragles ou badagles, ou remplacer le b par un v, un des» 
a ou tous les deux par an ou au. Le mot est à côté du (opposé 
au) mot single {=* simple). La fin du nom rappelle les anges 
ou angelots (Lebl., p. v), les angles (Ducange, t. IV, p. 754, 
table vin). 

tiTn'Jmia 4 3 a, 48 b, etc., bourgeois. Le mot est traduit en hébreu par 
û"W:> (voir ce mot plus loin) ; les bourgeois avaient la même 
valeur que la monnaie parisis (Leblanc, 220). 

trbvrt 4 a, gros ; biNii btf —, 4 a, 8 b, etc., gros à Vol (ou oul);bi$h — 
TriN, 9 b, 4 a, etc., gros à un ol ; U)b"i8 "sb —, 40 a, 51 a, gros à 
deux ois K Nous ne pouvons dire sûrement ce que signifie le 
mot biN, qui se trouve môme une fois écrit biiN (aval, 20 a), 
à ce qu'il semble. Le mot désigne-t-il la lettre que portaient 
certaines monnaies ? Voir, par exemple, Ordonn. des Rois de 
Fr., II, p. 4 89 : angelot a avec sur la nef » ; Ducange, article 
Moneta, p. 490 : gros tournois à 2 Oz, gros tournois à un ; 
Ordonn., XI, p. 485 : « grossus cum rotundo. » 

Gros à 4 6 d. (13 a, 23 b, etc.) ; à 26 d. (39 b) ; gros à Vol, 45 d. 
(8 b), 16 d. (47 b), 16 d. 1 obole ïtjvid (43£), 18 d. (54a) ; gros 
nouveaux à Vol, 15 d. (47£), 16 d. (47 0) ; gros (?) à Vol, 22 d. 
(44 a) ; gros à 2 ois, 18 d. (54 a). 

tû^^an 12 b, vénitiens. Voir Ord., I, 535 : « Vénitiens » ; florins de 
Venise, dans Leblanc, 234. 

ûrmari 3 ab, 4 a, etc., estimés ou bons. 

û^pm 11 a, forts. 



1 Pour distinguer les abréviations du signe par lequel nous représentons le tilde, 
nous les désignons par le signe ". 



24 REVUE DES ETUDES JUIVES 

di©bn 2 a, 12 a, 18 a, faibles; 19 1. 8 s. faibles = 15 1. 10 s.5d. bons 
(20 a) ; 22 s. faibles = 1 7 s. 7 d. bons (20 a). 

habita 12 a, 44 a, toulais; ©niblïa 8 a, toulois; trbi^ ©nabira 
ybiN "nb 8 £, gros toulais à 2 0J0. On trouve les toulais (mon- 
naie de Toul) dans Ordonn., I, 533. 

©iiWïta 2 #, 3 #, 4 a, etc., tournois ; le même avec barre réunissant 
les trois lettres ni 3 a ; nwnia 53 #, tournai. On sait que la 
livre tournois valait 20 sous, et la livre parisis, 25 sous. 

d^biis ©limita 8 a, 53 b, gros tournois ; di©*7fi , 20 a, gros tour- 
nois nouveaux; d^li"> , 53 #, gros tournois anciens; — 

biNïi btf —, 13 a, gros tournois à Vol ; lïitf bi^b ,13 a, gros 

tournois à 1 ol ; biNîi btt d ,, a©i , 41 #, 20 a, gros tournois 

anciens à Vol ; bian ba ûia©i ©niSITta 20 a, tournois anciens à 
Vol; ûiacap ©ii'fi'nita 3 0, 9#, etc., petits tournois; btt d^rap — 
nb^ii 9 #, tournois petits à la génisse (agnel ?). 

Gros tournois, à 26 d. (20 a), à 28 d. (46 a), à 40 d. (46 a) ; gros 
tournois nouveaux, à 2 s. (50 a) ; gros tournois anciens, à 3 s. 
(50 a) ; petits tournois, à 3 s. (20 a) ; 25 1. 5 s. 8 d. petits tour- 
nois valent 30 1. 14 s. 8 d. (45 a). 

û^a©i 48 a, anciens. 

d^bidd 3 b, 4I&, etc., doubles; ûi©in — , 38 ^, 39 #, doubles nou- 
veaux. Doubles à 2 d. (3b). 

©■^NbiiiJriN» 18 a; ©nbni;™ 47 #, vnargoilais, margoilies. Voir mon- 
naies margiolles dans Leblanc, p. 224. Le mot désigne proba- 
blement la monnaie de Melgueil ; malgoires, par transposition 
margoiles. Voir Ducange, art. Moneta baronum, p. 525. 

'lirai» 49a, mouton. Le mot est synonyme de agnel; voir l'article 
ms. Les moutons étaient une monnaie d'or. 

riT»âfctt» 2#, 8#, etc., demies; mïûb — , 8 a, 10^, demies blanches; 
riYJOp —, 55 a, demies petites ; ^biN "nb —, demies à deux ois 
(54 a). 

24 1. 1 s. en demies = 1 9 1. 1 2 s. estévenants (20 a) ; 1 8 1. 2 s. 
demies = 17 1. 4 s. (16 b); 117 s. demies = 4 1. 43 s. (55 a). 
Demies à 2 ois à 18 d. (54 a). 

2Tnà yi'ûft 55 #, monnaie faible ou diminuée; ©'rtl — , 52 #, monnaie 
nouvelle ; ©bfi —,20 a, monnaie faible ; m©n —, 41 b, monnaie 
estimée, bons; )W* —, I 5 #, monnaie ancienne; N3£i© y^'ûK 
tiNttiîid 46 a, monnaie courante. On trouvera toutes ces ex- 
pressions dans Leblanc, Bazinghen (Voir les tables à la fin de 
ces deux ouvrages), Ordonn.. etc. 

m©ai ma?» 3#, littéralement « monnaie sèche », c'est-à-dire usée? 

ûi3T"pa* 8 ab, traduction hébraïque du mot bourgeois, voir plus haut 
le mot ©iiiVnia ; T3>bn ©tke diai-p? 44 b, bourgeois mairs ; 
û^bil^— , $b,*Qb, etc., gros bourgeois; d^cap —, 4 0a#, bour- 
geois petits. 
Bourgeois à 4 d. (20 a) ; bourgeois petits a 16 d. (43#). 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV SIECLE 25 

SW15 3 #, 38 b, etc., parisis. La monnaie parisis vaut 4/4 de plus 
que la monnaie de Tours (tournois). 

tW:m3 ttWiD 4 2 b, parisis bourgeois ; d"W!n —, 38 a, parisis nou- 
veaux ; tnr»l^ —, 4 3 a, 18 a, parisis anciens ; b^W* —, 4 3#, 

55 a, parisis bourgeois ; d^ia^ ù^tfp — , 4 3 a, petits parisis 
vieux. 

20 s. parisis bourgeois valent 25 s. petits tournois (55 a) ; 
24 s. parisis bourgeois valent 30 s. petits tournois (42 b). 

Parisis anciens, 3 pour 4 d. (43 b) ; 40 s. parisis anciens va- 
lent 50 s. tournois (12 b, 4 3 a). 
dTnfiD 23 a, 43 a, 48 b, 53 a, diminués (faibles?), 
ma, pluriel d^irss, florin. ?^3N —, 40 a, florin fl£»0j; UinSïi btf — , 
9 #, florin au mouton ; N2Nïï!-i btf — , 8 a, 9 £, florin à la wtfssg ; 
NS£?abN —, 4 6 b. florin # la masse ; fcn^K'prs ba —, 9 b, florin à 
la chaiere (chaire; voir Orâonn., II, 256); û^a —, 9 b, florins 
à l'agneau ; d^p — , 3 b, 9 £, petits florias; BûEïVlbBa d^ûp —, 
44#, 32 #, petits florins de Florence; iï^r'p —, 4 4 b, florin c/tete* 
(nous n'avons pas pu trouver l'explication de ce mot; serait-il 
parent de MN'p, plus loin?) ; ttdbfcln ba tt^ai'p —, 9 b, florins 
Cfïeôes à la reioe ; "pï^'p —, 45 a, florins càctez ; Spa'p —, 55 fl, 
florin chatif (chatli = au chat ?) ; d""ïï3 —, 9 #, florins à l'agneau. 
Les florins sont des monnaies d'or. Le florin vaut 14 s. (4 a, 
6 b, 55 a), 4 5 s. bandeau» es (voir ce mot), 48 s. (45 b), 20 s. (oôa), 
20 s. 6 d. (1 #), 39 s. (55 b), 40 s. ou 2 1. (10 a, 9 florins = 48 1.; 
53 à)\ 12 florins — 8 1. 8 s. (3 b), c'est-à-dire le florin à 14 s.; 

56 florins =43 1. 4 4 s. 2 d. (10 a), d'où 4 florin vaut un peu plus 
de 47 s. 4 d. 

Le petit florin vaut : 44 s. (4 5 b, car 4 00 s. bons sont payés 
en 45 s. demies b'enches et 5 petits florins, c'est-à-dire 45 -f- 

5 X 44 =45 + 55 =100) ; 44 s. (3 b) ; 45 s. 2 d. (18 b) ; 19 s. 
(59 b) ; 20 s. (49 a). 

Le florin à l'agnel tire son nom de l'agneau (Agmcs Dei) des- 
siné sur une de ses faces ; il s'appelait encore « mouton ». 
vaut : 4 9 s. (9 b) ; 31 s. (37 ti). 

Le florin à la masse et le florin à la chaire sont une seule et 
même pièce ; le roi qui y est figuré est assis dans une chaire, 
et il porte à la main une masse (Leblanc, p. iv). Le florin à la 
masse vaut : 29 s. (9 b), 31 s. (47 b), 32 s. (9 b), 32 s. 1/2 (5 b\ 
34 s. [9 b); 40 s. (43 b); 7 florins à la masse valent 11 1. 7 s. 

6 d. (5 b). 

Le florin à la reine (frappé par la reine sous Phi!ippe-le-BeI; 
voir Odot de Byz., I, 110) vaut 40 s. (43 b). 

Le florin de Florence vaut 20 s. (47 b). 

Ghetet à 4 6 s. (15 a) ; chetif à 44 s. et à 16 s. (55 a), 4 florin 
à 44 s. en un chatif (55 a). 
lûba^it 53 b, singles (= simples, opposé à double) ; se trouve à côté 
du mot tfîbà&n&o : « payement fait en singles et baragles 



26 REVUE DES ËTUDE§ JUIVES 

lûbiftn&Ci ©iJûiSft; » On trouve le nom de sengle appliqué aux 

monnaies dans Ordonn., I, 615, 805; comp. Leblanc, 210. 
iSN'p ini ) chat. Voir Dacange, article Chatus et Cââpoiensis, et art. 

Florent : « fleurin au chat;); voir aussi Fr. Godefroy, Dic- 

lionn. de Vancienne langue française, au mot chet. 
ïT"û*p. SpBp, voir le mot TTO. 
û"^p 3 #, 6 a, etc., petits; Dipvn ù^ap, $b, 11 a, petits forts; 

tnB5tt— , 8 £, peliis faibles ; ,yàna 'p~ 1 P^ B^IttO û^ap 8#, 

petits Doirs qu'on appelle bruns (monnaie de bilkm). 
Peliis à 23 s. le marc (11 a) ; petits à 3 d. (11 a, etc.) ; 21 1. 

12 s. petics valent 23 1. 8 s. 6 d. (10 a). 
Petits forts à 19 s. 6 d. le marc (11 a). Bons (b^T&ft) petits 

forts à 19 s. 8 d. le marc (11 a), 
ù^hwn i.& bwap 9 b, petits aux génisses (agnel?). 
•û r, p^1 11 h % roiches, I* 1 " «'piTIrt W1 soin. Dans le patois du pays 

raidie signifie rouge; serait-ce monnaie rouge, quelque chose 

comme des brans ? 
û'mma, 12 #, noirs (= bruns), monnaie noire, monnaie de biilon ; 

trrjp û^irua (12£), petits noirs. 
Des monnaies valeur de la monnaie de Ghâlons *pba'p W3D sont 

mentionnées 11 ~b. 



V 

Poids et mesures. 



Poids et volumes. 

•ptf 41 a, pierre (de laine). 

ca^ifl 45 ^ bichet (de blé) ; — de \H^p 45 b chain, chaz (?). Cf. Dom 
Grappin ; p. 100. 

■jM'pia 20 #, £fc/lfô! ; pluriel du mot précédent. 

I^ii 1 ^ 16 b, mllier (de pierres). Nous n'avons pas pu trouver le mot 
mllier dans les glossaires ; il faut peut-être lire ■'i^iVra mil- 
lier ; les pierres, en effet, se vendaient au mille. 

ŒiMj-na 4 a, troussies (trousseau, ballot) d'étoffes. 

îiN» 42 a, quinlai (de suif). 

NTtilo 13 b, voir le mot suivant. 

Nn^'p 20 b, chare, a une chare de I^N^n regain » ; « une chare de paille 
qu'on appelle ami» manore », 13 #. La chare et la manore 
sont des charretées ou des tas. 

ii/na'p 13 a, 40 b, charges (de sel). 

H1F*p 30 b, chière {— chiarrée, charretée) de paille. Chièvre ou chèvre 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV SIÈCLE 27 

dans le patois du pays veut dire tas. tûT^'p 18 J, chières de 

pï'n'a foinc, foin. 
"i^p 35 a, fourchette (une fourchette de ttB'wbnS), foliens, pollens ; nous 

ne savons ce que signifie ce mot, la ville de Fou^a'n?). 
amN'p 4 5 b, charte (de blé) ; iDcnN'p 4 2 a, chartes de 'p?* 15 ; comme 

charretée. 
të&Otf'-itf'p 40 a, charties de paille ; charretées. 

Mesures de capacité. 

m^^tf 23 a, doigts (pour le vin) ; mesure inférieure à la cruche, 
équivaut au verre. 

KSiQ, au pluriel : ibotb, rc^a ; 22 a, 23 a, etc., tene ou to, mesure 
ordineire du vin daus la Franche-Comté. Voir Dom Grappin, 
136 ; vaut 64 pintes l . 

n"û 23 a, sûrement le muid, car renferme, comme le muid, 6 tines. 
Le muid de Besançon vaut 256 pintes. 

bo.23 0, panier (pour mesurer le raisin). 

tûars 24 a, pintes (au pluriel). La pinte varie entre 4 litre 25 et 2 li- 
tres 25. En moyenne la pinte a 2 litres. 

tt)3N'p 23 b, channes (au pluriel), pinte double et quelquefois qua- 
druple . 

tt&op 53 b, queues (au pluriel) pour mesurer le vin; Dom Grappin, 407; 
la queue de Bourgogne vaut 360 pintes. 

û'^p 23 b, cruches, pinte double et quelquefois quadruple. 

im^p §2 b, pot, vaut la pinte. 

*i"Biz) 27 a, setier, vaut un quart de Une. Dom Grappin, 435. 

On met le vin dans la mjp:» 27 b, le tonneau ; on le mesure dans une 
Ïl*tt, mesure où les divisions sont marquées par des clous 23 a, 

Mesures de superficie. 

bwn^ 9 a, journal; y&WTï", y&WTï" S b, 9 a, journaux, journais ; 
quantité de terre qu'un homme peut labourer dans un jour. 
Dom Grappin, 4 51. Journaux de Vienne (?) 1 pN*>"m, 9 a. Le jour- 
nal coutient de 34 à 36 ares; le journal de Vieone, de 34 à 
28 ares. 

wnb">T£, ttïsib'ntt) 9 a, siloins, sillons, mesure de terre pour les 
champs et les vignes. 

ya'D 9a, faux, mesure pour les prés; ou bien charge (poids), voir 
plus haut, paragraphe II, à la fin. 

1 Valeur variable, tantôt 50 pintes, tantôt 40 et moins. 



28 REVUE DES ETUDES JUIVES 

VI 

Prix. 

Les renseignements qu'on peut rencontrer sur le prix des objets 
au moyen âge sont toujours très instructifs et aident à faire con- 
naître l'état économique de l'époque. Nous donnons ci-dessous un 
tableau assez étendu du prix d'un grand nombre d'objets, il faut 
seulement remarquer que le plus souvent, dans nos mss., le prix 
des objets n'est pas indiqué directement (comme il le serait, par 
exemple,, dans une phrase comme celle-ci : acheté un cheval, 
40 sous), mais que nous empruntons ordinairement le chiffre à 
des indications comme celle-ci : 40 s. prêtés à un tel pour acheter 
un cheval; 20 sous prêtés à un tel pour un vêtement, etc. Ces 
indications ne peuvent donc pas, le plus souvent, être considérées 
comme désignant exactement le prix des objets, ce prix peut être 
plus élevé ou moins élevé que la somme prêtée. Sous cette réserve 
importante, nous donnons ici un tableau des prix. 

Chevaux. — 1 cheval : 45 s. (1 a), 50 s. (44 *), 70 s. (1 a, \'ôa, 14*), 

4 1. (13 *, 39 *, 49 *), 7 1. (31 *), 9 1. (4 a, appartenant à un des 
Juifs), 10 1. (55 fl), 11 1. (5*, Qa\ 20 1. (45*), 30 1. (6 a, 43*, 
112 a) ; 35 1. (45 b), 40 1. (49 b) ; cheval à Simon de Grenaus, 42 1. 
(5 b) ; cheval d*un des gens de Henri de Bourgogae, 60 1. (43 b) ; 
idem, 102 1. (43*); 120 1. (43 *) ; cheval du seigneur de Chau- 
virev, 180 1. (15 b) ; pour fer d'un cheval, 2 s. (55 b) ; une selle 
tplN, 30 s. {K%a); pour retirer la selle mise en gage du vau- 
caire qui est auprès de Henri de Bourgogne, 50 s. (54 a). 

Bœufs, Vaches, etc. — 1 bœuf : 23 s. (30 a), 24 s. (30 a), 30 s. (7 a; 
56 *), 40 s. (7 a), 60 s. (7 a), 65 s. (5 *, 7 b) ; 2 bœufs : 4 1. 15 s. 
(52 a) ; 13 1. 10 s. (30 a). 

1 vache : 5 s. (6 *),24 s. (56 *), 35 s. (36 a), 6 1. (30 b). 

Un armait [armai, bœuf qui va à la charrue). 30 s. (52*) ; 
un essai (essaim, crue des bestiaux d'une année à l'autre) 
d'un bœuf, 24 s. (5 *) ; un bouvet (petit bœuf) 15 s. (6 a) ; 2 gé- 
nisses, 52 s. (39 a) ; un chevreuil sauvage, 17 s. (54 a); 2 chèvres, 

5 s. 6 d. (34 *) ; la chair de 3 agneaux, 11 s. (54 a), une peau de 
bœuf, 15 s. (34*). 1/2 peau d'un petit bœuf, 46 d. (6*); 
1 peau de vache morte, 9 s. (54*), une peau de génisse, 9 s. 
(6 *), 7 peaux d'agneau vendues à un cordonnier, 50 s. (34 a), 
20 peaux d'agneau, 13 s. 8 d. (39 b). 

Porcs. — Porcs non engraissés achetés pour la société chrétienne 
avec laquelle les Juifs font des opérations, 40 s. parisis (7 *) ; 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV e SIÈCLE 29 

pour porcs vendus par nous, 10 1. parisis (Mb); 4 porcs, 7 1. 
2 s. (36 a). 
Vins. — Les opérations sur les vins se trouvent réunies, pour un 
certain nombre d'années, au ms. II, f os 21 a à 29 a, mais il y 
avait en outre un registre spécial pour les vins, auquel il est 
renvoyé II 28 #. Ces opérations ODt lieu principalement dans 
les années 4315 à 1318 et dans les localités suivantes : Chariez, 
Chassey, Ghemilly, Courlevon, Echenoz, Frotey, La Demie, 
Montoilles, Navenne, Vaivre, Vesoul et la Motte de Vesoul, 
Velle-le-Châtel. 

Le vin acheté est ordinairement ce qu'on appelle du vin 
fraichon Cp'p^an's 21 a; forme la plus fréquente "p'p-'&n'D 21 a ; 
•p'pn'D frickon 21 a ; ■p'p" ,, nD 21 a). Ce mot vient de fraicher ou 
fraclter, qui, dans le patois du pays, désigne l'action de sé- 
parer le grain de la grappe ou de broyer et fouler le raisin. Le 
mot fraichon, d'après l'usage du pays, désigne le vin encore 
doux pris à la cuve ou à la sortie du pressoir et qui n'a pas 
encore fermenté ; quand le vin a fermenté et s'est clarifié, on 
l'appelle claret ou clairet. Au mot fraichon nos mss. opposent 
le mot hébreu bib^ ; participe passé d'un verbe qui indique le 
mouvement de précipitation d'un corps suspendu dans un li- 
quide et qui va se déposer au fond. Le vin biblS est donc le 
vin qui a déposé les corps qu'il tenait en suspension, c.-à-d. 
le claret. On était très friand du vin fraichou, on allait l'a- 
cheter dans les vignes à Fépoque des vendauges et cette cou- 
tume s'est conservée jusqu'à nos jours. 

Voici quelques indications sur les prix des vins 1 . Les chiffres 
sont ici des prix véritables ; à moins de mention contraire, 
ces prix se rapportent au vin fraichon. 

La t. à 5 s., exceptionnellement, à ce qu'il semble (1 m. à 
30 s., 15 a, 1313); la t. à 8 s. 4 d. (1 m. 50 s., 29 #, 1316); la t. à 
9 s. 6 d. (49 t. à 9 1. 6 s., 29 a, 1313); la t. à 9 s. 9 d. (1 1/3 t. à 
13 s., 29 a, 1318); la t. à 10 s. (27 & et 29 a, 4318, dans presque 
toutes les opérations de cette année) ; la t. à 10 s. 1 d. (8 m. à 
4 1. 8 s., 26 a, 1317) ; la t. à 11 s., très fréquent dans les opé- 
rations de 4317 (24 #, 26 a) ; la t. à 11 s. 6 d. (2 t., 23 s., 24 #, 
1317; 26 a, 1317 et 25 #, 1318); 7 t., 4 1. 6 d. (25*, 4348) ; la t. à 
44 s. 8d. (6 t., 70 s., 24 #, 4348; 12 t., 7 1., 26 0, 1317; le m. à 
70 s., 6 a) ; la t. à 12 s. (28 a, 1317) ; la t. à 43 s. bons (2 t., 26 s. 
bons, 23a, 1316); la t. à 13s. 4d. (21 a, 1315); 3 t., 40 s. (23a, 
4346) ; 2 t., 26 s. 8 d. (24 a, 1316); 1 m., 4 1. [iMd., 1316) ; la t. à 
13 s. 6 d. (1 1/6 1. à 15 s. 8 d., 23 a, 1316); la t. à 16 s. (3 t., 40 s. 
23 a, 4 316) ; la t. de vin claret, 15 s. (29 a, 4 318) ; la t. de vin 
claret, 17 s. 6 d. (9 1/2 t. vin claret, 8 1. 6 s. 3 d., 26 a., 4317). 



1 Dans ce qui va suivre, le signe m. signifie muid, le signe t. signifie tine; à côté 
du folio nous avons mis entre parenthèses l'année où se fait l'opération. 



30 REVUE DES ETUDES JUIVES 

On voit que le prix du vin fraichon, en dehors des prix ex- 
ceptionnels, oscille entre 10 s. et 13 s. la tine. 
1 arbre du pressoir, 100 s. (10*). 
Des cercles (pour tonneaux), 5 s. (35 b). 

Blé (ÎTÛfi, froment). — 2 chartes, 13 s. (I 8 a) ; 3 chartes, 20 s. (148 a); 
2 bichets de ïi^n blanc, 100 s. (50 b) ; 3 bichets et 2 chartes, 
6 1. petits ',55 a) ; 3 bichets et 11 chartes, 22 1. (47 b) ; 8 bichets, 
17 1. (49 b). Des meules tnm, 25 s. (35 à). 

Regain. — 1 charre, 40 s. (20 a). 

Harengs. — 2 douzaines de harengs, 4 s. (54 a). 

Paille. — 2 chartes, 3 s. 6 d. (40 a) ; 3 chartes, 5 s. (16 a) ; 4 chartes, 
15 s. (10 a) ; une chière de paille, 4 s. (30 b) ; payé aux sa- 
vieurs (botteleurs qui mettent la paille en bottes) pour faire 
deux charretées de paille, 3 s. 6 d. (40 a). 

Foin (asott). — 3 chartes, 10 s. (16 a) ; 1 bichet, 40 s. (15 b); 3 bichets, 
28 s. (I 48 a) ; 4 bicbets, 64 s. (50 b). Le îû^aaN'p chanties pour 
11 bichets de 8 chartes se monte à 1 charte par bichet (20 a). 
Le mot chanlie désignerait-il un impôt sur la vente comme 
cfiantiée dans Lacurne de Sainte-Palaye, s. v. ? 

Graisse. — 1 quintal, 22 1. 10 s. (30 b). 

Huile. — 1 muid, 10 1. (41 a). 

Cire. — 4 livres à 16 s. (46 a); 6 livres 1/2 à 28 s. 2 d. (54 a) ; pour cire 
et vélin (£|bp) vendus au prévôt de Vesoul, 18 s. 8 d. (5*). 

Étoffes, vêtements, ETC. — Les vêtements sont désignés par le 
mot tOiafeo, puis par le mot Ite, qui paraît désigner tantôt un 
vêtement (ûbiû iro, un vêtement complet, 40 a), tantôt l'étoffe 
(drap) dont on fait le vêtement. Voici une assez longue série 
de prix. 

Pour les vêtements des Juifs, les prix sont des prix véri- 
tables, non des prêts destinés à contribuer au payement 
des prix. On remarquera la différence considérable qui existe 
entre le prix des vêtements, ce prix variait sans doute selon 
l'importance des personnes. On fera la même remarque pour 
les chevaux. 

5 s. (55 a), 11 s. ta-nb'E (47 a). 11 s. *wa Haquinet (10#), 15 s. 
Tû (2 a), 17 s. p-i—i"» Taa (probablement traduction hébraïque 
depei'S. perse) pour l'enfant qui vient de naître à mon gendre 
Samuel (10 6)), 18 s. pour 1 1/2 aunes de pers ; 20 s. bons pour 
Isa (9 b, 16a), 27 1/2 s. bons pour 6 aunes de usa [ta) ; 30 s. 
pour im vêtement pers au fils de Haquinet et culottes tû 
fcppW à son domestique (10#); 30 s. pour pers acheté pour 
« mon beau-frère » io^ ^Titt (''0 b), 30 s. ma (M b), 40 s. tP^aa 
(7 a), 40 s. ma pour la fille du rédacteur (10 a), 36 s. pour 
8 aunes de tir laine pour le mantel de Vivant (10 0); 3 s. pour 
1/2 aune de tirtaine (10 b) ; 39 s. pour •pbnn ma vêtement gi- 
belin pour R. Isaac et son fils (12 b); 40 s. ma (16 a), 45 s. ma 
(9#), 50 s. ma rai (41 b), 53 s. un sac de (ou en) ma» toile 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV 9 SIECLE 31 

(39 b), 54 s. >7$a (11 a), «7JO pour Sansinet 55 s. (10 a); 60 s., pour 
les « gens de ma maison » in^n ^n. — Le mot pers désigne la 
couleur bleue et un drap bleu. La tirtaine est une étoffe du 
pays, laine et fil, très solide. Gibelin ou guibelin veut peut- 
être dire vêtement fourré, on en trouve des exemples pour les 
chaperons fourrés en agneau, chat ou lapin. Rai serait-il 
qjelque chose comme rayé? 
Vêtement ©«n^E pour une femme 100 s. (20a); tPTÏÎ'nbîa 

4 1. (17a, 40 b); 9 aunes de fia, 41. 10 s. (9 b); vêtement « pour 
moi et mon gendre », 4 1. 10 s. (H b) ; vêtement complet nm 
ùb«D, 6 1. (40 a), ^3 6 1. (9 b), lû-nbE 6 1. (31 a), pour 15 1. de tir- 
taine (10 b), t:û au mouchel, 12 1. 16 s. (51 a), ^53 pour moi, 19 1. 

5 s. (9 b), vêtement 20 1. (54 a), ^n pers, 21 1. (7 a) ; 11 aunes de 
toile ïria», 47 1. 10 s. 8 d. (4 a) ; 4 troussies de toile, 63 1. 14 s. 
bons (4 a), Ta 91 1. 4 s. (9 b). Des tj^Suj de Malines sont men- 
tionnés 9 b. Pour des coussins ninOD, 110 s. (14 a) ; une pierre 
(pN) de laine, 15 s. (12a) ; 18 1/2 pierres de laine, 131. 17s. 
(41 a). Nous ne savons ce que c'est que le vêtement au mouchet ; 
mouchet signifie essaim d'abeilles (dessiné sur l'étoffe?). 

Des culottes ûipiu) ina pour « mon maître -v-nto », 8 s. (10 b) ; 
pour le vaucaire, 12 s. (50 b); étoffe brunete achetée pour cu- 
lottes, puis employée pour une cotte Na-ip pour Sivia ma fille, 
15 s. (11 b), 2 paires [de culottes?] nWÏ "Î3 « pour moi et 
pour Elie », 36 s. (11 b), une paire [de culottes], 4L 18 s. (10 a). 
La brunette est une étoffe bien connue. 

Une contre-pointe, 9 s. (I 7 a ou b); 4L bons (14 a) ; un pour- 
point, 14 d. (55 b) ; un sircoi, 18 s. (I 21 a) ; des souliers ûib^fc, 
18 d. (16 a), 2 s. (17 a, 46 b) ; payés 3 s. « mais ne valaient pas 
2 s. » (34 b). La contre-pointe est une espèce de camisole piquée 
(v. Lacurne de S. Pal.) ; le surcot ou seurcot est une robe cou- 
vrant la cotte. 

Une cuirasse Oj-pTnii) et 2 tnoitt (hébr., signifie couverture; 
ici semble être un des vêtements ou une des armes de l'homme 
armé, bouclier?) sans cuirs (rrm?), 10 1» bons (18 a) ; pour dé- 
gager un bouclier mis en gages par Girart de Meurcourt, 20 s. 
(55 b) ; une cuirasse et des armes ou épées "pif ->bs, 7 1. bons 
(18 a), un casque 3>mi et une gorgière, 60 s. (18 a); prêté sur 
un *n3 fiDSE couverture de peau et une pelisse, plisson, 4 1. 
(43$; prêté sur plisson, 10 s. (31 a) ; le cuir (ou la peau) d'un 
mDS», 16 1. (51 a). La cuirasse dont il est question au f° 18 a 
a été changée en (contre) des platines; plaitines (plateinne 
= plaque de métal ; platine = fer à cheval) dans le compte de 
Henri de Bourgogne, 20 1. (53* b) ; plaitines du trésorier (pio), 
10 1. (50 0). 
Objets en métal, or, argent. — 2 charnins, 2 s. 6 d. (54 a) ; 1 bas- 
Sùnet, 3 s. (42 b), 1 grand chaudron *r*o de cuivre, 4 1. 10 s. 
(14 a), 6 1. (14 a); un gobelet en argent sans pied et sans rrnï-iï 



32 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

(ornement en or ? anses ?), 30 s. (44 a) ; hanaps (henas) vendues 
par un prieur pour 47 1. 5 s. (53 a) ; 2 coupes d'argent, 20 1. 
(43 a); 4 ceintures (nwan), une coupe (yiïf) d'argent, 2 aD- 
ueaux d'or et 10 anneaux d'argent, ensemble 50 ]. (46 a) ; un 
y»byia gobelet (gobeJel) et 3 gobelets (mois) en argent, 49 1. 
(50 b) ; un poëJe (niDhnfc), 5 s. (I 3 b) ; ceintures en argent, 4 00 s. 
(43 b). Pour flambeaux ma*?»!), 60 s. (34 a). 

Livres et objets de piété. — Voici Je prix de quelques livres 
hébreux et autres : une tosefta, 40 s. (2 a), des tosafot, 25 s. 
(4 a) ; un séfer iora (rouleau du Pentateuque), 4 1. (4 5 a) ; pour 
des livres achetés par « mon père, » 8 1. (10 a) ; pour des livres 
achetés par l'abbé de Cberlieu, 4 s. (50#); pour un exemplaire 
des décrétâtes, 4 00 s. (38 a). 

Nos registres nous apprennent même ce qu'on dépensait à 
cette époque pour un loulab (palme pour la fêle des Cabanes) : 
3 s. (1 a). 

Fêtes, deuil, jeu. — Nous avons aussi le tarif des réjouissances 
publiques et privées et celui des enterrements. Un ouvrier en 
bâtiment emprunte 5 sous pour la Pàque chrétienne n^n 
•£>pK3 * (4 6 a) ; d'autres emprunts sont faits pour célébrer la 
fêle du S. Suaire 2 , par exemple 40 s. (5 N 5a). Les emprunts sui- 
vants sont faits : pour aller a la chsvaucHce (chevauchée), 30 s. 
(4 4 g,) ; pour des fiançailles (rhblbs), 4 00 s. (4 8 a) ; pour les mé- 
nétriers aux fiança iUes de messire Bxhaîi (le prévôt de Ve- 
soul?), 2 ou 20 s. (31 If) ; pour des fiançailles, 40 s. (42 b), 4 1. 
10 s. (41 a) ; pour prendre femme, 4 1. (4 6 a). La pendaison de 
Martin (voir t. VIII, paragr. III) a coûté 40 s. (5#) ; enfin quand 
le prévôt (de Vesoul) s'amuse, il emprunte pour une bonne 
comyaigne 40 s. (5 b). 

Voici maintenant les enterrements : le fils du portier de 
Vesoul, le jour de la mort de son père, emprunte 3 s. (34 a) ; 
on est plus large pour l'enterrement d'une belle-mère, 40 s. 
(60 a) ; « pour l'enterrement de son beau-père », 40 s. (39a); 
Périn Richart pour l'enterrement de sa femme, 60 s. (42 b) ; 
pour l'enterrement de sa fille « mon maître mon parent » dé- 
pense 9 s. 4 d. (4 a); pour ceux qui sont allés à l'enterrement 
de Beinîe la dépense a été de 4 00 s. (4 6 a). 

Pour jouer (p-irriîb) on voit des personnes emprunter 4 s., 
20 s., 30 s., 40 s., 45 s., 45 1. (46 0, 20 a, 48 a, 20a, 20 a, 20a); 
34 s. prêtés pour jouer à Yauseine (ou anseine, osstine), I 45 a ; 
pour jouer aux tables û^opaB, II 55 a; on empiunte pour aller 
au tournoi de Montbéliard (54 0), au tournoi de Gateau-Cam- 
bresis(47#). 



» Voir t. VIII, p. 193. 

2 Une des formes de ce nom, que nous n'avons pas donnée au paragraphe III, est 
KW1TB (voir 40 a, 54 a, 55 a). 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV e SIECLE 33 

Divers. — Une course (de Vesoul) à Grail et Dole et retour, 4 s. 6 d. 
(6 a) ; une voiture pour aller à Châlons, 100 s. (15 à) ; 4 voiture 
pour 2 jours, 3 s. (4 6 a). 

Pour ■pb' 1 ^ letton, 40 1. (50 a); pour n^lb^nr» le Milonier, 
436 s. (10 a). On trouve, dans le dictionn. de Godefroy, les 
mots Melot, Melenier, mais sans explication. Bâillonner signifie 
soutenir avec des pieux (baile). Ici peut-être nom d'homme. 

25 voitures de bois, 100 s. (I 2 à). 

Essaies (lattes) pour couvrir une maisoa, 9 s. (16 a). 

Safran ûiS'-d, 4 s. (39 a). 

La ï-ia-na'p charrue (?), 5 s. (52*). 

Pour médecines achetées par maître Abraham, 15 s. (54 a). 

1 villier ou millier de pierres, 50 s. (16 à). 

Un 8'piib loiche (?), 20 s. (13 5). 
Sceaux et écritures. — Un sceau (acte) de 4 1. 2 s. coûte 2 s. (42 #, 
44 a) ; un sceau de 29 1. coûte 41 d. (46$) ; un sceau coûte 7 s. 
(56 a) ; un sceau de 140 1. coûte 21 s. (4 4 a), un sceau de 4 000 1. 
coûte 41. 4 s. (59 a) ; 

Une assolacion coûte 4 s. (47a); 23 s. (43*); 2 solacions 
coûtent 40 s. (43*). Assoler signifie exempter de toute charge 
(Godefroy). 



VII 
Taux de V intérêt. 

Les intérêts sont désignés par le mot mm, au pluriel rfimm 
(42 ô). 

On s'attendrait à trouver, dans nos manuscrits, de nombreux 
renseignements sur le taux de l'intérêt, mais il n'en est rien. Tan- 
tôt les intérêts sont confondus avec le capital, ce qui est pourtant 
assez rare ; tantôt, lorsqu'ils sont indiqués, on n'est pas renseigné 
sur la durée du prêt. Il arrive aussi que les intérêts de plusieurs 
sommes, prêtées à des époques différentes, sont totalisés sans 
qu'on puisse voir quelles sont ces sommes, ou enfin, comme dans 
le compte de Henri de Bourgogne, que les intérêts sont fixés 
d'après un arrangement à l'amiable avec le débiteur et une sorte 
de calcul approximatif. Quelquefois aussi il est question de prêts 
sans intérêt 1 , mais nous croyons que le plus souvent l'emprun- 



1 « Mon maître mon beau-frère » renonce deux fois aux intérêts dus à la société, 
42 b, à moins que les mots mmïl ib HtJD ne signifient « a donné quittance de 
l'intérêt. » Prêté « sans intérêt » mm Nb2, 31 « ; 75 1. prêtées ÙUrD « gratuite- 
ment », 36a. 

T. IX, n° 17. 3 



;^4 REVUE DES ETUDES JUIVES 

teur payait des intérêts; l'expression fréquente rï»n-D îatott ton 
nm tntt ne signifie pas, à notre avis, que le prêt était gratuit, 
mais que le calcul d'intérêts n'est pas encore fait ou que les inté- 
rêts ne sont pas encore inscrits. Ils étaient probablement inscrits 
dans un livre ou compte à part, présentant le compte des intérêts. 

Voici les seuls passages où nous ayons trouvé des indications 
sur ce sujet. 

1, f° 11 tf. — Pour un prêt de 4 1. (80 s.), il est remboursé 100 s., 
capital et intérêts, la durée du prêt n'est pas indiquée ; si elle était 
d'un an, ce serait un intérêt de 25 0/0. 

F 16 &. — « Nous devons » 25 s. pour intérêts de 24 1. perçus à 
la mi-carême, tandis qu'ils devaient être perçus seulement à (la 
foire de) Port en 5071 (1310-1311). 

F 42&. — Un débiteur paie 75 s. d'intérêts pour 25 1. prêtées à 
la Saint-Michel passée (29 septembre) et payées le 3 teçavvé 5071 
(mardi 26 janvier 1311) ; ce serait, si notre calcul est juste et si 
nous ne nous trompons pas sur les dates, un intérêt d'un peu plus 
de 46 0/0. Le calcul en fut fait devant le prévôt. 

F 45 &. — Le sire de Rougemont emprunte 431 1., mais ne rem- 
boursera que 411 L, et sur 300 1. du capital emprunté à la Saint- 
Georges 1306, il payera à la Saint-Georges 1307 la somme de 60 1. 
d'intérêts ; c'est l'intérêt normal de 20 0/0 adopté dans un grand 
nombre de pays au moyen âge pour les prêts des Juifs et des 
Lombards. Souvent cet intérêt légal était de 30 0/0. 

55 6. — Henri de Faucogney emprunte 200 1. et payera 60 1. 
d'intérêts par an ; c'est-à-dire 30 0/0. 

51 a. — 68 florins à la masse sont prêtés au sire Jehan Bon- 
valet par Lionet en 1 hananhtiiïl (25 juillet 1311); B. paie 24 1. d'in- 
térêts sur 60 de ces florins en vayakhêl 5072 (27 février à 4 mars 
1312), et sur 60 flor. du capital il remboursera 96 1. le 5 çav 5072, 
les 8 florins restants du capital étant représentés sur un autre 
compte. Il a payé encore l'intérêt des 60 fl. jusqu'en. . . (grattage) 
5073 (1313). Si l'intérêt de 24 1. pour 60 fl. à la masse ou 96 1. 
est pour un an, ce serait un intérêt de 25 0/0. Si c'était l'intérêt 
des huit mois écoulés du 25 juillet 1311 au 27 février 1312, ce 
serait un intérêt de près de 43 0/0. 



VIII 

Tableau des opérations faites par les Juifs. 

Les principales opérations de la société dont Héliot de Vesoul 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV e SIECLE 35 

était probablement le chef sont des opérations de banque, la 
société prête de l'argent à intérêts et tout le monde s'adresse à 
elle, depuis l'humble savetier et le domestique jusqu'aux person- 
nages les plus haut placés, les nobles, les barons, les membres du 
clergé, les fonctionnaires publics. Les femmes ne sont pas les 
dernières à demander les bons offices des Juifs, les emprunts sont 
tantôt considérables, tantôt ridiculement petits, ils se produisent 
dans toutes les circonstances de la vie, à propos des incidents les 
plus vulgaires comme des événements les plus importants, partout 
le besoin d'argent est immense et insatiable. 

Les Juifs ne sont pas toujours en mesure, il s'en faut de beau- 
coup, de répondre à cette perpétuelle demande d'argent, mais 
quand ils sont dans l'embarras ils trouvent à côté d'eux des prê- 
teurs chrétiens beaucoup plus riches qu'eux et auxquels ils ont 
recours. Ils empruntent principalement auprès de personnes qui 
.portent le nom hébreu de tniti^ (au singulier niais), avec les- 
quelles ils sont en compte réglé, tels que Othenin et surtout 
André, 9b, 10 a; Villemin cleMontbozon, 47 a, Guillaume de Ve- 
soul, 15 a; ils font d'importantes opérations de change (Epbn II a) 
avec André. Le mot ïtm désigne des personnes qui prêtent à in- 
térêts ou des usuriers, le sens du mot dans nos mss. est déterminé 
par un passage français qui se trouve au f° 41 a. Dans ce passage 
figure un Villemin « le lonbart » pour une dette dont le montant, 
sujet à contestation, est de 60 1. ou de 95 1. Or ce passage français 
est précédé d'un passage en hébreu où niais 'pab'^n « Vilmin 
nosché » paie, précisément à l'époque indiquée par la pièce fran- 
çaise, ces 60 ou 95 1. Il n'y a donc pas de doute, rrm signifie Lom- 
bard, les banquiers chrétiens auxquels les Juifs avaient recours 
étaient des Lombards. Villemin Lombard est encore nommé Gui- 
lame Lombart, 19 &, et Guillame Lombar, 41 b. 

Les sommes prêtées par les Juifs sont le plus souvent assez fai- 
bles, surtout dans le ms. I ; dans lems. II, on trouve généralement 
des prêts plus importants et M. Alfred Lévy a probablement raison 
de dire que les opérations des Juifs, d'abord assez petites, se sont 
agrandies et étendues avec le temps. Les prêts sont assez souvent 
de quelques sous seulement, même de 2 sous, 4 sous (6 a), 5 sous 
(3 a). Parmi les gros débiteurs compte le sire de Rougemont 
(45 b), qui doit une fois à l'association 431 livres, une autre fois 400 
livres; Gui deGrenans emprunte 300 livres (54&), Othenin de Saint- 
Loup, 356 livres 54 sous (54 b) ; Jehan de Saint-Loup, 425 livres 
(55 a); Henri de Faucogney, 200 livres (55 &); la dame de Montaigu, 
260 livres (56 a) ; le sire de Vienne, 400 livres (56 a) ; les plus grosses 
opérations de prêts sont faites avec le sire de Beljeu, qui doit une 



36 REVUE DES ETUDES JUIYES 

fois 1000 livres (59 a), Simon de Grenans (59 &, 60 a), une famille 
Hulot (7 a) et enfin André Lombard, qui, à un certain moment, 
avait reçu des Juifs, en divers versements, la somme de 1048 livres 
6 sous 11 deniers (9 &), mais il était en compte commercial avec les 
Juifs, de sorte que ses emprunts ont un caractère tout particulier. 
Une des personnes qui ont le plus souvent recours aux Juifs, dans 
les circonstances les plus diverses, est Henri de Bourgogne, dont 
on trouvera le compte plus loin. 

Aux opérations de banque la société joignait les opérations 
commerciales, surtout le commerce d'étoffes et de vêtements, 
qu'elle paraît avoir fait sur une grande échelle. Le f° II 4 a 
est tout entier consacré à un compte de ùipYi étoffes l dont le com- 
merce est fait, de compte à demi, à ce qu'il semble, avec un chré- 
tien nommé Périn Richart ; à la même page, il est question de 
toiles smtM) qu'on va chercher à Coiffy, de trpn étoffes transportées 
à Besançon, de draps ou vêtements û^aa dont les bénéfices 
semblent partagés tantôt avec Périn Richart, tantôt avec un 
chrétien nommé aïYptt Acherot. Les Juifs ont des voitures et 
des chevaux pour le transport de ces niarchandises ou pour 
leurs voyages dans la contrée, la dépense qu'ils font pour les 
transports des marchandises (iMd., pour les voitures) est con- 
sidérable. 

Une autre branche de commerce qu'ils faisaient sur une assez 
grande échelle est le commerce du vin, si prospère à cette époque 
dans le pays. Ils cultivaient eux-mêmes des vignes (isrosttD lMnMJ 
rtm« dirai*, "îmrro* 13 13b© dbs, 24 a) ou bien ils les faisaient 
cultiver par d'autres et prenaient la moitié ou le tiers de la récolte, 
selon qu'ils la partageaient avec un ou deux vignerons (23 ô, 
27 &, 25 a, 28 a). Souvent, à ce qu'il semble, ils faisaient aux vi- 
gnerons des avances sur la récolte prochaine ou payaient provi- 
soirement les impôts dus par les vignerons. De leur côté ils 
payaient régulièrement, tant pour les vins qu'ils faisaient que 
pour ceux qu'ils achetaient, la dîme ecclésiastique (lira* 8 &, dîme 
22 a), par exemple au prieur de Vesoul 2 (22 a). Deux tines fraichon 
paient 3 sous de dîme (22 a) ; 6 tines fraichon paient 20 s. de dîme 
(21a) ; 6 tines fraichon paient 1/4 de tine (27 a, 29 a), etc; 6 tines 
fraichon paient 1 setier (24 a) ; 9 1/2 tines fraichon paient 
12 channes de vin claret (24 a). Nous ne savons si le ott impôt 



1 Nous croyons que le mot signifie voiles, gaze, tulle. 

2 La dîme ecclésiastique était payée au prieur du Marteroy, parce qu'il était curé 
de Vesoul, Coulevon, Echenoz et Navenne. Elle était en moyenne de 3 pintes par 
2 tines. 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV SIÈCLE 37 

payé pour le vin est identique ou non à la dîme * : 7 tines fraichon 
paient un impôt de 1 tine de vin claret (2*7 &) ; 8 1/2 tines fraichon 
paient un impôt de 1/2 tine de vin claret 24 a 2 . 

La société paraît avoir été chargée par l'administration de perce- 
voir les impôts des Juifs et des chrétiens 3 . Ces impôts portent le 
nom de mania « dons 4 », et partaient delà Saint-Michel (45 a) et de la 
Saint-Etienne (3&). On voit les Juifs encaisser, en 1310, les « dons » 
de Jehan Leloup (13&), les « dons » des gens de messireVillamede 
Ghariez (29 &), en 1316 ; ceux de messire Geoffroy de Chemilly 
(29 &), en 1309 ; ceux des gens de Jean d'Oissans à Frotey et à 
Auxon (45 &), les dons de Yaivre (2a), de Vesoul (3 a), de Chariez 
(3 &); les dons des Juifs de Vesoul, de Vaivre et d'autres localités 
(3 &, 6a, etc.). Ils donnent quittance de cet impôt en échange de 
certaines quantités de vin qu'on leur livre (23 &, 28 a). a L'argent 
des bourgeois » û^-p^si m^a (3 ô) qu'ils remettent au prévôt et 
les « dettes des vilains » ou « villageois » d^nssïi n-ûin (43 &) sont 
peut-être aussi des impôts perçus pour le trésor. Ils ont un sac à 
part où ils renferment l'argent de l'impôt et qu'ils appellent le 
« sac des dons » (3 a), et une comptabilité à part tr'nBSîi t^dnd, 
dite « papier (compte) des vilains » pour l'impôt des vilains (2 ~b, 

3 6, 50 ô). Le produit de la perception était versé aux mains du 
prévôt (3 ô), lequel, à son tour, devait le verser au trésorier et, 
en attendant, le dépensait quelquefois (6 a). 

L'association était aussi chargée, à ce qu'il semble, de l'admi- 
nistration des communautés juives, car elle fait une fois un em- 
prunt de 30 1. auprès de Guillaume de Nods pour « les dépenses 
des communautés ». 

Est-ce tout? Non, la société prêtait souvent sur gages, et il 
arrivait assez fréquemment, sans doute, que le débiteur insolvable 
leur laissait le gage entre les mains, il fallait le vendre à tout 
prix, c'est ce qui fait probablement que l'association faisait pour 
ainsi dire commerce de tout : blé, suif, papier, cire (par exemple 

4 t>, 5 &), peaux et cuirs vendus aux cordonniers (6 &), souliers, 
harnais, ustensiles de ménage, cuillères (40 &) et fourchettes en 

1 Cet impôt est appelé, 22 a, l'impôt du prieur (de Vesoul) ; c'était donc probable- 
ment la dîme. 

a II semble aussi que les Juifs aient cultivé ou fait cultiver des terres, à en juger 
par le soin qu'ils prennent souvent à indiquer que les terres qui leur sont données en 
hypothèque sont des terres sombre (9 a), c'est-à-dire en jachère après la récolte du 
blé, ou sont prêtes à être récoltées (9 a). 

3 Ou peut-être elle achetait la ferme de ces impôts. 

4 Les habitants de la contrée étant de terre franche, ne voulaient pas payer d'im- 
pôts ; mais comme il fallait des revenus au prince, les états lui votaient un don gra- 
tuit. L'impôt, grâce à cette fiction, s'appelait encore ainsi sous les rois d'Espagne et 
jusqu'à la conquête de la Franche-Comté par Louis XIV. 



38 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

argent, gobelets et coupes (58 &), ceintures de prix, etc. Souvent 
le gage était un animal vivant, de là, sans doute, le commerce de 
chevaux, bêtes, bœufs et viande vendue à des bouchers (42 a) ; de 
là cette opération si fréquente de Y essai, essaim (21 &, 33 &, etc.) 
dont nous avons déjà parlé plus haut. De là enfin l'obligation de 
faire même le commerce des porcs, pour lequel les Juifs avaient 
cependant une certaine aversion. Nos Juifs vendaient des porcs 
(14&), une fois ils se proposèrent même d'en donner 4 en présent 
à un chrétien (36 a). 

Leurs opérations de prêt ou de commerce se faisaient ordinai- 
rement ou au moins très souvent en présence du prévôt ou de 
quelque personnage important 1 , qui attestait ainsi l'authenticité 
de l'acte passé entre eux et leur client. Richard, le prévôt de Ve- 
soul, figure tout spécialement dans ces circonstances (voir 50 &, le 
prévôt de Villers), son nom se trouve presque à chaque page du 
ms. II, il était même, pour certaines opérations, associé avec les 
Juifs et il n'y a pas de doute que sa collaboration constante n'ait 
été pour lui une source de grands bénéfices. Aussi est-il pour eux 
d'une complaisance extrême. Il va à Coiffy pour dégager rmsb les 
étoffes (4 a), il se dérange à cause d'un acliat de paille ndoïï (10 a), 
ou pour recevoir des aveux (concernant une dette?) de Messire 
Hugues de Vienne, à Jonvelle (4 a) ; son père Renaud des Bans se 
charge de leurs commissions (45 &) . Ils font avec Richard des af- 
faires de vins (27 a), paient ses dettes (6a), le paient pour d'autres 
(5 &), dressent devant lui des comptes d'intérêts (42 6), il inscrit de 
sa propre main dans leur registre un arrangement intervenu entre 
eux et Guillaume Lombard. Le prévôt de Beaume encaisse aussi 
des intérêts dus aux Juifs (42&). 

Les opérations, ou au moins celles qui ont quelque importance, 
sont constatées par un acte écrit qui s'appelle du mot hébreu bmn, 
sceau. Il est possible que ce mot signifie quelquefois véritable- 
ment « sceau » et non pas « acte », par exemple dans les cas très 
nombreux où l'authenticité et la valeur de l'acte contracté avec 
un client sont confirmées par le « sceau de la seigneurie » ou le 
« sceau de l'autorité » n*ntttt amn 8 a, 13 &, 45 &, 46 &, etc., ou 
par le sceau d'une commune (sceau d'Amance 37a, de Champlitte 
15 a, de Dôle 37 &, de Fondremand 46 &, de Gray 30 &, de Vesoul 
52&, etc.), ou bien par le sceau d'un personnage, d'une institution 
ou d'un fonctionnaire important, tels que le prévôt 16 6, le tréso- 
rier, trasorier (de Besançon 2 ?) I 46 & ; X officiai (de Besançon) 

1 Quelquefois le maître d'école, 51 b. 

2 Le trésorier de Vesoul était le représentant du domaine des comtes de Bour- 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV SIÈCLE 39 

51 a, 55 a, 56 o ; le "pan doyen (?) de Besançon I 46 &, la vicairic 
(de Luxeuil 1 ?) 16 6, la couvant, couvent (de Tresilley 2 ?) 58a. 11 y 
a des « sceaux » ou « actes » ouverts mna dmn 47 a, 50 6, des 
sceaux ou actes fermés -nao ûmn 45 6, 47 a, ou scellés ûmn ùmn 
47 a, 47 & ; un « petit sceau » "pp smn est mentionné 42 &. Une 
quittance s'appelle Tiofi» ûm'fi 49 7;. Quand une opération était 
liquidée, on rendait les actes aux débiteurs,, par exemple à Henri 
de Bourgogne, 54 a. On a vu plus haut ce que coûtait la confection 
ou l'authentication des actes (3 &, 43 6) 3 . 

Le plus souvent (ou toujours) l'opération était encore attestée 
par des témoins n*, d^y, nw (à chaque page, voir par exemple I, 
31 a) y quoique ces témoins ne soient pas toujours mentionnés dans 
nos registres. Elle était garantie de différentes manières. Il y 
avait d'abord les « garants » nn?, D'à*-):?, l'acte de donner la cau- 
tion s'appelle [n]-û"i3> I 36 a ou garantise 55 &. Il y avait encore 
un garant du garant appelé en hébreu rrato « qui rend bon » 156, 
II 44 a ; quand il y avait plusieurs garants solidairement respon- 
sables, on disait que l'un garantit pour l'autre î-jï h^ûk TiX 56 a. 
Nous ne savons au juste ce que signifie le mot hébreu abrégé "nr 
(et "-nr) dans des phrases comme celles-ci : « Est "w le doyen 
de Galmoutier 18 & », « est 'w » un tel « et s^tt » un tel I 56 ; 
« est signataire ûnnn » un tel « et "m* » un tel 43 a. Serait-ce an* 
pour nny, garant ? Ou plutôt le mot aurait-il la forme passive 
parce que les garants de cette espèce engageaient non seulement 
leurs biens, mais leurs personnes, et promettaient de se consti- 
tuer prisonniers, à titre d'otages, en cas de non paiement de la 
dette? Le mot serait alors la traduction hébraïque du mot otage. 
Des débiteurs et des garants promettent ainsi de se constituer pri- 
sonniers à Vesoul, en qualité d'otages, ostages 18 a, otages r'51&, 
otaige 60 a. Ceux qui violent cet engagement sont forostagiés, 
51 6. La garantie se donnait pour tout ou partie de la dette, pour 
le capital et les intérêts ou pour le capital seul 59 a, elle se par- 
tageait quelquefois entre plusieurs personnes qui acceptaient cha- 
cune de garantir une partie de la dette 59 a. Il arrivait quelquefois 

gogne à Vesoul, celui de Besançon doit être le trésorier du chapitre métropolitain, 
ancien propriétaire des dîmes de Vesoul. 

1 La vicairie de Luxeuil était tenue par un prévôt moine, représentant ou vicaire 
de l'abbé de Luxeuil, seigneur souverain de sa terre. 

2 Ou peut-être le petit couvent (monasteriolum) près de Tresilley, et dont on a fait 
Montarlot l'abbayotte. 

3 D'autres opérations de ce genre sont le camerinage 60 a, la solacion ou assola- 
cion dont il est déjà question plus haut, les récréances (pour achats de chaudrons ; 
pour bêtes) 41 b, 48 b. La récréance est une main-levée (S. Palaye) ; le chambellage 
ou chamberlinage (S. Palaye, Godefroy) est le droit payé par le vassal quand il entre 
en possession d'une terre. 



40 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

qu'une personne se substituait à une autre comme débiteur et pre- 
nait ses lieu et place lifatt "mn TO2 57 a, certaines personnes 
avaient pour principe de ne pas donner caution pour une autre 
rrn^y ww i^n et aimaient mieux, pour aider le débiteur, prendre 
ainsi sa place 1 29 &, 39 a. 

Une autre garantie consistait dans les gages et hypothèques 
fournis au prêteur. On a déjà vu que l'association prenait des 
gages de toute espèce, des ceintures 50 &, des fourchettes niitp 
en argent 50 &, des chaudrons de cuivre mnn» 41 &, des étoffes 
10 a, 40 a, des vêtements 31 a, un surcot 41 &, des cuirasses 
55 &, des selles, des bijoux, une enclume (a'im's forge) 34 &, etc., 
même des objets du culte, malgré la défense des conciles, des 
croix probablement ou des images saintes, îbtt Srwinîn * 30 a, 
•nmbbp 31 a. D'autres fois, les gages étaient des bêtes vivantes, 
bœufs, chevaux, etc., qui pouvaient rester chez le débiteur à 
condition qu'ils ne disparaîtraient pas, 51 a. La garde ou con- 
servation de ces gages morts ou vivants devait être assez coûteuse 
et augmenter considérablement le taux de l'intérêt. Des frais pour 
gages sont souvent mentionnés (23 sous 55 a, 9 1. 15 sous 40 &; 
45 a, I 9 a). Les gages restent quelquefois en dépôt chez un chré- 
tien, 40 &; chez le prévôt, 52 a. Les gages en bijoux ou petits ob- 
jets précieux sont conservés, sans doute, par les Juifs, ils ont 
pour cela une boîte nmn 43 a, une aumônière, 38 &. Enfin, la 
créance était quelquefois garantie par une hypothèque sur des 
maisons, terres, vignes, champs, vergers, 8 a, 15 a, 35 &, 40 a. 
Quand le débiteur ne paie pas, il va sans dire que les gages 
sont vendus, le prieur de Vesoul lui-même est exécuté et ses 
gages vendus, 10 a. 

Il semble qu'en général les rentrées se faisaient sans difficultés, 
grâce à l'esprit de conciliation dont les Juifs étaient animés et 
dont on trouve de nombreuses preuves dans nos manuscrits. Ce 
n'est que deux ou trois fois que nous avons rencontré la mention 
de poursuites judiciaires pour la rentrée des créances : le sire 
d'Etrabonne est « poursuivi » vhv spn-ib 59 a, le « ban » est pro- 
noncé, pour dette, contre le sire de Vergy winîib 59 a, les vi- 
gnes d'un débiteur sont saisies lass? (14 a) par l'intermédiaire du 
doyennet (de Vesoul 2 ?). 

Les opérations se faisaient avec une grande probité de part et 
d'autre. Quand il y a erreur de la part de la société, l'auteur des 

1 L'auteur ajoute que ce gage a été rendu. 

2 Au xiii siècle, le maire de Vesoul portait le titre de doyen. Le doyennet pour- 
rait bien être un sergent du maire, qui était officier de justice jugeant les petites 
causes. 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV SIÈCLE 41 

mss. a soin de le noter, comme il le fait dans un compte d'intérêts, 
49 &, dans un passage de I 46 &, et ailleurs. La confiance de leurs 
clients en eux était grande : l'un d'eux leur remet un jour un sac 
d'argent où il manquait une certaine somme et qu'ils oublièrent de 
vérifier en sa présence, « et il ne voulut pas que cette somme fût 
comptée comme payée, mais il accepta notre parole » , 7 a. Leur 
confiance est quelquefois trompée : Jacot le colporteur bsvi leur 
vend 6 tines d'huile qu'ils paient, et n'en livre que 3 tines 2 pintes, 
41 a ; ils paient 24 sous des souliers qui ne valent que 20 sous, 
34 &; ils ont des débiteurs insolvables, 50 a; un de leurs débi- 
teurs nie sa dette, 11 &; d'autres font de faux serments, 30 a, 
I 31 a ; mais ce sont des cas rares et le plus souvent les opé- 
rations se liquident à la satisfaction des deux parties. Les re- 
lations des Juifs avec les chrétiens paraissent avoir été très 
bonnes, Henri de Bourgogne venant un jour à Vesoul, en 1312, 
passe la nuit dans la maison d'un des Juifs, chez Héliot probable- 
ment, 54 a. 

On a pu se convaincre, par tout ce qui précède, que la compta- 
bilité des Juifs était tenue avec beaucoup de soin et une exactitude 
scrupuleuse. Elle n'était pas aussi commode que fidèle. La des- 
cription sommaire que nous en avons donnée au commencement de 
ce travail montre que les principes de la comptabilité moderne 
n'étaient pas encore inventés. Nous complétons cette description 
par quelques renseignements de détail. 

Nous avons déjà dit que les deux registres qui sont parvenus 
jusqu'à nous ne forment pas à eux seuls un système de comptabi- 
lité complet. L'association n'avait pas seulement d'autres livres 
de comptes, plus anciens, dont les résultats ou totaux ont été 
reportés en partie dans nos deux mss., elle avait aussi d'autres 
livres de comptes, parallèles à ceux que nous analysons, servant 
à les expliquer et compléter. Ces registres s'appellent nrû « écrit» 
et n^aaa varier. L'auteur mentionne les « registres anciens » 

49 &, le « registre qui précède celui-ci » 1 21 &, « le 3 e registre an- 
térieur à (ou auxiliaire pour) celui-ci îiîb TO"»btt3rt srûïi » 45 &, 
« l'autre registre » où les choses sont exposées au long, en détail 
33 a, 33 &, 42 a, etc. ; d'où les comptes sont copiés 6 &, 17 ~b 
(voir aussi ^nasttt *p 20 a), ou d'où le solde est reporté 11 &, 
ou dans lequel se trouvent inscrits les gages et cautions I 9 &, 
10 a, 12 a. Il y a le papier des vilains, 2 &, 3 & ; le papier ancien 
des vilains, 50 1) ; le papier du vin, 41 1? ; le papier de « mon père », 

50 a, l'écrit (compte) de Vivant de Besançon, les comptes de Cha- 
riez, Châtillon, Vesoul, etc., 3 a, 45 a, 38 a. David de Montmo- 
rency a un rôlet 1 &. Il y a un registre en papier rouge, 1 15 a, 



42 REVUE DES ETUDES JUIVES 

16 a, 22 a, etc., d'où l'auteur copie des renseignements, I 22a, 
33 a ; enfin un registre en papier neuf de coton, I 27 &. 



IX 

Divers. 

Histoire. — Nos manuscrits ne contiennent que très peu de 
renseignements historiques, à peine quelques allusions très vagues 
aux guerres dont nous avons parlé dans l'introduction de ce tra- 
vail, aux luttes des nobles entre eux, aux désordres politiques. On 
les trouvera la plupart dans le compte de Henri de Bourgogne 
dont nous donnons un extrait plus loin. On voit une fois le 
prévôt Richard aller à Jussey pour arrêter les bourgeois taisnb 
d'WW 5 1? ; l'année de l'exil wnan rûffl est mentionnée au 
f° 18 a, c'est sans aucun doute l'expulsion des Juifs de France 
en 1306. Enfin on voit Guillaume de Maizières arrêter les gens 
de Frotey à cause dune querelle (?) 'jWdî-j "tfn en liodaschim I 
et II 5071, 45 &. 

Voyages. — Les voyages forment un chapitre assez important 
de l'histoire de notre association et de leurs clients. Les déplace- 
ments sont nombreux et fréquents : on va en Allemagne, 47 &, 
52 a ; en France, 15 a ; en Flandres, 10 a ; à Bàle, 52 a ; à 
Cateau-Cambresis, 47 h ; à Malines, 9 o ; à Remiremont, 14 a ; à 
Paris, 4 a, 39 &, 40 a, 43 & ; à Saint-Quentin, à Troyes, 15 &. 

Mœurs. — Nous avons déjà fait remarquer que la passion du 
jeu était très répandue à cette époque, les prêts faits pour le jeu 
sont très nombreux, et lorsque Henri de Bourgogne vint une fois 
à Vesoul, il emprunta immédiatement de l'argent pour jouer. Le 
concubinage était aussi très fréquent. A chaque instant on trouve 
un homme b^ns qui vit en concubinage avec une femme mariée 
(32 a, 34 a, 36a, I 4a, 21 &, 24 a, 31a; André des Bans avec la 
dame d'Our, 35 a) ou des concubines bttû qui vivent avec des 
hommes mariés (I 34a, 36 a). 



X 

Personnages avec lesquels les Juifs sont en relations. 

Nous avons déjà dit que les Juifs eurent des relations avec 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV e SIECLE 43 

toutes les classes de la société, depuis les personnages les plus 
élevés jusqu'aux humbles domestiques. Les noms des personnes 
avec lesquelles ils sont en contact se comptent par milliers : les 
uns sont des prêteurs, d'autres, et le plus grand nombre, des em- 
prunteurs ; d'autres des témoins, des garants ou cautions, des 
associés, etc. Nous avons choisi dans cette vaste collection de 
noms ceux qui nous paraissent avoir quelque intérêt par l'im- 
portance des personnages qu'ils désignent ou par l'enseigne- 
ment historique ou philologique que contient ce nom. Voici 
notre liste. 

La Noblesse. 

Sous le nom hébreu de «-na « seigneur », féminin rPIŒ, qui pa- 
raissent être la traduction des mots français ntid sire, an^E mes- 
sire, afti et totem dame, nos manuscrits désignent un certain nombre 
de personnages dont voici les principaux : 

Le sire tiû : d'Arguel 33 5, d'Auxon et Bugnon 56 0, de Bard-les- 
Pesmes 58 5, de Beljeu 40 5, 53 0, 59 0, de Cambron 43 5, de 
Châti lion-sur- Seine 45 5, de Chauvirey 15 à, de Couches 59 0, 
d'Etrabonne 59 0, de Faucogney 60, 14 5, etc. ; de Flagy 60 b, 
de Gray 59 b, de Gouhenans 49 b, de Lafauche 6 0, de Montaigu 

56 0, de Montfaucon 40 b, de Montmartin 46 0, d'Oiselay ou 
Oisilly 51 b, 57 b ; de Pesmes, 58 b, 59 ; de Rans 15 0, de Rou- 
gemont 45 b, 58 ; de Saint-Igney I 22 0, de Vergy 50 b, 52 b, 

57 b, 5805; de Vy 3 b, de Vienne 59 0, de La Villeneuve 14 5. 
La dame : de Colombe 8 b, 9 0, etc. ; d'Echenoz 15 b, d'Etielle 14 0, 

de Faucogney 11 0, 39 5, 55 5; de Flagy 60 5, de Montfaucon 
56 b, de Mirebeau (femme du sire de Vergy) 57 b, 58 ; de Mon- 
taigu 14 5, 56 ; de Navenne 21 5, I 21 ; d'Our 9 0, 350 ; de 
Rans 15 5, de Rougemont 45 5, de Saint-Nicolas 56 0, de Sa- 
voyeux 8 0, 19 b ; de Vy 56 0, de Vellexon "p^bii, 52 0. 

La dame rtN'W l Joye, 17 5 ; «aiN^ Giote \ 9 ; abis Gole (?), 
femme de messire Jehan de Vy, 46 b ; Marguerite de Velle-le- 
Châtel, 29 0, 48 b. 

Un certain nombre de personnages sont désignés sous le 
titre hébreu de aitfDa « chef, prince » , qui marque un rang su- 
périeur à celui de — iit5- Nous aurions volontiers traduit ce mot 
par « comte », « duc », mais il ny avait, à cette époque, ni 
comtes ni ducs dans la Franche-Comté. Si d'un autre côté on 
considère qu'on trouve sur le même feuillet le ^ir> et le joiES 
d'Auxon et Bugnon 56 0, la n'nttD et le fi^ttii de Vy 56 0, on 
pourrait admettre que l'auteur emploie indistinctement le mot 
lis et le mot &rn2îi pour désigner un seigneur. D'un autre 

1 Abréviation de Marguerite, Margot. 



44 REVUE DES ETUDES JUIVES 

côté, ce que les historiens du pays, tels que M. l'abbé Morey, 
savent des nacis désignés dans notre liste, oblige d'admettre 
que le ^ « sar » désigne ordinairement un haut baron, tandis 
que le naci n'est qu'un maire ou chevalier de moindre impor- 
tance. Nos sars sont dans de grandes résidences féodales, les 
nacis ne demeurent que dans de petits villages. 
Les « nacis » mentionnés sont le naci de : Auxon et Bugnon 56 a, 
Authoison 19 a, 24 5; Villemin de Santoche, ancien naci de 
Beaume-les-Dames 43 a ; Vinot, naci de Ghariez, 4 5, 3 5, 6 a, 
etc. ; Villemot, naci de Colombe 1 1 3 a ; Hugenot, naci de Com- 
berjon32a; Pernot, naci de Courlevon 34 a; Vinot, naci de 
Grevenel 43 a ; Pernot, naci de Dampvalley 1455; Pernot, naci 
de Frotey I 1 a ; le n. de Gray-la- Ville 57 5 ; Villemin, n. de 
Lademie I 25 a; Evier, naci (maître) de l'hôpital de Liévans 
I 20 b ; le n. de Maizières 51 a ; la na^ de Miseré 51 a; Pernot, 
n. de Montoilles 44 b; Gérart, n. de Noroy I 25 5; le n. d'O- 
vanches 46 a ; le n. de Vallerois I 22 5, 32 b, Ua; Villemin, 
n. de Vallerois I 32 a ; Vinot, n. de Vellefaux I 32 a, le n. de 
Vy 56 a, le n. de Viller-le-Sec I 42 b. 

Les personnes suivantes sont mentionnées avec le titre de sire ou 
de messire : 

André des Bans 31 b, il est gendre de Henriot de Dampvalley 39 b ; 
Andrier 31 5, 32 5; Bénie de Breule Mb, 56 5, Berto de Brottes 
1b, ynyv?p Ghertin 53 a, Etienne de Ghâteney 40 5, Eudes de 
Faverney 45 a, Eudes de Savoyeux 20 a, Butes de Vy (&ô-n) 
24 5, Eûtes de Vy 15 5, Eute de V. 29 a, 24 5; Gosselan (Gos- 
selin) 18 b, Geoffroy d'Auxelles 46 a, G. de Faverney 56 a, G. 
Levafre 15 5, 33 a; Guichard de Bourhonne 56 5, Girart de 
Bards 58 b, 59 b ; Girart de Chauvirey 52 b ; Girart de Vaite 
60 b ; Gui de Grenans 49 a, 54 b ; Gilles de Noidans I 46 b, Henri 
de Bourgogne 53 b, 54 a, Henri Laborne 41 5, 46 5; Henri 
de Vergy 59 a, Hugues de Bourgogne 10 a, 45 b, 46 b, 47 a b 
(nommé aussi Hues de B. 6 a ? comparez Hue 4 8 b) ; Hugues de 
Chariez Mb, H. de Ghargey 28 5, H. de Savoie 10a, H. de 
Segrain 49 5, H. de Vienne 5 5, 58 b ; Jacques de Marteroy 5 b, 
Jacot de Maizières 39 a, 43 a; Jacques Lemaigre 41 a, Jacot 
Bataillart de Chassey I 1 a ; Jean d'Argillières 3 a, Jean Bon- 
valet 3 5, 51 a ; Jean Bonnefois 27 5, Jean de Châlons 55 5, 
Jean fils de la dame de Colombe 10 5, J. d'Etrabonne 58 5, 
J. Grassot d'Oisilly 58 5, J. Letête 22 a ; J. de Scey 52 5, J. de Vy 
46 a, J. de Tresilley (jure faussement de donner l'acte du cou- 
vent) 58 a ; Mantel de Colombe I 45 a, Olivier 25 5, 28 a ; Pierre 
de Colombe I 45 a ; P. d'Orchamps qui a été n^b'n 51 5, P. de 
Frotey I 1 a, Renaut des Bans 18 a, 45 5 ; R. de Moulans 16 5, 
Robert de Choisy 60 a, Simon de Grenans 5 b, 59 5, Tibaut, 
Tiébaut de Beljeu 59 a, T. de Vaire 57a, Tierry (de Colombe?) 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV e SIÈCLE 45 

7 a, \m$rny\ Villame de Buffignécourt 52 #, V. de Chariez 4 b, 
24 a, 59fl ; V. de Lambrey 60 d, V. de Vesoul 43 «. 

On nomme encore le châtelain de Jonvelle 50 #, Hugenin, 
châtelain de Montaigu 56 #, le châtelain de Roulans 7 a b, le châ- 
telain du château (de Vesoul) 18 a, Guillaume Perdrix, châte- 
lain du chastelet de Vesoul 1 b, 9 a, 47 #; la chastelaine (sa 
femme) Mb, Hugot Leperdrisot, leur fils, 18a, Jean Lenfant, 
leur gendre 4 8 a. 

Sous le titre hébreu de -nrn jeune homme, qui pourrait bien dé- 
signer un page ou le titre de damoiseau, sont nommées un cer- 
tain nombre de personnes dont la liste suit : 

Un petit-fils de messire Eudes de Fouvent 45 a, Gérart de Meur- 
court 55 b, les « bahurs » de Meurcourt 55 b, Giot ^N'a^NT 
d'Argens, « bahur a du sire de Vergy 58 £, Giot de Cresancey 
57 b, Giot de Vaivre 59 b, Guillaume de Vandelans 55 b, Jean 
d'Abbans 54 b, Jean de Betaucourt 50 b, Jean de Ghevigney, 
chamberlant de messire Jean de Ghâlon 55 #, Jean de Mon- 
treuil, demeurant à Grail 57 b, Jean de Jonvelle 50 b, Jean 
des Ormes 52 a, Odot de Corcelles 57 a, Odot de Scey 51 b, Périn 
de Vy 57 b, Pernot de Colombe 46 a, Tiébaut de Rougemont 
45 b, Tierry de Vezet 56 a. 

Le Clergé. 

Les curés sont désignés sous le nom hébreu de nb^ ou sous le nom 
français de i-p'np curé(\9b, 20 a, etc.). Nos manuscrits nomment : 

Le curé de : Andelarre 33 #, Calmoutier 9 a, 18 b, etc., Chariez 21 a, 
Colombe 1 42 #, Fleurey 44 a, le curé de Gévigney, demeurant 
à Echenoz 4 6 #, Gévigney I 41 a, Juvigny I 40 a, Lademie I 9 a, 
Mailley 30 a, 36 a, 59 a, Saint-Igney 21 a, I 23 a, Vaivre 3^, 1 43 a, 
Vellefaux 4 b, I 5 b, Vesoul I 43 a, La Villeneuve 59 a. 

Messire Bertin, curé de Velle-près-Luxeuil 39 a, le curé fils de Bonne- 
fois 33 a, ttftvnp Cuns ou Coins, curé de la dame de Montaigu 
56 a, messire ^rm Denis (ou Donis), curé de Hugues de Bour- 
gogne 47 b ; Eudes, curé du seigneur de Rougemont 45 # ; mes- 
sire Eûtes, frère de Simon de Grenans, curé astriarque (ou 
astriarche l ) de Bassigney 60 a ; Garin, curé du trésorier de 
Besançon I 46 # ; messire Gui, curé de Dampvalley 1 12 a, 46 b; 
Henriot Angoulot aibiJûN Bli^OTr, curé de Mons 46 b ; Hugues, 
curé d'Authoison 47 a ; messire Hugues, curé de Breurey 43 a ; 
Jacques, curé de messire Hugues de Bourgogne 47 a ; messire 
Jean, curé de Frotey I 3 # ; messire Jean, curé de Lademie 
I 36 a ; Jean, curé du Petit-Port de l'école de Vesoul (ou en- 
core : maître Jean, curé de l'école de Vesoul, et Jean, curé, 

1 Nous ne savons ce que signifie ce mot. Peut-être chef de doyenné ? 



46 REVUE DES ETUDES JUIVES 

maître de l'école de Vesoul) 31 a; messire Geoffroy, curé de Dôle 
43 b, Lemigre (ou Lemaigre), curé (à Vesoul ?) 1 3 b ; messire 
NtJ*^)j Mise, curé de Lademie I 24 a ; rnessrre Nicolas, fils du 
forgeron de Colombe \'6b; Pierre, curé du chastelet, emprunte 
pour sa dame, la dame de Faucogney, 39 b, 46 ^ ; Simon, 
curé de Frotey t B g; messire Villame, curé du Marteroy 5 b ; 
messire Villame, curé de Nods 30 a ; le curé Villemin, de 
Flagy 47 a ; Vinot,, curé d'Auxon 46 b ; le curé fils de Vinot (de 
Vesoul ?) 34 a. 

Il faut remarquer que nos mss. emploient le mot curé, 
comme on fait aujourd'hui, pour désigner les prêtres et non 
exclusivement les vrais curés chargés de l'administration 
d'une paroisse. 

Parmi les autres ecclésiastiques ou les religieux dont nous avons 
trouvé la mention dans nos registres, nous citerons les suivants : 

Les abbés appelés du mot hébreu b^nN, b"N J . L'abbé de Bithaine 1 b, 
l'abbé de Bèze 58 a, l'abbé de Gherlieu 30 a, 50 b, 57 b ; l'abbé 
b^^N de Thuley emprunte 150 livres 59 b ; l'abbesse nbnN de 
Noroy 34 a. 

Le vicaire, curé de Ghassey 26 a, le vicaire de Dampierre 59 a. 

Les religieux des abbayes, prieurés, etc., paraissent désignés sous 
le nom hébreu de ^15, EiTB'Di on trouve les û' i n^'i^ religieux 
de (l'abbaye de) Cherlieu 3 b ; André, ntt"D de Faverney, 53 b ; 
messire Henri *\i27D d'Eschenoz, 20 # et. I 36 a ; Simon de Lon- 
gevelle, n^s de Luxueil, 43 b ; un n?:"û Simonin, 20 a. On ne 
peut pas affirmer néanmoins que dans tous ces passages le 
mot hébreu ait toujours le même sens de « religieux ». Sur un 
cordelier, voir plus loin, au paragraphe des professions. 

Sont désignés aussi : le prieur de Bèze 59 a, du Marteroy 5 b, 10 a, 
\Ç>a, 30 a; le pr. de Pesmes 53 a ; le pr. de Port-sur-Saône 53 #, 
le prieur de Vesoul (c.-à d. le prieur du Marteroy,) 9 a. 

L'official, 55 b, 56 b, 59 a ; l'official de Besancon, 58 a ; le doyenné de 
Vesoul \ b, 3 a, 6 a, etc. ; le doyen (de Vesoul ?) 6 b ; le doyen 
de Galmoutier, 18 b, 33 b, 35 b, 43 a ; le doyen de Ghariez, 3 b, le 
doyen de Vaivre, 1 b, 6 a, 39 a ; le grand-doyen de Besançon, 
56 a. Parmi ces doyens, il n'y avait que le grand-doyen de 
Besançon et le doyen de Galmoutier qui eussent des fonctions 
officielles de doyens. Les autres doyens de notre liste, si ce 
sont des ecclésiastiques et non des fonctionnaires civils, rece- 
vaient peut-être abusivement ce titre de la population et 
étaient, sans doute, des curés. Sur les doyennés, voir Carte de 
V ancien diocèse de Besançon, dressée par {l'abbé) Morey, s. 1. n. d. 

1 Voir le b3N abbé de Gluny dans l'article de M. Zadoc Kahn, Revue, III, p. 13; 
cf. Steinschueider, Catal. des mss. hébr. à Hambourg (1878), p. 176. 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV e SIECLE 47 

Frère Domange, convers de (l'abbaye de) Bithaine 56 #, 57 a (il est 
artisan à Gy) ; le convers Genier de Bitbaine 31 b, le cellerier 
de Bitbaine 7 b ou 8 a ; frère Villame, cordonnier, de (l'abbaye 
de) Glairfontaine 50 b ; l ja ta ï Ban (doyen ?) Henri, procureur \ de 
Clairfontaine 50 b ; frère Robert de Leynes I 34 a, frère Gui de 
Rans 52 b, frère Gui, convers de Vaivre 43 a. Faut-il placer ici 
le boutelier de Tromeliart 53 a ? 

La fcwm béguine de Besançon 15#, 51 # ; Béatrice, la béguine de 
Noroy I 7«, les templiers (?) de Jussey (V^'j ?) 56 b ; le 
chantre de Vesoul 9 a. On ne connaissait pas, jusqu'à ce jour, 
l'existence d'une abbaye à Noroy. Il n'y avait pas de templiers 
à Jussey, mais les templiers possédaient des biens à Cem- 
boing, près de Jussey. 

Les Fonctionnaires civils. 

Le mot hébreu Tps signifie prévôt, cela ressort clairement d'un 
passage de I 39 a, où ce mot est traduit par prévolt, et du 
passage français de II 41 b, où Richard, paMd de Vesoul, si 
souvent nommé dans nos documents, est appelé prévôt. Les 
prévôts nommés dans nos manuscrits sont : 

Le prévôt d'Amance 37 a ; le prévôt de Baume-les-Dames 
37 a, Jehan de Glairvaux, prévôt de Baume-les-Dames 38 ù, 
Jeaninot de Verne, prévôt de Baume-les-Dames 30 #, le prévôt 
du Fail 43 b, de Fondremant 9 a, Garât (ou Gourât ?) prévôt de 
Foulnay 56 #, le prévôt de Grail 43 b, 50 #, etc., de Grail-la- 
Ville 57 b, du Jussey (?) "vaj^l'Jni; 43 b, messire Nicolas, prévôt 
de Luxeuil 38 a, le prévôt de Montcey 11 b, de Montjustin 24 b, 
Forvi, prévôt de Traves 30 a, etc., le prévôt de Verissey 50 #, 
Richard, prévôt de Vesoul, très souvent nommé 3 b et suiv. ; 
Renaud, son beau-frère I 26 à, le prévôt de Scy ou Scey 50 à ; 
Isabelot, la femme du prévôt riT'ps (de Galmoutier ?) 42 b, la 
femme du prévôt de Ghariez 3 b, celle du prévôt de Vesoul 5 b. 

Le Baillif de Villers-le-Sec est nommé I 9 a et 11 a, mais c'est un 
nom propre d'homme et non une fonction, car il n'y a jamais 
eu de bailli à Villers-le-Sec. En revanche nous croyons que le 
mot 3>bn signifie bien bailli. Sous ce titre sont nommés : 
Molin, 3>bn de Gray 42 a, 59 b ; Giot, 3>b^ du Besançon 50 a ; 
rwa c.-à-d. la femme de y^n de Besançon 50 #. Il reste ce- 
pendant à expliquer, dans l'hypothèse que 3>bn serait le mot 
bailli, l'expression « Vinot, notre 3>bn, de Gy » 42 a. 

Messire Richart, vaucaire de awi'n'D Frêne 56 b ; messire Richart, 
vaucaire 1 # ; le vaucaire de Henri de Bourgogne 54 a ; la 
vaucairie, plusieurs fois nommée au f° 50 b. Le vaucaire doit 
être un officier d'écurie ; le connétable de Bourgogne s'appelait 
vaucaire. 

1 Le procureur ou cellerier était régisseur et économe des maisons des religieux. 



48 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Le pis trésorier de Bourgogne 6 a ; Etienne Piedot a-nfros, trésorier 
de Bourgogne 56 b ; le trésorier de Bourgogne 5 b ; le "pis 
trésorier de Besançon 52 b, I 46 b. Voir Morey, la Vigne, etc., 
p. 432. 

Le )rJb'0 « gouverneur » de Laroche 1 8 #, 1 9 # ; le •pabiû « gouver- 
neur » vient (à Vesoul) 3 b, le prévôt Richard va à sa rencontre 
à Gray. Puisqu'on va à la rencontre du gouverneur dans la 
direction de Gray, le Laroche ne serait pas, comme nous 
Pavons supposé au paragraphe II, Laroche-sur-POgnon, mais 
peut-être La Roche-en-Breuil (Côte-d'Or). 

Le chancelier de Vesoul 9 a ; de Ghassey 9 a. 

Le chamberlant (chambellan) de messire Jehan de Ghâlons 55 b ; Vil- 
lemin, le chamberlant de Montbozon 47 a. 

Le tabellion d'Amance 53 b. 

Messire Pierre d'Orchamps, qui a été n^bfa 1 51 b, 52 a. 

Nous ne savons ce que c'est que le mot otn employé dans les ex- 
pressions suivantes. Serait-ce Phébreu « énosch », homme 
(homme-lige ?) ? On trouve un « énosch » du prieur de Port 
52 a, un « énosch » de Henri de Bourgogne 54 a, un autre de 
Hugenin de Fouvent 60 a. 

Professions, Lombards, etc. 

Il n'est pas sans intérêt de voir quelles sont les professions dési- 
gnées dans nos manuscrits. Nous donnons ici la liste de quelques- 
unes d'entre elles : 

Ecuyer I 17 #, essalier I 30 b, bourrelier 54 #, bouvier 24 #, boulan- 
gier 50 #, jonglier* I 21 b, rm tondeur 45 #, mi^ et rwn pê- 
cheur, pêcheuse ; bmn cordier 32 a, 35 b, peut-être cordelier 
(religieux) ; n^n et irnsn I 30 a ; aiin tailleur 20 a, 30 «, etc. ; 
tisserand I 1 3 b, 4 5 a ; tavernier 49 b ; nDlTD lavoiresse 3 36 b, mar- 
chan, marchans, fréquent; jxin *p£Ntt 173115 )Mi^ I 4 a, « il s'ap- 
pelle Jean et est maçon » ; marglier 4 1 16 a, rp» « qui fait les 
saignées », meunier, meunière I 29 a b, Il 14#, 25 a ; ménétrier 
31 b, marchand de vin 44 b> marchand de volailles msir 36 b, 
n:o charpentier 3 b, ûnnre, mEinm boulanger, boulangère 20 a, 
2#, nD3 forgeron 6 #, etc., nmo marchand 39$, ^dd barbier 
40 a, le barbier de Hugues de Bourgogne 47 a ; un homme qui 

1 Dans le Schébet Jehuda (édit. Wiener, p. 5), il est question des mesures prises 
par le ""llitbfà de Toulouse contre les pastoureaux, en 1320. D'après les chroniques 
du temps, ce fut le sénéchal qui prit ces mesures ; il en résulterait que *")ltbft aurait, 
au moins dans ce passage, le sens de sénéchal. Jean de Vergy était sénéchal du 
duché de Bourgogne en 1291 ; Grappin, p. 33. 

2 Jongleur. 

3 Blanchisseuse. 

4 Marguillier. 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV e SIECLE 49 

est à la fois tailleur et barbier I 7 5 ; b$y voiturier I 47 5, nno 
tailleur de pierres I 22 5, portier (le portier du chastel), 36 a ; 
le portier de Frotey I 7 a) ; fournier ' 26 a, notre fournier 30 a ; 
le f. du chastel (de Vesoul) 36 a ; pourpoignier 40 b, pelletier 
40 5, chantre 34 #, charopier I 18fl, carponier 2 I 16<z, coutelier 

24 5, 32 5; courrier 31 a, coifière 3 31 5, nirp boucher 31 b, b^nn 
colporteur 34 a ; nb^Ti colporteuse ou femme de colporteur 
20 a, wn pâtre 47 a, i^sm cordonnier -I 5, 2 5, 6 b, etc. ; hfaiiB 
gardien 42 5, le gardien de Gambron 43 b ; nanta portier ; Périn, 
portier du château de Vesoul 30 b, 34 b,Il a. Il est bien pos- 
sible que nous ayons pris quelquefois un nom d'homme fran- 
çais pour un nom de profession, mais l'existence d'un tel nom 
indique suffisamment l'existence de la profession. 

Sous le titre de fcnt^to maître on désigne souvent des méde- 
cins et chirurgiens : on donnait aussi ce titre aux hommes de 
loi, aux maîtres d'école ou d'une profession technique. Maître 
Bonnevie, « médecin » 20 a\ maître Geoffroy 5 5, maître Etienne 
fils de Puçot 12ft, maître Richart de Dôle 445, le maître d'école 
5 b, \ 2 a, 1 3 a, 1 6 a, 27 a ; le maître d'école de Ghariez 27 a. 

Les Lombards dont nous avons trouvé les noms dans nos mss. sont : 
Ansel Lombard, de Traves, 14 b; sire Bertolmier (et Bertolmot) 
Lombard, de Vesoul, .20 a, 28 a ; Labosse Lombard, 14 b; Le 
Camus Lombard, 555; le Corai i*&mp Lombard, de Faucogney, 
Mb; Guillaume Lombard, de Vesoul, 19 5, 415; Guillaume 
Lombard, à Jussey, 49 5; Giertro Lombard, à Vesoul, 14 5 ; ap- 
pelé encore Gestro 15 a et Giestro 15 a ; Ierart an*"!"" Lombard, 
de Sainte-Marie, 14 5 ; un Lombard Monot (?) à Pesmes 58 5, 
Othenin Lombard, 9 5 ; Villemin Lombard (le même que Guil- 
laume Lombard, de Vesoul) ; le Lombard de Montbozon, I 46 5 ; 
Lombards 15 «, 33 5. Un Gaorsin est nommé à Noroy, 18 a. 

Voici encore la liste d'un certain nombre de personnes : Alexandre 
de Pusey 44 a, L'Allemand (et L'Allemandet) de Gy 2 «, 52 a ; 
Le Baillif de Villers-le-Sec I la, \\a\ Besançon de Frotey 
I ta, Le Bourguignon 53 5, Etionnin de Palfrais 4V a, Evrart de 
Damerey il a, Giot du Chastel 35 5, Girart de Monclair 52 5, 
Girart de uîa^Nbs Plaits (?) 7 5, 11 a; Guillaume de Maizières 
455, kl a ; G. de Monjustin 45 5 ; G. de Nods 5 5 ; G. de Rouge- 
mont 46 a ; Henri d'Augicourt 24 a, H. de Gitey 46 #, H. de 
Cuiserey 45 5, H. de Faucogney 55 b, H. de Gray 44 a, H. de 
Leynes 44 a, H. de Mailley 30 a, H. de Montreuil 26 5, H. 
de Renève, gendre de Gy de Grenans 58 a, H. de Vrégille 

25 a ; Jacot de Bussy 48 a, Jacot Duvivier 57 5, Jean de Betau- 

1 Boulanger. 

2 Fabricant de corbeilles. Nous ne savons ce que signifie charopier. 

3 Coiffeuse. 

T. IX, n° 17. 4 



50 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

court 48 b, Jean de Bussy 46 #, J. de Jaucourt 45 o, J. de IVJont- 
béliard 43 b, J. de Nantey 48 #, J. d'Oissans 45 b, J. de Pons 
(Pont) 24 tf, J. de S. Loup 55 a, J. de Verissey 45 b, J. de Vré- 
gille 52 a, Leroux, portier de Vesoul, Martin de Barges 38 #, 
Mielot de Lafontaine 24 #, Nicolin de S. Igney 40 J, Odot de 
Champdivers 41 a, Odot de Meurcourt 41 a, Othenin de Ma- 
laincourt 51 a, Othenin de S. Loup 51 b, Périn de Pont 32 a, 
Périn de Romains 39 #, Périn Leclerc de Nans 48 #, Périn Gant 
de Fer 50 a, -Philippe de Senoncourt 52 «, Laprincesse de 
Frotey I 8 a, Renaut de Mollans 47 a, R. de Semmadon 42 à, 
43 b ; Simon de Gévingey 21 a, Villame de Flagy 47 a> V. de 
Montcey 32 a, Vinot de Scey 46 a. 

Isidore Loeb. 

{La fin au -prochain numéro.) 



DOCUMENTS INÉDITS 



( SUITE 1 ) 



VIU. JACOB FILS DE MOÏSE DE BAGNOLS 



L'ouvrage de morale et de casuistique de Jacob de Bagnols dont 
nous allons parler a été acquis récemment par le Musée britan- 
nique de Londres et est coté n° Or. 2705 2 . C'est un ms. unique, 
dont l'auteur est resté inconnu, croyons-nous, jusqu'à ce jour. 
Par ce ms. nous apprenons que Jacob de Bagnols a écrit entre 
5117 et 5121 (= 1357-1361) en Provence 3 ; il était vraisembla- 
blement originaire de la même ville de Bagnols (en Provence) 
que le fameux Lévi ben Gerson et le copiste du ms. De Rossi 
392, Abraham ben Salomon Harari œbrani 4 . Il était le petit- 
fils de David d'Estelle 5 (en hébreu Kolihàbi : Kokhab est la 
traduction d'Estelle ou Etoile). Il cite deux fois son père Moïse 
à l'occasion d'une question de casuistique. Un de ses maîtres 
était Sen Boniac Nassi, qui lui-même cite un Sen Jacob de Ba- 
gnols é . 

■ Voir Revue, t. IV, p. 173, et t. V, p. 41 et 246. 

2 Le ms. renferme 215 feuillets in-8° sur papier, et est écrit en caractères hispano- 
provençaux. 'Les premières et les dernières feuilles sont d'une main plus récente. Sur 
la première on lit les mots suivants : 73"^ *p b"H!SLÛ*Û 'pSTb ISOÏl Ï"»T "O^in 
[rj]U37a. H a donc appartenu à Léon Botarel. 

* Voir plus loin, p. 56. où Jacob mentionne Salon (ville où il s'était établi), Nar- 
bonne, Carpentras et Tarascon. Parlant de la Provence, il dit : "lïbïl ^"l&O bDN 
!3&TPT1 i t&, « mais dans ce pays de Provence ». 

4 Berliner. Ein Gang durch die Bibliotheken Italiens, p. 30. 

8 En France. Voir le prochain numéro. 

6 ■>n''N-i 13 iriN Dn^jpn b"n aoa» pamn 'pu) "m» ■^■na* tonïi nno 

3>'D fcbV'Sii'l mpfiT *pU3 'iZîain fi^3ï"NÛ ^Jttan f'jte* Il va sans dire que le Sea 
Jacob de Bagnols cité ici par le père même de notre auteur est un autre rabbin du 
même nom. — Quant à Boniac, c'est un nom fréquent en Provence. On connaît le 



52 REVUE DES ETUDES JUIVES 

L'ouvrage de Jacob est intéressant en ce qu'il montre que les 
études rahbiniques avaient survécu en Provence aux expulsions 
et aux fréquentes persécutions. Comme tous les livres de ca- 
suistique écrits à cette époque par les rabbins provençaux, il se 
compose de règles de casuistique suivies d'un traité de morale 
philosophique. Il est dépourvu de titre ; une main postérieure a 
ajouté Ten-tête suivant : ...npyi 'n wû? ^pDQ72 nsoïi ttî. L'ouvrage 
n'avait probablement pas de titre général, mais chacune de ses 
parties portait le sien ; nous en relevons trois : 1° tnpDD, décisions 
sur les règles de "îrnîm mo^N ; cette section est divisée en 38 cha- 
pitres, dont le dernier est incomplet ; 2° tPUi: mï*, règles pour les 
cérémonies du mariage, du lévirat et du divorce (nous en repro- 
duisons la préface plus loin) ; 3° ttraroitt Tiû, «.le principe de la 
Providence », assemblage de morceaux de morale, de philosophie 
et de mystique, composé en 5117 (= 1357) ; la fin y manque éga- 
lement. 

La première partie débute par la pièce de poésie suivante qui 
contient en acrostiche le nom de l'auteur : 

irnnrn bsuî via D^iacn mbiao ni ■waïi t^Trp 

n»ra imn i-nn û^dd mabrt n bn yipn yip ^b* 

rwbiû nsn posn ûïibi pn ippn mi^nsn rsump 

nwm dbipb isrnm *p inb^ -imm -no->N bsn 

ï-tbssd n&T toi a:r i»i rmina Dirn-nEN b^ ^bn 

iiTai-n -w n72N û^nm • ûbi&o ûsb ûn:n mm 

ira bjn ii53 b* mpnb ûsnb ^nnb ^nsi "oaM 

ricins "pîDUin -j^ôs nttbi wi Tnata ^ibwa 

fna?jarti imirn m û^bas nsm ba ba miB*b nr Nbn- 

cabbaliste Moïse Botarell Boniac, qui voulut se faire passer pour le Messie (Mo- 
natsschrift, 1867, p. 82). Calonymos, fils de David fils de Todros, dans la préface de 
sa traduction du livre « La destruction de la destruction » d'Averroès. mentionne uu 
Boniac ïlSfi^ (dans le manuscrit de' Paris, n° 956. Les autres mss. ont Isaac ïisriwl. 
Voy. le Catal. des mss. hébreux de Berlin, de Steinschneider, p. 89 et 134) qui 
aurait traduit le même ouvrage d'Averroès avant de s'exiler. Tous les mss. portent 
mbàb y"lN ; M. Steinschneider pense qu'il faut lire rHttR V"lN. « dans un autre 
pays », ou que le nom du pays manque. Le mot V'IN me paraît plutôt un nom de 
lieu, c'est peut-être V'VHN, ville où Samuel de Marseille fit des traductions. La 
localité désignée sous le nom de !"J3ï"D est peut-être Courtézon (près d'Orange ; voir 
l'article de M. Isidore Loeb, Revue, I, p. 80 et suiv.). Pour la forme hébraïque du 
mot, comparez TÙTù dans Jérémie, xxn, 27. — On trouve encore un Boniac Nassi, 
dont le fils, nommé Abraham, possédait un ms. du petit Canon d'Avicenne (ms. 
d'Oxford, n° 2109 de notre Catalogue) : fcpIZJa pN^a d'intt ^fafa ÏTKIB'I '0 ; 
le mot 135353 avec le sens de « à moi » se rencontre dans les mss. provençaux. — 
Nous trouverons dans un prochain article le nom de Don Boniac Astruc Nassi, qui 
vécut en 1417. Boniac est probablement la prononciation vulgaire ou juive de Bo- 
nisach = Bon Isaac. (Voir Bonisach, à l'index des Juifs du Languedoc de G. v Saige.) 
Ainsi s'expliquerait que les manuscrits varient entre Isaac de Nehanah et Boniac 
de Nehanah. 



DOCUMENTS INÉDITS 53 

La préface est écrite en prose rimée, mais ne nous apprend 
rien d'intéressant ; inutile donc de la reproduire. Dans la pre- 
mière partie, Jacob cite très souvent, outre les deux Talmud, les 
HalaUhot gedolot, qu'il attribue, comme tous les rabbins proven- 
çaux et français 1 , à Yehoudaï Gaon, quoiqu'il appartienne à Si- 
méon de Kayyara. Il mentionne aussi R. Aha, l'auteur des Scheél- 
tot, R. Saadia Gaon, R. Hananel de Kairouan, R. Samuel Gaon et 
R. Ephraïm. Gomme on peut s'y attendre, ses autorités sont le 
plus souvent des rabbins de Provence 2 . Tels sont : Isaac fils de 
Juda de Narbonne, Joseph ibn abs (de Narbonne), le célèbre Abra- 
ham fils de David de Posquières 3 , Zerahiya (Halévide Grasse 4 ?}; 
les auteurs de Vlttour (Isaac fils d'Abba Mari de Marseille), du 
livre intitulé srrabttîlrï (Meschoullam fils de Moïse de Béziers), du 
recueil msiON 5 (Juda fils de Jacob de Latas, domicilié à Béziers) ; 
Jonathan (Kohen de Lunel), Ascher de Lunel, Menahem fils de 
Salomon (Méiri de Perpignan), enfin les savants de Montpellier, 
parmi lesquels il ne cite que R. Abraham,. qui est sans doute le 
père de Salomon de Montpellier 6 , le fougueux champion des or- 
thodoxes dans la lutte contre les ouvrages de Maïmonide (vers 
1232). Cet Abraham avait composé des commentaires dont Jacob 
mentionne ici celui du traité de Houllin et, dans la deuxième partie, 
celui de Keloiibot. Les noms des rabbins français du nord ne se 
rencontrent pas souvent sous sa plume, je ne vois que ceux de 
R. Salomon (Raschi) et de Jacob 7 (Tarn de Ramerupt) ; souvent 
cependant il s'en réfère aux décisions des savants ou des rabbins 
de Çarfat (France du nord). Pour ceux des pays étrangers, Jacob 
cite l'opinion d'Isaac Al-Fasi, du rabbin Barceloni (Juda fils de 
Barzilaï de Barcelone), de Joseph Halévi ibn uiatt s et de Salomon 
ben Addéret (ou Adret). Des rabbins de l'Allemagne, il ne men- 

1 II faut excepter David Kokhabi, comme nous le verrons dans le prochain 
numéro. 

2 Cf. pour la biographie de quelques-uns de ces rabbins l'Histoire littéraire de la 
France, t. XXVII. 

3 Le manuscrit le fait aller à Arles : ilp-lN T^n b"T TMPlîl TTIrt pi. 

4 Voy. plus loin, p. 116. 

5 A la marge de la page 87, le copiste a écrit : niDIDN "^2 '32 TlpIS "^N 

irwtt p 2n2 -ornon rtï ^int "prabri m ^nNittt abi. 

6 Cf. Histoire littéraire de la France, t. XXVII. 

7 On trouve ici, ainsi que dans d'autres Consultations rabbiniques, l'expression 
ïlbNID rQTttJrQ, ce qui paraît confirmer la conjecture de M. Schiller-Szinessy 
(Catal. of Trinity Collège Cambrige, Or. mss., p. 229) que le titre de y'2'U5n est 
formé des lettres initiales de ptSÉ lUDUJtn m5N1ï) m2Tlï3n. Si le titre n'indique 
pas un nom d'auteur, on comprend que l'ouvrage soit attribué tantôt à Samson, fils 
de Çadoc, tantôt à Samson, fils de Yoeç. 

8 Un autre passage de notre auteur (voy. plus loin, p. 57) nous apprend que 
Joseph ibn iZiàfà composa un commentaire sur le traité Ketoubot. 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES ' 

tionne que l'auteur du W3l*v*i '0 (Baruch fils d'Isaac de Worms). 

Il parle quelquefois d'usages locaux (minhagim). Ainsi f° 11 &■, 
il dit : « Tel est l'usage à Narbonne et dans les pays voisins jus^ 
qu'à la rivière de Vidourle * (Gard et Hérault) ; mais ici en Pro- 
vence, il est différent ». Le plus souvent, pour décider les questions 
de casuistique, il s'appuie sur des faits arrivés à Salon, localité 
qu'il semble avoir habitée. Il mentionne également dans cette 
première partie les minhagim des Juifs de l'autre côté du 
Rhône 3 , de Narbonne, d'Avignon et d'Istre 3 (Istres, Bouches-du- 
Rhône). 

La deuxième partie nous fournit des documents intéressants 
pour l'histoire littéraire et politique des Israélites, ainsi que des 
noms de personne qu'on retrouvera peut-être dans des chartes. En 
premier lieu, nous donnerons des extraits de la préface, qui mon- 
trent que l'étude du Talmud commençait à décliner de son temps, 
parce qu'on se contentait des com.pen.dia* et des résumés réglant 
la pratique. Ces quelques lignes nous révéleront en même temps le 
peu de goût que Jacob avait pour les études philosophiques : 

m-ûbtt nm ùîrsôb'a &«)$» >6 dn rroï tpb wn *ga nsp ^ pn 
flWfrïa nw*n r-nfc-ii-s» m&m mon mtûinn» û-p uv minrr <ft 
■*!¥ *ïï$b Mn-ian ç*r$T m^m ï-rnnuîïi ûnsrpa un , ♦ , mm? 
toinbbi ï-îd î^rna min idn^ ûn^pi fcavi* wft qb^bi trnps 
untan ^p *% nnnab tiiib $*çr\ û^mn posa ûïtb "m r?nfcnb»:i 
laons ^sos mnsi^nrs miïsnn orrb "nn:r orwi . . . rp^n imam 
\-T<i!n pb . . . dît» nnsn^tt tn^npii i^ftsn mnm fc'tftttV'ttl WH 

tr^D |HtS rn^np pp |V»ft masb 

Je suis indulgent pour quelques-uns de mes contemporains qui 
ne font pas de l'étude royale (la loi) leur occupation favorite, la faute 
en est aux misères journalières et incessantes, aux terreurs et aux 
guerres. Certains sont aveuglés par leur haute situation et leur suc- 
cès. D'autres, peu disposés à l'étude de la loi orale, se contentent des 
décisions établies par les rabbins, ne voyant pas le danger à aban- 
donner ainsi le tronc pour saisir la branche. D'autres enfin préfèrent 
les sciences profanes, telles que les livres d'Aristote et des autres 
philosophes, et délaissent l'enseignement de nos sages. . . 

En un autre endroit il revient sur cette réprobation des études 

1 "^Ffl-TI Tffi w rrmb^b:m ï-Kwim&wa $% "p-prïn vft pi. 

2 liN^nn "D* ai-ttttbi îTSÇpwte arrab b'ro. 

3 nnptt aura niDirn p ina "p» b? d-nann p imn ^ba batt -kbne 
iqbpi l&ynp A ™}Tïïi îmsnn tnp». ■na^N Vues. 

4 Voir plus loiD, p. 59, un compendium de la même époque. 



DOCUMENTS INEDITS 55 

philosophiques, « qu'on justifie en vain par leur utilité pour la 
fixation du calendrier » : 

tai-w bas >*b C25ïi i»mn tsa frppM fcaippa taînttnE ^bdtd wn 
s-Tmattti mpbn ^p?ûn tVi^i n^ita»^ rnsipm msbïiEtt "paran w 
ippm ta^riNnttïi -inD-> ^ni ^bm ovfcbaab ta^aaian n»5m 

.trppnm] 

S'ils tirent vanité des livres qu'ils préfèrent, je leur dirai que ceux 
qui écrivent les formules des lettres de divorce ne connaissent pas 
moins qu'eux les calculs astronomiques, les éclipses et les lois astro- 
nomiques de Ptolémée et de ses successeurs. 

Cette note confirme ce que nous savions de l'essor qu'avait 
pris en Provence au xiv e siècle l'étude de la philosophie et de 
l'astronomie. Il suffit de rappeler les noms du traducteur Samuel 
Miles de Marseille, appelé aussi Barbavera, d'Immanuel ben 
Jacob de Tarascon, de Moïse de Narbonne, de Prophet Duran de 
Perpignan et surtout de Lévi ben Gerson (Léon de Bagnols) *. 

Les noms de personne et de localité se rencontrent surtout 
dans les actes de divorce et de lévirat, nous allons en citer quel- 
ques-uns, en nous contentant d'en résumer le contenu : 

Hfitt*is*ti ^anb &*nnô nbatta us nos N^ttïtt) ^b wn *&m [folio 138] 
a-irt vhsf s^mn w na^na h'sw r-n&n ma* isb^N »>nn rtih 
-\W\ .bNrt misnaa rrbapn "•«nia» -ma ^ira tpv na toe h fcrtàH 
m-b qw ïwœa nauja ^^n isiqï ïv*&i -n nî^bN 'n a^rr i3arip 
t tabi^rr namab s>a*i&o û^œm maia i-fttttfii cnsba n^ana nsiû ran 
ma rt^H ma nmn ûiai ï-KWinna rû'naa tpT na vfc 'n b^ar? drai 

.«Tra rmffn binaiû *i 

Lettre de divorce, datée du vendredi six de tammouz (juillet-août) 
4894 A. M. (=1434), à Narbonne, signée parles rabbins Moïse, fils de 
Joseph, un des premiers cabbalistes (?) de ce pays et notre parent 
Eliézer fils de Zacharie ; le mari se nomme Lévi fils de Joseph de 
Narbonne, et la femme Reïna fille de Samuel de Béziers. 

ï-raai tnsba t-niian t-\W nan îmnb ta-p d^ma ma;aa •nauia 

1 Juda ben Isaac ben Moïse ben Samuel Kohen, auteur d'un commentaire sur le 
Commentaire moyen dAverroès sur l'Organon et élève de Samuel Barbavera (voir 
notre Catalogue, n° 2452), nous apprend que celui-ci s'exprimait souvent avec beau- 
coup de sévérité sur maître Léon de Bagnols. Il l'appelle souvent ïmanatï) ^INM, 
« le lion (Léon) de la bande », et le mentionne dans la deuxième partie de son com- 
mentaire avec la formule y'^, preuve qu'il était mort alors. Ce commentaire a été 
composé en Provence pour un Salmiya de Lunel. 



56 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

•pb^tt b^xnh 1*0 aawïob ■pb'ttnii N3^3?ab ab"ia>rj naonab nn&o a-ntaan 
W na r-iNb^rara^ . » . 'pb'nD bT-tfan a^n w na annaa* >«k v*< 

.■pb^ia b-m?aa nn ian na rra^ 

Document daté du vendredi 20 tammouz, 5121 (= 1361), à Salon ;le 
mari est Abraham fils de Hayyim, et la femme Estella fille d'Isaïe 
fils de David, l'un et l'autre originaires de Salon (fol. 125 b). 

na^sn naraa *pb^a bnm imann aipaa irrt ïiiaa*» . an» a^affi raa 
na nra» j-n p ït*ïi in^ mna narn iTVfltib nnîn amaan mn^ïi nata 
ppïn *^bra *ra "inra^b iaa. ainab naïab mai aara»b baa •pjttaba'i ina 
ïifDJa naa yn n^a r-ira^ai irra ïnai aniaa a*^a>a annsi raarî anaai aa^b 
iDisïi ana nriNi amaa» aiparjra ca^in ■jftta mrj Nisaa p nn&o vba» 
inam ï-pîti imN» mn aaïi ^a n»a iytèi ^iarjN» in^n a^nran anraa» 
nwbM) ^n ï-îb^srt r>n!i rnars ia« vana iâ>N nbrai . tpaa ba ba> ibaab 
Tibin pp annaip spin ii> ^nnbra-i •wi nb^aranb b^ap ©NTOana 
s-iaira ^n^nia piainN n^a \n^n nraaan , i-jna* ainaa nraisa ïtt ba> 
fc^aan laïai ■»« ^ra l">i n^a ntaaj'a la^a» a^ftbni-i na^rana ara Kjabfcn 
naa>aa ta^anN» inr».iti ■piaula bnp ^bnna ba ^aaa ara» a^bna 
nan-n "irions ^a raari nbap nna nm r»ra i»a «raainb rtimwn t^inr: 
ïitt . larbin SiNaibanai nanat i»anb iana nbira Srh naan»!-ï naob 
^at<b l'r» anaa bain ^nnbrai inraa»»!! lit ba> wna i-rba>ra ï-ï» rpin 

. "pia^N ^»an ibiiab Hwiai airann narr 

Il s'agit d'une lettre de divorce provisoire donnée par un malade 
fils de don Moïse fils de Nathan d'Alençon (Orne), en 5121 (= 1361), 
année où sévissait une peste. Le scribe ayant mis dans la lettre 
5122 au lieu de 5121, la question était de savoir si cet acte était 
valable. Don Salomon Bongodas (Bonjudas) Caïl s'étant adressé à 
notre Jacob, celui-ci lui envoya d'Avignon sa réponse du consen- 
tement des rabbins de cette ville. 

nrta 2"ap naœ nbra npr\ *aa ■»!•©* pn^» i-jsrbn raan r:a3 n;b rrri 
r^raam ia->aab ia»» thxbnntt natbn ipranrai ^i3^Na a^a^a n»a p 
ymm i^ra^i i"»ab« î>ïra7an naia uaran Nnn"»b ^t ïrniaya fxaraa 
yna ^an *ia pn^ ^a-i na n^nb^p » . . "pb-^ bi^i^aa t^art w-a»^ 
■•an ïr^Jarai ^n N-in^ NS^a^pb nanpn bi^ra ">an na b^^ara -an nban« 

bi^ra ^an na ^na 

Formule d'une lettre de lévirat rédigée à Salon en l'année 5122 (r= 
1362), et reproduite souvent à Avignon et à Tarascon. Les parties en 
présence à Salon étaient Calva fille de R. Isaac fils de R. Péreç, 
veuve de Samuel fils de Saûl, et Nathan fils de Saul. 

nîin i?aan n*a ">nbnNa ™*3 \wn rai naia «nu aina«ia naisn nn 

a'^n n^^brana nyn ïiN3ian3 i?aan aim 



DOCUMENTS INÉDITS .17 

Formule d'un acte écrit à Arles avec le consentement des rabbins 
de Montpellier et de Narbonne, auxquels l'assemblée de Marseille 
avait adhéré. Ni la date, ni les noms des personnes ne sont donnés 
dans le manuscrit. 

■^ana n:*p a* "pb© "mann aiptoa vm by imro* 'pi ma i"nûa>» 
jwrtw Ï»t nnsn aip^n ^ana natp a? pia^ao ï»î nn&o ûip»^ 
nna b* tnattsi^ïi pYW» . . » t**ana&t . . . wrt ■'b'ïtt» Jnitp tau 

■pin 

Acte fait à Salon, ville dans laquelle je demeure, avec le consente- 
ment de quelques rabbins, reproduit plus tard à Avignon, avec l'as- 
sistance des rabbins de cette ville... Avignon située sur le fleuve 
Rodano (Rhône). 

iTanm nana b*arr afib h:bki» ïtttn Nb lattïi a^rs ia anaitt a-ipttï-n 
nftwaa "mûn ©irai rwbittnîaa ■pttïû inaa la atib nttwa aip»ïi abi 
■pat 'pâma 'pa^aa liiianai i-nna Nan "jd^ ^ "nnanai b^an ûrtb 
anai H^tai "pa-ma aan ana taan anaa a\au: fwiaai "jo^aTa saarj 

bias m niii ipiantaa 

Si dans la rédaction de l'acte de divorce on s'est trompé d'endroit, 
en mettant Tarascon au lieu d'Orgon, la lettre de divorce n'est pas 
valable. C'est la première fois que nous rencontrons le nom d'Orgon 
(Bouches-du-Rhône) écrit en caractères hébreux. 

La troisième partie, comme nous l'avons dit, traite de sujets 
variés ; elle a été composée en 1357 (5117). L'auteur y cite Moïse 
de Goucy \ Ascher de Lunel, ses collègues de Salon 2 , des rabbins 
de Garpentras 3 sans toutefois nous donner leurs noms. 

Nous croyons utile d'extraire de cette partie deux passages de 
philosophie que Jacob dit emprunter à un philosophe de Rome et 
qu'il croit tellement difficiles qu'il pense devoir y ajouter un com- 
mentaire. Nous ne savons pas à quel ouvrage appartiennent ces 
deux citations ; M. Kaufmann dont la compétence en la connais- 
sance de la philosophie j uive au moyen âge est bien connue ne 
le sait pas mieux que nous. 

!mttttn ïiabnïi ûT-pabnb iia-iu) umatt rraa Tirmaa iirma nan 
avna toaa pa -nbii tpv naan fanîn tt"*nn m«a a? mariai m»aip& 

1 ■panpi an. 

* Vers la fin : b^nnTO ">» 'paja vin npbn iib^^ la^-ian n£p inaïi 
v .tox mbu: anp bbannb 
3 a^an ">aia ^ibwa lûKncaaiBnNp *p*a "Wia maa irYPFm ^n 

...mabna ^wy n"o ^a w aa npis ^1212 maab a^a. 



S8 REVUE DES ETUDES JUIVES 

i-ntt WM BpSlV»* and ^bN t^anîi b"î ^"nïi ^d b* sraî-r ïiabîta na*: 
b* m-p lewa ainsi t<iin ii^n ^d "mars biwab *»ufcn ->Db waT^a 
ra-jrr *Va>a *&b d^ttTpntt d^ïi nd*iN- nao ,*itt05 ftn i&o£»w n^an 
tnttaart ds iWT'» mab ^p5i ^t va rr-»rî "iidN tppttn -main nsisn iwîl 
irai dwn wj abn ir-r^m i-Eianïn baon iç b:> S^ï-rçpE Tïl tiïtïl 
nao nnm wïça ^3 ^ab ^n , a^T d^p maisn mn^^n n-nm^r? 
nina 3>atah n:mftb "pn^i ^banï-r Tioîtig. pin^îi ttniîi ndnanrj 
ï-tt nria dTôo "ras!] inr m&nro pnnb nrrnatt ïinmb ttmbjin ïi^sn^r 
d^n^tt da^ n^ba-nin b^ danpb t^Motti irb«a d^an *p bsn mfiwtnïi 
-ira*j i3\^ aiaa rrrr tjsn rvWttinWi SWi ' lawipfri rws)*wa Bf^' 1 
-ida^a "in^ us^& irwww) *&"awei •ji^Nnn ^nnivo nabm» nnn n-ih 
maa d'n^Kfc ttnwra ywh nbnna bWBft nnn bais ■û'W naaï-î nr;N 
iwrt d*nan ti^ïti mvttnrt mainm' **nïi iidk Smrnstt rflanrfri 
s^b îrtf-ûn t»*ba bsna "pia^nn bsnsn n*pft bs> Tï^ W *-BSSn ft?W 
ï-3T ana rra Nain i^Ndi î^sirr pn^* ^a ïtt faîTi pw>?i nr p^nns 
ta:? ttb^a*! s-rtDB 'na ap:r> ^n ti^i ^sb vm^ai 15 "W^p riE^rr 

mw rtn nabi-ia wn 

Nous ne reproduirons pas le commentaire de Jacob; nous ajou- 
terons seulement qu'il y mentionne Lévi ben Gerson : ^Nanti *na 
y'abnn i^ii-i "i^Na 3>aa!n nrwû rrcaa W- 

Notre Jacob cite encore le passage suivant tiré d'un autre ou- 
vrage de philosophie : 

^aiaib^a -ifiN *piab m naab wan pb'nSKai ftp» 'na apjn ^i^n 
l^iorja b^aiattb ^nh ■pç ^rjbsN n^N ii^brs noi riîi ^iri^a ^b« ^fen? 
nsaa^p ^"1 m^dn b^ cj&'îZS^ïi ns^n5?3 bbsn^ Nirt ^d ^^iab rîbsnïi hy 
^in^i vdTra feii_3g Nihiû ■»» «b» rrr b^ pp^ NbT i^nnab nn^rr:n arja 
inbntb rn^ s*<bi r^mab rt^fptt tra» ^^b^ bbdn^ rns ît^ît^i ntj^nb 
in?2dn -^dd nusdN lit Sn^ïr^ dN d^bNii nnbdn nbnn nn d^idr; 1» 
ind?2 n^nbittM md r^diib i^nnïia t*maa ^>p»n it^^ wq aim 
. d"^ inr^naa ^1212 n^/ûbid n^b na bbdn-« nbitïî inTo abiao nsn^brr: 

, . . pyyiçîi 

Suit le commentaire de Jacob, où il cite un autre commentaire 
sur le même passage : nana Nb nnN ww* t]idibiDrr 'jTdba itî'nD tt^i 



1 M. Kaufmann nous a signalé un passage du commentaire d'Abravanel sur la 
Genèse (ch. v, 1 ; éd. de Venise, fol. 38 c) qui traite le même sujet. 



DOCUMENTS INEDITS 



IX. ABRÉGÉ DE CASUISTIQUE ANONYME 



Un ms. de la Bibliothèque d'Oxford (Mich., 475; ol. 741 ; dans 
notre Catalogue, 783), que nous citerons dans le prochain numéro 
en parlant de Da^vid d'Estelle, renferme un autre abrégé de ca- 
suistique, mais celui-ci anonyme. Nous pouvons en conjecturer 
la date par une formule de contrat de mariage (Keloxïba) qui s'y 
trouve et qui esc datée de Salon ft*Và biT.s), lundi 16 tébet, 5120 
(= 1360). lies noms des fiancés de cette pièce sont ceux de Mar- 
dochée fils d'Élie. et de ts^iin fille d'Abba Mari fils d'Abigdor ». 

L'auteur commence par les règles concernant la Pàque et ter- 
mine par l'explicacion des prières. Il était probablement un rab- 
bin de Provence, témoins l'écriture du ms. et les mots populaires 
qui sont provençaux; néanmoins il invoque plutôt les autorités 
de la France orientale que celles de sa région. 11 cite R. Isaac 
l'ancien pjpïtt), R. Isaac fils de Samuel de Dompaire f-peaT), R. 
Samson de Goucy, R. Elhanan, R. Gerson de Metz, R. Isaac fils 
d'Ascher Hallévi, R. Juda fils de Nathan, Rasehi, Rabbénou Ha- 
nanel, et R. Saadia gaon. L'ouvrage se compose de 194 règles, 
trpDs. Il utilise surtout le Se fer Hatierouma de Baruch fils d'I- 
saac de Worms. Le n° 17 est une consultation d'Isaac de Dom- 
paire où il est parié des sections Zey^aïm et Moëcl du Talmud de 
Jérusalem écrites par Saiomon fils de Jacob de Ramerupt pour 
son père. Le n° 158 est tiré d'une pièce autographe de Jacob de 
Provins (ïï^hq) qui commence ainsi : n^m ^ar-ip ■mtttt Tibap 
•^nipî vnriN p ûS-naa 'na pM5f, « j'ai appris de mon maître et 
parent R. Isaac fils d'Abraham, fils de ma sœur aînée. » Les 
n os 164-168 sont des extraits du Sèder Olam de R. Simhah de 
Vitry. Le n° 175 porte en titre : Vntana M%) 'ta'Wtt nai^ntt, « con- 
sultation de Maître Moïse Botarel ». Ce rabbin est peut-être celui 
auquel écrivit le poëte Saiomon Bonfed, dont la lettre porte les 
mots suivants : am?» ra^a îmaia miiiï rraro* mma ma&6 wnn 
hy attvtt Wj^ îm»» ien TOfina bwiî-n mipïi *jTiDbi "wn "p^ba 
2 m&o nDi73b m&mï-jîi asa. 



1 C'est peut-être le même qu'Abba Mari ben Aligdor de Salon, surnommé Sen 
Astruc de Noves (Munk, Mélanges, p. 489, note 3). 

2 Voir notre Catalogue, n° 1984, A, 40. 



60 REVUE DES ETUDES JUIVES 

X. VARIANTES IMPORTANTES DE LA PRÉFACE DU [Vit njflP 
D'ISAAC DE LATTES » 



P. 68. 1. 29. itoa na an ie na^ nti amaTi. 

1. 30. tT)D 3m N"WlZ)fc . . . "'TN 3*11. 
1. 31. bVÛ *m . . . KJ3Û ITTl NBB *D. 

l. 34, 35. Tnn ta* ^ba^aa M.Jif«a na? pa*n 1^ pa^b kw rtnR - 
P. 69. 1. 1. -w an ûtn. 

1. 3. "«non a-n. 

1. 6. na^rn: D^nwîi l^ïa actEai. 

1. 7, 8. ï-id hy tmhn . . . ■naanb msbtt ï"tfD Vm mai îT«rr. 

1. 10. NM^n ^i ... "pn an ntt. 

1. 11. \wa12 a^n an . . . i-ibii "wbiirN an. 

1. 14, 15. ... tirpy )"\yi2U) 'n ûmnnfin ûîto* iianïn tn-irtfco 
manpsri tfn. 

1. 1*7. nan au lieu de bbia\ 

1. 20, 21. i-nnïi au lieu de ùran. 

1. 24. m'wa au lieu de m^, de même p. 72, 1. 7. 

Ibidem, mb^na "p-ian baraie na . . . *jaa eid^ ain ûïmri&o 
'i anm Tifcbnîra trpnsn rrnrûo» nxp 'isn b-na ûan STW 
pret". 
P. 71. 1. 7. nn» au lieu de "prû* 

1. 21. îb^art ^nis. 

1. 23. iio^aie ta-niann bab. 

1. 24. t]iDi au lieu de wn. 

1. 31. neoi awaîi yn^an. 
P. 72. 1. 16. nhyn ttb*fc iy irmnrt n« b*miTï. 

1. 26. iznimtt au lieu de û^na». 

1. 29. rtainb fcpn abri. 
P. 73. 1. 1. à partir du commencement jusqu'au mot vhz manque 
dans le ms. 

1. 7. p banttia. 

1. 10. nam à l-oian manque. 

1 Ou plutôt "ISO n^lp- Ce titre fut employé par les rabbins de Provence. L'ou- 
vrage de ce nom de Menahem Meiri de Perpignan est imprimé. Nous verrons, dans 
le prochain numéro, qu'un des ouvrages de David d'Estelle portait le même nom. 
Isaac de Lattes l'adopte également. — Nous donnons ces variantes d'après un ms. 
de M. de Gùnzburg, à partir de la page 68, ligne 28 ("^Mmo *J3am) de l'édition de 
Gross [Magvzin fiir die Wissensch. des Judenth., partie hébr., 1878, p. 54 et suiv.j. 



DOCUMENTS INÉDITS 61 

1. 11, 12. twantt iDO .d^naidai. 

1. 14, 15. ons>ai ttdabfc bsan rrïïdn bdn. 

1. 21. de n^dn à nain manque. 

1. 29. ■na^ti mm» f-npaïi ■nttraîi nanti). 

l. 31. "papr na ï]dt> 'n anï-n anaata ïi*nn tûtsi a^b-na dman. 
dirai d->b"na d"nnan nan. 

1. 35. 1^73 au lieu de wma et "p-it). 
P. 74. 1. 18. ^aiana 133 prér» 'h niîti wns; 

1. 19. naapT b*narj a-iïi •ppunaai. 

1. 23. miD^îi min nso. 

1. 24. ïtbdw au lieu de rreoi!-;. 

1. 33. a^ann naian îiinrû rrobro nrpnY/no'w ba\ 
P. 75. 1. 4. -naoa witt ma» *-i. 

1. 6. i!im au lieu de Ti&rai. 

1. 7. ^N-JNb mab STiW/l anM p priit" 1 'l 'lï?. 

1. 11. r«a aa> au lieu de nr. 

1. 20. nsntt mdbtttt au lieu de nsnsa nTO. 

1. 22. ^b^ i^ort "fb^n. 

1. 24. •ppuriLn îi&wnaibiatt. 

1. 27. *)pi -)sd in mb •&. 

1. 29. d"ob» -ma ïidd. 

1. 31. pass. Voir, dans le prochain numéro, David d'Estelle. 
P. 76. 1. 4 à 6. pimtt nu:** 'ta 'n bbian aanm. 

1. 9. nvro nno -laaiïi. 

1. 12. taanaT ynatt». 

1. 13 à 16. (rou&rpiafc ou) ©tani'ttn ûma« 'n aim frnn "naosa 
nrpi mroott nirp nam .^natuia» dans le texte im- 
primé pouvait représenter une localité de Castres. 

1. 17. Les mots de nam à m^bna manquent, twho au lieu 
de na-no. 

1. 22. ibi-pb "j-rt Twabritt n&ra. 

1. 22. ïia^N *]N. 

1. 30. ïifcob "nïaiûNtt. 

1. 33. -iNUîaïi Maman inTaana -pam ynNï-r baa im»d fN 
ibd "ianp d"Wïi baa bbiî-paîi bYttrt naos tansan nb-iariïa 
îrma ab na» ama-i "jaaa nso i"" 1 m»nb». 

1. 34. taaab au lieu de lONab. 
P. 77. 1. 1, 2. wn -n taabm. 



02 REVUE DES ETUDES JUIVES 



XL DEUX CHARTES DE CÛRBEIL 



M. Dufour, bibliothécaire de Corbeil, a gracieusement mis à 
notre disposition les deux chartes suivantes, concernant les Juifs 
de Corbeil. Elles sont tirées des archives de l'église Saint-Spire 
de Corbeil, autrefois collégiale royale. Nous le remercions d'avoir 
ainsi contribué par notre intermédiaire aux recherches sur 
l'histoire des Juifs en France. M. Dufour relate, dans sa lettre, 
que dans un document, qui remonte assez loin, au xiv* ou au 
xv e siècle, il avait relevé la phrase suivante, qui indiquait un 
souvenir, déjà très ancien ; il s'agissait d'un endroit de Corbeil 
que l'on désignait ainsi : « où soulit estre aulterfois Fescholle 
aux Juifs. » 

Adela Dei gracia Francorum regina. Notum fieri volumus tam 
presentibus quam futuris quod veniens ad nos dilectus noster 
Hugo, decanus Parisiensis, abbas beati Exuperii Corboliensis, et 
ejusdem ecclesie canonici conquesti sunt nobis quod contra ec- 
clesie et claustri sui libertatem ab antiquis comitibus datam et 
post a regibus confirmatam, quidam Judeus in domo burgensis 
Brichardi, que in claustro eorum sita est, venerat lacère man- 
sionem. 

Nos vero jam dictam ecclesiam et claustrum in sua et antiqua 
libertate conservare volentes, predictum Judeum a claustro vo* 
luimus amoveri. Concessimus etiam quod neque ille, neque alias 
Judeus, in aliqua predicti claustri domo faciat mansionem, quod 
ut ratum permaneat et immotum, presenti scripto fecimus confir- 
mari et sigilli nos tri impressione muniri. 

Actum Corboili, anno ab incarnatione Domini millesimo ducen- 
tesimo tertio. 

Littera de domo quadam sita in Judearia Corbolii quam legavit 
Gaufridus de Seintriaco. 

Omnibus présentes litteras inspectons capitulum Béate Marie 
Corboliensis salutem in Domino. 

Notum facimus universis quod in nostra presentia constitutus 
Gaufridus dictus de Seintriaco *, in ecclesia Sancti Exuperii de 

1 Saintry. 



DOCUMENTS INEDITS 63 

Gorbolio * capellanus beneficiatus, lega^vit et dédit in puram et 
perpetuam elemosinam ecclesie Sancti Exuperii Gorboliensis ad 
opus communitatis ecclesie domum suam sitam in Judearia de Cor- 
bolio et unum arpentum et dimidium vinee site in territorio de 
Buinart, ut dicitur ; et predictas domum et vineam concessit in 
perpetuum predicte ecclesie post decessum suum pacifice tenendas 
et possidendas, in quorum omnium memoriam et testimonium ad 
instantem peticionem ipsius Gaufridi présentes litteras sigilH 
nostri munimine fecimus roborari. 

Actum anno Domini millesimo ducentesimo quadragesimo oc- 
tàvo, mense junio. 



XII. CHARTES TIRÉES DES ARCHIVES NATIONALES 



Voici deux chartes tirées des Archives nationales qui intéres- 
sent l'histoire des Juifs de Pontoise et d'Aubervilliers. La pre- 
mière est datée de l'an 1204, la seconde de 1206. 

I. Noverint présentes et futuri quod cum dominus abbas de 
Sancto Dyonisio emisset ab batella furnum de Erblei quem tene- 
bat ab eo et omnia que capiebat in granchiam ipsius ville, volen- 
tibus et concedentibus fratribus ejus ; de denariis emptionis 
VII XX libras et LX et X solidos crastina die post assumptionem 
béate Marie per manum Roberti de Baan prepositi Judeorum, per- 
solvit Judeis de Pontisara, ipso Batella cum fratribus ejus sic 
rémanente in pace de proprio debito de retroactis temporibus 
erga eos. Hujus solutionis et facti testes présentes adfuerunt Hu- 
bertus Salinarius, Petrus Burgeni, Godefridus Alectarius, Rober- 
tus de Baan prepositus, Radulius de Montfermeil, Willelmus Ma- 
leit. Ex parte Judeorum magister Sanson, Meuns de Sezana, 
Abraham de Novo Gastello. Actum est hoc anno ab incarnatione 
Domini MGG quarto 2 . 

Sceau attaché à un sceau de parchemin en eire blanche, aigle posé tourné 
à droite dans le champ six fleurs de lis, 3 de chaque côté. (Testimo)nium 
debiti Judeorum Pon(tisare). 



1 Saint-Spire de Corbeil, paroisse actuelle. 

2 Coté S. 2333, n° 24. 



64 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

IL Noverint présentes et futuri quod Deodatus judeus de Braia ' 
et Elias frater ejus terram et masuram Johannis de Fonteneto, 
que terra sedet apud Haubersviler et masura similiter, capitulo 
beati Victoris Parisiensis a diebus transactis et futuris usque ad 
finem hujus seculi omnino quitaverunt, quia pro debito quod 
debebat jamdictis judeis dictus Johannes, de terra et de masura 
per majorem terre sicuti de Vadio erant judei revestiti ; ita quod 
aliqua carta quam haberent judei de Sessina predicte terre et ma- 
sure contra presens scriptum amodo vigorem non haberet. Quod 
ut ratum et stabile in perpetuum teneatur in sigillo domini régis 
Francie testante debitum judeorum Parisius et litteris ebraycis 
que scripte sunt manu Judeorum ab opposito et eorum voluntate 
presens carta confirmatur. Actum in Yigilia Penthecostes anno 
Domini M. CG. sexto, mense maio 2 . 

Sceau en cire verte comme plus haut (testimonium de)biti judeor(um 
pa)risi(us). 

La pièce hébraïque dont il est ici parlé a déjà été reproduite 
dans le Musée des Archives nationales (1872, p. 118) et dans le 
Hebrdische Bibliographie de M. Steinschneider (XIII, p. 117), 
d'après la lecture qu'en a faite M. Zotenberg. Mais comme elle a 
été mal déchiffrée, nous demandons la permission de la donner à 
notre tour : fcnui "ûb "p^ s-mnai s-r&mm fc^-itt inatt wnn îana 
i-Tiï b^3 Twië^n tznp» to^rnujb ^ewnë» 3 \m *om ï-tes tut* 
'-i 'pn p aœfys (?) s'a'r pnssi *i 'pïi p rmrrca .^Vnwîia îb ©^ 
(?) 3'm'n pnsr 

« Nous, soussignés, reconnaissons parfaitement que nous n'a- 
vons pas d'opposition à faire à la vente que Jean de Fontenay a 
faite aux gardiens de Saint- Vitoir (Victor) de ce qu'il possède à 
Herbeviler (Aubervilliers). — Mattitya et Eliab, fils du Saint 
R. Isaac, que son repos soit glorieux ! » 

M. Zotenberg a lu n»a au lieu de rsttn, trompé par le mot latin 
« masura » ; il traduit aussi à tort *n*T* par « gage ». 



1 L'existence des Juifs à Bray-sur-Seine est assurée par deux lettres de divorce 
qui se trouvent dans le ms. 189 du Catalogue de Rossi à Parme. L'une est datée de 
Étt^tt) niTîi by 'Wia, 19 tébet 5005 (= 1244). La seconde est du 19 kislev 5008 (= 
1247), les personnes intéressées dans ce document se nomment Mattitya (Donin) fils de 
R. Jacob, et Trina (fetfhtt] fille de R - I saac « 

Coté S. 2165, n° 4. 

Ce signe paraît indiquer que le mot n'est pas hébreu. 



DOCUMENTS INEDITS 

XIII. UN SCHETAR DE 1243 

(27 e ANNÉE DE HENRI III) 



Grâce à la bonté des autorités du collège Magdalena et de 
M. Macray, nous pouvons donner ici l'original du document men- 
tionné dans la Revue, t. V, p. 248. 

btraraiNb librpai îiTsa&ra rmm stktiîi èptih ïrosq ùwnnïi isrriN 

t^bi 13N i^Ntt) "pcmE^ î^b^b firme fiïinafi û* «■"-na-na» 3>pnpfi 

3>pnpti b* toibs nsn^bi bawft t=pbi:r< i^rra tna mus toi ■tt'WF 

iraab a*m rpfi jicmîa'i a^b*^ nin dira nMj*a d^mpifi finmm 

i5io *iy dbi^ na-nn» isb in uTiûtii^an ^snp 

^ '3 s ri n p ywia 

TRADUCTION. 

Nous, soussignés, attestons en toute vérité que nous transmettons 
à l'hôpital d'Oxford qui se trouve hors de la porte de l'Est, ainsi 
qu'aux frères de cet endroit et à leurs successeurs, le terrain de 
Thornboro ensemble avec la propriété de Guillaume de Morton.De 
sorte que ni nous, ni nos héritiers, ni ayant-droit ne pouvons réclamer 
ce terrain et la propriété susdite, pour la dette que Guillaume de 
Morton devait à notre père Gopin d'Oxford ou à nous, dès la création 
jusqu'à la fin du monde. 

Benjamin fils de.... témoin. 

Joseph d'Oxford, — Vives fils de Gopin ' 2 . 

Ad. Neubauer. 
(A suivre.) 



Les deux dernières lettres sont douteuses. 

11 faut corriger la donnée de M. Macray reproduite dans la Revue, t. V, p. 248. 



T. IX, n° Y 



I CONVOI D'EXILÉS D'ESPAGNE A MARSEILLE IN 1492 



L'histoire de la grande catastrophe qui atteignit les Juifs d'Es- 
pagne en 1492 nous réserve encore plus d'une surprise. Voici un 
épisode des plus curieux de ce douloureux événement. 

On sait que les pauvres Juifs espagnols, chassés de leur pays, 
se réfugièrent en grande partie en Afrique, et que d'autres trou- 
vèrent asile en Italie et en Turquie, mais nous ne nous rappelons 
pas qu'aucun chroniqueur ait eu connaissance de Juifs espagnols 
réfugiés en France. La France, en effet, avait expulsé les Juifs un 
siècle auparavant, ce pays n'était accessible aux Juifs espagnols 
que par Marseille, où les Juifs avaient continué à demeurer. 
Cependant il est probable que même à Marseille ou en Provence 
l'établissement de Juifs étrangers n'eût pas été sans présenter des 
difficultés, et c'est pour cela, sans doute, que les Juifs expulsés 
d'Espagne ne pensèrent pas à s'y rendre. Voici cependant l'exode 
d'un convoi de Juifs qui, bien malgré eux, à ce qu'il semble, 
vinrent aborder à Marseille et purent s'y établir. Le fait que nous 
allons raconter est tiré de pièces manuscrites faisant partie des 
registres de Darnety, actuellement en l'étude de M Laget, notaire 
à Marseille. Nous en avons eu connaissance par M. le docteur 
Barthélémy, de Marseille, auteur d'un savant travail sur la maison 
de Baux que l'Académie des Inscriptions vient de couronner, et 
que nos lecteurs connaissent par son étude sur les médecins de 
Marseille que nous avons analysée dans cette Revue. Ces pièces 
se trouvent à la suite les unes des autres dans un registre que 
nous ne pouvons pas désigner autrement, à partir du feuillet 233. 

Voici le fait qu'elles racontent. Un certain Bartholomée Iau- 
fredi, capitaine d'un galion, originaire de la ville de Nice, avait 
« intercepté » cent dix-huit Juifs aragonais et les avait amenés, 
sur ce galion, dans le port de Marseille, où il les retenait prison- 
niers, soit pour les faire racheter par une communauté juive, soit 
pour les vendre comme esclaves sur les marchés du Levant. Les 



UN CONVOI D'EXILES D'ESPAGNE A MARSEILLE EN 1492 07 

Juifs de Marseille, avec lesquels le bandit se mit en relations, con- 
çurent le pieux dessein de racheter ces pauvres gens. Us com- 
mencèrent par nommer des chargés de pouvoir avec mission de 
faire les emprunts d'argent nécessaires et de négocier avec des 
préteurs chrétiens et avec le capitaine (21 août 1492). Le lendemain 
22 août, cette Commission emprunta à Charles Forhin, de Marseille, 
lasommede 1,500 écus que celui-ci remitau capitaine Bartholomée 
pour le rachat des Juifs. Les Juifs libérés s'engagèrent immédiate- 
ment et tous solidairement à rembourser Charles Forbin dans l'es- 
pace de quatre mois, lui donnant permission, dans le cas où ils ne 
le payeraient pas dans le délai convenu avec toutes les dépenses 
et frais, de s'emparer de leurs personnes pour les transporter et 
les vendre où il voudrait. De plus, le même jour, les Juifs de 
Marseille, agissant en leur nom et au nom des Juifs d'Aix, s'en- 
gagèrent envers Charles Forbin à nourrir et entretenir ces Juifs 
ainsi rachetés et à empêcher qu'ils ne s'enfuient pendant les 
quatre mois fixés pour le payement de la somme versée par ledit 
prêteur, promettant de rembourser la dette proportionnelle de 
tous ceux qui s'enfuiraient. Quelques-uns des Juifs aragonais 
ayant, à ce qu'il paraît, montré quelque tendance à se baptiser 
afin de recouvrer leur liberté, il fut convenu, en outre, que pour 
chaque personne baptisée les Juifs de Marseille et d'Aix paye- 
raient à Charles Forbin cent écus d'or, monnaie de France. Cette 
clause avait peut-être pour but de décharger ces Juifs baptisés 
d'une partie de leur dette envers Charles Forbin, ou bien on peut 
supposer que le baptême les libérait entièrement envers lui, et 
que ces cent écus étaient un dédommagement de la perte que lui 
faisait subir leur conversion au christianisme. 
Voici l'analyse détaillée de nos pièces l . 

I. Procura pro Communitate et carreria Iudeorum Massilie. 
— En l'an de l'incarnation MCCCCLXXXXII, le 21 août, Salvet 
Teniani, maître Comprat Mosse, médecin, Aron Orgerii, Samuel 
Abram Davin de Lisbonne (Ulisbona), Crescas Botarelli, maître 
Sulham Davin Atar, médecin, Aron Donin,Bonafos Vinella, Abram 
Gart, Massip Bonet, Mordecaix Profach, Profaich Delpont, Ysac 
Tenian, Ysac deMarvéjols, Josse de Pvoquémartine, Juifs de la car- 
rière et de la communauté des Juifs de la ville de Marseille, tant 
en leur nom propre et privé qu'au nom de toute la carrière et de 
la communauté susdites et de tous les autres Juifs de Marseille 
actuellement absents 2 , dont ils promettent d'obtenir la ratification 

1 Tous ces documents sont en latin. 

2 Gela fait supposer que tous les Juifs présents sont «énumérés plus haut. 



68 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

à la première et simple réquisition des parties intéressées ; Ont 
constitué solennellement comme leurs vrais et légitimes procu- 
reurs, agents et chargés de pouvoir, pour les affaires ci-dessous, 
Ysac Orgerii, maître Léon Botarelli et Salves de Nîmes, Juifs, 
bailons de la carrière et de la communauté des Juifs de Mar- 
seille; plus Durand Ancelhuti, Juif de la susdite ville ; lesquelles 
quatre personnes ensemble, et non autrement, sont autorisées à 
convenir, faire convention, accord et traité avec tous négociants et 
personnes de toute condition qui seraient disposés à se charger de 
racheter des mains de noble Bartholomée Iaufredi, capitaine du 
galion de Nice, actuellement dans le port de la présente ville, 
118 personnes de Juifs que ledit capitaine a interceptées avec 
sondit galion armé et qu'il détient par force dans ledit galion, 
pour avoir leur rançon (rescapitum) ; promettant lesdits Juifs de 
Marseille, auxdits négociants qui rachèteraient ces prisonniers, 
de nourrir ceux-ci et fournir à leurs besoins en aliments et bois- 
son, et de garder lesdits Juifs pour qu'ils ne s'enfuient pas, jus- 
qu'à ce que lesdits Juifs aient payé leur rançon et se soient li- 
bérés. Et pour garantie de l'exécution de ces promesses, pourront 
engager lesdits Commissaires et donner en hypothèque les per- 
sonnes et les biens desdits Juifs constituant cette Commission, à 
l'exception de la personne de Salvet Teniani, et les biens et 
droits desdites carrière et communauté, les hypothéquant et sou- 
mettant à toutes les cours de la Provence; ajoutant les consti- 
tuants cette condition que lesdits Commissaires engageront éga- 
lement en garantie leurs personnes et leurs biens. 

Signé : Magister Stephanus Roy Sabbaterius, 
Petbus de la Rueyra Sabbaterius. 

Fait à Marseille, dans la cour de la petite école (synagogue) 
des Juifs, sous les treillards, « in patao scole minoris et subtus 
trellos S o 

IL Debitum pro nobili Karolo Forbini. — En l'année de l'in- 
carnation du Seigneur MCCCCLXXXXII, le 22 août. Sachent, 
etc.. qu'en ces derniers jours noble Sire Bartholomée Gaufridi 
de Nice, maître et capitaine d'un galion armé, ayant intercepté 
dans les mers de la Catalogne cent treize Juifs et Juives arago- 
nais des deux sexes, tant adultes qu'enfants, dont la liste suit, et 
les ayant amenés dans le port de Marseille pour les y faire ra- 
cheter aux conditions les plus avantageuses possibles (meliori 

1 Trellos pour trellas ? Les treillards sont des treillis en forme d'auvent, sur les- 
quels se développent les vignes» 



UN CONVOI D'EXILES D'ESPAGNE A MARSEILLE EN 1492 69 

modo ut posset) et ayant convenu (avec les Juifs prisonniers, à ce 
qu'il semble) que leur rançon serait fixée à 1,500 écus d'or royaux 
ou sol ; et lesdits Juifs ayant le vif désir d'être rachetés et de 
sortir des mains dudit capitaine, mais n'ayant pas actuellement les 
moyens de payer la somme demandée, ils ont prié notre Sieur 
Charles Forbin, de la présente ville, de verser lesdits 1,500 écus 
audit noble Bartholomée, capitaine, et à ses botinerii l dudit 
galion, afin que lesdits Juifs aient toute liberté d'aller et venir et 
faire commerce dans la ville de Marseille, offrant lesdits Juifs au- 
dit noble Charles que, s'il consentait à leur rendre ce service, ils 
le rembourseraient dans un délai de quatre mois. 

Noble Charles Forbin consentit à cette réquisition, ayant égard 
à quelques Juifs de la carrière et communauté des Juifs de Mar- 
seille servant d'intermédiaires, et il l'accueillit aux conditions 
mentionnées ci-dessous. 

En conséquence, ledit noble Bartholomée Gaufredi, capitaine 
dudit galion, et Pierre Charles, écrivain du butin, Etienne Sales, 
Pierre de Torcio et François Charles, botinerii dudit galion, 
confessent et reconnaissent solennellement avoir reçu dudit noble 
Charles Forbin, au nom desdits Juifs aragonais et pour leur mise 
en liberté, lesdits 1,500 écus d'or royaux ou sol, et les avoir tou- 
chés manuellement et réellement en présence de moi, notaire, et 
des témoins ci-dessous désignés, en écus d'or royaux ou sols, 
exhibés et montrés dans un sac de toile et remis audit capitaine, 
à l'écrivain et aux botinerii, lesdits Juifs aragonais étant pré- 
sents. Dont quittance perpétuelle et complète audit Charles Forbin 
et auxdits Juifs aragonais, avec garantie donnée par le capitaine 
et ses botinerii sur tous leurs biens et droits, meubles et im- 
meubles, présents et futurs, devant les cours de la Chambre d'Aix, 
de Marseille, de Nice, et généralement, etc. [devant une cour 
quelconque ?] 

III. Liste nominative des Juifs aragonais amenés à Mar- 
seille, et conventions avec le prêteur. — Cette liste suit dans la 
même pièce. On remarquera que les documents se contredisent sur 

1 M. le D r Barthélémy nous a donné l'explication du mot botinerii que nous 
n'avons trouvé dans aucun dictionnaire. Le navire du capitaine Bartholomée était sans 
doute armé en corsaire. Les hotinerii qui montaient ces navires étaient des hommes 
d'armes engagés, sur ces navires, pour faire le coup de feu, harponner les navires 
poursuivis en course ; ils avaient part au butin, de là leur nom de hotinerii (de 
botiiium, butin). L'équipage recevait également, sans doute, une part du butin, mais 
la part des hotinerii était plus importante, puisqu'ils étaient les agents principaux de 
la prise. L'écrivain du butin tenait les comptes. 



70 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

le nombre des Juifs. La pièce I le porte à 118 personnes ; le com- 
mencement de la pièce II à 113 personnes ; la suite de cette pièce II 
également à 113 personnes. Nous reproduisons ci -dessous le texte 
intégral de la liste nominative et nous avons cherché à y distin- 
guer les personnes en séparant les noms par des virgules et en 
mettant en tête de chaque nom un numéro d'ordre. Nous arrivons 
tant bien que mal à un total de 118 personnes. Voici cette liste : 

Quibus sic peraclis, ibidem incontinenti non disvertendo ad alios 
actus sed premissos continuando, Notum sit, etc., Quod ' Samuel 
Roeti, - Alegra eius uxor, 3 Mosse et *Iamilla eorum liberi, 5 Jacob 
Zonana, 6 Soli eius uxor, 7 et Aym eorum films, 8 Samuel Caro, 9 Ia- 
milla eius uxor, 10 Gento, u Manoa, n Astruga, "Maior et ** Goysica 
eorum liberi; 15 Salamon Loro, 16 Soli eius uxor, 17 Samuel, 18 Geuda 
et 19 Gento eorum liberi, 20 Iosse Alfassa, 21 Ceti eius uxor, 22 Mosse, 
23 Abram, n Ordonna et 2S Soli eorum liberi, 26 Samuel Escalho, 27 Soli 
eius uxor, 28 Ysac, 29 Samuel, 30 Iesse et 31 Ordonna liberi dicte Soli, 
31 Iosse Loro, 33 Soli eius uxor, n Samuel, 35 Bellida et 36 Mazal eorum 
liberi, 37 Blanca vidua, 3S Abram, 39 Yocef eius liberi, 40 Iosse Rogat, 
41 Carasol eius uxor, 42 Gento Rogat et 43 Bellida eius uxor, 4l Rieuca 
et 45 Luna filie eorumdem, 4G Salamon Romi, 47 Regina eius uxor, 
'' 8 Iosse Abentsenhor, 49 Ester eius uxor, 50 Salomon eorum filius, 5l ac 
Solbelha uxor dicti Salonis, ac 52 Ester et K3 Rachel, nec non 54 Gento 
eorum nepos, 55 Iacob Embron et 5G Salomon Embron eius filius, 
S7 Namen Sury Sinson et 58 Oro eius uxor, 59 Esser et G0 Carrassol 
eorum filie, G1 Sal Arroeti et M Ordonba eius uxor, G3 Mosse, w Ysmel 
et G5 Iacob eorum filii, G6 Iacob Thoro et 67 Oro eius uxor, G8 Zacbaria 
Thoro, 69 Mosse Tboro, 70 Esser et 71 Miriam eorum liberi, 72 Mosse 
Larros, 73 Salomon Plunies et n Oro eius uxor, 75 Aym Sury eorum 
gêner, 7G Ester uxor dicti Aym, " Ysac Rogat, 78 Abram Almancas et 
70 Vidas uxor sua, 80 Sasson, 81 Senton et 82 Samuel eorum filii et 
83 Boaafiiha ac 8V Astruga filie ipsorum, 83 Yeuda Larros et 8G Solbelha 
eius uxor, 87 Mosse, 88 Eliazar, s9 Abram, 9Ï Rahel et 91 Rosa eorum 
liberi, 9Î Yeuda Altulli, 93 Belleta mater sua et 94 Sety eius uxor, 
95 Belleta et 9G Rahel eorum filie, 97 Mosse Avensenhor, 98 Eliazar et 
"Yona eius filii, 10 ° Mosse Avren, 10! Soli eius uxor, 102 Salomon eius 
filius, 103 Oro uxor dicti Salomonis, m Ester, 105 Sol et 1 ? s Mosse eorum 
liberi, l07 Gento filius dicti Mosse Avren et Salomonis Albigi, 108 Seti 
mater dicti Mosse Avren, 109 Iesse Lanor, llû Astruga eius uxor, 
111 Salomon Lanor eorum filius, 112 Abram, m Rostanha et m Bellida 
filia dicte Astrugue, " 5 ac Regina filia dictorum Iesse et Astrugue, 
116 Samuel Enforada, m Mosse Alfaquin et u8 Sana, Iudei Aragonenses, 
et prout supra per dictum nobilem Karolum Forbini rescaptati 
atque redempti, ipse enim mulieres coniugate cum auctoritatibus 
et licenciis maritalibus dictorum maritorum suorum ; Qui omnes 
simul sexus utriusque unanimiter et concorditer sponte et bona fide 



s 



UN CONVOI D'EXILÉS D'ESPAGNE A MARSEILLE EN 1492 * 71 

omnique dolo et fraude remotis gratis et ex eorum et cuiuslibet 
ipsorum certis scienciis, omnes vero simul et eorum quilibet inso- 
lidum, et tam nominibus eôrum propriis et privatis ac per se et 
suos quam vice et nomine liberorum suorum et cuiuslibet eorum- 
dem sexus utriusque, actendentes et considérantes quod per dictum 
nobilem Karolum et cum suis peccuniis fuerunt rescaptati et a 
mauibus dicti Bartholomei capitanei et gentis sue liberati, et quod 
pro dicto eorum rescapito idem nobids Karolus solvit et expedivit 
dicta mille et V e scuta, volentes ideo et affectantes ipsum nobilem 
Garolum de et pro promissis tutum atque securum facere et redclere, 
bis igitur actentis, omni meliori modo via et forma quibus de iure 
potuerunt sciverunt et debuerunt, confessi fuerunt et in veritate 
publiée recognoverunt eidem nobili Karolo Forbini ibidem presenti 
et pro se et suis stipulanti solemniter et recipienti sese eidem nobili 
Karolo debere et légitime teneri solvere, ex causa veri mutui et pro 
ac nomine ex causa predicti eorum rescapiti seu redemptionis per 
eumdem nobilem Karolum pro eisdem soluti exbursati prout supra 
declaratum est, et sine cuius medio liberari non poterant, videlicet 
dicta mille et quingenta scuta auri régis sive sole boni auri et legalis 
ponderis. Renunciantes, etc. 

Quamquidem summam scutorum mille V° dictorum valoris et 
designationis dare tradere solvere ac realiter et cum effectu expedire 
promiserunt dicti Iudei sexus utriusque debitores pro se et suos 
omnesque simul et eorum quilibet insolidum et nomine iamdicto 
prefato nobili Karolo Forbini presenti, etc., videlicet hinc ad quatuor 
menses proximos ab bodie inanthea numerandos, cum tamen pactis 
et conventiom'bus inferius descriptis. 

Obligantes atque submicteutes seipsos realiter et personaliter ac 
omnia eorum bona et iura dotalia et alia quecumque mobilia et 
immobilia ubique sistencia preseucia et futura nec non personas 
proprias dictorum liberorum suorum curiis sanctissimi Domini 
nostri Pape, eius auditoris et vice-auditoris Avinionis, Gastelleti Pa- 
risius, parvi sigilU regii, Montispessulani, Avinionensis, Nemausen- 
sis, camere rationum Aquensis, statutis novo et veteri Massiliensis, 
Neapolis, Nicie, Janue, Messane, et omnibus aliis curiis mundi tam 
spiritualibus quam temporalibus, cum potestate eas designandi. 

Et fuit de pacto expresso inter dictum nobilem Karolum Forbini 
creditorem ex una, et memoratos Iudeos sexus utriusque ex parti- 
bus altéra babito et convento, solemnique et valida stipulatione 
firmato, quod in casum in quem dicti Iudei debitores sexus utri- 
usque non solverint dictum eorum rescapitum mille et V e scu- 
torum eidem nobili Karolo creditori infra dictos quatuor menses, 
quod tune et in eum casum dictus nobilis Karolus creditor per 
se et suos possit et valeat ac sibi liceat et licitum sit predictos 
Iudeos debitores sexus utriusque et tam magnos quam parvos ca- 
pere auctoritate prescripta et eos transportare quo voluerit, eosque 
vendere et alienare pro servis seU sclavis prout voluerit, nec non 



72 . REVUE DES ETUDES JUIVES 

dare excambiare permutare et impignorare et cuicumque nationi 
prout voluerit et placuerit, et hoc usque ad integram satisfactionem 
et pagam predicti debiti mille et quingentorum scutorum et expen- 
sarum propterea fiendarum et patiendarum. 

Et ibidem incontinenti ad alios actus non divertendo, sed pre- 
missos per subséquentes continuando, Notum sit, etc., Quod Ysac 
Orgerii, magister Léo Botarelli et Salves de Nemauso, bailhoni, 
et Durandus Ancelhuti, Iudei dicte civitatis Massilie, procuratores 
et procuratoriis nominibus Iudeorum et carrerie iamdicte civitatis 
Massiliensis, constante de dicta eorum procuratoria potestate nota 
per me notarium sumpta sub anno presenti et die herina que fuit 
XXI huius mensis Augusti, igitur sponte et bona fide, gratis et 
ex eorum certis scientiis, et tam nominibus eorum propriis et pri- 
vatis ac per se et suos quam vice et nomine suorum principa- 
lium, eciam nomine et vice carrerie et communitatis Iudeorum 
civitatis Aquensis, per quam ratifficari et confirmari facere pro- 
miserunt omnia infrascripta ad primam et simplicem requisitionem 
eiusdem nobilis Karoli Forbini et suorum, et quod eciam dicta 
Aquensis communitas Iudeorum ad infrascripta tenebitur, eciam 
omnes simul et eorum quilibet insolidum, promiserunt et solem- 
niter convenerunt dicto nobili Karolo Forbini ibidem presenti, etc., 
et pro se et suis stipulanti solemniter et recipienti ; sese dictos 
Iudeos Aragonenses, sicut preest rescaptatos in numéro centum tre- 
decim sexus utriusque, nutrire scilicet providere eisdem in cibo et 
potu sufficienter, et nichilominus ipsos Iudeos et eorum quemlibet 
utriusque sexus bene fideliter et solerte custodire tenere et pre- 
servare, sumptibus et expensis dicte carrerie et communitatis 
ac eorum rischo et periculo. Ifeaque Iudei ipsi non auffugient, sed 
quiète in eadem civitate Massilie manebunt et hoc hinc ad quatuor 
menses proximos et alios, quousque rescapitum predeclaratum 
fuerit intègre persolutum. 

Obligantes et submictentes seipsos realiter et personaliter bona- 
que eorum omnia ac personas et bona dicte carrerie et communitatis 
Iudeorum eiusdem civitatis Massilie iuxta potestatem predictam 
eis actributam curiis camere régie, rationum civitatis Aquensis, sta- 
tutis novo et veteri Massiliensi, episcopali eiusdem, etc., et genera- 
liter, etc. 

Et fuit de pacto inter dictos contrahentes, quibus supra nomini- 
bus, habito et convento solemnique et valida stipulacione firmato, 
quod si contigeret aliquem ex dictis Iudeis rescaptatis aufïugere seu 
fugam dare sine expresso consensu dicte carrerie et communitatis 
Massilie et alias qualitercumque, quod tune dicta carreria ac com- 
munitas Iudeorum Massilie teneatur et debeat stare eidem nobili 
Karolo pro tali seu talibus fugientibus pro eorum rescapito iuxta 
ratam dicti rescapiti mille et V e scutorum et pro talibus fugientibus 
solvere dictam ratam tangentem, sub obligationibus clausulis ac 
iuramentis predictis, etc. De quibus, etc. Actum Massilie videlicet 



UN CONVOI D'EXILES D'ESPAGNE A MARSEILLE EN 1492 73 

in parvo cancello scolle minoris dictorum Iudeorum iuxta dictam 
scolam ubi est puteus. 

Magister Honoratus Antelmi, notarius. 
Magister Iulianus Lamberti, appothecarius. 
Magister Robinus Lemere Sabbaterius. 
Petrus Aymerici filius condam Guillelmi. 
Raynaudus Damiani. 

Ainsi, les Juifs aragonais s'engageaient, envers Charles For- 
bin, qui avait avancé les 1,500 écus demandés pour leur rançon 
et les avait remis au capitaine Bartholomée, à lui rembourser 
cette somme dans l'espace de quatre mois, et lui engageaient à cet 
effet leurs personnes et leurs biens et les personnes et les biens de 
leurs enfants, devant les cours du Saint-Père le Pape et son vice-au- 
diteur à Avignon, celles du Ghâtelet de Paris, du petit sceau royal, 
de Montpellier, d'Avignon, de Nîmes, de la chambre des comptes 
d'Aix, de Marseille statut nouveau et ancien, de Naples, de Nice, 
de Gênes, de Messine et toutes autres cours du monde, tant spiri- 
tuelles que temporelles ; avec la condition expresse que si ces 
1,500 écus n'étaient pas payés dans le délai prescrit, ledit Charles 
Forbin pouvait s'emparer desdits Juifs, tant hommes que femmes, 
tant adultes qu'enfants, les transporter où il lui plairait, les 
vendre comme serfs ou esclaves, comme il lui conviendrait ; et 
la communauté juive de Marseille, de son côté, s'engageait, en 
son nom et au nom de celle d'Aix, à fournir aux 113 Juifs rachetés, 
pendant le délai de quatre mois à eux accordé par Charles For- 
bin, la nourriture nécessaire pour vivre, et à les garder à ses 
risque et péril, pour qu'aucun d'eux ne s'enfuie, mais que tous 
restent à Marseille jusqu'à l'expiration dudit délai, avec promesse 
de payer, pour tous ceux qui s'enfuiraient, ]a part proportion- 
nelle de ces fugitifs dans le payement des 1,500 écus prèles. Le 
tout fait à Marseille à la date précitée, dans la petite chambre de 
la petite école desdits Juifs et près de ladite école où il y a uu puits. 

IV. Suite de la pièce. — A la même date que ci-dessus, « Salvecus 
Teniani, Ysac Orgerii, AronOrgerii,Durandus Ancelhuti, Leonus 
Botarelli, Samuel Abram, Massip Bonet, Bonafos de Vinella, Salves 
de Digna, Crescas Botarelii, Abram Gart, Mordecaix Profaich, 
Davin de Ulisbona, Iosse de Rocamartina et Aron Donin, » Juifs de 
la carrière et communauté de Marseille, prirent connaissance des 
stipulations et conventions contractées par leurs procureurs et 
agents susdits, et comme ils formaient la majorité des Juifs alors 
présents à Marseille, ils ratifièrent et approuvèrent, tant en leur 



74 REVUE DES ETUDES JUIVES 

nom privé qu'an nom de toute la carrière et communauté, lesdites 
stipulations, promesses et conventions, avec cette restriction ce- 
pendant que, dans le cas où les neuf Juifs aragonais Jacob P^m- 
bron, Salomon Embron son fils, Salomon Loro, Iosse Rogat, 
Samuel Cecaro, Abram Alongo, Mosse Avren, Gento Rogat et 
Iosse Loro l , ou l'un d'eux, avant le remboursement intégral des 
1,500 écus, venait à se faire chrétien, les Juifs de Marseille paye- 
raient, pour chaque Juif ainsi baptisé, 100 écus d'or du coin de 
France en déduction de la rançon de ces Juifs. 

Fait à Marseille dans la grande cour (paiito) de l'école des Juifs 
où sont les trelhie (treilles). Signé : Magisfcer Honoratus Han- 
telmi, notarius ; Petrus Aymerici, Raynaudtjs Damiani, Maf- 
fredus Symerie, lanerius. 

La somme due à Charles Forbin fut-elle payée dans le délai 
prescrit? Des difficultés se produisirent sans aucun doute, des 
conventions ultérieures furent passées, comme nous le verrons 
tout-à-1'heure, entre les principaux personnages mêlés à cette 
affaire, pour le règlement des comptes, l^ous ne les connaissons 
pas toutes et nous sommes obligés d'en deviner une partie. Il est, 
du reste, évident que divers détails de l'opération ne sont pas con- 
signés dans nos pièces. Ce n'est sûrement point par pure bonté 
d'âme que Charles Forbin avança les 1,500 écus nécessaires à la 
libération des Juifs aragonais, et quoique nos documents ne sti- 
pulent pour lui ni intérêt ni commission, il est certain que ses 
services n'étaient pas absolument gratuits. On pourrait supposer, 
du reste, qu'il n'aurait été que le prête-nom des Juifs de Mar- 
seille, ceux-ci pouvaient avoir de bonnes raisons de se dissimuler 
derrière lui. Les pourparlers avec le capitaine Bartholomée deve- 
naient ainsi plus faciles ou les engagements de ce capitaine plus 
sérieux ; ou bien encore les Juifs étaient obligés de se faire passer 
pour pauvres et sans ressources, ou enfin, s'ils avaient été les 
bailleurs de fonds expressément nommés, ils auraient risqué de ne 
pas être remboursés par leurs coreligionnaires aragonais. Rien ne 
justifie, il est vrai, dans nos pièces, l'hypothèse que nous faisons 
sur le rôle secondaire de Charles Forbin, elle a seulement l'avan- 
tage d'expliquer comment les Juifs aragonais ne sont tenus à 
payer aucun intérêt ni loyer de l'argent qui leur est avancé. Elle 

1 Les Juifs ici nommés portent dans la liste numérotée ci-dessus les numéros 55, 
56, 15, 40, 8 (Samuel Caro), 112, 100, 42, 33. Nous avons supposé qu' Abram Alongo 
est PAbram fils d'Astruga portant le n° 112 de la liste ci-dessus, parce que cette liste 
ne contient point d'Abram Alongo et le nom de famille du n° 112 n'étant point indi- 
qué, il est permis de supposer que c'est le nom de Alongo. 



UN CONVOI ^EXILÉS D'ESPAGNE A MARSEILLE EN 1492 75 

a contre elle, jusqu'à un certain point, les deux actes dont il nous 
reste à parler et qui finissent la série des documents que nous 
analysons. 

V. Au mois de février 1493, la situation des débiteurs et des 
créanciers les uns vis-à-vis des autres était entièrement changée, 
sans que nous puissions dire exactement comment ce changement 
s'est produit. D'un côté nous voyons le capitaine Bartholomée, 
qui cependant avait, s'il faut en croire une des pièces précédentes, 
touché et reçu en entier les 1.500 écus de la rançon, être, à cette 
date de février 1493, et suivant une déclaration formelle de 
Charles Forbin, créancier pour la moitié des 1,500 écus, comme 
si Charles Forbin, après avoir remis ces 1,500 écus à Bartho- 
lomée, lui avait vendu, par pénurie d'argent, la moitié de sa 
créance sur les Juifs. D'un autre côté, nous voyons qu'en ce même 
mois de février 1493, la communauté juive de Marseille paie à 
Bartholomée, du fait de cette moitié de sa créance, un solde qui 
liquide le compte, comme si la communauté s'était substituée aux 
Juifs aragonais et avait pris leur dette à sa charge. Nous ne 
pouvons pas expliquer ces changements survenus dans les stipu- 
lations antérieures, nous nous bornons à analyser les deux pièces 
qui les attestent. 

Le 18 février 1492 (c'est-à-dire, avec l'origine actuelle de l'an- 
née, 1493), Charles Forbin déclare solennellement que noble Bar- 
tholomée Iaufredi a et doit avoir la moitié de la créance susdite de 
1,500 écus, et que cette créance est possédée, en parts égales, par 
lui-même, Michel Forbin * et ledit Bartholomée. Fait à Marseille, 
« in porticu domus magistri domini regii vicarii infrascripti. » 
Signé : « Nobilis et egregius vir Honoratus de Glandeves, do- 
minus de Greodoles 2 , locumtenens excellentissimi domini magni 
senescalli ; Nobilis Iohannes Centèrii vicarius ; magister Ma- 

THEUS DE OLERIIS 3 . » 

VI. Puis, la même année et le 27 février, noble Bartholomée Iau- 
fredi, de Nice, à qui appartient la moitié de la créance susdite, en 
présence de Salvet Teniani, Ysac Orgerii, Samuel-Abram Davin 
de Lisbonne, Salves de Nîmes, Aron Orgerii, Durand Ancelhuti, 
Abram Gart, Mosse Bonet, Crescas Botarelli et Mordecaix Pro- 
fach, Juifs de Marseille, tant en leur nom propre et privé qu'au 

1 Ce Michel est le frère de Charles Forbin. (Note de M. le D r Barthélémy.) 

2 Greoulx. 

3 Dollières. 



76 REVUE DES ETUDES JUIVES 

nom des autres Juifs, et devant Bartholomée Darneti, notaire, a 
déclaré avoir reçu desdits Juifs, en leur nom et au nom des Juifs 
non présents, 25 écus d'or pour solde et payement complet de ce 
qui lui est dû sur sa moitié de créance par accord intervenu entre 
ledit Bartholomée Iaufredi et les Juifs. Ledit Bartholomée donne 
en conséquence quittance complète et générale pour tout ce qui 
lui était dû, tant aux Juifs de Marseille présents et non présents 
qu'aux Juifs aragonais, et déclare n'avoir plus rien à réclamer. 
Fait à Marseille sur la grande place (platea) de la grande école des 
Juifs. Signé : « Nobilis et circonspectus vir dominus Bertrandus 
de Barles, iurisperitus ; Honorandus vir Bartholomeus Ray- 
naudi, sindicus. » 

Ainsi finit cet intéressant épisode de l'expulsion des Juifs 
d'Espagne. 

Isidore Loeb. 



DOCUMENTS 



TIRÉS DES PAPIERS DU CARDINAL SIRLETO 

ET DE QUELQUES AUTRES MANUSCRITS DE LA VATICANE 

SUR LES JUIFS DES ÉTATS PONTIFICAUX 



Aux documents relatifs à la condition des Juifs dans les Etats 
pontificaux que fournissent les registres du Saint-Office et les 
Archives d'État *, il convient d'ajouter ceux que renferme la volu- 
mineuse correspondance du cardinal Sirleto. On l'admettra sans 
peine, quand on saura que ce savant et infatigable cardinal, né en 
1514, mort en 1585, exerçait, entre autres fonctions, celle de Pro- 
tecteur et Juge ordinaire de tous les catéchumènes et néophytes 2 ; 
car il se trouvait ainsi chargé de diriger la propagande chrétienne 
parmi les Israélites, et tour à tour de protéger ou de punir ceux-ci 
quand ils entreprenaient de défendre la liberté de leur conscience. 
Malheureusement, sa correspondance est dispersée entre plusieurs 
fonds de la Vaticane; et, malgré de longues recherches, nous 
n'avons pu la découvrir tout entière 3 . Mais le nombre des pièces 

1 Voir par exemple dans cette Revue : L'Inquisition romaine et les Israélites, par 
M. Perugini, t. III, p. 94, et Les Juifs à Rome aux xvi e , xvn e et xvin e siècles, par 
M. A. Bertolotti, t. II, p. 278. Voir encore, t. V, p. 219, un article de feu M. Lattes. 

s 11 avait été nommé à cette fonction entre le 11 octobre 1567 et le 16 octobre 1568; 
car, à la dernière de ces deux dates, il rendait une ordonnance en cette qualité 
(ms. 6792 du fonds Vatican, p. 100), et, à la date précédente, le cardinal Gian 
Michèle Saraceno, auquel Sirleto, le 16 décembre 1568, dit avoir succédé, était encore 
en fonctions (voir des papiers sur lesquels nous reviendrons plus loin, ibid., p. 109- 
115). Quant à Saraceno, il avait occupé cette place au moins depuis le 20 décembre 
1563 (ibid., p. 106). 

3 Voir l'appendice A de notre récent ouvrage : De l'influence du concile de Trente 
sur la littérature et les beaux-arts chez les peuples catholiques. Essai d'introduction à 
Vhistoire littéraire du siècle de Louis XIV ', Paris, Thorin, 1884. 



78 REVUE DES ETUDES JUIVES 

intéressantes pour l'histoire des Juifs' italiens que nous y avons 
incidemment rencontrées, en y cherchant tout autre chose, nous 
a convaincu de l'intérêt qu'elle offrirait aux savants qui s'adonnent 
à cet ordre d'investigations. 

Comme les alternatives d'équité et d'injustice, de tolérance et 
de persécution qui caractérisent dans les derniers siècles la con- 
duite du gouvernement romain à l'égard des Israélites, se suc- 
cèdent au hasard au temps de Sirleto, nous diviserons nos 
documents suivant l'ordre méthodique, et non suivant l'ordre 
chronologique. 

Pièces relatives aux conversions obtenues de bonne grâce. 

L'évêque d'Ancône, dans une lettre en date du 1 er août 1573, à 
Sirleto, déclare que beaucoup de Juifs embrassent le catho- 
licisme *. 

De nombreuses lettres de la même provenance se rapportent à 
la maison établie dans Ancône pour recevoir les catéchumènes et 
néophytes. 

Le cardinal assure une protection efficace aux convertis : un de 
ses confrères du Sacré-Collège, à qui il avait recommandé un néo- 
phyte, du nom de Salvador, lui répond qu'il a toujours pris, pour 
l'exemple, les intérêts des Juifs convertis et qu'il le fera plus vo- 
lontiers encore cette fois 2 ; un magistrat de Cesena écrit à Sirleto, 
le 12 mai 1570 : « Votre Seigneurie Illustrissime a bien voulu me 
recommander l'affaire que Giovanni Antonio, néophyte, ci-devant 
hébreu, avait avec un gentilhomme de cette ville ; et, selon l'ordre 
de Votre Seigneurie Illustrissime, ne tenant compte que de la vé- 
rité du fait (secondo Vordiae di V. S. lll ma , atiesa la sola veritci 
del>fatto), j'ai mis en possession ledit Antonio. . . Aujourd'hui, il 
vous a plu de me recommander une autre affaire du même et de 
Muria Felice : je tâcherai de l'expédier avec toute la diligence pos- 
sible z ». 

Notons en passant quelques pièces qui appartiennent au 
xvn e siècle, et qui témoignent du zèle de Rome pour les nouveaux 
convertis : on y voit deux casuistes qui déploient toutes les res- 
sources de leur art pour établir que le Pape peut dispenser les 
néophytes de restituer l'argent acquis par l'usure avant leur con- 

1 6191, fonds Vat., II« partie, p. 548. 

2 Lettre datée de Pérouse, 19 juillet 1568, dans le ms. 387 du fonds Rcgina, éga- 
lement à la Vaticane, p. 79. 

3 Ms. 2020, Reg., p. 49. 



DOCUMENTS SUR LES JUIFS DES ETATS PONTIFICAUX 79 

version, même sur des personnes vivantes et connues f ; l'un d'eux 
fait des citations qui montrent qu'on avait songé à modifier sur 
plusieurs points en faveur des ci-devant Juifs les règles qui ré- 
gissaient la famille israélite. Le même manuscrit renferme un 
décret ou un projet de décret d'Alexandre VII, qui me paraîtrait 
conçu dans un esprit de remarquable équité s'il visait indistincte- 
ment tous les sujets du Pape et non pas seulement les néophytes : 
il y est dit, aux pages 307-311, que ceux-ci rembourseront ce qu'ils 
auront acquis par l'usure, mais qu'ils retiendront un intérêt de 
cinq ou sept pour cent, suivant les cas, attendu qu'il convient de 
les dédommager des risques attachés atout prêt, et que les Juifs, 
à qui on interdit plusieurs carrières sont obligés de pratiquer le 
commerce de l'argent. Il est vrai qu'aux pages 313-319, un théo- 
logien conteste que le Pape ait le droit d'autoriser les néophytes à 
garder cet intérêt. 

Un règlement relatif au collège fondé par Grégoire XIII, par 
conséquent entre 1562 et 1585, pour les jeunes Grecs qui auraient 
abjuré le schisme, ordonne qu'on y recevra aussi des enfants ci- 
devant Juifs ou musulmans, et que, parmi ces nouveaux chrétiens, 
la proportion sera de deux ex- Juifs pour un ex-musulman 2 . 

La protection assurée aux néophytes entraînait des embarras de 
différentes sortes. 

D'abord l'argent manquait parfois pour tenir les promesses qu'on 
leur avait faites 3 . Une lettre d'une néophyte qui prétend qu'on ne 
remplit pas les engagements pris avec elle est curieuse parce 
qu'elle montre qu'on multipliait les offres pour déterminer la con- 
version des plus petites gens : la pauvre femme, qui dans chaque 
phrase estropie la langue et outrage la grammaire, se plaint qu'on 
lui ait retiré sa pension pour le simple fait de n'avoir point pris 
conseil de son directeur spirituel avant de se marier ; on lui dit : 
« Faites- vous nourrir par votre mari ! » « Pourtant, répond-elle, 
c'est le Pape qui a fondé l'œuvre des catéchumènes, et j'ai été 
recommandée plus que toutes les autres néophytes ; même, avant 
qu'on en écrivit au Cardinal, je reçus une lettre du commissaire 
qui était déjà ici pour les affaires des Juifs, laquelle me fut écrite 
aussitôt après la mort de M. Alessandro. Je l'envoie ci-inclus, et 
Votre Révérence (un prédicateur du couvent de la Minerve à 



1 Ms. 2461, p. 283-307, du fonds Ottoboni, également à la Vaticane. 
a Ms. 6792, Vat., p. 93; toutefois cette pièce ne porte pas de signature. 
3 Voir une lettre non datée du docteur P. Corso à Sirleto, ibid., p. 81. 



80 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Rome qui l'avait convertie) y verra ce qu'on me promettait, outre 
ma pension, grâce aux peines et bontés de M. Alessandro *. » 

De plus, les tribunaux ecclésiastiques revendiquaient la juridic- 
tion exclusive sur les néophytes : de là, des conflits avec les tri- 
bunaux laïques. Le médecin néophyte Giulio Cesare Abina a été 
attaqué nuitamment ; il dit n'avoir pas reconnu l'agresseur. Les 
juges de Bénévent prétendent mettre le médecin en prison jus- 
qu'à ce qu'il nomme le coupable. Aussi Abina ne veut-il plus com- 
paraître. L'archidiacre et vicaire de Bénévent fait dire aux juges 
que, si quelque témoignage convainc le médecin d'avoir reconnu 
l'agresseur, il s'engage à le lui faire avouer; mais ils persistent 
dans leur intention 2 . 

Puis, les ministres des libéralités de l'Église en faveur des néo- 
phytes ne se prêtaient pas tous également à ses vues : Curtio de' 
Franchi, un des érudits de l'entourage de Sirleto, se plaint à lui 
d'avoir beaucoup de peine à faire délivrer aux nouveaux convertis 
les vêtements qu'on leur destine ; il lui faut sans cesse interposer 
l'autorité du Cardinal ; un jour même où il n'avait pas eu le cœur 
de mener à Sirleto un pauvre diable déguenillé qui demandait le 
baptême, il a dû, fatigué des impudents prétextes qu'on opposait 
à sa requête de vêtements, faire ouvrir la caisse de hardes par 
uu menuisier, et ceux qui l'ont réduit à cette extrémité sont allés 
le calomnier auprès de Sirleto. Après avoir protesté que c'est le 
devoir des catholiques de vêtir ces pauvres catéchumènes, quand 
ils viennent à la foi, il ajoute : « Dieu sait combien toute cette se- 
maine je me suis fatigué à leur service jusqu'à quatre ou cinq 
heures de la nuit ; et l'autre soir je me suis donné beaucoup de 
mal pour accommoder deux femmes que je tirai du Ghetto ; après 
tout cela on me jette la pierre (e poi me se dà aile ganïbe). Béni 
soit Dieu, qui, peut-être, le permet, afin que je me retire un jour 
de tant d'occupations et d'ennuis ! Aussi prié-je Votre Seigneurie 
de m'y autoriser, parce qu'en vérité je n'en puis plus [perché in 
vero non ne posso più). Qu'Elle me pardonne si ma lettre a été 
trop longue ; quand je pourrai venir lui parler, je m'étendrai en- 
core plus 3 ». C'était sans doute à ces fonctions que faisait allusion 
le même Curtio de' Franchi, quand il parlait à Sirleto, le 14 mai de 
l'année suivante, des travaux où il avait souffert des indignités 
pour lui obéir, et dont il se félicitait d'être débarrassé 4 . 

1 Lettre datée de Bologne, 9 mai 1569, et signée la Filicita [sic] ; ms. 6792, Vat., 
p. 107. 

a Lettre de l'archidiacre, du 8 juillet 1583, ms. 2020, Reg., p. 234. 

3 Lettre du 27 février 1580, dans le ms. 6792, Vat., p. 91. 

4 Ms. 6194, Vat., I re partie, p. 33. Curtio de' Franchi figure souvent dans la 



DOCUMENTS SUR LES JUIFS DES ETATS PONTIFICAUX SI 

Une autre difficulté provenait de la brutalité de la basse classe 
qui ne se laissait pas facilement arracher ses anciennes victimes : 
le 25 ioctobre 1584, le néophyte Giovanni Martinengo exposait au 
Cardinal qu'une pauvre Juive, esclave d'un seigneur, avait eu 
beau se faire chrétienne, elle n'en était pas mieux traitée par les 
gens de la maison; ils l'avaient rendue grosse et la faisaient venir 
à Messine pour la vendre, sauf la révérence de Sa Seigneurie, 
comme une bête ; il priait donc Sirleto d'intervenir, ajoutant que 
lui et^quelques autres néophytes contribueraient de leur argent 
pour qu'elle ne fût pas vendue 1 . 

Enfin, les néophytes ne faisaient pas toujours honneur à leur 
nouvelle religion 2 . 



Conversions forcées. 

On sait que les Papes traitèrent en général les Juifs dans leurs 
États avec plus de douceur que ne le faisaient les autres princes 
chrétiens. M. Léon Bardinet, M. R. de Maulde, l'ont montré dans 
cette Revue pour ce qui concerne Avignon et le Comtat-Yenaissin. 
La correspondance de Sirleto prouve que, même au fort du règne 
de l'Inquisition, tout n'était pas permis contre les sujets israélites 
du Souverain Pontife, que l'autorité essayait de garder envers 
eux quelque justice, qu'elle avait souvent égard à la liberté de 
leur conscience, et que ceux qu'ils accusaient d'excès de zèle étaient 
obligés de se justifier. En effet, non seulement le gouvernement 
pontifical tâchait de protéger leur vie contre la populace 3 , mais il 
désirait se conformer dans la pratique au sentiment de justice par 



correspondance de Sirleto, soit comme liturgiste, soit comme agent, par ex. dans les 
mss. 6192, Vat., I re partie, p. 139, 170 ; 6193, Vat., I, p. 171, II, p. 365; 6194, 
Vat., I, p. 122. On peut lire dans un ms. de la Bibliothèque Vallicelliana à Rome 
ses Animadversiones in Breviarium romannm. Je me suis demandé si ce n'était pas un 
Juif converti, parce que vers la même époque il y avait un hébraïsant nommé 
Gulielmo de' Franchi que Prosp. Mandusio, dans sa Bibliotheca romana, seu roma- 
norum scriptorum centuriœ, Rome, 1682, qualifie de monachus V allomàrosanus ex 
Hebrœorum génère neophytus. Mais la préface du Sole délia lingua santa de ce 
Gulielmo de Franchi, en 1591, ne mentionne ni Curtio, ni aucun des familiers de 
Sirleto. 

1 Ms. 6195, Vat., 11° part., p. 646. 

5 Sur les méfaits ou sur les défauts qu'on leur reprochait, voir les mss. 387, 
Reg., p. 361 ; 6194, Vat., I, p. 178 ; 6193, Vat., I, p. 77 ; 6192, Vat., I, p. 16. 

3 Paul III supprima la représentation nocturne de la Passion dans le Colysée, 
parce que la populace, fanatisée par ce spectacle, attaquait les Juifs à coups de 
pierres. (Aless. d'Ancona : Origini del Teatro in Italia, Studj sulle sacre Rapprezen- 
tazioni, Florence, 1877, Successori Le Monnier, 2 vol.) Voir, pour un fait relatif au 
siècle suivant, la Correspondance inédite de Mabillon et de Mont faucon avec Vltalie y 
publiée par Valéry, Paris, 1847, I er vol., p. 323. 

T. IX, n° 17. 6 



82 REVUE DES ETUDES JUIVES 

lequel il interprétait quelquefois l'interdiction faite aux Juifs 
d'employer des sages-femmes ou des nourrices chrétiennes, pour 
empêcher que le baptême ne fût conféré aux enfants contre la 
volonté de leurs parents *. En principe, il défendait de baptiser un 
catéchumène, quelque instance qu'il fît, sans l'autorisation du 
Cardinal Protecteur- ; et, quand les Juifs incriminaient les moyens 
employés pour procurer les conversions, leurs plaintes arrivaient 
assez haut pour que les agents qui les avaient mis en œuvre pré- 
sentassent à Sirleto des explications 3 . L'archevêque de Sienne 
même jugeait opportun de fournir au Cardinal, dans une affaire 
de cette nature, un garant de sa parole : il conduisait un certain 
Giuseppe Vitali dans an couvent pour lui montrer un enfant qui, 
disait-il, avait causé bien de l'ennui à Sirleto, et lui avait valu à 
lui-même bien des calomnies supportées avec le courage de l'in- 
nocence ; Sirleto, informé par Vitali de l'âge, de la complexion, 
de l'intelligence de l'enfant, déciderait s'il fallait ou non le bap- 
tiser 4 . 

Mais le prosélytisme l'emportait bien souvent : on déclarait va- 
lable le baptême donné à l'enfant malgré ses^parents, et on élevait 
dès lors parmi les chrétiens le petit être baptisé dans ces con- 
ditions s : on se demandait si l'on ne pouvait pas baptiser un enfant 
sur la demande de son grand-père paternel, malgré la volonté de 
sa mère G . Un évêque de Fossombrone, près d'Urbin, écrit à Sir- 
leto qu'il a reçu et fait instruire un garçon de neuf à dix ans 
qui s'était enfui de la maison paternelle pour demander le 
baptême ; cet enfant, dit-il, mène une conduite édifiante ; il 
reprend à l'Eglise les enfants chrétiens qui ne mettent point les 
deux genoux en terre ou se dissipent ; l'évêque consulte Sirleto 
sur ce qu'il doit faire, attendu qu'il n'y a point dans le voisinage 
de collège de néophytes, et qu'il est par conséquent difficile d'em- 
pêcher que les jeunes catéchumènes ne parlent à quelqu'un des 
nombreux Juifs du pays 7 . 

On recourait à des procédés vexatoires pour assurer les con- 
versions obtenues : le 10 juillet 1568, Sirleto défendit aux néo- 
phytes de Rome, sous peine de trois coups de corde pour les 
hommes, du fouet pour les femmes, et d'une amende d'entrer dans 

1 Voir l'article précité de M. Perugini, à la p. 99. 

2 Ms. 6192, Vat., I, p. 29. 

3 Lettre du 3 mars 1571, dans le ms. 6191, Vat., I, p. 24. 
* Lettre du 7 avril 1579, ms. 6193, Vat., II, p. 379. 

5 Ms. 2532 du fonds Ottoboni, également à la Vaticane, p. 152 ter go. 

6 Ms. 2461, fonds Ottob., p. 352-360. 

7 30 juillet 1582, dans le ms. 6194, Vat., I, p. 446. 



DOCUMENTS SUR LES JUIFS DES ETATS PONTIFICAUX 83 

le Ghetto, d'entretenir des liaisons avec les Juifs, de manger avec 
eux ; s'ils avaient absolument besoin d'aller dans le quartier des 
Israélites, ils devaient en prendre une permission écrite ; les di- 
manches et jours de fête, ils devaient se rendre au monastère de 
Saint-Basile, à Tor de' Conti l ; faute de quoi ils seraient châtiés 
sans rémission a . 

En bien des circonstances, ce zèle était stimulé chez le clergé 
par l'ardeur de néophytes enthousiastes ; car, quand un ménage 
avait été entamé par le christianisme, le conjoint baptisé n'avait 
souvent pas de plus cher désir que d'obtenir la conversion de 
l'autre, ou au besoin de l'arracher ; et ce n'était plus, semble-t-il, 
comme au temps des Monique et des Glotilde, la femme qui ga- 
gnait le mari, c'était plutôt le mari qui s'employait à gagner la 
femme ; d'où peut-être un psychologue inférerait que les considé- 
rations terrestres avaient alors plus de part aux abjurations. Il y 
avait des maris qui ne recouraient qu'à la persuasion, comme ce 
Jean de Pisis, qui, de Naples où il était nourri aux frais de la 
caisse des catéchumènes, écrivait àSirleto que, s'il insistait pour 
obtenir la permission de revenir à Rome, ce n'était pas dans des 
vues intéressées, son départ de cette ville lui ayant fait perdre 
toutes ses créances pour ne plus lui laisser que ses dettes, mais 
dans l'espoir d'amener sa femme et ses enfants au christianisme ; 
on lui avait répondu, au nom du Cardinal, de ne plus penser à 
venir à Rome : il demande alors un sauf-conduit pour ses enfants 
et sa femme, afin que tous passent une année avec lui, persuadé 
que, séparés des Juifs et entendant de continuelles prédications, 
ils abjureront; sa femme, quand elle lui écrit à l'insu de ses pa- 
rents, n'objecte que l'impossibilité où elle le croit de les nourrir ; 
or, on lui offre pour elle, à Naples, une part (de vivres, dans les 
allocations faites par la maison des catéchumènes), et des per- 
sonnes qui le protègent proposent de marier ses enfants 3 . Mais 
il n'était pas rare de voir une Juive mise en séquestre sur la de- 
mande d'un mari néophyte ; et, quand la communauté israélite 
sollicitait la suppression de cet abus, les agents de conversion 
priaient l'autorité suprême de ne pas tenir compte de sa re- 
quête 4 . 

1 Tour construite sous Innocent III sur l'emplacement du forum d'Auguste. 

2 Arrêt déjà cité, du 10 juillet 1568, dans le ms. 6792, Vat., p. 100. 

â 23 février 1570, ms. 6190, Vat., p. 303 ; on voit aux pages 329 et 500, ibid., 
qu'il obtint le sauf-conduit ; toutefois, une lettre de Fabricio Carafa, datée de Naples 
2 juin 1570 et rédigée en style officiel, ne parle que d'une permission de quatre mois 
(ibid., p. 411). 

4 Lettre de Curtio de ? Franchi, datée de Naples, 27 janvier 1582, ms. 6194, Vat., 
I, p. 263. 



84 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

D'autres fois, les maris, au lieu de tourmenter la conscience des 
épouses récalcitrantes, préféraient se dédommager sur leur dot : 
Vitale Medici informe Sirleto que ses fils viennent de recevoir le 
baptême, qu'ils ont été tenus sur les fonts par le cardinal Cesi, par 
le grand duc et la grande duchesse de Toscane, qu'on instruit sa 
fille : « Mais ma femme, ajoute-t-il, se montre plus obstinée que 
jamais ; elle est depuis quelque temps retournée parmi les Juifs, 
elle persévère dans sa perfidie et ne songe qu'à m'inquiéter et à 
me molester, en prétendant recouvrer sa dot, laquelle étant hon- 
nêtement grande, puisqu'elle passe la somme de mille écus, s'il 
faut que je vienne à restitution, je serai fort incommodé, et de- 
meurerai presque ruiné. » Aussi demande-t-il qu'on obtienne pour 
lui l'effet des promesses et des caresses que le pape lui a faites si 
souvent en présence de Sirleto, tant au sujet de cette dot que de 
la recherche d'un parti pour sa fille qui, en abjurant, a renoncé à 
son fiancé *. 

Pour les Israélites dont la conversion n'était pas l'objet d'une 
tentative particulière, les papiers de Sirleto donnent aussi quelques 
détails sur leur condition. A la page 94 du ms. 6792 du fonds Va- 
tican, on trouve l'état des revenus tirés, du 1 er janvier 1565 au 
31 avril 1568, de l'impôt établi sur les synagogues au profit de l'ins- 
titution des catéchumènes, et, page 24 du ms. 6190 du même fonds, 
une lettre du 29 mars 1569, touchant une hypothèque mise dans la 
même intention sur les propriétés des Juifs 2 . On relève aussi dans 
ces papiers quelques documents sur l'application de la célèbre 
bulle de Paul IV, qui interdisait aux Israélites de posséder des 
biens-fonds, de prêter à intérêt et d'exercer certaines professions. 
Une dame prie Sirleto d'empêcher le président de la Romagne de 
continuer à exiger qu'on paye l'impôt des synagogues pour une 
maison qu'un Juif avait, à la vérité, affectée précédemment au ser- 
vice de sa religion, mais que depuis deux ans il avait vendue pour 
obéir à la bulle ; ce Juif s'était retiré en Lombardie, et le revenu 
de la maison garantissait la dot de sa femme chargée de sept 
enfants 3 . Un certain Giovanni Battista Uberti expose au Cardinal 
la procédure suivie par coutumace contre un Israélite qui violait 



1 « La consorte poi sta più ostinata che mai; è di già ritornata fra gli Hebrei ; 
persévéra nella sua perfidia, et attende solo ad inquietarmi et molestarmi di voler 
ritrovar la dote sua, la quale essendo honestamente grande che passa la somma di 
1000 scudi, venendo alVatto délia restitîitione, mHncomoderà assai et mi farà restar 
quasi privo di facoltà... » Lettre de Florence, 14 octobre 1583, ms. 6195, Vat., I, 
p. 276. 

2 Voir encore une lettre de l'évêque d'Ancône du 9 janvier 1577 à Sirleto, p. 336 
du ms. 387, Reg. 

3 Lettre du 22 décembre 1568 dans le ms. 6189, Vat. ; je n'en ai pas noté la page. 



DOCUMENTS SUR LES JUIFS DES ETATS PONTIFICAUX 85 

ladite bulle en prêtant à 20 0/0, et en conservant des propriétés 
foncières dont il n'avait fait qu'une vente simulée : en conséquence 
on avait séquestré ses biens *. Une ordonnance de Saraceni, le 
prédécesseur de Sirleto, datée du 11 octobre 1567, une autre de 
Sirleto du 16 octobre 1568, prescrivaient de punir rigoureusement 
les infractions à la bulle, mais de recevoir tous les moyens par 
lesquels les accusés prouveraient qu'ils ne l'avaient point trans- 
gressée ; un commissaire adresse à Sirleto un long mémoire justi- 
ficatif pour établir qu'il n'avait pas outrepassé ces instructions 2 . 
L'évêque de Bénévent informe Sirleto qu'il a mis arrêt sur les 
créances de quelques Israélites, notamment de Leone Jayr, pour 
fait d'usure, mais que celui-ci a obtenu à Rome un mandat exécu- 
toire contre les débiteurs : il prie Sirleto de faire suspendre l'effet 
de ce mandat et de ne pas laisser enlever ces créances aux caté- 
chumènes et néophytes auxquels on les appliquerait 3 . On voit 
que la bulle ne demeura pas lettre close, et d'autre part qu'on 
tâchait de prévenir les abus de ceux qui la faisaient exécuter. 

Quelques mots de cette lettre (dopo la partita degli Ebrei di 
qua, après le départ des Juifs de cette ville) semblent indiquer que 
les Juifs venaient d'être expulsés de Bénévent : une lettre précitée 
du 3 mars 1571 dit formellement que, sur l'ordre du pape, on a fait 
sortir les Israélites de Bologne, et qu'on y reçoit au contraire les 
néophytes de Gento et de la Pieve, où il y a beaucoup de Juifs 4 ; 
et le cardinal Lomellino, après avoir, de concert avec Sirleto, 
expulsé les Juifs d'Anagni, lui écrivait : « Tant que j'aurai le gou- 
vernement de ce pays, je ne souffrirai pas qu'il y en vienne d'au- 
tres, car l'expérience m'a montré que leur fréquentation n'est pas 
bonne pour les chrétiens, et qu'ils abusent grandement de la grâce 
qu'on leur fait 5 . » 

Les Juifs ainsi tourmentés essayaient tantôt d'attendrir, tantôt 
de corrompre les autorités. L'évêque de Minori, près Salerne, se 
plaignait qu'en donnant de l'argent tant à Home qu'à Core, ils 
eussent empêché l'exécution d'un arrêt qui les chassait de cette 
petite ville 6 . Ils tentaient même de s'opposer aux procédés som- 
maires des zélateurs chrétiens : l'évêque de Fer rare, ayant un jour 
reçu du pape, par l'entremise de la duchesse d'Urbin, l'ordre de 
transporter sur le champ, et nonobstant tout appel juridique, une 

i 24 août 1569, ms. 6190, Vat., p. 139. 
2 Loc. cit., 6792, Vat., p. 109-112. 

3 alli catecumeni et neofiti alli quali verriano applicati. 29 octobre 1570, ms. 

387, Reg., p. 303. 

4 Ms. 6191, Vat., I, p. 24. 

5 31 août 1574, ms. 387, Èeg., p. 125. 

6 Lettre à Sirleto du 3 sept. 1582, ms. 6194, Vat., I, 469. 



86 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

jeune Juive chez ladite duchesse, avait envoyé sans retard des 
gens pour opérer l'enlèvement ; des Juifs s'efforcèrent de faire 
fuir la jeune fille par une porte dérobée, mais les agents gardaient 
également cette issue et saisirent la fugitive au passage 1 . Voici 
une lettre de Gurtio de' Franchi, à Sirleto, où l'on voit les mines 
et contre-mines employées par les deux religions qui se disputaient 
les âmes, et l'exaspération à laquelle la défaite conduisait les 
Juifs : 

Monseigneur Illustrissime et Révérendissime, ne pouvant aller ce 
matin chez Votre Seigneurie Ill m0 , je crois devoir l'informer qu'hier 
au soir avec M. Berdardino Cotta, je pris cette jeune Juive dont je 
parlais hier à Votre Seigneurie, et la mis dans une maison voi- 
sine de la nôtre. De plus Votre Seigneurie saura qu'apprenant 
qu'Agnès la néophyte, qu'on suppose avoir prêté la main à la fuite 
de Stella % voulait sortir de Rome et aller à Fondi, et soupçonnant 
que ce projet soudain venait de ce qu'elle n'avait pas la conscience 
nette à propos de cette affaire {perché si senti machiata in questo 
fatto), et de ce qu'elle savait que les Juifs sont pris 3 , je fus d'avis, 
d'accord avec M. Berdardino de m'assurer d'elle ; nous ne voulûmes 
pas toutefois lui donner d'autre prison que la maison des Catéchu- 
mènes, où nous la tenons dans une salle à part avec un de ses en- 
fants. En outre, apprenant de deux dames, Domenica, femme de 
M. Fabiano et Diamante, que, comme elles revenaient ensemble 
en voiture de chez Madame la marquise de Riano, au milieu de la 
route un Juif se posta devant la voiture, et, se tournant vers la 
dame Diamante lui dit : «Ah! mauvaise chienne, est-ce que per- 
sonne ne te tuera ? » M. Bernardino commanda hier au soir qu'il fût 
arrêté pour être puni comme il convient. Sur quoi je baise les mains 
de V. S. Ill me . De ma maison, 1* avril 1581. De V. S. Ill me *. 

Un rapport sans date ni signature accuse même les Juifs d'avoir 
troublé par leurs insultes une procession du Vendredi- Saint r \ 

Comme il est naturel, les Juifs détestaient surtout parmi les 
zélateurs chrétiens ceux qui sortaient de leurs rangs. On lit 
dans le récit de voyage de Montaigne que, parmi les excellents 
prédicateurs quïl entendit à Rome dans le Carême de 1581, il 
avait distingué un rabi-renié qui prêchait les Juifs le samedi 

1 Lettre de cet évêque à Sirleto, 2 juin 1584, ms. 6195, Vat., II, p. 483. Je crois 
que le père de cette jeune fille était déjà baptisé. Le même évêque parle, peu de 
temps après, d'une petite Juive de 3 ou 4 ans qu'il fait garder avec soin dans son 
palais ; je ne sais s'il s'agit du même sujet. 

2 Evidemment Stella s'enfuyait de la maison des Catéchumènes. 

3 Les complices de l'évasion. ♦ 

4 Ms. 6194, Vat., I, p. 29. 

5 Ms. 6792, Vat., p. 79. 



DOCUMENTS SUR LES JUIFS DES ETATS PONTIFICAUX 87 

après-dîner en la Trinité 1 . « Il y a toujours, continue Montaigne, 
soixante Juifs qui sont tenus de s'y trouver., Cestui était un fort 
fameus docteur parmi eus ; et par leurs argumans, mesmes leurs 
rabis et le texte de la Bible, combat leur créance. En ceste sciance 
et des langues qui servent à cela, il est admirable. » Ne serait-ce 
pas ce docteur néophyte qui reçut un jour cette curieuse lettre 
d'avertissement sans date : 

Au magnifique et très honorable Messire Andréa de' Monti. 

La présente sera seulement pour vous avertir de ce que les Juifs 
auxquels vous prêchez la vérité disent contre vous. Ils disent réso- 
lument qu'ils ne veulent pas venir à vos sermons, et qu'ils se sou- 
cient peu des mauvais offices que vous leur rendez, parce que, 
comme ils affirment et prétendent être le peuple élu de Dieu, la se- 
mence d'Abraham, les enfants de Jacob, ils prêchent le matin de 
bonne heure dans la synagogue que le règne du pape est un règne 
temporel, comme fut celui des Chaldéens, de Pharaon, des Perses, 
d'Assuérus et des anciens Romains, et que, de même que Dieu eut 
soin de protéger et gouverner leurs pères sous ces puissances, ainsi 
encore il les protège à leur tour sous le règne du pape, les mainte- 
nant saufs, libres, riches, honorés et fort respectés des princes 
chrétiens qui traitent bien les Israélites et les favorisent en temps 
et lieu, partie par l'inspiration et la volonté de Dieu qui commande 
à tous les princes et rois du monde, partie parce que tous les rois 
et princes n'osent pas maltraiter le peuple chéri de Dieu, de peur 
qu'il ne leur advienne ce qui advint aux Chaldéens, aux Egyptiens, 
à Pharaon et aux autres Gentils qui ont voulu maltraiter le peuple 
de Dieu. Aussi espèrent-ils qu'il leur montrera un jour sur vous, 
qui les persécutez présentement, ce qu'il montra à leurs pères sur 
Aman qui persécutait Mardochée et le peuple saint de Dieu, parce 
que Dieu, sans autre Messie, a mille manières de les assister et les 
libérer de tout péril, de toute souffrance, et de châtier les persécu- 
teurs et oppresseurs de son peuple. Cela soit pour vous avertir, 
afin qu'en toute chose vous vous gouverniez avec jugement et pru- 
dence, attendu que les Juifs sont fort mal disposés à votre endroit ; 
et, bien qu'on dise que vous êtes leur serviteur pour leur prêcher 
et expliquer la loi sainte de Dieu sans nul salaire de leur part, 
toutefois votre enseignement ne leur agrée point, et ils préfére- 
raient entendre les leçons et les discours de n'importe quel chrétien 
plutôt que les vôtres (li giudei m hanno malissimo animo addosso, 
et quantunque dicano che voi siae loro serto a predicarli et inseg- 



1 Non pas sans doute, comme on l'a dit, la Trinité du Mont, trop éloignée du 
ghetto, mais peut-être la Trinité des Pèlerins, si sur l'emplacement de l'église qui 
porte actuellement ce nom et qui date du dix-septième siècle il s'élevait auparavant 
une église sous le même vocable. 



88 REVUE DES ETUDES JUIVES 

narli la legge santa di Dio sema salario alcuno da loro, pur' il vostro 
magisterio non gV è grato, et vogliono più presto odire gli discorsi et 
dottrina di quai si wglia altro christiano che da voi). Rien autre chose 
à vous dire. Moro da Fessa, etc. '. 

Les derniers mots où il est dit que les Juifs supporteraient tout 
autre prédicateur chrétien plutôt qu'Andréa de' Monti me portent 
à conjecturer que c'était là le rabbin converti qui, au dire de 
Montaigne, battait ses anciens confrères par leurs propres armes. 
Quoi qu'il en soit, en diverses circonstances, cet Andréa avait 
donné aux Juifs tantôt des espérances, tantôt des sujets de 
crainte : ainsi à propos de la lourde contribution de 1,130 ducats 
imposée aux Juifs de Rome depuis 1443 en retour de la permis- 
sion, jusque là refusée, de célébrer publiquement leur culte, la 
communauté israélite, vers 1562, dans un moment de détresse 
pécuniaire où elle implorait ses coreligionnaires de toute l'Europe, 
prétendait lui avoir donné cinquante écus pour qu'il ne livrât pas 
à l'autorité ecclésiastique le texte de cette onéreuse convention 
qu'il avait alors entre les mains 2 . Une autre fois, on voit Je 
même Andréa traduire et signaler à Sirleto un commentaire d'un 
rabbin moderne, qui, dit-il, par adorateurs' d'idoles, entend évi- 
demment les chrétiens 3 . 

Peu de temps après le voyage de Montaigne, un autre savant 
rabbin se convertissait. L'inquisiteur de Florence, en l'envoyant 
se faire baptiser à Rome, vantait son érudition dans les belles- 
lettres latines, grecques, hébraïques, chaldéennes, dans la philo- 
sophie péripatéticienne et la médecine, ajoutant qu'il n'attendait 
plus que le baptême de son protégé pour tirer sa famille du Ghetto 
et l'installer chez des gentilshommes 4 . 

Censure du Talmud. 

Un autre genre de persécution consistait dans la proscription 
plusieurs fois édictée contre le Talmud. La correspondance de 
Sirleto fournit des documents sur l'application de cette mesure 
tantôt formellement maintenue, tantôt adoucie par l'autorité 
ecclésiastique 5 . Tandis que les catholiques fanatiques, comme 



1 Ms. 6792, Vat., I, p. 80-86. 

- Ms. 6792, Vat., p. 76, lettre sans date signée Julio Marcello Romano. 

J Même ms., p. 73, verso ; lettre sans date. 

4 Lettre du 27 mars 1583, ms. 6195, Vat., I, p. 100. 

5 Sur les variations du S. Office à cet égard, cf. les Index romains de 1559, de 
1564, de 1632, celui du duc d'Albe (Anvers, 1570), celui qui parut à Pincia, c'est- 



DOCUMENTS SUR LES JUIFS DES ÉTATS PONTIFICAUX 89 

Franc. Torres, que ses coreligionnaires mêmes redoutaient 1 , de- 
mandaient qu'on ne se contentât pas d'avoir brûlé le Talmud à 
plusieurs reprises, et qu'on fouillât tous les ans les maisons des Juifs 
pour détruire tous les commentaires où l'on expliquait les pro- 
phéties de l'Ancien-Testament de manière qu'elles ne se rappor- 
tassent point à Jésus; tandis que, tout en reconnaissant qu'on ne 
pouvait contraindre les Juifs à croire au Christ, ils affirmaient que 
pour pouvoir les convertir, il fallait leur ôter ces commentaires 2 ; 
tandis qu'on édictait la peine de la confiscation des biens contre 
toute personne qui conserverait chez elle le Talmud, et qu'on 
envoyait par tout pays l'ordre de ne laisser aux Juifs que la Bible 3 , 
les Juifs présentaient une supplique pour sauver leurs commen- 
tateurs : ils représentaient que le Talmud était l'œuvre de plus de 
cent auteurs, dont quelques-uns antérieurs à Jésus-Christ (et par 
conséquent peu suspects de mauvaises dispositions à l'endroit du 
christianisme) ; que ce livre, si on voulait bien l'expurger, ne 
pourrait choquer les chrétiens (christianis, si expurgetw% non 
erit molestus); que les prescriptions juridiques qu'il contenait 
faisaient autorité parmi les Israélites ; qu'elles offraient d'ailleurs 
du rapport avec le droit romain et avaient beaucoup fourni pour 
la loi des Douze-Tables. Cette dernière assertion semble un peu 
téméraire, mais on la passe au rédacteur de la supplique en faveur 
de ces paroles touchantes : « De même que la charité apostolique, 
la plus patiente de toutes, nous tolère, nous et nos rites, de même 
on peut aussi tolérer nos livres qui nous enseignent ces rites; telle 
est la doctrine qu'on peut lire en mille endroits de S. Thomas, de 
S. Jérôme et d'autres théologiens. L'apôtre dit : « Que nous im- 
portent les affaires du dehors? » Il y a bien des choses dans 
l'Evangile et dans les Epîtres des saints qu'on ne peut complète- 
ment entendre sans le secours du Talmud. Dans un si vaste ou- 
vrage, on ne trouve pas vingt propositions qu'on puisse présenter 
comme blasphématoires contre la religion chrétienne. » La sup- 

à-dire à Valladolid en 1559 ; voir aussi les arrêts ou les mesures rapportés par 
Zaccaria dans sa Storia polemica délia prohibhionc de' libri, Rome, 1774, p. 166, 
par Schelhorn dans ses Amœnitates litterariœ, vol. IV, p. 87, note G ; voir enfin, à 
la Bibliothèque du palais Chizi, à Rome, dans le ms. H.-L, 21, p. 45-51, une re- 
marque sur ces contradictions. 

1 Voir sur la crainte qu'il inspirait au savant chanoine Latini notre livre sur l'In- 
fluence du Concile de Trente, p. 53. 

2 Franctsci Torrensis De sola lectione Legis et Prophetarum Judœis cum Mosaïco 
ritu et cultu permittenda, et de Jesu in synagogis eorum ex Lege ac .Prophetis osten- 
dendo et annuntiando. Ad reverendissimos Inquisitores, libri H. Rome, 1555. 

3 Le premier de ces deux arrêts est de 1553 ; il promet au dénonciateur le quart 
des biens du délinquant et le secret ; le second est de 1557. Voir un recueil d'arrêts 
du S. Office dans le ms. 2532 du fonds Ottoboni à la Vaticane, p. 161. 



00 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

plique concluait donc à ce qu'on ne fît pas payer à tous les Israé- 
lites ces rares agressions attribuées au Talmud et à ce que le 
concile de Trente permît une édition expurgée du Talmud 1 . 

Parmi les catholiques, plus d'un savant pensait de même; mais 
on n'osait plus soutenir une opinion qui avait coûté tant d'ennuis 
à Reuchlin. En effet, les deux théologiens contre lesquels Torres 
composa la dissertation résumée plus haut avaient prudemment 
gardé l'anonyme; et, quand un des érudits qui travaillèrent à la 
Bible polyglotte d'Anvers devait consulter les travaux des rabbins, 
il en sollicitait l'autorisation à Rome, ou payait par des tracasse- 
ries la hardiesse de s'être passé de permission 2 . 

Le Saint-Office ne voulut même pas se charger de l'expurgation 
du Talmud à laquelle l'Index de 1564 subordonnait l'autorisation 
de l'ouvrage 3 , et que nous voyions ci-dessus les Juifs disposés à 
accepter; comme ils insistaient même pour que le Tribunal y 
procédât, on leur signifia en 1593 et en 1625 que c'était à eux de 
l'exécuter et encore de s'y prendre bien, sans quoi ils seraient 
punis; on défendit en 1590, en 1591, en 1592 aux inquisiteurs 
locaux et aux évêques d'y travailler; et en 1610, en 1621, des 
agents de la Congrégation qui avaient contrevenu à cette défense 
furent blâmés 4 . On continua de poursuivre l'ouvrage: le 4 fé- 
vrier 1610, le Juif Vita subit la confiscation de ses biens pour 
avoir gardé des livres qui contenaient des erreurs provenant du 
Talmud 5 , et, le 28 mai 1731, on séquestrait dans les Etats ponti- 
ficaux les livres des Israélites 6 . 

i Ms. 2020, Reg., p. 443. 

2 Voir notre ouvrage sur Y Influence du concile de Trente. . ., p. 65, et notre Marc- 
Antoine Muret. Un professeur français en Italie dans la seconde moitié du xvi e siècle, 
Paris, Thorin, 1881, p. 223-227. On s'émancipa un peu au siècle suivant : le jésuite 
français Théop. Raynaud (mort en 1663), à la vérité dans une diatribe pseudonyme 
et inspirée par une rivalité de couvent, plaignit Reuchlin d'avoir été persécuté à 
propos du Talmud {De immunit ate auctorum Cyriacorum, c'est-à-dire despotes, quali- 
fication par où il désigne les Dominicains qui avaient la haute main dans le St-Office.) 
Cf. la préface des Tela ignea satanée de Jos. Christ. Wagenseil {Altclorfi Noricorum, 
1681), où l'auteur, qui demande pourtant qu'on punisse les blasphèmes des Juifs, 
déclare la lecture du Talmud propre à confirmer les chrétiens dans leur foi et néces- 
saire pour qui veut convaincre les Juifs ; on y verra un tableau moqueur des sermons 
auxquels à Rome on forçait les Juifs à assister ; l'auteur dit aussi que des réfutations 
du judaïsme écrites en latin ne servent de rien, attendu que c'est à peine si quelques 
médecins juifs entendent quelques mots de cette langue, et que, pour l'allemand, les 
Israélites ne savent pas le lire, si bien qu'ils font imprimer en caractères hébreux les 
livres allemands dont ils ont besoin. 

3 Si tamen prodierint sine nomine Thalmud et sine xnjuriis et calumniis in religio- 
nem christianam, tolerabuntur . 

4 Ms. 2532 du fonds Ottoboni, p. 150 et p. 152 ter go. 
b Ibid., p. 88 ter go. 

6 Voir une supplique où ils les redemandent, aux p. 2-12 du ms. 8111 du fonds, 
citée par M. Vinc. Forcella dans son Catalogo dei manoscritti relativi alla storia di 



DOCUMENTS SUR LES JUIFS DES ÉTATS PONTIFICAUX 91 

Je termine ces extraits en signalant un plan de dictionnaire 
hébreu proposé par un des correspondants de Sirleto * , et en 
exprimant le souhait qu'un érudit voué à l'histoire des Israélites 
reprenne un jour dans la Bibliothèque Vaticane des investigations 
que l'objet propre de mes recherches ne me permettait pas de 
pousser à fond. 

Gh. Dejob. 



Borna che si conservano nella Billioieca Vaticana, Rome, 1879-81, 3 vol. Dans le 
même manuscrit, aux pages 20-27, on lit une relation sur cette affaire. 

1 Ce plan se trouve à la page 454 du ms. 2023, Reg. ; l'auteur, Marcus Marinus, 
qu'il ne faut pas confondre avec Marino Rinaldi ou Ranaldi attaché vers cette époque 
à la bibliothèque du Vatican, est évidemment le même que le Marco Marino qui, le 
16 septembre de l'année sainte, c'est-à-dire de l'année du jubilé (1575, si je ne me 
trompe), envoyait à Sirleto, après de longues recherches, un livre demandé par le 
cardinal, et lui parlait de l'affaire du Talmud (p. 250 du ms. 387, Reg.). 



LES JUIFS 



DANS LES ETATS FRANÇAIS DU PAPE 

AU MOYEN AGE 

(suite l ) 



XLI. 
Sur la tenue des registres des dû et avoir de la commune. 

Nous somes d'acord qu'après que la tailhe sera dressée, seront tenus 
les bayllons de manifestz d'escripre a ung livre spécial la somme jl'ung 
chascung de nostre comune, par ABC, soit par voye de charge ou 
par vie de sould et livre, et de desduyre et rebatre a ung chas- 
cung ce qui se trouveront avoyr despendu ou desbourcé pour ladicte 
comune, s'il faict foy légitimement audict conseilh ou a la pluspart 
d'iceulx en leur acord. Et seront tenus lesdictz bayllons d'escripre en 
ung livre ce que auront desbourcé ou despendu lesdictz gentz de 
nostre comune pour icelle particulièrement, et ce pour ouster et 
obvier a tout fraud et barat 2 , a celle fin de ne se faire tourner poyer 
lesdictes despances une aultre foys. Et seront aussi tenus d'escripre 
toutz ceulx qui seront débiteurs de ladicte comune pour icelle 
année et soubsigneront leurs noms a ung chascung feulhet desdictz 
comptes, et les dorront au collecteur comun de ladicte comune : et 
aussin feront toutes les années, ou en tous les tours de ses presens 
articles. Aussi nostre vouloyr est qu'il soyt accompli et constrainct 
debailher ledict compte dans ung moys après estre venu, et complect 
le temps du compte de toutz les manifestz ; et s'il n'ont bailhé le 
parfaict compte dans ledict temps, ne bougeront de l'escolle et de 

1 Voir tome VII, p. 227, et tome VIII, p. 96. 

2 Barat, tromperie, dol. 



LES JUIFS DANS LES ÉTATS FRANÇAIS DU PAPE 93 

ïasara jusques a ce que seront parfaictz lesdictz comptes, et ce sur 
lapeyne d'ung florin (a), la moytié au fisc et l'aultre a Vhecdes, pour 
chascun desdictz bayllons de manifestz. 

(a) A la poene d'ung florin, applicable les deux tiers au fisc 
et l'aultre a l'aumône. 



XLII. 
De la comptabilité de la commune. 

Nous sommes d'acord que les bayllons de manifestz seront tenus 
d'escripre dans ung livre spécial tout ce que la comune doibt a 
qui que ce soyt. Et escripront aussi tout ce qu'a esté bailhé au 
collecteur. Et le conseilh sera tenu d'eslire troys homes de nostre 
comune, deux du conseilh et ung dehors du conseilh, de quelque 
lieu que ce soyt, et iceux seront auditeurs et récepteurs des com- 
ptes du collecteur. Et aura liberté le conseilh de eslire ung mar- 
chant crestien pour adviser les comptes des collecteurs, lesquels 
verront et calculeront feallement toutes payes qu'aura faict le- 
dict collecteur par ung chascun jour de l'année. Et le notaire et 
lesdictz bayllons escripront cela dedans leur livre, les payes 
qu'aura faict le collecteur, a celle fin qu'il soyt en memoyre perpé- 
tuelle aladicte comune en tout temps et lyeu que sera nécessaire. 
Aussi escripront et adviseront lesdictz bayllons en toutz les arré- 
rages que ledict collecteur n'a point exigé et recouvert des particu- 
liers de nostre comune par vie d'A B G, et de ceulx que le collecteur 
aura receu aulcung propos signé ou soubsigné de la pluspart du con- 
seilh. Car nostre vouloyr est que lesdictz bayllons adviseront et re- 
garderont a iceulx propos que sont estes faictz aulxdictz particuliers et 
escripront, aux livres des bayllons du manifestz et a ung aultre livre, 
lesdictz propos. Et, si cas advenoyt que les bayllons de la comune 
empruntassent [a) aulcun argent pour la comune, les bayllons de 
manifestz escripront de leurs mains, ou feront escripre de la main de 
l'escripteur de la comune, l'an, le jour, et le nom d'icelluy qui a 
preste, et le notaire, et le temps des paimentz, s'ilz sont en debtes, 
finis ou en pension. Aussi lesdictz bayllons escripront en ung livre 
toutes payes que les bayllons de la comune auront faict, tant par leur 
main que par la main du collecteur, et la forme, et la manière qu'ilz 
auront payées lesdictes pensions, et le jour du payement, et le no- 
taire, par compte du debte. Et les conseilhiers, qui seront du conseilh 
pour lors, seront tenus de les en adviser sur cela, et ne se soubsigne- 
ront a aulcung despens que lesdictz bayllons ayent faictz, fins a tant 
qu'ilz auront regardé et avisé comment sont escriptz les payementz 
qu'ilz hont escript pour la comune particulièrement. Aussi escrip- 
ront au livre, par semblable ordre, toutz les esleus qui seront esleuz 
a toutz les tours de ses presens articles pour memoyre, durant ledict 



94 REVUE DES ETUDES JUIVES 

temps. Et ce, sur la peyne d'un florin, la moytié au fisc et Taultre 
moytié à Yhecdes. 

[a) Observant toutesfoys la bulle sur ce faicte. 

XLIII. 
Perception des tailles et charges de la commune. 

Nous sommes d'acord que, durant le temps de ces presens articles, 
toutz les gentz du conseilh, ou la pluspart d'eulx, porront louer ung 
collecteur, soytjuyf ou crestien, pour cuilhir les tailhes et charges 
de la comune, soyt pour payer debtes, pencions, censés ou aultres 
choses pour le temps et espace de deux ans revollus, ou plus ou 
moyns, comme yl leur semblera de bon. Et seront tenus de faire ung 
pache avec tel collecteur de cuilhir la tailhe que lui sera bailhée, 
pour payer ce que la comune doyt payer, avenant le temps des 
payes, pour garder que ladicte comune ne soyt chargée d'aulcuns 
despens. Et advenant le cas que ladicte comune souffrit aulcun 
daumaige ou despence, que le tout soyt aux frais et despens du- 
dict collecteur et non point de ladicte CQmune, proveu touteffoys 
qu'il aye tant d'argent de ladicte comune entre ses mains qu'il 
soyt suffisant a payer les debtes de ladicte comune : et pourront 
aussi lesdictz collecteurs faire obliger et constraincdre et obli- 
ger toutz les gentz de ladicte comune audict collecteur et les 
constraindre a ce faire (a), a celle fin que ung chascun soyt tenu 
et obligé a payer sa tailhe selon sa cocte. Et aussi ledict collec- 
teur dorra compte et reliqua aux recepveurs des comptes, lesquelz 
seront esleus pour les gens du conseilh, de tout ce qu'il aura 
cuilhi et payé pour "ladicte comune, et cela sera a la fin de sa 
collecte. Aussi nostre vouloyr est tel que, durant le temps que la 
tailhe sera entre les mains du collecteur, ledict collecteur pourra 
faire gaiger le particulier ou la particulière en toutz biens et mais- 
naige qui se treuveront dans leurs maisons, excepté en une coifTete et 
deux cuyssins de plume, ung matallas, deux flassades, quatre lin- 
ceulx et une lampe de lothon. Et porra aussi ledict collecteur faire 
mettre en prison, soyt a Sainct Pierre * ou aultre court que ce soyt, 
proveu que la despence n'excède ce que sera dict icy après. Et ledict 
collecteur pourra faire demeurer l'home qu'est détenu en prison de 
jour, mais qu'il sorte la nuyct et qu'il retourne landemain au 
matin. Et s'il ne tourne lendemain au matin, ne jouyra tel home 
d'aller la nuyct a sadicte maison, ains sera tenu de demeurer aulx- 
dictes prisons jour et nuyct ; ce nonobstant, porra sortir le vendredi 
a mydi, et retournera ledict le lundi suyvant au matin \ et, s'il ne 

1 La prison de Saint-Pierre était celle de la juridiction ordinaire. 

2 A cause du jour du sabbat. 



LES JUIFS DANS LES ÉTATS FRANÇAIS DU PAPE 95 

retourne le lundi au matin, ne jouyra point de ceste liberté de sortir 
le vendredy a mydi. Et sera loysible audict collecteur de faire vendre 
les gaiges en l'enquant, après estre passés huyctjourscomtables du 
jour qu'ilz auront esté gaigés, et tout ce que porra ledict collecteur 
faire avecques Faucthorité de la justice. Toutesfoys, ledict collecteur 
ne porra faire aulcune despence, tant pour emprisonner, gaiger et 
vendre gaiges, seeller portes, qui excède la somme de six deniers de 
Roy au sergent, six au carcerier, et six pour faire vendre les gaiges. 
Aussi ledict collecteur ne porra faire emprisonner aulcune famé ; 
bien la porra faire mettre a l'arrest de la court et faire gaiger ou 
seeller sa porte. Aussi ledict collecteur ne porra faire aulcune des- 
pence ne commandement a aulcun juyf ou juyfve dans l'escolle, du- 
rant le temps que se dict l'oraison. Aussi nostre vouloyr est que celuy 
qui sera carceré a l'instance du collecteur pourra sortir tous les jours 
au matin, la veilhe du sabat, qu'est le vendredi, et la veilhe de noz 
lestes, proveu qu'il retourne en carce susdite le lundi après le sabat 
ou des festes, proveu que le lendemain des festes ne soy t ung samedi, 
sans luy estre faict aulcun aultre commandement; car s'il ne 
retourne ne jouyra aulcunement de ladicte liberté et franchise. 
Pareilhement, ne porra ledict collecteur faire gaiger ne vendre les 
gaiges ny faire aulcune despence lesdictes veilhes de sabat et aultres 
festes. Aussi pareilhement, ledict collecteur ne pourra faire aulcune 
despence tout le moys de nyssan et le moys de tesseri *. 

[a] Aussy des aultres debtez qui seront faictz avec le consen- 
tement de la majeur part du conseil : et seront contraincts les- 
dits juifz par détention de leurs personnes et saysye de leurs 
biens, lesquelz personnes et biens ne seront relaxez jusquez a 
ce que les obligations seront par eulx faictez et passéez. 

XLIV. 
Impôt sur la viande et règlement sur la boucherie. 

Nous sommes d'acord que les gentz du conseilh, toutz ou la plus- 
part, porront vendre la gabelle de la chair en tout temps qu'ilz vou- 
dront, excepté le droyt de la taccana 2 . Car nostre vouloyr est que 
ledict bouchier paye pour chascun beuf ou vache cincq soulx tour- 
noys, et pour chascun moton ou breby demy sould. Et celuy qui 
acceptera ladicte gabelle payera ladicte taccana aux bayllons de 
l'aumosne, comme il est de coustume. Et toute chair qui demeurera 
au maseau en temps d'esté plus que de troys jours, ormis le jour 

1 Ce sont les mois de nisan et de tisri. Voir la note sur le calendrier. Le collecteur 
ne doit pas inquiéter les juifs en nisan, mois de la fête de Puque, ni en tisri, mois 
qui contient trois grandes fêtes. 

2 Mot hébreu signifiant clause, condition, et qui désigne ici un droit fixe perçu sur 
les bêtes de boucherie. 



96 REVUE DES ETUDES JUIVES 

qu'il sera masellée, ledict bouchier ne porra [ny] luy sera loysible 
de vendre ladicte chair que premièrement ne soyt baignée et salée ! , 
laquelle ne porra vendre, fors que a moins de troys deniers pour 
livre, que la chair que n'a estée moilhée. Et en temps d'iver, ne 
porra vendre, après quatre jours, que premièrement ne soyt bai- 
gnée et sallée, en la vendant troys deniers moins que celle qui 
n'est pas baignée, sur la peyne de troys florins pour une chascune 
foys qu'il contrefera, aplicquée la moytié au fisc [a) et l'aultre 
moytié a Yhedes. Et cela s'entend aussi a la teste, a la levade et au 
cueur. Aussi ledict bouchier dorra aux bayllons de l'aumorne d'ung 
chascun veau troys soubz, et d'une chascune chievre ou menon 
demy sould. Aussi tout particulier de nostre rue payera aux bayl- 
lons de l'aumorne le droyct de la taccana, a la manière susdicte, de 
toutes bestes qu'ilz tueront pour eulx mesmes toute l'année, 
exceptés les chevreaulx et aigneaulx qu'ils tueront le mois de nys- 
san 2 , auquel moys ne se payera aulcun droyct de la taccana. Et, au 
temps de caresme, le bouchier ne porra vendre le freschan 3 du 
moton et aultres bestes, fors que a la manière qu'il est coustumier 
de vendre toute l'année 4 (¥) : c'est assavoyr, la teste ung sould, 
la levade ung sould et ung denyer de Rey : et ce, passé le temps du 
pache qui a esté faict avecques Astruc Mossé, de Garcassone, bou- 
chier de présent. 

(a) Applicable les deux tiers au fisc et Taultre a ladite au- 
mône. 

[I) A la poene des troys s. t. pour chascune fois que sera 
contrevenu. 

XLV. 
Règlement des cérémonies religieuses. 

Nous sommes d'acord que les bayllons du manifestz, ou la plus- 
part d'eulx, esliront les chantres 5 des troys festes de l'an, et ceulx 
qui font les complaintes du jour Cinhat thera 6 , et ceulx qui monteront 
pour lyre la loy en celuy jour 7 , aussi ceulx qui monteront pour lyre 

1 Les juifs ont l'habitude de saler et laver à grande eau la viande avant de la cuire, 
afin de la débarrasser du sang qu'elle contient et de se conformer ainsi à la prescrip- 
tion mosaïque : « Tu ne mangeras pas le sang, car le sang c'est l'âme. » 

2 A l'occasion de la fête de Pâque. 

3 Frischcm, mésentère ou repli du péritoine du mouton, fraise du mouton. 

4 Probablement les bouchers voulaient, pendant le carême, vendre la viande plus 
cher aux juifs, parce que, les consommateurs chrétiens faisant défaut, le débit de la 
viande n'était pas assez actif pour être rémunérateur. 

5 Sur les chantres ou officiants, voir Statuts de 1779, p. 173. 

6 Simhattora (hébr.), fête de la loi, second jour de Acéret, 23 tisri. Les complaintes 
de ce jour sont les poésies liturgiques sur la mort de Moïse. Voir Statuts de 1779, 
p. 193, au mot tneconen. 

' Des chapitres de la loi (Pentateuque) sont lus dans la synagogue tous les 



LES JUIFS DANS LES ETATS FRANÇAIS DU PAPE 97 

la loy le jour de Rossona\ qu'est le premier jour de l'an et du Grand 
Jusne 2 , et les chamtres desdictz jours, excepté lé Cohenim 3 , qui se 
treuveront dans l'escolle pour lyre la loy, car ainsin est la cous- 
tume ancienne en Israël ; et ne porra aulcun chantre reffuser, quant 
sera par les bayllons des manifestz esleu; aussi ceulx qui seront 
esleus pour monter et lyre le rolle; et ce, sur la peyne d'ung florin, 
la moytié au fisc et l'aultre moytié à Wiecdes, s'il n'est que lesdictz 
heussent excusation légitime; et lors seront tenus lesdictz bayllons 
de manifestz eslire ung aultre au lyeu de celui la. Aussi ne porra 
aulcune personne de nostre comuce monter ne lyre au rolle les 
jours susdictz 4 , sans licence desdictz bayllons de manifestz, et sur 
la peyne d'ung florin, la moytié au fisc et l'aultre moytié à Vhecdes. 
Aussi seront tenus les bayllons de manifestz ellire au jour du sabat 
nahamu 5 ung prêcheur pour prêcher le sabat, qu'est entre le premier 
jour de l'an et le Grand Jusne 6 après mydi : et celuy qui sera ellu 
sera chantre de la nuyct du Grand Jusne. Et les chantres de ce jour 
vestiront la robe appellée mahacie 1 , laquelle porteront fins a la nuyct 
du Grand Jusne, comme il est de coustume. Aussi seront tenus 
lé chantres quothidiens et aultres de dire et chanter aulcuns vers 
a la requeste de tout home qui vouldra redimer son filz premier né en 
soy mesmes du co/ien H , comme veult nostre loy, et de vestir lesdictz 
machacies en celuy temps, soyt de jour ou de nuyct. 



XLVI. 
Franchise postale pour les autorités de la commune. 

Nous sommes d'acord que, en tout temps que les bayllons de mani- 
festz ou les bayllons de la carrière ou la pluspart d'iceulx vouldront 
faire entendre quelque chose a la comune, porront mander par le 

samedis et les jours de fête. Cette lecture se faisant sur une estrade élevée ou tribune 
{Statuts de 1779, p. 178), ceux qui sont appelés successivement à cette tribune montent 
pour lire la Loi. 

1 Ros-hasana, 1 er de l'an, 1 er tisri. 

3 Le grand jeûne ou kippur est le 10 tisri. 

? Le cohen (prêtre de la famille dAron ; pluriel, cohanim) monte de droit à la tri- 
bune pour lire la Loi, et n'a pas besoin d'y être appelé ou autorisé par le baylon. 

4 Chaque ibis qu'on lit dans la synagogue une section du Pentateuque, cette section 
est divisée en un certain nombre de chapitres, et l'officiant appelle successivement 
auprès de lui, devant le rôle, autant de personnes qu'il y a de chapitres, pour lire ou 
entendre lire par l'officiant un de ces chapitres. 

5 Nahamu, « sabbat de la consolation », sabbat qui suit le jeûne du 9 du mois 
d'Ab, commémoratif de la destruction du temple de Jérusalem. 

6 Jeûne de kippur. 

7 Mahacie, c'est probablement le mot hébreu ItîDIDTD, mikhsth, couverture, espèce 
de chemise courte à longues manches, en tulle, ornée de broderies et de dentelles, et 
mise par l'officiant. 

8 Prêtre. Les premiers nés doivent être rachetés de la main du prêtre, car, suivant 
le Pentateuque, ils appartiennent à Dieu. 

T. IX, n° 17. 7 



08 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

messaigier ou quelque aultre, en tout temps qu'ilz vouldront, et le 
messaigier ne porra contredire a cela, et ce, sur la peyne de deux 
souldz et demy, la moytié au fisc et Taultre moytié a Yhecdes. 



XLVII. 
les fonctions de secrétaire du conseil sont électives et obligatoires. 

Nous sommes d'acord que, durant le temps de ces presens articles, 
seront tenus les gentz du conseilh de se congreguer en l'escolle ou a 
Yazara, dans huict jours du chef de Tan 1 , pour ellire ung du conseilh 
ou hors du conseilh, pour escripre les propos et secretz du conseilh, 
en tout temps qu'il sera requis (a) de par la pluspart des gentz du 
conseilh. Et celuy qui sera ellu n'osera contredire a cela : et ce, sur la 
peyne d'ung florin pour chascune foys qu'il relïusera d'escripre. Aussi 
sera tenu ledict escripteur d'escripre les comptes des bayllons et 
tailles, et toutes aultres choses qui seront nécessaires d'escripre au 
livre des bayllons des manifestz, et ne porra reffuser sur la peyne sus- 
dicte. Et le premy 2 dudict escripteur sera la somme que acordera 
ledict conseilh avecques ledict escripteur. Et ansins seront toutes les 
années, durant le temps des presens articles. Et ce, sur la peyne 
susdicte. 

{a) A la poene d'ung florin, applicable pour les deux tiers au 
fisc et pour l'aultre a ladite aumosne. 

XLVIII. 
Compétence des lailons de la commune. 

Nous sommes d'acord que les bayllons qui seront esleus et depputés 
toutes les années, durant le temps de ces presens articles, sollicite- 
ront pour ladicte comune et adviseront en toutes les choses qui 
seront neccessaires et utilles a ladicte comune et obvieront a toutz 
daumaiges tant qu'ilz porront, et toute despence qui sera neccessaire 
de faire pour ladicte comune se fera ou non de ladicte comune et non 
point a leur nom : et nessum aultre n'osera entreprandre de se mesler 
a faire aulcune despence ou promesse pour la comune qu'il n'aye ung 
propos signé du conseilh ou de la pluspart, avant que faire ladicte 
despence; et ce, sur la peyne de six soulx, la moytié au fisc et la 
moitié a Yhecdes {a). Aussi tel est nostre vouloyr que porront lesdictz 
bayllons faire aulcune despence que sera nécessaire, comme est po- 
dixes ou quictances, tant en payement de debtes que de pencions, en 
censés, en quelle manière que ce soyt ; et en tout temps qu'il leur 



1 Le premier jour de l'année juive, 1" tisri. 

2 Gain rfinnrrmpnsfi. 



Gain, récompense 



LES JUIFS DANS LES ETATS FRANÇAIS DU PAPE 99 

apparoistra cela faire : et les bayllons soliciteront a faire les choses 
dessusdictes; et ce, sur peyne d'ung florin, la moytié au fisc et la 
moytié a Vhecdes. Aussi porront lesdictz bayllons eslire ung home de 
nostre comune pour estre messaigier et congreguer le conseilh, en 
tout temps qu'ilz vouldront, et son sallaire sera selon ce qu'apareistra 
audict conseilh. Aussi porront lesdictz bayllons eslire gentz a faire 
les faictz et de leur donner, pour une chascune grosse, ce que bon 
leur semblera. Et le messagier qui sera esleu pour lors fera les faictz, 
sans nessun aultre; toutesfoys qu'il en face tant qu'en sera de 
besoing, 

(a) A la poene d'ung florin, applicable au fisc. 



XLIX. 

Règle des dépenses communales. 

Nous sommes d'acord que seront tenus les gentz du conseilh de 
bailher au collecteur du comun les tailhes et charges des bayllons 
comme des aultres. Et lesdictz bayllons ne porront despendre plus 
que de six soulx, qu'ilz n'ayent propos signé par la pluspart du con- 
seilh, avant que faire ladicte despence; et ne feront despence que de 
troys soulx jusques a six, que ne soyt en présence de troys bayllons 
ou la pluspart ; et les bayllons de la main maior tiendra l'argent de 
la comune. Et le conseilh ne se soubsignera en ladicte despence qu'il 
n'y aie ung propos d'avant; et ce, sur la peyne d'un florin, la moytié 
au fisc et la moytié a Vhecdes. Et l'escripteur ne porra escripre la des- 
pence des bayllons, ny les bayllons ne porront constrindre ledict 
escripteur a escripre les despences que seront faictes par lesdictz bayl- 
lons, sinon que premièrement le conseilh soyt appelle par le messa- 
gier de venir audict conseilh; et si ne viennent a la requeste du mes- 
sagier, l'escripteur porra escripre lesdictes despances dudict bayllon 
en présence de ses compaignons. Et aultrement lesdictes despences ne 
seront comptées en rien. Et la peyne surdicte sera imposée aux recep- 
veurs des comptes et au conseilh, si comptent celles despances, attendu 
que ne sont pas faictes selon la teneur de noz articles. Toutesfoys, si 
le cas advenoyt que, en aulcune despence, soyt grande ou petite, que 
ne se doibve faire par la main des bayllons ou de toutz ceulx, la plus- 
part du conseilh porra accorder de donner licence de faire ladicte des- 
pence pour l'un ou deux d'eulx, selon qu'il leur apparoistra, proveu 
qu'ilz ayent un propos signé du conseilh ou de la pluspart, avant 
que se face ladicte despence. Et le bayllon ne porra constraindre a cela. 
Et combien qu'il soyt dict dessus audict article que le bayllon de la 
main maior tiendra l'argent et bource de la commune, nous voulons 
qu'il soyt en liberté de bailher la bource de l'argent a qui qu'il voul- 
dra de ses compaignons, proveu qu'il soyt plaige et respondent pour 
luy. 



1U0 REVUE DES ETUDES JUIVES 



Comptabilité des battons. 

Nous sommes d'acord que les collecteurs des bayllons de la 
comune seront tenus de faire escripre par la main de l'escripteur 
de la comune, dans ung livre spécial, tout ce qu'ilz recepvront, 
et l'argent de la comune, et toute despence qu'ilz feront pour 
ladicte comune, et la somme des despens, et le jour qu'ils ont 
estes faictz, et a qui a esté donné l'argent : et seront tenus de 
monstrer ledict livre une foys le moys au conseilh, mais que ce ne 
soyt en jour de sabat ou aultres festes; et cela feront chascun moys, 
exceptés les jours susdictz : et toute despence que sera de six soulx 
en bas, sera misse a part dans ledict livre, et la despence que sera de 
six soulx jusques a deux florins sera aussi misse a part, et de deux 
florins en sus aussi a part; et lesdictz bayllons soubsigneront de 
leurs noms dans ledict livre soubz tout ce qu'ilz auront receu de 
ladicte comune, soyt argent ou auitre chose. Et si lesdictz bayllons 
failhissent a monstrer aux gens du conseilh leurs compte une foys 
le moys, ne lui seront admises en compte lesdictes despences; et ce, 
sur la peyne d'un florin au conseilh, et aulx^ recepveurs de comptes, 
s'ilz vouliont amettre et allouer lesdictes despences en compte. Tel 
nostre vouloyr est que seront tenus lesdictz bayllons de faire escripre 
et soubssigner ce qu'ilz auront receu pour ladicte comune, avant que 
faire escripre ce qu'ilz auront despandu pour ladicte comune : et 
de lors sera tenu le conseilh de soubssigner ladicte despence faicte 
selon la teneur de noz presens articles. Toutesfoys, ledict conseilh ne 
soubssignera lesdictes despences que les bayllons n'ayent signé la 
liste de ce qu'ilz auront receu, et cela moys pour moys. Et seront 
tenus lesdictz bayllons de bayller leur compte en leur livre spécial, 
feaulement et deuement, a ceulx qui seront leurs auditeurs de 
comptes, et ce, dans huyct jours après estre sortis de leur office. Et 
si n'ont bailhé leursdictz comptes dans ledict temps, seront tenus de 
s'enfermer dans Fescolle ou Yazara, et de la ne sortiront jusques a ce 
qu'ilz auront achevés leurs comptes et iceulx baylhés aulx recepveurs 
de comptes; et ce, sur peyne susdicte a ung chascun des bayllons. 
Et seront tenus lesdictz bayllons de bailher aulx bayllons du mani- 
festz, en présence du conseilh, toutes escriptures en faveur de la 
comune, soyent bulles, quictances, cedules et aultres choses. Et aul- 
cun bayllon ne porra estre plaige ou respondent pour aulcune per- 
sonne, quelle que ce soyt, tant en son nom propre que de bayllon, 
tant qu'il demeurera en office de bayllon. Aussi seront tenus les 
bayllons, toutes et quantes foys que seront requereux des bayllons 
de manifestz, de leur monstrer leur livre, pour adviser si entre leurs 
mains hont argent de la comune ou s'ilz en hont a recepvoir. Aussi 
seront tenus lesdictz bayllons de solliciter et entrevenir, quanz seront 



LES JUIFS DANS LES ÉTATS FRANÇAIS DU PAPE 101 

requis, pour quelque particulier ou particulière, en quelque court 
que ce soyt, dans la ville, pour clariffier leur affaire feaulement, 
aulx despens toulesfoys desdictz particuliers ou particulière : et 
ce sur la peyne de six soulx, la moytié au fisc et l'aultre moytié a 
Yhecdes. 

LI. 
Deux commissaires chargés du service judiciaire. 

Nous sommes d'acord que seront attenus toutz ceulx du conseilh, 
toutes les années ou verement toutz les tours, si entrenoyt a la 
comune nessun playct ou procès contre quil que ce soyt, soyt bien 
juyf ou crestien, de ellire deux homes de nostre comune pour pour- 
suyvre les procès davant messieurs de la court, et aussi pour 
faire canceller les notes et obliges qui seront payés, et aussi toutes 
aultres choses que pourriont survenir de noveau a la comune. Et 
aussi iceulx deux qui seront esleuz dilligenteront de faire le contenu 
du présent article, et auront pour paiement la somme que semblera 
de bon a donner a la pluspar du conseilh. 

LU. 
Fonctions des parladors ou orateurs des cérémonies religieuses. 

Nous sommes d'acord que le salaire des parladors en la gessiva sera 
ce que apparestra au conseilh, ou a la pluspart d'icelluy, de bayller 
toutes les années; et lesdictz parladors ne porront contredire audict 
sallaire, et seront tenus de prescher en ladicte gessiva les Prophéties 
et aultres libres de la loy selon ce que leur semblera, et ce toutz les 
jours de sabat et aultres lestes, aussi de vulgarizer et romancer 1 
les vers, tout ansi qu'il semblera aulx bayllons des manifestz. 



LUI. 

Indemnité aux personnes qui ont été poursuivies pour les dettes de la 
commune ou qui ont fourni des gages. 

Nous sommes d'acord que toute personne de nostre comun, qui 
sera mise en prison ou en l'arrest pour les debtes de nostre comune, 
nostre vouloyr est que les bayllons leur ayent a bayller de l'argent 
de nostre comune pour ung chascun jour qu'il demeurera en prison 

1 Traduire de l'hébreu en roman. 



102 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ou soubz l'arrest, a ung chascun d'eux troys soulx tournoys, et sur 
cela feront leur despence de bouche, et si lesdictz bayllons paye- 
ront les despens aux officiers de leurs carcerations. Et cela se 
fera si lesdictz emprisonnés ne sont estes avisés préalablement 
et protesté a aulte voix faicte par le messagier; car, s'ilz sont 
estes avisés comme dict est dessus, ne sera pas bailhé aulx 
emprisonnés le sallaire susdict. Et sera au serement dudict par- 
ticulier s'il a esté avisé ou s'il a ouy ledict avisement par aulte 
voix. Et celuy et ceulx qui seront gaigés pour les debtes de la 
comune, et desquelz les gaiges se vendront, nous voulons que les 
bayllons payeront de l'argent de la comune, dans quinze jours après 
estre vendu ledict gaige, ce que vauldra ledict gaige, moyenant ce 
que celuy qui sera gaigé et duquel a esté vendu le gaige fera sere- 
ment sur ce quel vault ledict gaige. Et si lesdictz gaiges demeuroient 
beaucop de temps es mains de notaire ou aultres, par manière qu'ilz 
se puissent détériorer et diminuer, et lesdictz gaiges seront tournés 
a ceulx qui seront estes gaigés, nous voulons que ladicte comune 
porra eslire ung borne pour icelle, et telle personne gaigée ung aultre 
pour luy. Et ce que diront toutz deux sur le desgailh, diminution ou 
détérioration d'iceulx gaiges, avecques le serement de celuy qui aura 
esté gaigé, payeront lesdictz bayllons. Aussi sera tenu ledict conseilh, 
après estre passés troys jours, de se congregùer dans l'escolle. Et ne 
sortiront de la jusques a ce qu'ilz auront donné ordre et fin de faire 
relauxer et sortir des carces lesdictz emprisonnés; et ce, tant par vie 
de tailhes que d'emprunt ou aultrement. 

LIV. 
Des membres du conseil. 

Nous sommes d'acord que seront tenus les conseilliers et gentz 
du conseilh de venir en l'escolle ou en Yazara, a la requeste 
des bayllons, par le moyen du messaigier en tout temps qu'ilz 
seront requis, s'ilz n'auront excusation légitime, et adviseront 
ensemble avecques lieux, et se conseilheront selon leur avis au 
proffit et utilité de la comune, pour obvier aulx inconveniens et 
daumages qu'ilz pourriont survenir, et ne bougeront de la qu'ilz 
n'ayent bailhé quelque resolution escripte pour ung propos de toutz 
ou la pluspart d'eulx, et signée de leurs mains. Aussi seront tenus, 
avant que sortir, de la bailher, moyennant] que les bayllons ayent 
argent de ladicte comune entre leurs mains pour payer ce que sera 
neccessaire au proffit et utilité de ladicte comune. Et cela sera selon 
la liberté que sera bailhée aulxdictz bayllons par apoinctement et 
acord faict par ledict conseilh, ou la pluspart d'iceluy, par manière' 
que lesdictz bayllons se tiennent contens. Et ce, sur la peyne de cincq 
souldz tournoys pour ung chascun dudict conseilh a incorir, et aussi 



LES JUIFS DANS LES ÉTATS FRANÇAIS DU PAPE 103 

toutes et quantes foys qu'ilz récuseront de venyr audict conseilh a la 
requeste desdictz bayllons. Et si ne veulent venyr, seront tenus de 
payer les sergentz qui les iront quérir, par telle sorte que les bayl- 
lons ne porront mettre en parcelle des despenses de ladicte comune 
aulcuns despens qui soy t faict ou baillé aulditz sergentz pour raison 
de les faire venir en conseilh. Et s'ilz ne peuvent venir en conseilh 
pour quelque occasion licite, remettront leurs oppinions a quelque 
ung aultre du conseil, et se soubssignera par son nom en tout ce 
que celuy a qui aura remys son nom aura faict. Et le messaigier sera 
creu comme s'il y heust heu deux tesmoings. Et aussi seront tenus 
les gentz du conseilh de venir a la requeste des bayllons de manifestz, 
en tout temps qu'ilz seront requis par eulx ; et ce, sur la peyne sus- 
dicte. Aussi nostre vouloyr est que le conseilh ne revellera son 
oppinion devant celuy qui demendera quelque chose a la comune, 
soyt ledict demandeur du conseilh ou hors du conseilh. Aussi ne 
porront aulcunes gentz du conseilh reveller a qui que ce soyt aulcun 
secret du conseilh, par manière qu'il s'en peult ensuyve aulcun 
daumaige a ladicte comune ne a aulcun dudict conseilh : et ce, sur 
la peyne {a) de cincq florins, la moytié au fisc et l'aultre moytié a 
l'kecdes, et de payer le daumaige qu'il s'en pourroyt ensuyvre en 
descouvrant ledict secret. 

(a) Applicable au fisc. 



LV 

Des auditeurs des comptes. 

Nous sommes d'acord que seront tenus les douze du conseilh, 
exceptés les troys bayllons qui sortiront, de venyr a l'escolle ou 
en Vaxara 1 , huict jours ou devant, si bon leur semble, après 
estre sortis lesdictz bayllons de leurs offices : et de la ne sorti- 
ront jusques a ce qu'ilz auront eslus troys hommes qui seront 
auditeurs des comptes desdictz bayllons en la forme et manière 
que nous declairerons cy après. Et sera a la liberté de tout le 
conseilh, ou de la pluspart, d'eslire ung home du conseilh de quelque 
livre que ce soyt, et les aultres deux seront de dehors de conseilh, 
de quelque livre ou gré que ce soyt ; et ces deux seront esleus 
après estre eslu celuy qui sera de conseilh. Tout ansins feront 
toutes les années pour voyr et calculer les comptes des bayllons qui 
sortiront. Toutesfoys, avecques cela, nous voulons que les bayllons 
soyent attenus, durant le temps de leurs offices, de monstrer leurs 
comptes et leur livre, tant du despendu que receu, en tout temps que 
de ce faire seront requis par les bayllons des manifestz, comme a 
esté dict en l'article précèdent cincquante, et les porront cons- 

1 Comme azara. 



104 REVUE DES ETUDES JUIVES 

traindre de ce faire : et lesdictz bayllons de la comune porront venyr 
devant le conseilh et alléguer raisons et causes juridicques contre 
deux leurs ennemys, et protester que ung tel et ung tel ne soyent 
point esleus pour estre leurs auditeurs de comptes : et lors ne porront 
tels personnaiges estre esleus pour auditeurs de comptes. Et nostre 
vouloyr est que lesdictz recepveurs de comptes ne soyent point 
parentz desdictz bayllons de la proximité expressée et prohibée au 
troisiesme article (a). Et seront tenus les bayllons des manifestz 
d'escripre dans leur livre cela que les bayllons auront a prendre ou 
a donner toutes les années, mesmement tout ce que sera résolu par 
les auditeurs de comptes. Et aussi nostre vouloyr est que, en temps 
de peste, ne se facent aulcunes ellections jusques a ce que le monde 
ne soyt de retour. 

(a) A la poene d'ung florin, applicable les deux tiers au fisc 
et l'aultre a ladite aumosne. 



LVI. 
Procédure pour l'apurement des comptes par les auditeurs. 

Nous sommes d'acord que seront tenus les auditeurs de comptes 
venir en Pescolle ou Yaxara, a la requeste des bayllons, pour prendre 
leurs comptes et livre que lesdictz bayllons leur bailheront [a); et 
adviseront et calculeront lesdictz comptes s'ilz sont faictz et signés 
selon la teneur des presens articles, et compteront deuement et fidel- 
lement lesdictz comptes dans ung moys, despuis le jour qu'ilz auront 
receus lesdictz comptes : et s'ilz n'auront donnée fin et resolution dans 
ledict moys, seront tenus lesdictz auditeurs de s'enserrer dans l'es- 
colle ou Yamra, et de la ne bougeront ou sortiront jusques a ce 
qu'ilz auront donné fin et resolution aulxdictz comptes : et ce, sur la 
peyne d'un florin a encorir par ung chascun desdictz auditeurs de 
comptes. Et si lesdictz auditeurs de comptes ne se peuvent acorder 
et resoldre pour signer lesdictz comptes, pour raison de quelque 
doubte que se porroyent trouver aulxdictz comptes, ou pour quelque 
aultre chose, laquelle ilz porriont récuser ou retarder a signer et 
serrer lesdictz comptes, a occasition desquelz récusation et retarde- 
ment en peult survenir aulcun interestz ou daumaige a ladicte 
comune, nous voulons que, des lors, lesdictz auditeurs de comptes 
soyent tenus de venyr par devant ledict conseilh avant que sortir 
dudict enserrement et de leur desclairer le doubte et doubtes qu'ilz 
auront mys par propos signé et acordé de par tout le conseilh ou la 
pluspart d'iceluy, sur ce que soy devront resoldre aulxdictz comptes. 
Et, si cas advenoyt que lesdictz auditeurs récusassent signer lesdictz 
comptes pour ce qu'ilz ne trouveront aulxdictes comptes signées les 
receptes, fors que de deux bayllons, pour quelque légitime excusa- 
tion porront lesdictz auditeurs et auront liberté de donner fin aulxdictz 



LES JUIFS DANS LES ÉTATS FRANÇAIS DU PAPE 105 

comptes et iceulx signer comme si lesdictes receptes fussent signées 
par les troys bayllons. Et volons aussi que, avant que sortir de la, 
se soubssigneront aulxdictz comptes, et tout ce que lesdictz bayllons 
auront a recepvoir ou donner. Et lesdictz comptes se mettront au 
lyeu ou se mettent les bulles et aultres documentz de ladicte comune. 
Et ce que lesdictz bayllons auront a prendre ou a donner, lesdictz 
auditeurs des comptes escripront cela de leur main dans le livre des 
bayllons de manifestz. Et le salaire desdictz auditeurs des comptes 
sera de six soulz tournoys pour home. Et lesdictz bayllons, ny aultre 
pour eulx, ne porront convenir ne contredire ce que auront faict 
lesdictz auditeurs de comptes, en aulcune manière que ce soyt, tant 
du prendre que a donner. 

(a) Lesquelz comptez seront tenuz bailler huict jours après 
que les auditeurs seront esleuz, a la poene cincq fl. t. applicablez 
au fisc pour les deux tiers, et pour Paultre a ladite aumosne. 

LVII. 
Règlement du compte-courant personnel des ballons avec la commune. 

Nous sommes d'acord que, quant se treuvera que les bayllons 
ayent a prendre de la comune selon leurs comptes, seront tenus les 
bayllons nouveaulx de leur payer de l'argent de la comune dans 
ung moys sans failhir : et si font faulte de payer, seront tenus de 
s'enfermer dans l'escolle ou Yaccara, et de la ne sortir jusques a ce 
que lesdictz bayllons soyent satisfaictz et contens d'eulx. Et s'il se 
treuvera que lesdictz bayllons soyent débiteurs de ladicte comune, 
seront tenus les bayllons qui viendront après eulx de les faire incar- 
cérer dans les carces de la court temporelle, desquelles ne bougeront 
jusques a ce qu'ilz auront satisfaict a ladicte comune ce que debvront, 
et ce sera dans ung moys après ce que par lesdictz auditeurs des 
comptes sera cognu iceulx estre débiteurs de ladicte comune. Et s"il 
se treuvera et apparoistra que lesdictz bayllons n'ont a prendre ne a 
donner, seront tenus lesdictz auditeurs des comptes de leur faire 
acquit au nom de la comune, et aura ledict acquit tant de vigueur, 
force et efficace comme s'il avoyt esté faict par tout ledict conseih. 
Aussi lesdictz bayllons quicteront la comune de tout ce qu'ilz auront 
travailhé et faict et despendu pour ladicte comune. 

LVIII. 

Règlement du service obligatoire de la visite des malades qui est un 
des premiers devoirs de la religion. 

Nous sommes d'acord que, pour ce que Visitation des malades est 



100 REVUE DES ETUDES JUIVES 

l'ungdescommandementz desquelz le preme et rétribution nous est 
faict en l'aultre monde, et nous aultres enfans d'Israël debvons de 
nostre pouvoir immiter d'estre miséricordieux, nostre vouloyr est 
que, quant il y aura aulcune personne de nostre comune, home ou 
famé, qui soyent malades ou malade, et les domestiques d'iceluy 
ou ceulx requerront de noz gentz, homes ou famés, pour les visiter 
et veilher de nuyct quant seroyt de besoing, seront tenus les bayl- 
lons de celle cupa* qui seront esleus de mander toutz homes ou famés 
toutes les nuyctz qu'ilz les demanderont. Et seront esleus et tirés 
par sort chascun de nostre comune, seront mis les tilles dans un 
sacquet, lesquelz seront tirés par sort et ne seront levés de la jusques 
a ce que toutes les gentz nommées et mises dans ledict sacquet ne 
soyent sortis et ayent servi par leur tour. Et ne porra aulcune per- 
sonne reffuser d'i aller, quant seront mandés par les esleus, ou 
d'envoyer ung aultre en son lieu, s'il veult. Et si telle personne qui 
sera tirée par sort n'y vouldra aller ou mander, sera tenues de 
donner aulx eleus deux soulx tournoys pour chascune nuyct qu'il 
récusera d'i aller, et les esleus envoyeront ung aultre home ou famé 
en son lyeu, et sera payé de l'argent de ladicte caxa. Et si n'ont 
plus l'argent de la caxa, supplira a cela faire, car nostre vouloyr est 
que les esleus de ladicte caxa cuilhiront d'ung chascun qui sera mani- 
festz ung lyard pour ung chascun moys, prov^u que lesdictz malades 
ne soyent frapés de peste, car lors ne voulons que luy l'aille visiter. 
Aussi nostre vouloyr est que, au temps que se feront les ellections, 
les gentz du conseilh esliront les bayllons de ladicte cuxa, et ce ung 
chascun tour des tours de ces presens articles. Et les homes iront 
veilher les homes qui seront malades, et les famés les famés ma- 
lades. Et seront tenus de donner et rendre compte, ung chascun 
tour, aulx bayllons des manifestz. 



LIX. 

Quatre commissaires pour le service funéraire, ou nétéiadors 

des MORS. 

Nous sommes d'acord que, durant le temps de ces presens arti- 
cles, seront [tenus] les neteiadors des mors 2 d'escripre par livre 
tout ce qu'ilz recepvront, et tout ce qu'ilz despendront, et tout ce 
qu'ilz feront pour ce que sera neccessaire a nectoyer les mors. Et 
rendront compte et reliqua aux bayllons des manifestz une chascune 
année. Et seront tenus lesdictz nectieurs la) de poursuyvre et faire 
le debvoyr audict office en tout ce qu'il sera neccessaire, et porront 
prendre le lict auquel le mort aura reposé durant sa maladie. Aussi 
porront constraindre les hoirs de payer ce que leur semblera avecques 

1 Cuppa est un mot hébreu qui signifie caisse. 

2 Le corps des morts est toujours lavé avant l'enterrement. 



LES JUIFS DANS LES ÉTATS FRANÇAIS DU PAPE 107 

la compaignie des bayllons des manifestz. Aussi nostre vouloyr est 
que lesdictz nectieurs des mors auront pouvoyr de cuilhir dans le 
symitiere d'ung chascun de nostre comune ce que luy viendra a 
dévotion de bailher et de iceluy argent achepteront les utilz necces- 
saires a enterrer les mors : aussi payeront dudict argent ceulx qui 
feront la fosse. Aussi lesdictz nectieurs esliront a ceulx qui font la 
fosse le lieu et place ou doivt estre enterré le mort, avecques le vou- 
loyr des parentz desdictz morz. Aussi seront tenus lesdictz nectieurs 
des mors de faire la partance d'ung barail de vin les deux nuyctz 
darnieresdePasques,pourles povresde la comune 1 . Et aulx chantres 
dorront deux pechiers 2 de vin a ung chascun ; et eulx en retiendront 
pour soy deux pichiers. Aussi seront tenus de compartir ung florin 
de pain aux povres de la comune a l'yssue de Pasques. Et ne porront 
lesdictz nectieurs prester aulcun argent de ladicte cupa a nescune 
personne de nostre rue, soyt home ou famé, synon que ce fust 
en temps de peste ou pour grande nécessité, a quelque povre de la 
comune, et ce, avecques licence et permission des bayllons des mani- 
festz : et mettront dans leur livre tout ce qu'ilz cuilhiront dans ledict 
symitiere. Et nostre vouloyr est que, quant se feront les ellections, 
le conseilh eslira quatre homes pour estre bayllons de ladicte 
cupa. 

[a) A la poene de six fl. t., applicables les deux tiers au fisc 
et l'aultre a ladite aumosne. 



LX. 

Trois archivistes ou gardadors de bulles, et service des archives. 

Nous sommes d'acord que ceulx qui seront esleux pour garder les 
bulles et aultres escriptures de la comune ne bailheront a aulcun 
juyf ou juyfve aulcune bulle, fors que les vidimus, a celle fin que 
lesdictes bulles ne viennent a perdicion, que pourroyt causer ung gros 
interest et daumaige a nostre dite comune. Et celles bulles, desquelles 
n'a esté faict aulcun vidimus, les gardadeurs des bulles les porront 
faire vidimer aulx despens de ladicte comune, et les bayllons seront 
tenus de desbourcer et payer l'argent pour ce faire sans aulcune con^ 
tradiction, et lesdictz gardadours de bulles porront bailher lesdictz 
vidimus a ceulx qui les demanderont, et ce en présence de troys 
tesmoings avecques serement de rendre lesdictz vidimus aulx mains 
desdictz gardadours de bulles quant ilz s'en seront servis et en auront 
faict [usage]. Et lesdictes bulles et aultres escriptures et privilieges 
de la comune demeureront dans une caysse serrée a troys clefs dif- 
férentes, desquelles ung chascun d'eux en gardera une clest, par 

1 Dans le rite domestique des deux nuits de la fête de Pâque, l'usage du via est 
prescrit. 

1 Le pichier valait une pinte. 



108 REVUE DES ETUDES JUIVES 

manière que l'ung ny les deux ne porront ovrir sans le tiers. Et 
lesdictes clefs se feront aulx despens de ladicte comune, avenant 
le cas qu'elles fussent perdues. Et aulcune personne de ladicte 
comune ne porra retenir aulcune escripture d'icelle comune entre ces 
mains, ains sera tenu de les randre a iceluy qui les y aura bailhées, 
qui est gardador de bulles, et ce sur la peyne d'un florin pour ung 
chascun qui contreviendra (a). 

(a) A la poene de cinquante s. t., applicables au fisc. 



LXÎ. 

Inspecteurs des boucheries ou visitadours. 

Nous sommes d'acord que, durant le temps de ces presens articles, 
seront tenus les visitadours de chair d'aller, une chascune sepmaine, 
a la boucherie et de voyr et visiter la chair maigre ou grâce, si elle 
est sufficiente pour vendre : et s'il leur apert n'estre sufficiente, 
porront aller sans les bayllons ne aultres gentz du conseilh devant 
messieurs de la Justice pour avoir licence de faire aller les maistres 
des vitualhes de messieurs les crestiens pour faire visiter ladicte 
chair et faire faire le raport aulxdictz seigneurs de la Justice; et tout 
ce que messieurs de la Justice ordonneront de la vendre ou faire 
vendre ladicte chair, en quelque pris que ce soyt ou de ne la vendre 
point et icelle geter, et ledict bouchier sera tenu d'obeyr a tout ce 
que par lesdictz seigneurs de la Justice sera dict et ordonné : et ce, 
sur la peyne que par la Justice luy sera imposée. Et toute despence 
que se fera a occasion de ladicte visite sera aulx frais de ladicte 
comune; cela s'entent de la chair si elle est grasse ou maigre, car le 
frechan de ladicte chair se visitera par le visitador juyf, sans aultre, 
pour voyr si ledict frechan est puant ou verement s'il a passé le 
temps designé selon nostre loy pour la prohibition que nous avons 
du saDg. Et ledict bouchier sera constrainct de visiter ledict fres- 
chan, s'il apert au visitadour juyf; et ce, sur la peyne d'ung florin, 
aplicable la moytié au fisc et l'aultre a Yhecdes. Aussi lesdictz visita- 
dours visiteront les ballances dudict bouchier, si elles sont loyalles, 
toutes et quantes foys qu'ilz vouldront, avant que faire la vente des- 
dictes chairs. 

LXII. 

Deux chantres pour les offices divins. 

Nous sommes d'acord que, au temps que se feront les eilections , 
elliront deux chantres, et ung qui les servira, lesquelz chantres 
quotidiennement feront les oraisons en l'escolle et l'oraison quo- 



LES JUIFS DANS LES ETATS FRANÇAIS DU PAPE 109 

thidienne toutz les jours, et en samedi et bonnes festes 1 , avecques 
bone intention en sadicte oraison tant que a luy sera possible; et en 
toutes les veilhes des sabatz et aultres bonnes festes seront tenus 
d'ordonner 2 le chapitre 3 qui se debvra lire le lendemain. 

Aussi illumineroDt sept lampes en toutes les oraisons de la sept- 
mayne, et au jour qu'i se list le rosle 4, augmenteront cest d'illuminer 
les quatre lampes qui sont aulx quatre carrés de l'escolle, avecques 
deux lampes qui sont au chandellier plus prochaines du rosle tant 
qu'il s'i lisra le thora*. Et semblablement en toutz les jours des 
jusnes. Et aussi aulxdictz chantres apartient d'aviser les gentz de 
n'ovrir portes des bouticques aulcuDes, ne vendre au temps de l'orai- 
son du matin en toutz les jusnes commis, et aussi aulx demy festes 
de purin 6 , jusques a ce que soyt leue l'istoire d'Ester. Et aussi a 
heux arpartiendra de soliciter les choses pour les noces de gentz de 
la comuue, c'est a scavoir de faire congreguer les gentz a l'heure de 
l'esposer, et en temps de faire signer le quessuba 7 , aussi de donner 
libeaulx de repudis s , et l'office de deschauser le sollier du frère 
du mort, et libeau de repudi de malade 9 , aussi toutes choses 
qui sont neccessaires pour les mortz. Aussi seront tenus lesdictz 
chantres d'estre dans l'escolle au matin des sabatz et des festes, et, 
a la requeste de quelque particulier qui sera neccessaire, de leur dire 
bénédiction et prière, et de benire aussi tout enfant qui naistra corne 
il est de coustume, et prier pour celle qui sera griefve a enfanter; et 
ce, sur la peyne d'uDg sould tournoys. Et ne porront lesdictz chantres 
substituer en leurs lieus aulcuns aultres sans la licence des bayllons 
des manifestz : aussi ne porra aulcune personne se mesler de faire 
aulcune oraison, s'il n'est qu'il aye licence des bayllons des manifestz, 
et ce pendent que les chantres seront dans l'escolle 10 , exceptés les 



1 Grandes fêtes, par opposition aux demi-fêtes. 

2 Préparer le rôle de la Loi en indiquant d'avance l'endroit où se fera la lecture du 
lendemain. 

3 Du Pentateuque. 

4 Outre les jours de sabbat et de fête, on lit dans le rôle : 1° les lundis et jeudis; 
2° les jours de jeûne; 3 e à la fête des Macchabées et à la fête d'Esther. 

5 La tora, mot hébreu désignant le Pentateuque. 

6 Fête d'Esther, purim. Voir la note sur le calendrier. 

7 Voy. art. 6. 

8 Acte de répudiation ou divorce. 

9 Lorsqu'un homme meurt, laissant une veuve sans enfants, la loi mosaïque (Deu- 
téronome, ch. xxv, vers. 4 et suiv.) veut que le frère du défunt épouse la veuve. C'est 
ce qu'on appelle la loi du Lévirat. Si le frère refuse, la veuve le conduit devant les 
anciens et accomplit une cérémonie dite haliça : ce nom vient de ce que la veuve 
déchausse (halaç) le soulier du beau-frère. Depuis le règlement de Rabbi Gersom, au 
xi e siècle, le mariage du Lévirat a été aboli chez les juifs occidentaux, et remplacé 
toujours par la haliça. Quelquefois, le malade qui craignait de mourir se hâtait de 
donner à sa femme un acte de répudiation conditionnelle (c'est là le répudi de malade), 
afin de la dispenser de la cérémonie pénible de la haliça. 

10 La permission ne sera donnée que pour les heures où les chantres sont occupés 
à la synagogue et ne peuvent remplir aucun service religieux en ville. Le chantre élu 
par le nouveau marié fait son office dans le domicile de ce dernier, non à la synagogue. 



110 REVUE DES ETUDES JUIVES 

jours des sabatz et des festes ou yl y a nopces, car la liberté sera 
donnée a l'espoux d'ellire le chantre qu'il vouldra. 



LXIII. 

Autres attributions des chantres. 

Nous sommes d'acord que celuy chantre qui sera eslu par les 
bayllons des manifestz, qu'i sera tenu de geter le herem dans l'es- 
colle aulx temps designés et neccessaires et de donner serementz 
en ung chascun des tours des presens articles, en tout temps qu'il 
sera requis, et oultre que ceux la ne porront geter ledict herem, 
s'il n'est par licence des bayllons des manifestz [a). Et aussi par 
leur main se feront les quessubatz, gintinhin, hallisas 1 , et de faire 
entendre en aulte voix en divers lieulx dans la rue de venir a l'es- 
colle ung chascun jour de sabat et aultres festes, le matin et le soir. 
Et quant il viendra aulcun espoux au jour de sabat*, seront tenus 
de convocquer, pour l'honneur de tel espoux, avant que vienhe 
ledict espous a l'escolle le matin. Et s'il y a aulcun sermon 3 , con- 
vocqueront les gentz venir audict sermon après disner. Aussi toutz 
les sabbas et aultres festes, après avoyr dîsné, convocqueront les 
gentz pour venyr a la gessiva, et au jour de la circumcision convoc- 
queront les gentz de venyr a l'escolle a la circumcision ; et aussi 
prépareront toutes choses neccessaires pour faire venyr a la circum- 
cision et aulx jours que y aura nopces a la requeste des parentz de 
l'espoax, et au temps aussi que se lyra le rolle et que se signera le 
quessuba, Aussi seront tenus de convocquer, a haulte voix, a venyr 
acompaigner les mors. Et aussi seront tenus de venyr a la maison 
de celuy qui faict le dueil 4 pour faire l'oraison soir et matin. Et 
seront tenus de convocquer gentz au temps neccessaire pour bailher 
les libeaux de repudis et hallisos, et d'escober et nectier l'escolle et 
Yazara au temps neccessaire: et de nectoyer les lampes en toutes les 
veilhes des sabatz et bonnes festes : et de faire les oblies aulx 
despentz de l'aUuminaire; et aussi d'ylluminer les lampes acous- 
tumées d'ylluminer aux quatre carfours de la rue en leur temps. 
Aussi seront tenus de toucher le cornet 5 en toutes les veilhes des 
sabatz, une heure et demye avant la nuyct, pour defléndre aulx 
gentz de ne faire opération; aussi de toucher le cornet pour illu- 

1 Qucssîibot, pluriel de qucssuha (ketuba). — Gittin, pluriel de gct, acte de répu- 
diation. — Haliça, acte de déchaussement. 

2 C'est-à-dire quand un homme marié dans la semaine viendra à l'office de la syna- 
gogue le samedi matin. 

3 Allusion, peut-être, au sermon chrétien que les juifs étaient tenus d'entendre 
une fois par an. 

* Qui est en deuil et reste à la maison pendant huit jours. 

5 Avertir, à son de cornet, de cesser de travailler à cause du sabbat. 



LES JUIFS DANS LES ETATS FRANÇAIS DU PAPE 111 

miner les lampes du sabat * et de toucher le cornet a la veilhe de 
Pasques au matin pour disner 2 , et après disner pour laisser le pain 3 . 
Aussi nous voulons qu'ilz se fairont par leurs mains les caisses et 
bahus pour mettre les mortz. Aussi soliciteront d'enterrer les petitz 
enfantz. Aussi feront le droict de l'escoutement 4 , comme il est de 
coustume et au temps accoustumé, et ce sur peyne de six souldz, la 
moytié au fisc et l'aultre moytié a Vhecdes. Aussi seront tenus decon- 
vocquer les gentz a aulte voix au moys d'ellul, deux ou troys heures 
avant le jour, de venyr a l'escolle pour faire oraisons neccessaires et 
accoustumées en tel temps 5 , ou de faire faire cela par aultres a leurs 
despens : aussi de nectoyer lendemain des sabatz et aultres festes 
toute l'escolle et de reduyre toutes les lampes en leur lyeu, et, pour 
chascune foys qu'ilz y faudroht a faire tout ce qu'ilz seront tenus de 
faire, tumberont en la peyne d'ung sould. 

[a) Ledit seigneur a permys que les ballons soyent appelez 
quand ledit heren se publiera et se prestera, par autorité 
toutesfoys de justice. 

LXIV. 

Émoluments des chantres. 

Nous sommes d'acord que la sallaire et preme desdictz chantres 
esleus soyt[de douze florins toutes les années pour ung chascun, 
lesquelz seront en déduction de leurs tailhes; et, si la tailhe ne 
monte tant, les bayllons seront tenus de leur bailher le surplus. 
Aussi nostre vouloyr est que le serviteur qui les servira aura sem- 
blablement douze florins une chascune année pour son sallaire, et 
ledict serviteur sera tenu de tirer du puys l'eau pour laver les mains 
et de nectoyer les lampes, aussi d'alumer et amourser lesdictes 
lampes quant l'on aura achevée l'oraison : et, avenant le moys de thés- 
seri 6 , toutz ensemble nectoyeront toutes les lampes; et tout ce que 
sera neccessaire de faire pour la feste du Jour de Fan et du Grand 
Jeusne et des Cabanes : aussi ledict serviteur sera tenu de toucher le 
cornet deux foys a toute vigille du sabat 7 : aussi diligentera de faire 
faire les chaisses ou bahus a enterrer les mors ; aussi de illuminer les 
lampes a ung chascun carlbur de nostre rue : aussi sera tenu de faire 

1 Pour avertir qu'il est temps d'allumer les lampes du sabbat dans les maisons. 
Voy. Annuaire, t. 1, p. 221. 

2 Faire un dernier repas avec du pain. 

3 Laisser le pain, puisque pendant la fêle de Pâque on ne mange que des azymes, 
1 L'escoutement, en provençal escouta. Nous ne savons ce que c'est que ce droit. 

5 Ce mois, qui précède les grandes fêtes de tisri, a toujours été un mois de péni- 
tence, pendant lequel se faisaient, surtout dans les derniers jours, des prières mati- 
nales. 

6 Mois de tisri. 

7 Voir l'article précédent. 



112 RKVUE DES ÉTUDES JUIVES 

toutes les aultres choses contenues au précèdent article. Et Jessé Fer- 
russol est vieulx et a servi audict office tout le temps durant de sa 
vie, aura pour son sallaire six florins. Et oultre cela despartiront 
ensemble les choses qui s'ensuy vent, tant que ledict Jessé vivra : 
premièrement de tout novy espoux, troys soulx; et de tout enfant 
nayssant qui viendra a circumsition, uog sould et une pichiere de 
vin; et de tout acte qui se fera en ung libeau de repudi, et qui des- 
caussera la savate du frère d'uog mort, ung sould; et de chescune 
quessuba, troys soubz, pour chascun cent florins ; et de toute prière 
qu'i feront pour malade, demy sould; et de tout serement appelle 
herem, six souldz. Aussi auront des bay lions de Faumorne de la 
distribucion qui se faict la veilhe de Pasques ce qu'est de coustume. 
Aussi auront le jour de Pasques d'une chascuoe maison une con- 
duite l et deux eufz, ormys ceulx qui vivent de Faumorne, desquelz 
ils n'auront rien. Aussi auront, d'ung chascun chefz d'ostel 2 , une 

poignée de farine pour faire [sic). Aussi auront d'une chascune 

bahut d'ung enfant qui meurt, de troys ans en sus, s'ilz le font 
avecques carrenel, ung florin, et s'ilz le font sans carrenel dix 
souldz et les despens de porter les postz pour faire ladicte bahut, 
et aussi pour payer lesdictz postz qui soyent neufves et les clous, 
se feront a leurs despens; et aultres que heux n'auront le pouvoyr 
ou faculté de ce faire, sur la peyne d'un florin. Et aussi les bayllons 
de Faumorne et de l'ylluminaire leur bailheront une chascune année 
ung florin, pour le droyct de Yeschauda, 3 qui se faict la veilhe de 
Pasques, comme il est de coustume. Et toutes les choses surdictes se 
partiront esgallement entre toutz quatre ensemble. Et les jours de 
sabat seront tenus de se trouver dans l'escolle tous les jours, pour 
faire les oraisons accoustumées, sur peyne d'ung gros pour ung 
chascun que y fauldra. Et, si par cas avenoyt peste en Ja présente 
cité d'Avignon et que si aulcun des chantres ou serviteur s'en allas- 
sent hors la présente cité d'Avignon, nostre vouloyr est que celuy ou 
ceulx qui demeureront prenent les droictz et sallaire de toutz les 
aultres, tant qu'ilz demeureront absens. Et, si apert aulx bayllons 
des manifestz d'en mettre d'aultres, auront pouvoyr et liberté de ce 
faire en leur payant le sallaire qu'a eulx aparestra raisonnable, c'est 
aultant comme aulx aultres ou davantaige. 

1 Condolle ou candole, pain azyme de Pâque, en forme de gâteau. Voir Statuts de 
1779, p. 191. 

2 Chef de famille ou de maison. 

3 Oschouda, ou peut-être aschouda, expression locale qui, dans l'hébreu comtadin. 
signifie Pacte de s'accouder. Il est d'usage, à la cérémonie du premier soir de Pâque 
(le soir qui précède le premier jour de Pâque et qui, selon le rite hébraïque, fait 
partie du lendemain), que le père de famille, assis à table et célébrant la sortie 
d'Egypte, s'accoude de temps eu temps sur des coussins, à la mode orientale. Cette 
explication nous est donnée par M. Mossé, rabbin dAvignon. M. Joseph Simon, de 
Nîmes, croit que le mot est une altération du mot ÏTTiyO, seuda, repas, mot qui 
désigne, chez les juifs comtadins, le rite domestique du soir de Pâque. 



LES JUIFS DANS LES ÉTATS FRANÇAIS DU PAPE 113 



LXV. 

Amende à tout chef de maison qui manque à l'oraison du matin, le 

jour du sabbat. 

Nous sommes d'acord que [tout] chef d'hostel de nostre comune, 
qui auront lyeu pour s'assoyr dans l'escolle, sera tenu de venyr 
dans ladicte escolle les jours du sabat et aultres festes a l'oraison 
du matin, au temps et heure qui se lisra le rosle, et la demeurera 
jusques a tant qu'il soyt parachevé de lysre tout ledict capitre qui 
se dehvra lysre pour ce temps a la louange de Dieu et de nostre loy, 
et ce sur peyne de deux liardz, la moytié au fisc et l'aultre a Yhecdes, 
s'il n'est qu'il heust excusation légitime. 



LXVI. 

Contrôle des dations de manifestes sur les laitons de Vhecdes, et sur les 
dations de V aumône. 

Nous sommes d'acord que les bayllons des manifestz seront con- 
seilhiers des bayllons de Yhecdes; et au chef d'ung chascun an, 
durant le temps des presens articles, seront tenus lesdictz bayllons 
des manifestz de venyr a l'escolle, en compaignie des bayllons 
de l'aumorne, pour aviser qui sont ceulx a qui sera neccessaire 
de distribuer du pain de l'aumorne qui se cuilhit toutz les same- 
dis, et combien en doibvent avoir. Et en tout ce que lesdictz 
bayllons s'acorderont, lesdictz bayllons de l'aumorne bailheront du- 
rant une chascune année. Et si survenoyt que, dans l'année, il se 
trouvât aulcune personne qui heust neccessité pour avoyr a faire du 
bien pour Dieu, et que ce fust revellé aulxdictz bayllons de l'aumorne, 
appelleront a ce les bayllons des manifestz, et aussi de toute des- 
pence que ne sera point mencionée au présent article se fera après 
la licence des bayllons des manifestz par ung propos signé de la main 
de toutz eulx; et, s'ilz seront d'acord en cela toutz les troys bayllons 
des manifestz, aura autant de value comme s'il fust acordé par la 
pluspart du conseilh, et ne porra aulcune personne du conseilh y 
contredire. 



LXVII. 

Attributions des bâtions de V aumône: distribution du produit des legs et 
de diverses sommes consacrées à la bienfaisance ; gestion des dépenses 
du culte; direction des bains. 

Nous sommes d'acord que seront tenus les bayllons de l'au- 

T. IX. N° 17. 8 



114 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

morne faire distributions accoustumées en toutes les veilhes des 
samedy, avecques les distributions accoustumées de faire toute 
l'année aulx povres de la comune; c'est a scavoyr que doibvent 
donner le jour de purin 1 six deniers a une chascune parsonne : 
et aussi seront tenus de donner pour une laisse que fist Sen r Bona- 
fous de Monpellier, c'est a scavoyr demy pichier de vin chescune 
veilhe des festes de Pasques 2 , et en la nuyct de la yssue de 
Pasques par ledict deux deniers de pain pour une chascune per- 
sonne et d'uylle a suffisance pour alumer une lampe cothidienne a 
l'escolle au temps que se faict l'oraison. Plus, pour ce que a laissé 
donne Meyrian, vefve relicte de Mossé de Viviers, comme est de 
coustume, qu'est la somme de huyctante soulx. Aussi pour l'aumorne 
qu'a laissé Sen r Gomprat d'Agde, ce qu'est de coustume et au temps 
coustumier. Plus au jour de la parme 3 , que s'apelle hazana, deux 
florins de pain comme il est de constume, en quoy nous sommes 
chargés sur nous et nous enfans pour ung miracle qui nous fust faict 
en ung tel jour*'. Item, pour marier aulcune p ouvre filhe que se 
mariera en nostre comune, ung florin. Et aussi a toute pouvre ma- 
lade, home ou famé, troys soulx toutes les sepmaines, tant qu'ilz 
demeureront au lict. Et aussi a tout pouvre qui sera emprisonné, en 
quelque court que ce soyt, ung sould toutes les sepmaines. Et pour 
ce que laissa maistre Gresques de Lates, vint soulx, en pain, a la 
feste de Pasques, et ansius a la Penthecoste, et aulx Cabanes, jusques 
a la somme de cincq florins. Plus a ung chascun particulier qui vien- 
dra hors de ceste ville, qui ne sera de nostre comune, que ne porte 
certifficance, luy sera donné ung soulx et le vivre de deux repas, et 
a celuy qui portera certificance troys soulx ou davantaige , s'il leur 
apert, jusques a la somme de six soulx. Aussi en tout temps que sera 
de besoing de faire aulcune réparation en l'escolle, ou en Yazara, a 
la pinhote 5 , proveu que ladicte despence ne monte plus que de six 
soulx, ils la porront faire ; aussi pour cuyre les codelles en temps de 
Pasques, aussi pour regarder combien de gentz auront de besoing 
pour servir au fourt pour cuyre lesdictz codolles, et la despence de 
la réparation de les bregues 6 et les tables pour brohier les candolles 7 , 

1 L'usage de donner des aumônes aux pauvres et de se faire réciproquement des 
cadeaux le jour de Purim (fête d'Eslher) s'appuie sur un passage du livre d'Esther. 

4 Dans la cérémonie religieuse qui se célèbre à la maison, le soir de la veille de 
Pâque et le lendemain, l'usage du vin est prescrit (quatre verres de vin). Les deux 
deniers donnés aux pauvres à l'issue de la fête de Pâque pour qu'ils puissent manger 
du pain après avoir mangé des azymes pendant huit jours s'expliquent d'eux-mêmes. 

3 Le jour de Hosana-rabba (voir la note sur le calendrier) est appelé jour de la 
palme, parce que, dans l'office religieux du matin, on agite des branches de saule ou 
rameaux. 

4 Ce passage fait allusion à un événement local. Voir Annuaire, t. II. p. 200. 

5 Pinhote, pinhète ou pignotte, cimetière juif d'Avignon. Voir Annuaire, t. I, 
p. 179. 

6 Les bregues sont une machine à hacher, comme le hache-paille, le hache-chanvre. 

7 Les candolles sont percées de trous, pour qu'elles ne lèveut pas. 



LES JUIFS DANS LES ÉTATS FRANÇAIS DU PAPE 115 

aussi les despences de les parmes ! et poncires 2 et de la nerte 3 et aultres 
choses qu'ilz hont a besoing pour le moys d'ellul; et la despencc des 
sauces pour le jour de hazana k . Aussi seront tenus de bailher toutes 
les ofïïendes qui se feront pour le temps advenir de ceulx qui sont 
en vie, et ce sur la peyne d'un florin, la moytié au fisc et Taultre a 
Vhecdes. Aussi seront tenus de bailher aux chantres quothidiens, une 
foys Tannée, ung florin pour chascum d'eux, oultre leur salière. 
Aussi pour achepter les utencilles pour enterrer les mors et iceulx 
acoutrer. Aussi seront tenus d'acoutrer et achepter les utencilles néc- 
essaires pour les estuves 5 , car nostre vouloyr est que, pour ce qu'ilz 
hont le pouvoyr et commission de faire les despences des estuves, 
lesdictz bayllons de l'omorne auront la liberté de faire [actes] aptes 
et propices pour lesdictes estuves, et pour nectier les mors, ou pour 
y joindre d'aultres famés avecques elles, aussi oster, et d'en mettre 
d'aultres en leur place, et en tout temps qu'aparestra aulxdictz bayl- 
lons. Aussi les bayllons de l'aumorne cogiront les famés, qu'ont 
l'aministration desdictz estuves, que versen l'eau de laquelle les pre- 
mières famés se sont estuvées, a celle fin que d'autres ne viennent a 
se estuver desdictes eauls; et que soyent bien advisées que, tout, 
incontinent que lesdictes famés sortiront desdictes estuves, qu'elles 
ayent a jecter lesdictes eaues : et nostre vouloyr est que lesdictes 
famés qu'ont l'aministration de faire estuver les aultres famés, que 
n'aient a donner rien les povres famés de dix livres en bas, mais a 
les aultres paieront ce qu'est de coustume de payer celon ce qu'apa- 
roistra aulx bayllons de l'aumorne. Et nostre vouloyr est que les 
bayllons de l'aumorne seront tenus d'achepter, pour le service des- 
dictes estuves, six linseulx et une douzaine de couvreches et une 
flasade G et une terine grande de boys, et de les faire acoustrer, quant 
seront rompues, par chascum tour de nous articles. 

R. de Maulde. 

(A suivre.) 

1 Parmes, c'est-à-dire des palmes qui servent dans les cérémonies religieuses de la 
fête des Cabanes (branches de palmier qu'on fait venir d'Orient). Les poncires dé- 
signent des espèces de citrons [etrogim) qui servent au même usage. La nerte dé- 
signe les feuilles de myrte également nécessaires pour la cérémonie des palmes. Voir 
Annuaire, t. I, p. 194, au mot palme. 

2 En italien poncile, limon-cédrat de San-Remo. 

3 Nerthe, nertha, myrthe, en provençal. 

4 Les sauces de hosana-rabba. Sur le hosana-rabba, voir la note plus haut. Sauce, 
c'est-à-dire saule {salices). 

5 Ces étuves, la suite le montre, sont le puitâ maçonné servant de bain religieux 
(purification) aux hommes et surtout aux femmes. En hébreu, milwé. La synagogue 
de Carpentras a encore son ancienne mikvé, puits profond et sombre, où Ton descend 
par un long escalier de pierres. 

6 Flassacla, couverture de lit pour les enfants. 



NOTES ET MÉLANGES 



I. R. MATTITYA HA-YIÇHARI 

Voici quelques notes complémentaires ou rectificatives à ajouter 
à l'article de M. Loeb sur R. Mattitya Ha-Yichari [Revue, t. VII, 
p. 153). 

1. On trouve la famille des Yiçhari en France jusqu'à la fin du 
xiv e siècle. Abraham ben Nathan Ha-Yarhi (de Lunel) dédie son 
Manhig au Nassi Jehoseph, fils de Salomon et aux autres fils de 
Yiçhar ùiaroair. — Dans le Mahazor du rite d'Avignon (ms. du 
British Muséum, add. 19,663) la pièce -pttiD te, destinée à Pourim, 
est précédée de ces mots : tpT "p btmà* Nnpsr: «sn^fi TOr MT 
ï'wna wn piratt nnsFtt mb "nsbiû]? « Cette liturgie a été com- 
posée par le médeciu Israël Caslari \ demeurant à Avignon, pour 
les fils de Yiçhar. » 

2. Le nom de Yiçhar nous paraît désigner plutôt Grasse que 
Montolivet ; voici pour quelles raisons : Montolivet se traduirait 
plutôt en hébreu par itt^r» *iît, de même que Montpellier est rendu 
par œstt nr; et Montalcino (Italie) par "p^ba *irt. Toutefois, il faut 
reconnaître que, même si Grasse est traduit par nïTar», il peut 
l'être aussi par •jïïuî. En effet, dans un ms. ayant appartenu à feu 
Moïse Soave de Venise et qui contient le commentaire de David 
Kamhi sur Ezéchiel, il est dit, à la fin, que cet exemplaire a été 
copié par Moïse ■saiBï'ï, fils de David, pour le savant Isaac, fils de 
Méir, habitant de i;m \M2 (Mondragon, Vaucluse) -. 

Si l'on admet que Yiçhar traduit Grasse on sera tenté de sup- 
poser que le Mattitya Grassi (^ofina) pour qui Isaac, fils de Mena- 
hem le Naqdan, avait ponctué un Pentateuque en 5051 (fini le 
dimanche 21 adar) = 1291 3 , était le grand-père de notre Mattitya 
Yiçhari. 

1 Nous aurons occasion de revenir sur la famille Caslari dans un prochain article. 

2 Voir Hebr. Bibliogr., IV, p, 114. 

3 Biscconi, Bibl. hebr. Florent. Catal^ in-8°, p. 357 ; Pluteo III, cod. III. 



NOTES ET MÉLANGES 117 

3. M. Loeb dit (p. 154), d'après Wolf-S qu « on attribue à R. Mat- 
tatya un commentaire sur le Pentateuque qui aurait été écrit en 
1380 et porterait, comme le grand ouvrage philosophique de son 
contemporain Hasdaï Crescas, le titre de 'ïi *na ». Voici probable- 
ment la vérité sur ce point. R. Mattitya a, en effet, composé un 
commentaire philosophique sur le Pentateuque, qui est même 
assez prolixe, et que nous avons vu, il y a deux ans, à Vilna, 
chez notre savant ami Mathiah Straschun 2 . Ibn Hasdaï Crescas y 

1 Tome III, n° 1678, et non t. IV, ainsi que le dit M. Loeb. 

2 Lems. est écrit en caractères rabbiniques espagnols; il se compose de 411 ff ; 
il se termine par ces mots : "pN &ÏTDN "^N WUttrr Tttbn *$ ùblû31 un 

Itarb «n»a 111D3 pn^ 'n ûbuîî-; dsnii wan &nfà na^a ^p&n 

hih^ '"D" 1 'ia D5125 ^""N n'nb ÛW 'l. « Copié par Abraham... dans la maison 
d'Isaac TTlOa, à Léon, le 6 Iyar 5250 = 1490. » Isaac ben Abraham "iTloa, qui 
copia le commentaire d'Ascher ben Yehiel sur la mischna de Zeraïm (voir notre 
Catalogue, n° 411) à Safet en 5266 = 1506, est probablement le même Isaac, qui se 
sera exilé de Léon à Safet lors de l'exode d'Espagne. — M. Straschun possède encore 
deux mss. dont la description ne manquera pas d'intérêt pour nos lecteurs : 1° Une 
collection de lettres et poèmes, dans laquelle nous avons relevé, d'abord une pièce 
commençant par ces mots : ÎTlItt* OlWlbp "ja OWS'lbp TliTlttb mmK m^N 

lïmDN'n ipti nW3 vhy û^n ib^ma ib mp ï-n^K hy â ms-pb 
r»b* pmh yy bm ib iram ibm nstsp *naa w a^tt&w û^sd d^awa... 

« Lettre de Calonymos b. Calonymos, écrite au sujet d'un Juif accusé faussement, et 
qui fut torturé à tel point qu'on lui coupa une jambe et qu'il dut se servir d'une 
jambe de bois ». Puis une lettre de Moïse Vidal Ha-Lévi adressée à Abraham pit^N 
Ha-Lévi à Narbonne mb^ïlïl ^flQfà 131 1Ï5 "HtlN ; avec la réponse de ce dernier qui 
montre qu'Abraham était originaire de Barcelone. Cet Abraham est probablement le 
même qu'Abraham pit^N Ha-Lévi, dont la mort inspira à Profet Duran une élégie 
qu'il adressa à son fils Joseph, en Heschwan 5154 = 1393, élégie qui se trouve à 
Parme dans le ms. De Rossi, n° 835, avec la suscription suivante : !Hj"<p rHSN 

■nbîi n^sns "nutë&ws 'iïîîi 'm nbujtii im snaatûïi mttia isbi-n ïtorpi 
jtïTOM aaït-r a^n m^a hv a'i tnaa tpmtn iib^îi b^aton b^ n'a 
b^tti vbsn maa "p? mb*m ras b'ï "nbft paf ana^ in int»^! b*mtt 

TiriN n^12J3il TTlîl. Voir Grœtz, Geschichte der Juden, t. VIII, p. 408. Dans le 
courant de cette pièce, on voit qu'Abraham Isaac, ainsi que son fils Joseph, habitaient 
Girone. 2° Un commentaire incomplet sur la *pTï373!n rùNb^l NîT^na, œuvre de 
Menahem Wallich ('■pbN'H NSY1 *pba)3). Ce Menahem, dont le nom manque dans 
la liste des membres de la famille Wallich dressée par M. Berliner (Beir. Bill., VII, 
p. 83-84), est identique avec Emmanuel Wallich, rabbin et médecin à Coblence 
vers 1750 (Carmoly, Histoire des médecins juifs, p. 207). M. Straschun renvoie, dans 
une note mise à la marge de son ms., à l'édition de Carlsruhe (,1766) du m 72 123 'O 
Vltfï"! de Moïse ibn Habib, où le correcteur signe : Isaac Moïse fils du grand rabbin 
Menli (ibafà) Rofé Wallich rabbin de Coblence. Ajoutons encore que parmi les rabbins 
qui donnent leur lettre d'approbation pour l'impression de l'ouvrage se trouve Mendel 
fils de Laze (lïjtfb) de Moutzig ('"plt'lfàfa) et Selig fils de R. Johanan de Reims 
C^a >vv l) • On trouve dans le ms. le nom du neveu de l'auteur, Isaac Eisiq fils de 
Simon Wallich le médecin qui a étudié chez son oncle. — M. Steinschneider (Cat. 
Bodl., s. v. Wallich) mentionne comme auteurs Abraham, Jurla et Moïse Wallich. 
Le ms. d'Oxford Opp. 746 (n° 2312 de notre Catalogue), qui renferme des formules 
diététiques et cabbalistiques en hébreu et en judéo-allemand, porte au fol. 25 : p^bo 
TN72 *ia £|Û*P «313 W Ï1D p'çb tfa'lB atf 'a '} ÛT 1^38 tbîl "pN p">bl23 
a^b !l3ia72!"I ta lb&m. Ce Joseph est mentionné comme propriétaire du ms. d'Oxford 
Opp. 178 (n* 2125 de notre Catalogue), où on lit : ND*n 123a^"l ^b&m TN72 (est- 



US KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

est mentionné au fol. 20 verso ; au fol. 28 v° se trouve la date 
5162 — 1402. C'est probablement cette citation d'Ibn Hasdaï qui a 
fait croire à "Wolf, lequel a tiré ce renseignement du Catalogue de 
Sohulting ', que le commentaire de Mattitya s'appelait "n ni». Si 
dans ce catalogue on dit que cet ouvrage a été écrit en 1380, c'est 
probablement parce qu'on a lu û'p'n au lieu de (a):>p!n que porte le 
ms. de M. Straschun. Bref, nous pensons que le ms. Schulting 
renfermait le même commentaire que celui de M. Straschun*. 
Le Oçar Ha-Sefarim de Ben Jacob répète l'article de Wolf en 
ajoutant une erreur de plus : « "rt tin de Mattitya Ha-Yiçhari, 
commentaire sur le Pentateuque, écrit en 1380; voyez l'intro- 
duction de Reggio au Pentateuque. » Or la préface de Reggio 
ne parle pas de R. Mattitya. Pour en avoir le cœur net, nous 
avons écrit à M. Steinschneider qui nous a donné la réponse 
suivante que nous traduisons de l'hébreu : « A la marge du 2° vol. 
du Oçar Ha-Sefarim, j'ai mis la note suivante : Je n'ai pas sous 
les yeux la préface de Reggio, mais je crois néanmoins qu'il y a 
ici confusion. D'après Wolf (I, p. 903) Mattitya a vécu en même 
temps que R. Hasdaï Crescas, lequel, d'après le Yaliasin (133 1) ; 
225 de l'écl. de Londres, et Sclialschellet , J£> a) est mort en 1380; 
de là l'erreur. — En outre, R. Mattitya n'a pas composé un com- 
mentaire sur le Pentateuque, mais des homélies sur les différentes 
sections de la Tora ; voy. lettre ,ta i, n° 559 du Oçar, et Hebr. 
Bïbliogr., t. XII, p. 107. s 

M. Loeb renvoie aussi au ms. de Rossi, n° 1417, pour appuyer 
son dire, mais ce ms. ne contient que les rrriûiD de R. Mattitya. Le 
titre, en effet, en est, suivant une bienveillante communication du 
savant bibliothécaire de Parme, l'abbé Perreau : bnWi /ta iï-ib rrroDlto 
b'ir'î ^î-ftt^îi STWÏû h ûanîr 3 . Cependant les nYWB ne sont pas la 

ce tîa^b ? voir Berliner, l. c). Il y avait des médecins de la famille Wallich au 
commencement du xvm e siècle à Metz (Carmoly, op. cit., p. 200). 

1 Ce catalogue est introuvable, même en Hollande, d'après les informations de 
notre ami M. Roest d'Amsterdam et du prof. Land de Leyde. 

2 Avec cette différence que le ms. de Schulting était complet et écrit sur parche- 
min, tandis que celui de Yilna ne renferme que la Genèse et l'Exode et est écrit sur 
papier. Il commence ainsi : V^BI lafitt ÏDtf ùbttî ba> . . . tn&tf-ï Iff 'î"7 ",*]N"n 

bau;:-; 'WHtep irbïptt an ^ . abia nin TnttNfc ip^pi^ ^tn iDDa 
■^ ■«nm rterrp nsoa n"* irfcViB ifca x-)pft ^-n by bîw abi pistsni 
i»5 ?ûprcm nttNrt j^-nab rtspttn 121 hy -ittàn in nb^i «in cari 

ûbl3> mîl &"PÏ1 1DT73 "lNab ^naiNTO. Le ms. appartenait à Salomon fils de 
Samuel Danûn (fol. 5). M. Straschun l'avait acheté il y a vingt ans d'un juif de 
Vitebsk. 

3 II commence ainsi : .fîbtf ÊTD i» "l&m VDW2 ÛTItt 1NO .&na rm»Ên3 

na ûnnsb aaia rwittin i-wrw rsttnNa srain ?twi tien rori pisar-: 

h&IW. On lit à la même page : -p^tt fcîEttn m3173tt H+1 '» p"lD ^1:15031 

n&ona "pa?» la &i N£ttn b'T "wiarc 'n aanïi -nan ^i^an nooai a™ 



NOTES ET MÉLANGES 119 

même chose que les rmDTT, car dans ce ms. il cite ces dernières. 
On lit en effet dans la section n^ : *pb usa bd n^i stûe ûhb n^a 
ïiiïd î-n tt>* n©îiM natta na wWhft ^labn b't "ni p û^fi *iïi 'no 
miim -ison Nitttnï) ittd ...mbara. 

4. Les commentaires sur Ibn Ezra, dont parle encore M. Loeb, 
d'après Zunz, ne sont que des notes ajoutées au commentaire de 
Salomon Gatigno *. 

5. La Disputation entre un juif, un chrétien et un turc d'un 
Mattitya b. Moïse, citée par De Rossi, est connue sous le titre de 
■pttbm ûTïFlrM 's ; les mss. de cet ouvrage ne sont pas rares ; la 
Bibliothèque Bodléienne, à elle seule, n'en possède pas moins de 
six. Or, aucun ms. ne donne à ce Mattitya b. Moïse l'épithète de 
Yiçhari, et notre Mattitya Yiçhari est toujours désigné sous ce 
titre ; «il est donc très douteux que ces deux auteurs soient une 
seule et même personne. 

Ajoutons encore que le ms. n° 99 du Bet-Hamidrasch de Londres, 
qui renferme un commentaire sur le commentaire de Raschi sur 
le Pentateuque (écriture provençale) porte à la marge quelques 
notes précédées des mots : « R. Mattitya dit ». Ces notes sont 
probablement tirées du commentaire de Mattitya Yiçhari. 

il vrtb et *n"iimy 2 

L'identification de Tmb avec L'huitre (Lustra) n'est pas nou- 
velle, elle a déjà été proposée, et non pour la première fois, par 
M. Berliner (Hebr. Bïbl., XI, p. 137). Outre que Lustre* devrait 
être écrit i^niûib, on peut prouver par de nombreux documents 
que *nmb désigne toujours la Lorraine. Citons d'abord la fameuse 
îiipn de Jacob de Ramerupt, imprimée incorrectement dans le 
"nbd. D'après les mss. on lit : 

ibiïM ninD ST^iaaa -hûni mfttn i^na ^3pt nma lirais *pb 
■oiût irnan ynaïi waW ^^b-na -^uni s^^rciàrii ysun t^mïtbK 
pvbft *s*?i ■rçjbtri i-PSbran è^i&^tû irmnn Uîa^n i»5m wbap 

ïid destin )12 -pmb ynaïi ■oiar 
ypn ab yww d^ïi nfcnn Ywn aitiïn ->biD d'nmn rhto ^bàfi 

ftN3n tfb TDIS. Il semblerait résulter Je ce passage que R. Mattitya aurait composé 
un traité sur le Décalogue, mais il est plus probable qu'il renvoie à son commentaire 
sur le Pentateuque. 

1 Voir notre Catalogue, n° 236. 

2 Voir Revue, t. VII, p. 290, et VIII, p. 236. 

3 Si nous ne nous trompons pas, Lhuitre sappelait encore au xvn e siècle Huistre. 



120 REVUE DES ETUDES JUIVES 

« Le statut fat fait avec le consentement des Rabbins de Troyes 
et environs, d'Auxerre et de Sens et environs, d'Orléans et envi- 
rons, de Çhâlons, de Reims, de Paris et localités voisines, de 
Melun, d'Etampes, de la Normandie avec la côte, d'Anjou, de 
Poitou, et des grands du pays de Lotair l ». Dans le ms. 1055 
d'Oxford, qui renferme une partie d'un Tïm» selon le rite de la 
France de l'Est, on lit (dans la partie de nos) *n? bos ■psîrn pi 
...ù^î-sd dtû tiw 2'3'm Tvnb. « Ainsi est-ce l'usage dans toutes les 
villes de Lotair.... » Dans le ms. n° 2422, 1, qui contient un frag- 
ment d'un Tïrrna, nous lisons même arm Trnb "n* bon ^iîTfl *pi 
fcttwiinb. « C'est la coutume dans toutes les villes de Lotair ou 
Lorraine ». Inutile de donner ici les autres passages de notre 
mémoire. Il ne faut pas se laisser égarer, dans la géographie rab- 
binique, par l'identité des mots 2 . 

Quant à K'vmaip, la leçon exacte est N^nanaap, Cantorbéry, 
en Angleterre. 



III. LES JUIFS DE SOUTHWARK 

Les lecteurs de la Revue nous sauront peut-être gré de repro- 
duire ici un article des Transactions of the Royal Society of 
Literature, publication peu accessible au public auquel s'adresse 
cette Revue. L'article intitulé Saint-Thomas' s Hospital est dû à 
M. W. Rendle. 

" There is much in the charters about Jews, notably aboutlsaac of 
Southwark. Isaac, U th Edward I, sells a tenement and bouse for 28 
marks, a pair of white gloves, value one penny, or a penny, being 
rendered annually for the same. The same Isaac grants to the bre- 
thren of St. Thomas's a messuage, once Cecilia de Benville's, about 
which he is careful to say that he was, by the heirs, drawn into 
disputes at law ; the deed is signed in place of seal with his name 
in Hebrew character, after the manner of his people ; of the witnes- 
ses, two sign as John le Ysmonger and Richard le Gornmonger. 

Wm. de Hamildon, Rector of Stanford, gives in frankalmoigne a 
place or meadow belonging to Isaac the Jew, and " a meadow at 
Camberwell called the Jews mede, for the health of his soûl, for the 
soûls of his father and mother, for the soûls of Sir Adam de Bletchin- 

1 Nous reproduirons les variantes des différents mss. pour ce passage intéressant 
dans notre mémoire sur la géographie rabbinique du moyen âge. 

' Dans quelle édition de Sépher ha-Yaschar (nous ne connaissons que celle de 
Vienne, 1810) M. Gerson a-t-il trouvé mentionné, dans la préface de ce livre, un 
Séfer Lothair ? Le ms. de la Bodléienne ne l'a pas, non plus que l'édition de Vienne. 



NOTES ET MELANGES 121 

gley, clerk, and of Agnes his wife " — this is dated " Southwark, 
monday next after the Feast of the Purification of St. Mary, 1 sh 
Edw. IL " Richard Marshal, of Lewisham, grants to Isaac the Jew of 
Southwark, for one mark of silver, a pièce of land for which he 
is to pay 2s. at Michaelmas, and 2s. annually as quitrent to the 
Prior of Bermondsey; a proviso stated is that Isaac is not for 
any cause to ne deprived of this land and tenement — a sort 
of évidence of the bad treatrnent the Jews received. The Jews were 
in fact, about this time in a very insecure state; they were used 
very much as a sort of sponge, to take from the people and be 
squeezed by the King ; they were in some sensé, as to taxation, the 
spécial property of the King — " my Jews, " as was often in a si- 
nister way said. About this very time the Jews were actually assi- 
gned as security for a loan to the King, and not long after were 
with much cruelty banished the realm ; true they were to receive 
just value for their possessions, when they went away — not often, 
I suppose carried out ingood faith. It is asserted that Jews could not 
hold lands but in this book of Lord Ashburnham's are instances to 
the contrary : they dealt in land and held mortgages. 

Gertainly there are charters in which it is provided that the land 
so chartered shall not be sold to a Jew or to a man of religion : e. g. 
William Bellamy is not to sell or pawn to any house of religion or 
to Jews, but was to offer it baek again to the Prior of Bermondsey, to 
their advantage in the amount of a gold byzant (a gold byzant was 
in value 15 L. but this refers I believe to coin of much les svalue). 

Isaac was the son of Samuel of Southwark, whose wife Thippe, 
Cypore, or Zipporah [i. e., theDove 1 a favorite Jewish name),had pro- 
perty of her own, forfeited to Edward I on the expulsion. John Wy- 
cliffe appears to hâve had this property of Thippe's in 1360 : it was 
apparently a doubtful transaction, sanctioned by the rather cruel and 
unjust ways of time. Much temptation favouring conversion was 
put in the way of the Jews : in 1213 a house for converts, presum- 
ably for Jewish converts, and children, dedicated to the favorite 
saint Thomas, was built near the almery of Bermondsey Priory 
by Prior Richard, and was, as we might expect from the persistent 
cruel treatrnent of the Jews, soon filled. Bishop Peter, the founder of 
one hospital, gave L100 for the encouragement and help of Jewish 
converts, but if a Christian was converted to Judaism, which some- 
times happened, he was burnt " 

Les temps ont bien changé depuis, puisque Southwark est au- 
jourd'hui représenté au Parlement par un avocat juif distingué, 
Mr. Arthur Cohen. 

Ad. Neubauer. 

1 Thippe représente l'abrégé de Zippora. En Allemagne, ce mot est rendu par 
« Vogele » , tandis que Dove représente le nom de « Taube » . 



BIBLIOGRAPHIE 



REYUE BIBLIOGRAPHIQUE 

3 e TRIMESTRE 1884. 



ft51I5fr nïDlpnb ïpDNirï Haasyf, Zbior historyczny, literacki i przemyslwoy 
z dodatkiem kalendarza dla Izraeïitow, par N. Sokolow. Varsovie, impr. 
J. Goldmann, in-8° de 160 -f 277 + 74 + 12 + 24 + 20 +29 + 12 + 
24 -}- xxx p. 

Annuaire hébraïque pour l'année 5645 (1884/5). La composition bizarre 
de cet ouvrage volumineux ressort déjà de l'étrange pagination adoptée par 
l'éditeur. L'ouvrage se compose de dix parties : 1° Chronique juive, his- 
toire des principaux événements politiques des années 5643 et 5644, des 
inventions industrielles et scientifiques nouvelles, renseignements concer- 
nant le commerce, la banque, l'échange, la poste, le télégraphe, les che- 
mins de 1er, les imDÔts, l'armée, 3e service militaire en Russie, les mon- 
naies, le calcul des intérêts, la justice en Russie, l'hygiène et la médecine 
domestiques, bienfaisance et nécrologie juives en Russie, administration 
des communautés juives de Varsovie, Vilua, Minsk et Moscou ; 2° No- 
tices littéraires, morales, scientifiques, talmudiques, biographies, recen- 
sions, entre autres : Commerce des Juifs dans les temps anciens, par Ela- 
zar Atlas ; biographie du peintre Oppenheim, de Berthold Auerbach, de 
L. Zucz, de H. -S. Sloninaski ; 3° Contes et nouvelles; 4 # La dédicace 
obligée et iuévitable à Sir Moses Montefiore ; 5° Lecture de M. A. Har- 
kavy sur Samuel Hannagid, traduit du russe du journal le Woschod, 
par Rafaël Grosskin ; 6° et 7° Poésies ; 8° Physiologie et anatomie de 
l'homme ; 9° Mémoires sur les progrès de la culture parmi les Israé- 
lites russes, et principalement au temps de Isaac Baer Levinsohn, par 
A. Gottlober ; 10° Calendrier et météorologie. 

Y"DTl yiN 'O Etude sur les règles de la teruma et de la dîme avec index 
netib yam, par Moïse Nehemia Cokanow. Jérusalem, impr. Joel-Moïse 
Solomon, in-8° de 40 ff. 

d^lDID "'p'Hpl '0 Variée lectiones in Mischnam et in Talmud babyloni- 
eum... auctore Raphaelo Rabbinovicz. Pars XIV, tract. Sebachim. Mu- 
nich, impr. E. Huber, in-8° de 256 p. 



BIBLIOGRAPHIE 123 

INTlNJl 3*6 î^ ta nï^ ,, *VtU b5 Recueil ' des poésies de Juda L. Gordon. 
St. Pétersbourg, impr. Pinnes et Zederbaum, 4 vol. in-8° de xvi-147 + 
209 + 208 p. 

M. Gordon jouit, parmi les Israélites de Russie, d'une réputation mé- 
ritée. En 1882, il y avait vingt-cinq ans qu'il avait publié sa première 
poésie hébraïque, ses amis et admirateurs se réunirent à cette occasion et 
décidèrent d'imprimer le recueil de ses œuvres. C'est ce recueil qu'ils nous 
donnent aujourd'hui. Les poésies de M. Gordon sont assurément pleines 
de talent, les hébraïsants les liront avec intérêt et plaisir. Dans tout autre 
pays, une œuvre de ce genre pourrait être traitée de jeu stérile, il n'en 
est pas de même en Russie. La langue hébraïque est encore très répandue 
parmi les Juifs de ce pays, on imprime à leur usage des journaux hébreux 
écrits dans une langue incorrecte et altérée ; il est bon qu'un véritable écri- 
vain leur montre comment on manie la langue hébraïque et comment on s'en 
sert pour exprimer, à l'aide d'un instrument si ancien, des idées et des 
sentiments modernes. Le premier volume du recueil contient, entre autres, 
des traductions de Byron, de Schiller, de Schœfer ; le second volume est 
presque entièrement composé de fables, dont une grande partie sont imi- 
tées de Lafontaine. Le troisième volume comprend de grandes compo- 
sitions telles que David et Mikhal, Osnat, fille de Putiphéra, David et 
Barzillaï, etc.; enfin le quatrième volume contient de petites poésies, la 
plupart assez originales. 

Û*^ï"!ï"! rfiîltQ Reisebilder ans dem Orient und zwar aus Syrien, Irack- 
Arabien, Ostindien, Birma und aus dem indischen Archipelagus, par 
W. Schur. Wien, impr. Georg Broeg, in-S° de 148 p. 

M. Schur a parcouru en partie la Syrie et les régions avoisinantes, et 
même la Perse ; il a aussi été dans l'Inde, la Birmanie, à Atchin, à Sin- 
gapour, à Manille. La relation de son voyage est sans doute instructive, 
on y trouve un certain nombre de notices sur les Juifs, mais ce petit ou- 
vrage ne renferme cependant que des observations superficielles et d'un 
intérêt secondaire. M. Sch. se réserve probablement pour le grand ouvrage 
qu'il prépare sur ses voyages et auquel le présent opuscule doit servir de 
réclame. Une grande partie au moins de cet opuscule a déjà été publiée par 
le Schachar. 

ÏT"H3!EÎ1 !TfiJ3J>73 Considérations sur la menora (chandelier à sept branches), 
par Isaïe Ruben. Kœnigsberg-en-Prusse, impr. Levidien ^^T"!?). in-8° 
de 12 + 4 + (2) p. ; plus TOJg PlIN^n b*nO en l'honneur de Sir Moses 
Montefiore, par le môme ; Kœnigsberg, même imprimerie, in-8° de 26 
+ (2) p. 

d^H n 1S3 *0 Pri Chaim, par Chaim Knoller. Przemysl, impr, Zupnik, Knoller 
et Hammerschmidt, 1883 ; in-8° de 104 ff. 

L'ouvrage est divisé en vingt-sept chapitres. L'auteur s'est proposé de 
donner des explications homilétiques sur la Bible, le Talmud, les Mi- 
draschim. Le choix des sujets traités est arbitraire, les explications le sont 
également. 

"PSOtoîl OntûSlp Bibliographie hebrâischer Trauer- und Gedâchtnissreden, 
von D r Ad. Jellinek. Erste Abtheilung. Berlin, 1884; Wien, libr. 
D. Lœwy, in-8° de 48 p. 

Tirage à part de la Jubelschrift zum 90. Geburtstag des D r L. Zunz. 
Cette première partie de l'intéressant Conteros contient, par ordre alpha- 
bétique, le nom des personnages juifs dont il a été fait une oraison fu - 
nèbre, et la date de leur mort. En face des noms, se trouvent, daus une 
seconde colonne, le nom de l'auteur de l'oraison funèbre et la date de 



124 REVUE DES ETUDES JUIVES 

cette oraison funèbre ; puis, dans une troisième colonne, le titre du livre 
où se trouve cette oraison funèbre^ Tout ce travail est fait d'après les 
ouvrages qui se trouvent dans la bibliothèque de l'auteur. Heureux 
M. Jellinek d'avoir une si belle bibliothèque ! L'auteur ne nous dit pas ce 
que contiendra la seconde partie de ce Conteros. 

T» ^airô Ù'HBD» ÏTWnBI Verzeichniss werthvoller hebr. Handschriften. 
Francfort-s.-M., 1884, in-8° de 42 p. autographié. Ce catalogue contient 
3050 numéros. Les mss. sont mis en vente par Chaim M. Horowitz, de 
Francfort. 

d^ûû rwiïîl Catalogue d'ouvrages hébreux imprimés mis en vente par 
M. R.-N. Rabinowitz, de Munich, et contenant 2356 numéros. Munich, 
impr. E. Huber, in-8° de 60 + 8 p. 

...Ù^TÏ^rt d^SD rWiû^l Katalog von A. Faust's Buchhandlung in Krakau; 
s. 1. n. d., in-8° de 56 p., contient 4449 numéros. 

Bâcher (Wilhelm). Die Agada der Tannaiten. Erster Band, von Hillel bis 
Akiba, von 30 vor bis 135 nach d. g. Z. Strasbourg, libr. Karl J. Trùb- 
ner, in- 8° de 457 p. 

Nous n'avons pas vérifié si cet ouvrage est uniquement la reproduction 
des articles publiés par M. Bâcher dans la Monatsschrift ou s'il contient en- 
core des travaux inédits. Il se compose de treize chapitres intitulés comme 
suit : Hillel, les écoles de Hillel et de Schammaï, Johanan b. Zaccaï, les 
contemporains et les élèves de Joh. b. Z., GamalielII, Eliézerb. Hyrcanos, 
Eliézer b. Hyrcanos et Josua b. Hananya, Josua b. Hananya, Eléazar de 
Modiim, Eléazar b. Azarya, Ismaël b. Elischa, Akiba b. Josef, les con- 
temporains et les plus anciens élèves d' Akiba. Le mérite de cet ouvrage 
est peut-être moins encore dans le texte que dans les notes qui l'accom- 
pagnent et où se trouvent accumulées des observations critiques du plus 
grand intérêt pour la critique des textes talmudiques et pour l'histoire des 
rabbins. M. B. expose, dans chaque chapitre, la aggada du docteur 
dont il s'occupe, il cite et commente les principales explications agga- 
diques attribuées à ce docteur. Si l'on voulait avoir des vues d'ensemble 
sur l'histoire de la aggada juive, ses origines, son développement, les cou- 
rants qu'elle a suivis, les modifications qu'elle a subies avec le temps ; ou 
bien si l'on voulait avoir, pour chaque génération de docteurs ou pour 
chaque docteur en particulier, une caractéristique de l'esprit et de la mé- 
thode de leur aggada, on n'obtiendrait pas de réponse directe de l'ouvrage 
de M. B., il a plutôt fourni, pour une pareille histoire, des matériaux 
abondants et d'excellente qualité. Cette étude»vaut surtout par le détail, par 
les notes instructives qui l'accompagnent. C'est ce qui fait qu'il est diffi- 
cile d'en montrer, dans une courte recension, tout le mérite et toute la 
valeur. Il suffira, par exemple, que nous signalions l'étude sur Ben Hê Hê et 
Ben Bag Bag (p. Il), celle du I^IH, de Johanan b. Zaccaï (p. 33), la note 
sur Abba Saùl b. Batnit et Eléazar b. Sadoc (p. 54), la note sur R. Ne- 
hunya-Néhemya (p. 64), et plus loin, par exemple, dans les beaux chapitres 
consacrés à R. Akiba, la correction Akiba rabii (p. 291), la note sur le 
Sambalion (p. 297), comme des spécimens dont nous pourrions multiplier le 
nombre à l'infini et qui montrent tout de suite quelle est l'importance de ce 
travail et quels services il est destiné à rendre à l'étude de la littérature 
talmudique. 

Berliner (A.). Synagogal-Poesieen. Hebrâische Texte mit der deutschen 
Uebertragung aus der Synagogalen Poésie des Mittelalters von D r Zunz. 
I. Berlin, libr. Louis Gerschel, in-8° de 80 p. 

Plus d'un lecteur de la Synagogale P«e$ie de M. Zunz a dû regretter de 



BIBLIOGRAPHIE 125 

ne pas pouvoir lire dans l'original les poésies liturgiques, en grande partie 
inédites, dont M. Zuuz avait donné, dans cet ouvrage, une si belle tra- 
duction. La publication de M. Berliner nous épargnera dorénavant ces 
regrets ; elle nous donne, à côté de la traduction du maître, le texte hé- 
breu et des notes bibliographiques détaillées. Nous espérons que M. B. 
achèvera ce travail dont il nous offre aujourd'hui le premier fascicule. 

Bibliotheca Samaritana I. — Die Samaritanische Pentateuch-Version. Die 
Genesis in der hebr. Quadratschrift unter Benutzung der Barberinischen 
Polyglotte, herausgegeben und mit Einleitung, Textkritik, Noten und 
Beilagen versehen, von D r M. Heidenheim. Leipzig, Otto Schulze, in-8° 
de lii-97 p. 

M. Heidenheim se propose de publier, outre la traduction samaritaine 
du Pentateuque, dont il nous donne aujourd'hui la Genèse, les principales 
liturgies des Samaritains, et cette publication sera assurément très intéres- 
sante. Le premier volume de cette Bibliothèque renferme, outre le texte de 
la Genèse, une introduction qui contient les chapitres suivants: 1° Les Sa- 
maritains et leur littérature (quelques indications peu développées sur les 
auteurs qui se sont occupés de cette littérature) ; 2° les plus anciennes 
traditions sur le Pentateuque samaritain (entre autres, p. 12-13, quelques 
traditions talmudiques et caraïtes) ; 3° les manuscrits; 4° le ms. triglotte 
de la bibliothèque barberine ; 5° les éditions ; 0° la nouvelle édition ; 7° la 
ponctuation ; 8° explication paléographique des corrections de l'éditeur ; 
9° les critiques antérieures du texte. 

Cross (Rew. John A.). Some notes on the Book of Psalms. Londres, libr. 
Longmans, Green et C ie , in-8° de 50 p. 

Cet ouvrage contient les chapitres suivants : 1. Généralités sur la 
poésie hébraïque et le parallélisme ; 2. Les psaumes dans les églises juive 
et chrétienne ; 3. Différentes versions des psaumes dans la Bible anglaise 
et dans le livre de prières de l'église anglicane ; 4. Origine du psautier ; 
5. Eléments personnels et nationaux dans les psaumes ; 6~7. Foi mili- 
tante et foi triomphante ; 8. Esprit blâmable de certains psaumes ; 9. Le 
psaume Sur les rives de Babylone ; 10. Confiance en soi ; 11. Les ennemis ; 
12. Explication historique de quelques psaumes ; 13. Psaumes sur la na- 
ture ; M. Le Psautier comme livre moderne de dévotion. L'auteur a 
voulu faire un petit livre populaire destiné à servir d'introduction aux 
psaumes pour les lecteurs peu initiés et à écarter d'avance les difficultés 
ou les objections qui pourraient les arrêter. On voit, par l'analyse qui pré- 
cède, quelles sont les questions qui l'ont préoccupé. On n'attendra pas de 
lui une critique profonde ni très ferme, il est très hésitant sur l'origine des 
psaumes, mais en somme cette introduction se maintient dans une sage 
réserve, elle ménage à la fois la science et la religion et paraît parfai- 
tement appropriée au but qu'elle se propose. 

Ferrière (Emile). Paganisme des Hébreux jusqu'à la captivité de Babylone. 
Paris, libr. Alcan, in-18 de 428 p. 

Cet ouvrage semble être un livre de polémique dont les coups sont 
moins dirigés contre le judaïsme que contre le christianisme. C'est une es- 
pèce de vulgarisation d'idées et de théories qu'on trouve chez divers exé- 
gètes de la Bible. L'auteur a consulté avec attention un certain nombre 
d'ouvrages qui ne sont pas tous d'égale valeur, il s'en faut, et ne méritent 
pas toujours d'être cités comme des autorités. Le choix limité et quelque- 
fois maladroit de ces ouvrages suffit à prouver que M. F. est un peu inex- 
périmenté en ces matières. 

Geigel (F.). Das franzôsische und reichslândische Staatskirchenrecht 
(christliche Kircnen und Israeliten) mit den neuesten Gesetzen und der 



126 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Rechtsprecliimg der deutschen Staaten. Strasbourg, libr. J. Trùbner, 
in-8° de xx-504 p. 

La loi française concernant les cultes est appliquée en Alsace-Lorraine, 
c'est ce qui explique la publication du manuel de M. Geigel, où le culte 
Israélite occupe aussi sa place (p. 457). M. G. ne s'est pas borné, dans 
cette partie, à reproduire Halphen et son continuateur M. Uhry, il a 
encore consulté les recueils de législation tels que Dalloz, Ducrocq, Gau- 
dry, etc., et on trouvera, dans ses notes, plus d'un éclaircissement utile. 

Guidetti (Corrado). Pro Judaeis, riflessioni e documenti. Turin, impr. 
Roux et Favale, in-8° de 386 p. 

Cet ouvrage est une apologie destinée à réfuter des écrits antisémitiques. 
Voici le titre des chapitres : les Juifs forment-ils une race spéciale ? — 
Le Talmud. — Rôle économique des Juifs. — De l'usage prétendu du 
sang chrétien. — Des différentes publications antisémiticrues. Le chapitre 
consacré à la question de l'usage du sang chrétien dans les rites juifs est 
certainement le plus intéressant et le plus instructif du livre ; l'auteur y a 
consacré près de cent pages et une grande partie des pièces justificatives, 
c'est peut-être ce qui a été écrit de plus complet sur ïa matière, au point 
de vue historique et bibliographique. Nous y avons remarqué un certain 
nombre d'erreurs de détail; par exemple page 144, note I, l'affaire d'Im- 
nestar se trouve parfaitement dans Graetz ; même page, l'expulsion des 
Juifs de France en 1080 (?) Ces fautes légères ne diminuent point la valeur 
de cet important travail. Aux documents, on trouvera, entre autres, les 
pièces inédites d'une affaire de sang qui eut lieu à Pavie en 1479 (pages 
280 à 294). 

Klatt (J.). Literatur-Blatt fur orientalische Philologie, I. Band, 7-9, Heft, 
avril-juin, 1884, p. 253-380, in-8". 

Le tirage à part que nous devons à l'obligeance de l'auteur ne porte 
point de lieu d'impression. Les pages 321 à 352 sont consacrées à la biblio- 
graphie sémitique, aux inscriptions cunéiformes, à la Palestine et la Syrie, 
à l'Ancien Testament,, aux Rabbinica et Judaïca et à l'araméen. Ce travail 
est fait avec beaucoup de soin, l'auteur indique même les recensions. 
Parmi les ouvrages et travaux qui n'ont pas été signalés dans la Revue, 
nous remarquons les suivants : Sal. de Benedetti, Un manoscritto Cavense 
in caratteri rabbinici, dans Arch. stor. per le prov. napol., année 8, fasc. 4, 
1883 ; Jacobs, The Jewish question 1875-83, Bibliographical hand-list, dans 
Trubner's American, European and Oriental Literary Record, vol. iv et v, 
1883 et 1884 (très bon travail; le dernier numéro paru, vol. v, p. 100 est 
à l'article News papers) ; Ed. Mahler, Die Irrationalitaten der Rabbinen, 
dans Ztschr f. Math. u. Phys., année 29, 1884 ; L. Modona, Di un esem- 
plare di opère ebraica in edizione di prima data..., dans Bibliofilo, an- 
née îv, 1883 (Séfer miçvot gadol) ; Rawitzki, Wiederum ûber die Lehre 
vom Kaiserschnitt im Thalmud, dans Archiv f. pathol. Anatomie, de Vir- 
chov, vol. 95, 1884, p. 485 ; Schiller-Sziuessy, « Midrasch » et « Mischnah », 
dans Encyclop. Brit., 9 3 édit., vol. 16, 1883, p. 285 et p. 502; Jos. Spitz, 
Rabban Jochanan b. Sakkaï, Rector der Hochschule zu Jabneh, Leip- 
zig, 1883. 

Mosgoviter (S.-J.). Het Nieuwe Testament en de Talmud in beider voor- 
naamste Zedelessen, Uilspraken, Gelijkenissen, Aphorismen, Spreek- 
woorden, Karakter en Slrekking. Rotterdam, A Eeltjes, in-8° de 476 p. 

M. Moscoviter publie aujourd'hui en un volume le travail dont une partie 
au moins avait paru en livraisons depuis 1882. C'est un travail considérable 
et digne d'attention. M. Moscoviter compare l'un après l'autre les quatre 
évangiles avec le Talmud, il dissèque les textes et, à l'aide de ce procédé 



BIBLIOGRAPHIE 127 

lent mais sûr, il retrouve dans le Talmud une grande partie des doctrines 
religieuses, morales et sociales du christianisme. Les ressemblances ou 
différences qu'il trouve entre l'évangile et le Taimud ne sont pas toujours 
très frappantes, mais le plus souvent il est dans le vrai. Il faudrait étudier 
chaque ligne de cet ouvrage pour en apprécier ou discuter la valeur, mais 
il suffit de le parcourir rapidement pour se convaincre que l'auteur a réuni, 
dans ce livre, des matériaux précieux pour l'histoire du judaïsme et du 
christianisme, et quil a émis, sur ces textes anciens et parfois obscurs, un 
grand nombre d'idées neuves et qui méritent de fixer l'attention des his- 
toriens. 

Proceedings of the society of Biblical Archseology. November 1883 to May 
1884 ; vol. VI, fourteenth session. Londres, au bureau de la Société, in-8° 
de (6)-232 p. 

Nous remarquons, parmi les travaux contenus dans ce volume : J. Chotz- 
ner, Hebrew Poetry (quelques idées sur la mesure dans la poésie hé- 
braïque) ; Clermont-Ganueau, Hebrew Epitaph of Youdan, son of Rabbi 
Tarphon, from the necrooolis of Joppa (l'écriture de celte épitaphe n'est 
pas très éloignée de l'écriture carrée ordinaire ; voici le te::te de l'épi— 
taphe : tBM JT13 ^TS "pDTJ Wl ïm JW Nminp N1T1 
Û"I?1D ï"D*nb ISTÛ^Ï, M. Gr. fait remarquer qu'un Yudan bir:bi est 
nommé dans Kidduschin, 21 l ; S. Louis, On the handicrafts and 
artizans mentioned in Talmudical Writings (les professions énumérées 
sont celles de boulanger, ouvrier en métaux, teinturier, parfumeur et 
coiffeur, cordonnier, maçon, potier, médecin); P. le Page Renouf, Is the 
Hebrew word Cherub of Egyptian origin. 

Reusgh (Fr.-Heinrich). Der Index der verbotenen Bûcher. Ein Beitrag zur 
Kirchen- und Literaturgeschichte ; II. Band. Bonn, 1883, in-8° de xn- 
624 p. 

Cet ouvrage, qui est le fruit d'un labeur de plusieurs années, contient 
des passages qui intéressent la littérature juive. Un chapitre spécial y est 
même consacré (p. 45-53) à l'interdiction du Talmud et d'autres livres 
juifs. Quoiqu'il n'épuise point le sujet, qui attend encore une étude appro- 
fondie, il donne, sur la censure des livres juifs, des renseignements utiles 
et qui serviront pour des recherches ultérieures. Nous ne pouvons donner 
ici une indication des matières contenues dans cet excellent ouvrage, si 
riche en faits. L'inquisition générale fut créée en 1542, c'est en 1559 que 
parut le premier index pontifical et c'est depuis cette époque que le Talmud 
se trouve à l'index. C'est seulement en 1596 (p. 5l) que, derrière l'inter- 
diction du Talmud, les éditions de l'Index portent la mention suivante : 
« Les évêques et inquisiteurs sont informés que le livre Magazor... traduit 
en portugais, espagnol, français, allemand, italien ou toute autre langue 
populaire, est depuis longtemps interdit par un décret spécial. Ils veilleront 
donc à ce qu'il ne soit toléré qu'en hébreu. » Comme l'Inquisition refusait 
de faire un catalogue des livres hébreux qu'il fallait interdire, des livres de 
ce genre ne figurent pas à l'Index ; mais on y trouve de temps en temps 
des traductions de livres hébreux : par exemple et avant tout la « Para- 
phrasis chaldaica Cornelii » (nom sous lequel l'Index désignait jusqu'à 
Benoît XIV, en 1758, le targum Onkelos), les « Commentaria Rabi 
Salomonis et Chimi, et Rabini Hierosolymitani et similium super V. T. 
tam scripta hebraice quam latine translata per Conradum Pellicanum et 
Paulum Fagium, hœreticos ». L'Index de Benoît XIV porte déjà mieux : 
« R. David Kimhi Comm. in V. T. » Les Index espagnols de Valdès 
(1559) et de Quiroga (1583) se bornent à interdire, en général, les livres 
hébreux, mais permettent le targum. Depuis Sandoval (1612), les livres cab- 
balistiques sont aussi interdits. A partir de Sotomayor (1640), l'Index tolère 
des livres non théologiques tels que Buxtorf, les traductions de Munster, 



128 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

et même le Doctor dubitantium de Maïmonide. L'Index portugais de 1581 
interdit le Zohar sur Bérésit. L'Index de Quiroga contient, dans la seconde 
classe, le Benjamini Cantabri Itinerarium, c'est-à-dire le voyage de 
Benjamin de Tudèle, dans la traduction qu'en avait faite Arias Montanus 
sur la demande de quelques évêques espagnols et qui parut en latin, en 
1575, à Anvers. Sandoval et Sotomayor indiquent encore les expurgations 
qu'il faut y opérer, par exemple supprimer les mots bonae, felicis ou 
probandae memoriae, qui se trouvent après les noms des rabbins, etc. 
(p. 490). Aux pages 575-77, M. R. s'occupe des attaques qu'Arias Montanus 
eut à subir de la part de l'Inquisition à cause de sa Polyglotte d'An- 
vers (1572), et de ses sentiments et de sa traduction également bienveillants 
pour les Juifs. Dans l'Index de Lisbonne de 1581, les Dialoghi d'amore 
de Léon Abravanel sont seulement interdits avec la mention d. c. (donec 
corrigatur), à cause des quelques fables juives ou platoniciennes (p. 488). 
Dans l'Index de Munich de 1582 on trouve le commentaire de David Kimhi 
sur Amos dans la traduction de Matbias Vebas (p. 474). Le De medico 
hebraeo de David de Pomis se trouve dans l'Index romain avec la men- 
tion d.c.\ dans l'Index de Sotomayor il est interdit sans aucune atténuation. 
Ce qui est curieux, c'est que l'Index contient des ouvrages de polémique 
contre les Juifs ou des ouvrages de Juifs apostats. Ainsi l'édition princepsdes 
ouvrages d'Agobard esttout de suite interdite par l'Index de 1605, mais M. R. 
a probablement raison d'attribuer cette interdiction aux additions de l'éditeur, 
qui eut d'ailleurs bien des démêlés avec la censure (p. 577). Paul Ricius qui, 
après s'être baptisé, écrivit à Pavie quelques ouvrages contre les Juifs 
(1507-10), apparaît dans la l re classe de l'Index; il paraissait trop tiède 
contre les Luthériens. Quoique toute son œuvre figurât déjà dans la 
l rG classe, sa Statera fut encore spécialement mentionnée dans la 3 e classe 
(p. 273). Les Curationum medicinalium centuïiae VII, d'Amatus Lusitanus 
(Florence, 1555), furent mises dans l'Index romain parce que, parmi les 700 
cas de maladie qui y sont mentionnés, il est question de maladies plus ou 
moins propres des moines, prêtres et nonnes; l'Inquisition voulut que ces 
dignitaires ecclésiastiques fussent remplacés par des mentions telles que 
quidam ou mulier innupta (p. 488). Elchanan Paulus Pragensis , juif 
baptisé qui publia, en 1580, un ouvrage allemand sous le titre de Mysterium 
novum afin de prouver la messianité de Jésus, n'échappa point aux 
rigueurs de l'Index : il figure sur l'Index de Niguarda (p. 474). Pour le 
4 e chapitre de son ouvrage, M. R. aurait pu utiliser le travail publié dans 
la Hebr. Bibliographie, V, 73 et 96, (cf. p. 125), par Marco Mortara, sur le 
Se fer kazzikkuc, titre que nous traduirions par Index expurgatorius (p. 549), 
plutôt que par Canon purificationis. M. R. a généralement utilisé avec 
soin ce qu'il a pu trouver dans la littérature juive moderne, par exemple 
cette Revue à la page 529, note 3 et aux additions. Jarchi, page 52, n'est 
pas une faute (voir Zunz, Gesamm. Schr.^ III, 100), car c'est ainsi qu'écri- 
vaient les anciennes éditions latines. On ne peut pas dire (p. 53) d'une 
façon aussi générale que le Zohar était mal vu chez les Juifs. Le livre de 
Benjamin de Tudèle n'est pas seulement l'itinéraire d'un voyage en Pales- 
tine (p. 496; voir Zunz, ibid., I, 163). Le nom chrétien d'Amatus Lusitanus 
n'était pas « de Castelbranco >, comme le dit M. R. (p. 488) d'après une 
faute d'impression de Graetz, IX, 363, mais « de Castello Bianco », en 
latin « Castellum album ». Cette faute se trouve aussi dans la Nouvelle 
Biographie générale et dans la Nuova encyclopedia italiana de Boccardo, 
s. v. Amatus Lusitanus. — David Kaufmann. 

Schwalb (M), prédicateur à Brème. Christus und das Judenthum. Vor- 
trag gehalten im protestantischen Reform - Verein zu Berlin am 27. 
Februar 1883. Berlin, Walther et Apolant, in-8° de 15 p. 

Jésus a été un rabbin juif; il n'y a pas eu, à l'origine, d'opposition entre 
le christianisme et le judaïsme et Jésus moins que personne n'a pensé à se 
séparer du judaïsme. 



BIBLIOGRAPHIE 129 

Seinecke (L.)'. Geschichte des Volkes Israël, zweiter Tkeil, vom Exil bis 
zur Zerstôrung Jerusalems durch die Rômer. Gœttingue, libr. Vanden- 
kœck et Ruprecht, in-8° de xn-356 p. 

Le premier volume a paru en 1876. Malgré le titre que porte l'ouvrage, 
ce n'est pas, à proprement parler, une histoire du peuple juif, mais une 
suite de thèses ou d'hypothèses auxquelles le récit historique sert de cadre. 
A partir de l'époque des Macchabées, cependant, et surtout vers la fin du 
second temple et la destruction de Jérusalem par les Romains, l'exposition 
historique devient plus abondante, tout en présentant encore de grandes 
lacunes. Si on lit, par exemple, le chapitre consacré aux Pharisiens et 
aux Sadducéens, ou ceux qui sont intitulés: « la théosophie alexandrine », 
« les Esséniens », on constatera que l'auteur n'a pas du tout cherché à 
faire connaître à fond ni les partis juifs, ni Philon et les juifs alexandrins, 
et que ces chapitres contiennent uniquement quelques idées auxquelles 
M. S. ne donne même pas le développement suffisant et qu'il y manque 
l'unité et les vues d'ensemble. Les thèses de l'auteur sont hardies, 
partout où il y a matière à doute, il est pour la solution négative ; chaque 
fois que l'opinion reçue présente des difficultés, il la rejette dédaigneuse- 
ment. Il n'est pas de ceux qui cherchent à tirer d'une information douteuse 
la part de vérité qu'elle peut contenir, il aime mieux la repousser en bloc. 
Nous ne le disons pas pour lui en faire un reproche, le scepticisme histo- 
rique est un système qui se justifie à certains égards, qui est nécessaire 
au progrès de la science, ses abus même peuvent être respectables. Il nous 
semble seulement que M. S. a trop de confiance dans ses idées et ne tient 
pas assez compte de celles de ses adversaires ; il nous semble aussi que 
ses exécutions sont un peu sommaires et qu'il ne se donne pas assez de 
peine pour convaincre son lecteur. En soutenant, par exemple, qu'Ezéchiel 
est postérieur au livre de Daniel, que le rôle d'Ezra fut à peu près insi- 
gnifiant, etc., que les Esséniens ne sont guère juifs et n'ont pas eu 
d'influence sur le christianisme, la sécheresse de sa démonstration 
étonne et appelle des protestations. Beaucoup de ses idées qui sont justes 
ou au moins probables ont le tort de se présenter sous cette forme 
tranchante et rébarbative, et nous ne nous étonnons pas que son premier 
volume ait rencontré les attaques passionnées dont il se plaint. Il est lui- 
même très passionné et il lui arrive de perdre la dignité du maintien et 
l'impartialité qui conviennent à la vraie science. Que signifie, par exemple, 
à propos de l'impôt du tiers de sicle (Néhémie, chap. x), cette épigramme 
d'un goût douteux de la page 52? Que signifie cette appréciation ironique 
et profondément injuste (p. 129) des belles maximes morales qui se 
trouvent dans le traité des Abot? Si le pauvre Jacob, si souvent attaqué 
aujourd'hui, n'est pas du sang allemand (p. v), est-ce qu'Ulysse le serait 
plutôt? S'il est bien vrai que Tacite, malgré toutes les inexactitudes qu'il 
commet, ait toujours voulu sincèrement dire la vérité (ce dont il n'est 
pas défendu de douter, attendu que c'était un homme de parti), pourquoi 
Josèphe, dont nous ne voulons nullement défendre ni le caractère ni la 
véracité, serait-il un menteur dont l'unique but aurait été de tromper les 
payens (p. 58) et ne pouvait-il pas, aussi bien qu'un historien romain, 
être naïvement dupe de ses illusions et de ses erreurs? Si M. S. n'obéissait 
pas à certains entraînements qui ne sont pas d'un savant, nous croyons 
qu'il se serait gardé d'exprimer des opinions de ce genre. Son travail, qui 
est loin d'être indifférent et qui fournit des hypothèses intéressantes, ne 
pourrait qu'y gagner. 

Steinsghneider (M.). Letteratura italiana dei Giudei, Cenni. Estratto dal 
giornale II Buonarroti, série II, vol. VI, luglio 1871; vol. VIII, febbraio e 
maggio 1873 ; vol XI, marzo e aprile 1876. Rome, impr. des sciences 
mathém. etphys., in-8° de 57 p. 

Ces études sur la littérature italienne des Juifs se composent d'une 
T. IX, n° 17. 9 



130 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

série d'articles détachés. On y trouvera, comme datfs tous les travaux de 
M. St., une foule de renseignements précieux, une érudition vaste et sûre. 
Le premier article traite de l'usage de la langue italienne chez les Juifs, 
de l'instruction de diverses femmes juives (Paola, fille d'Abraham de 
Rome, 1288 ; Estellina, femme du médecin Abraham Conat, à Mantoue, 
1476-89; Fioretta, femme de Salomon fils de Marco Modena, mort en 1530), 
des gloses italiennes de la Bible hébraïque, des noms propres italiens 
portés par les Juifs. L'article II parle des médecins et savants juifs 
italiens qui savaient des langues étrangères (latin, grec), tels que le 
Josippon, Donnolo, Maçliah b. Elie, etc., des disputations théologiques 
qui eurent lieu en Italie et où les champions juifs parlaient forcément 
la langue du pays (ou le latin, comme par exemple le Rabbi Julius, en 
790, p. 17). Dans un chapitre des plus intéressants de cet article, M. St. 
insiste sur ce fait que, déjà vers la fin du xn e siècle et avant que l'influence 
directe des Arabes eût produit, en Espagne, une grande renaissance litté- 
raire, un Juif français d'Orange avait traduit en hébreu 24 ouvrages latins 
(voir, p. 23, l'identification intéressante de Moïse de Palerme). Dans le 
troisième article, M. St. parle des gloses italiennes qui se trouvent dans 
les écrits de Hillel de Vérone, des traductions latines de Calonymos, des 
traductions de Semarya de Crète, faites peut-être du grec, etc. Le premier 
ouvrage, écrit en italien par un Juif paraît être un ouvrage de Moïse 
Rieti (p. 49-50). 

Steinsghneider (M.). Notice sur un ouvrage astronomique inédit d'Ibn 
Haitham. Rome, impr. des sciences mathém. et phys., in-4° de 31 p. 
Extrait du Bulletino di Bibliografia e di Storia délie se. math, e fisiche, 
tome XIV, déc. 1881 et tome XVI, sept. 1883. 

Cet ouvrage d'Ibn Haitham est mentionné dans l'ouvrage inédit Yair 
Netib de Juda ben Samuel Ibn Abbas (Biblioth. Bodl.). M. St. montre 
qu'outre le ms. original on trouve de cet ouvrage d'Ibn Haitham différentes 
versions qui ont quelque intérêt pour l'histoire de la littérature juive : 
1° Une version latine d'un anonyme d'après une version espagnole 
qu'Abraham le Juif avait faite pour le roi Alfonse ; 2° une version 
hébraïque de Jacob ben Makhir (Prophatius) ; 3° une version latine faite 
sur l'hébreu de Jacob b. M. par Abraham de Balmes pour le cardinal 
Grimani ; 4° enfin une version hébraïque faite en 1322 par Salomon ibn 
Pater Cohen, de Burgos. M. St. donne des spécimens de chacune de ces 
traductions. Une petite préface de Jacob b. Makhir donne quelques ren- 
seignements sur la vie de ce traducteur célèbre. 

Strassburger (B.). Geschichtc der Erziehung und des Unterrichts bei den 
Israeliten. Stuttgart, libr. Lévy et Mùller, 1 er fascicule, in-8° de 48 p. 

Exposition populaire des théories et des méthodes d'instruction et d'édu- 
cation répandues chez les Juifs et appliquées par eux aux époques biblique 
et post-biblique. M. Str. ne paraît pas connaître le très bon ouvrage écrit 
sur cette matière par M. Joseph Simon, sous le titre de : L'éducation et 
l'instruction des enfants chez les anciens Juifs, 2 e édition, Nîmes, 1879. 

Walgh (Maurice). Les captifs, drame judéo-romain en prose en quatre 
actes et un tableau. Paris, libr. A. Durlacher, in-18 de iii-104 p. 

On ne peut pas dire ce que serait, sur la scène, ce drame assurément tou- 
chant et dont les péripéties sont amenées avec art. L'auteur s'est inspiré 
d'une légende du Talmud sur un esclave juif et une esclave juive amenés 
de Jérusalem à Rome et que leurs maîtres voulaient unir de force. 11 a 
très habilement enrichi cette donnée si simple et créé un jeu de passions qui 
inspire de l'intérêt. Une jeune Romaine, Aurélia, devient amoureuse de 
l'esclave juif (Ridan); un jeune Romain (Octavius) aspire à la main de 
l'esclave juive (Lucia) ; celle-ci, de plus, était fiancée, avant d'être amenée 



BIBLIOGRAPHIE 131 

à Rome, à un jeune compatriote également captif. C'est le jour même où 
Rome célèbre sa victoire sur Jérusalem que se passent les événements mis 
en œuvre par l'auteur. Au milieu des troubles de la fête, le père d'Octave 
et celui d'Aurélia, craignant pour l'avenir de leurs enfants, conviennent 
d'unir ensemble Ridan et Lucia, dont ils sont les maîtres, mais les deux 
pauvres jeunes gens, enfermés ensemble, honteux de l'état où les réduit 
l'esclavage, se donnent la mort. Trépas inutile, cependant, car avant de 
mourir ils se reconnaissent, Ridan est le frère de Lucia. Il ne reste à Octave 
qu'à pleurer sur leur malheureux sort. 



Publications pouvant servir à V histoire du Judaïsme moderne. 



Alger du 28 juin au 5 juillet 1884 d'après tous ses journaux. Documents 
pour servir à l'histoire du pays. Alger, impr. P. Fontana, in-8° de 253 p. 

Documents sur l'émeute contre les Juifs qui eut lieu à Alger le 29 juin 
1884 et les jours suivants. 

Joël (M.). Gegen Gildemeister. Herrn Professor Gildemeisters Gutachten 
ûber den jùdischen Ritualcodex (Schulchan Aruch) und das Verhâltniss 
der Juden zu demselben. Breslau et Leipzig, impr. et libr. S. Schott- 
laender, in-8° de 34 p. 

Le principal mérite de cet intéressant écrit est dans cette thèse qu'il y 
a, chez les Juifs, progrès religieux et intellectuel comme chez les adhérents 
de tous les autres cultes et que les opinions du moyen âge exprimées dans 
leur littérature n'ont de valeur pour eux qu'autant qu'elles s'accordent 
avec l'esprit du temps. M. Gildmeister, au contraire, raisonne comme si 
les Juifs en étaient encore au moyen âge. 

Kaufmann (David). Leopold Zunz. Londres, s. impr., in-8° de 12 p. Extrai 
du Jewish. Chronicle. 

Biographie excellente du D r Zunz, écrite à l'occasion de la fête célébrée 
en l'honneur de l'illustre savant et dont il a été question dans la .Chronique 
du numéro précédent. 

Neumann (S.). Zur Statistik der Juden in Preussen von 1816 bis 1880; 
zweiter Beitrag aus den amtlichen Verôffentlichungen. Berlin, libr. Louis 
Gerschel, in-8° de 50 p. 

Le premier Beitrag auquel il est fait allusion sur le titre de cet ouvrage 
est la « Fabel von der jùdischen Masseneinwanderung », du même auteur, 
ouvrage excellent qui en est à sa troisième édition, et où l'auteur s'est 
proposé de montrer que le spectre de l'invasion de l'Allemagne par les 
Juifs n'est qu'un spectre dont on joue pour effrayer le public, mais qui n'a 
aucune réalité. M. N. est un statisticien expérimenté, exact et bien informé, 
sa publication précédente a eu l'honneur d'être citée au Parlement allemand 
dans les fameuses séances de 1880 où s'est débattue la question juive ; 
elle a suscité des attaques auxquelles il a déjà répondu dans sa troisième 
édition; auxquelles son nouveau travail, où il a profité de publications 
officielles qui n'avaient pas encore paru alors, donne un éclatant démenti. 
Deux faits surtout ressortent clairement des tableaux de M. Neumann : 
1° la population juive de la Prusse relativement à la population totale du 
pays a effectivement augmenté de 1816 à 1843 ; à partir de cette époque, la 
proportion de la population juive à la population chrétienne est restée sta- 
tionnais (p. 9) avec une tendance à diminuer. Sur 100 habitants, il y avait, 
en 1843, 1,330 Juifs ; sur 100 habitants il y a encore, en 1880, 1,330 Juifs; mais 



132 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

en 18G1 et 1871, seulement 1,320. M. Neumann constate que de 1872 à 1880 
la population juive de la Prusse a augmenté de 38,203 âmes (p. 13 et 29), 
tandis que son accroissement naturel (excès des naissances sur les décès) 
aurait dû porter ce chiffre à au moins 47,000 âmes (c'est-à-dire 9,000 de 
plus), attendu que cet accroissement naturel est, pour la population totale, 
de 12,76 par mille et qu'il est constaté, par des observations officielles s'éten- 
dant à un espace de plus d'un demi-siècle, que l'accroissement naturel des 
Juifs est d'environ l/3 ou 1/4 supérieur à ce chiffre. Si l'on faisait, au moyen 
du tableau IV (p. 33), un calcul de proportion entre l'accroissement naturel 
des Juifs des 15 cercles mentionnés dans ce tableau et l'accroissement 
probable des Juifs de toute la Prusse, de 1872 à 1880, le résultat, évidem- 
ment très imparfait, donnerait encore un accroissement de plus de 45,000 
âmes au lieu de 38,203. Que le déficit soit de 9,000 ou de 7,000 âmes, ce 
qui est sûr c'est qu'il y a déficit et qu'il faut en conclure de toute nécessité 
que, s'il y a eu immigration du dehors, l'émigration a dépassé l'immigra- 
tion de 7,000 à 9,000 personnes au moins. Le tableau IV (p. 33) donne le 
même résultat pour les 15 cercles voisins de la Russie, d'où l'on prétend 
que vient surtout l'émigration. Ici il n'y a pas de calcul de probabilité, 
l'accroissement naturel des Juifs est donné d'après les statistiques officielles 
et on voit que, depuis 1856 jusqu'en 1880, l'accroissement de la population 
juive est constamment inférieur à l'accroissement naturel. Le déficit est 
constant. Il a été de 5,000 de 1872 à 1880, il a été de 24,565 de 1855 à 1880. 
c'est-à-dire que durant cette période l'immigration des Juifs, quelle qu'elle 
ait été, n'a pas empêché que la population juive soit restée inférieure de 
24,565 personnes à ce qu'elle aurait dû être par le seul fait des naissances 
juives. La fable de l'immigration en masse est donc bien une fable, si l'on 
ne veut pas supposer, contrairement à toute vraisemblance, qu'il se produise 
chez les Juifs de Prusse un mouvement énorme d'émigration compensé 
seulement en partie par un mouvement d'immigration tout aussi considé- 
rable. Cette hypothèse singulière est du reste démentie par le tableau offi- 
ciel delà majeure partie de la population juive originaire de Russie et établie 
en Prusse (p. 18). Les autres tableaux de M. N. ne sont pas moins ins- 
tructifs. Par le tableau de la p. 10 on voit que, de 1816 à 1880, la principale 
augmentation de la population juive s'est produite dans le district de 
Berlin et dans celui de Kœnigsberg, la principale diminution dans ceux de 
Posen et de Bromberg. Le tableau de la page 11 montre que la proportion 
de la population juive qui demeure à la campagne est à peu près constante, 
avec une tendance assez vive à diminuer. Elle était de 20,8 p. 100 en 1849, 
elle est de 19,1 p. 100 en 1880, mais cette tendance à se concentrer dans 
les villes ne se remarque pas seulement chez les Juifs, elle se manifeste 
aussi bien chez la population totale, en Prusse comme partout ailleurs. 
Les tableaux V à VIII de M. N. (p. 34 à fin) donnent de très intéres- 
sants renseignements sur la grandeur des communautés juives en Prusse 
en 1871 et 1880. En cette dernière année, il n'y avait, en Prusse, pas 
moins de 68,204 Juifs vivant dispersés dans des communautés inférieures à 
50 âmes. Le tableau VII permet de voir quelles sont les régions de la 
Prusse où les Juifs demeurent plutôt encore à la campagne que dans les 
villes. Nous remarquons d'assez forts chiffres pour les Juifs des campagnes 
dans les districts de Gumbinnen, de Marienwerder, d'Oppeln (à Zabrze 
et à Kattowitz), d'Arnsberg, des provinces rhénanes (Coblence, Dussel- 
dorf, Cologne, Trêves, Wiesbaden), et dans celui de Cassel (Hùnfeld, 
Hanau). Le huitième et dernier tableau donne le chiffre de la population 
juive de toutes les villes de la Prusse pour les années 1840, 1849, 1871 et 
1880. C'est là qu'on peut étudier la formation des communautés, leur gran- 
deur et leur décadence. 



BIBLIOGRAPHIE 133 



TlEbri n^ Beth-Talmud (Wien, mensuel).. 4 e année. = = 5 e fascicule. 
Weiss : Recension de l'ouvrage de Gùdemann recensé dans ce numéro 
de la Revue. — Friedmann : Les divisions du Pentateuque (suite). — 
M. Mortara : Additions au chapitre des dix. — Méir Cohn Bistritz : Cor- 
rections au Tanhuma. — Jacob Reifmann : Notes sur Midrasch Tillim 
(suite) et sur Midrasch Ekha Rabbati. — Joël Mùller : Consultations 
rabbiniques (suite). = = 6° fascicule. Weiss : Recension (suite). — 
Friedmann (suite). — Friedmann : Enterrement d'un noachide dans un 
tombeau juif. — Lippmann Adler Cohen : Sur la mischna d'Abot btf 
d^liarO Tlnn. — Sur les bêtes représentant les quatre empires, Midrasch 
rabba, Vayyicra, XI, 4. — Meir Cohn Bistritz (suite). — J. Reifmann 
(suite). — J. Mùller (suite). 

"imOÏT- Haschachar, Die Morgenrôthe (Wien, mensuel). 12 e année. = n° 4. 
Voyage de Salomon Rinmann de Cochin avec notes de W. Schur. — Ru- 
bin : Sur un point de la philosophie de Spinoza. — Une concordance 
nouvelle publiée par S. Mandelkern, à Leipzig. — David Kahana : 
Maassé ibn Beichef (suite). = = N° 5. Voyage de S. Rinmann (suite). — 
Hollub : Histoire des médecins juifs (suite). 

Das jûdische Centralblatt (Pisek, trimestriel). 3 e année. = fasc, 1, 
janvier-mars. Candia (par M. Steinschneider, traduit de l'italien, avec 
notes, par M. Grùnwald). — Relazione sopra alcuni mss. di casa Luzzatto. 
saminati col rabbino Basevi dal D r Isaia Luzzatto. — M. Grùnwald : 
Ueber den Einfluss der Bibel auf die Bildung von Redensarten in den 
indo-europâischen Sprachen. — M. Grùnwald : Ueber den Grund wa- 
rum man in der jùd. Literatur so oft Abbreviaturen gebraucht. = = 
Fasc. 2, avril-juin. Candia (suite). — Jakob Basevi von Treuenburg, von 
Josef Jirecek, in Prag, aus dem bôhmischer in's Deutsche ùbertragen von 
M. Grùnwald. — M. Grùnwald : Ueber den Einfluss... (suite). — L. Eis- 
ler : Zur Erklàrung einiger rabbinischen Pflanzennamen. — Anhang zur 
Geschichte der jùd. Gemeinde Pisek und Mirotitz. 

Comptes-rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres 

(Paris, trimestriel). 4 e série, tome XII. = == Janvier-mars. Ne contient 
rien qui rentre dans les études juives. = = Avril-juin. J. Halévy : 
Résumé d'un mémoire sur l'origine des écritures indiennes. 

Journal asiatique. (Paris, bimestriel). 8° série, tome I er , 1883. Clermont- 
Ganneau : Sceaux et cachets israélites, phéniciens et syriens, suivis 
d'épigraphes phéniciennes inédites sur divers objets et de deux intailles 
cypriotes. — De Vogué : Inscriptions palmyréennes inédites. — E. Re- 
nan : Deux monuments épigraphiques d'Edesse. — = Tome II, juillet 
1883. James Darmesteter : Rapport sur les travaux du conseil pendant 
l'année 1882-1883. = = Août-sept. De Vogué : Inscriptions palmy- 
réennes inédites. — Joseph et Hartwig Derenbourg : Etudes sur l'épi— 
graphie du Yémen. — Communication de M. Halévy (sur le mot aspenaz 
de Daniel, I, 3, qui serait le persan aspandj, hôtel ; d'où ensuite le tal- 
mudique NPSTB'IN). — Clermont-Ganneau : Sceaux et cachets... (note 



134 REVUE DES ETUDES JUIVES 

complémentaire). == = Octobre-décembre. J. Halévy : Miscellanées 
sémitologiques (Damayanti et Noah ; la légende arabe sur Bourhout ; 
cinq dieux sémitiques chez les Ethiopiens). — Communication de M. Ru- 
bens Duval sur la loi fiscale de Palmyre. — De Vogué : Note addition- 
nelle aux inscriptions palmyréennes. = = Tome III. Janvier 1884. 
J. Halévy : Observations sur les inscriptions sabéennes. = = Février- 
mars. J. Halévy : Coup d'œil rétrospectif sur l'alphabet libyque. sas = 
Avril-Juin. Clermont-Ganneau : Trois monuments phéniciens apocryphes. 

— J. Darmesteter : Sur le mot zendik. = = Juillet. J. Darmesteter : 
Rapport sur les travaux du Conseil pendant l'année 1883-1884. 

Dans les excellents rapports de M. J. Darmesteter nous remarquons les 
travaux suivants : Clermont-Ganneau, Premiers rapports sur une mission 
en Palestine et en Phénicie, dans Archives des missions scientifiques, 1882; 
Clermont-Ganneau, article sur deux inscriptions funéraires gréco-juives, 
dans Revue critique, 1883, I, 142 ; le même, inscriptions dans Revue 
archéologique, 1883, p. 257; description de la mosaïque probablement juive 
de Hammam Lif, en Tunisie, par E. Renan, dans Revue archéol., 1883, 
I, 157 ; un article de J. Halévy sur le corpus de Chwolson, dans Revue 
critique, 1883,1, 61, 332, 391; travaux de M. Révillout sur Yépha et le 
hin dans Revue égyptologique, II, 187; Clermont-Ganneau, un chapitre de 
l'histoire de Va b c, dans Mélanges Graux, p. 415. 

Israelietische Letterbode (Amsterdam, périodicité non indiquée). = c= 
9 e année, p. 147 à 202. Wagenaar : De Talmud en de oudste Geschiedenis 
van het Christendom. = =s 10 e année, p. 1 à 48. Wagenaar (suite). 

Theologische Literaturzeitung (Leipzig, bimensuel). 9 e année. = = 
N° 15. Bissell : The law of asylum in Israël, par E. Nestlé. — Fr. De- 
litzsch : Documente der national jud. christglàubigen Bewegung in Sûd- 
russland, par Ad. Harnack. = = N° 16. Guthe : Ausgrabungen bei 
Jérusalem, par E. Schùrer. = = N° 17. Berliner : Targum Onkelos, par 
E. Schùrer. 3= as Kautzsch : Uebungsbuch zu Gesenius-Kautzsch hebr. 
Grammatik, par A. Harnack. = = N° 20. Lortet : La Syrie d'aujourd'hui, 
par Socin. 

Magazin ffiïr die Wissenschaft des Judenthums (Berlin, trimestriel). 
= z= 10° année, 4 e fascicule. M. Lerner : Die achtzehn Bestimmungen 
Û^aK n"\ — M. Steinschneider : Medicinische Hdss. — David Kauf- 
mann : Berichtigungen und Ergànzungen zu p. 88-100. — Hartwig Hir- 
schfeld : Berichtigungen zu « Berichtigungen und Ergànzungen ». — 
S. Lindermann : Bemerkungen. 

Populiir wissenschaftliche Monatsschrift (Francfort-sur-Mein, men- 
suel). 4 e année. — = N° 9. Rosenberg : Die ethische Tendenz in der 
biblischen Schôpfungsgeschichte. — J. Goldschmidt : Leib und Seele. 

— M. Dessauer : Humanitât im Judentum. = = N° 10. A. Stein : Wa- 
rum hat Israël Feinde. — Adolf Rosenzweig : Das babylonische Exil und 
das Jahrhundert nach demselben, mit besonderer Berùcksichtigung auf 
diè religiôse Entwicklung des Judentums. 

Monatsschrift fur Geschichte und Wissenschaft des Judenthums 

(Krotoschin, mensuel). 33 e année. = =t N° 8. Graetz : Exegetische Stu- 
dien zu den Salomonischen Sprùchen (suite). — Kroner : Die Erfurter 
hebr. Grabinschriften. — Leop. Lôw : Der synagogale Ritus (suite). — Hir- 
schfeld : Bemerkungen (zur Juda Hallévi). == t= N° 9, septembre. P.-F. 



BIBLIOGRAPHIE 135 

Frankel : Montefiore, Crémieux und Riesser. — Graetz : Exegetische Stu- 
dien zu den Salomonischen Sprùchen. — Leopold Lôw : Der synagogale 
Ritus (suite). = = N° 10, octobre. Graetz (suite et fin). — P.-F. Frankel : 
Karâische Studien, neUe Folge. — Leopold Lôw (suite et fin). — J. L. : 
Miscellen (sur les dialectes néo-araméens de R. Duval). — Graetz : Zwei 
Notizen (Ein dunkler Vers im Segen Bileams. Die Veranlassung zum Ver- 
bote des Heiden-Oels). — W. Bâcher : Einfluss der christlichen Allego- 
ristik auf die jùd. Bibelexegese ; Erganzungen zu einer Berichtigung. — 
Steinscbneider : Miscellen. 

Revue critique et littéraire (Paris, hebdomadaire). 18° année. = = 
N° 29. Schrader : Zur Frage nach dem Ursprunge der altbabylonischen 
Cultur, recension par J. Halévy. = =: N° 30. Schrader, par J. Halévy 
(suite). = = N° 32. Dieulafoy : Les dérivés plastiques d'Isdoubar en 
Perse et en Grèce. = = N° 33. S. Preiswerk : Grammaire hébraïque, 
par Rubens Duval. = = N° 35. Thèse de M. Lesbazeille : La logique de 
Spinoza. = = N° 37. Chronique (Jean Bonnard : Les traductions de la 
Bible en vers français au moyen-âge, Paris, Champion ; 5 e rapport de 
Clermont-Ganneau sur sa mission en Palestine et en Phénicie en 1801, 
Paris, Maisonneuve).= = N° 40. Stanislas Guyard (notice nécrologique). 

— Wellhausen : Prolegomena zur Gesch. Israels, par Maur. Vernes. — 
Clermont-Ganneau : Notes d'archéologie orientale (la stèle du temple de 
Jérusalem ; le trépied du mont Garizim ; Latroun et Natroun ; la stèle 
araméenne de Teima ; sur un monument phénicien apocryphe du musée 
du Louvre). 

Revue de l'histoire des religions (Paris, bimestriel). = = 5 e année, 
nouvelle série, tome X, n° 1, juillet-août 1884. Eug. Beauvais : L'Elysée 
des Mexicains comparé à celui des Celtes. — Jules Baissac : Etudes d'his- 
toire religieuse contemporaine. La nouvelle théosophie. — Emile Legrand : 
Quatre contes grecs recueillis à Smyrne en 1875. 

Magyar-Szido Szemle (Budapest, mensuel, en hongrois). = =z N° 8, sep- 
tembre. A. Astruc : De l'origine et des causes de l'antisémitisme (fin). — 
S. Maybaum : La situation de la femme dans l'antiquité biblique. — 
M. Lôwy : Recensions. — M. Weissmann : La vie des communautés 
juives. — Lettres sur les Juifs de Russie et de l'Amérique du Nord. = = 
N° 7, octobre. A. Hochmuth : Le talmud, I. — S. Maybaum (suite et fin). 

— M. Péris : Un ms. d'immatriculation. Pot-pourri littéraire (supers- 
titions juives en Syrie ; Bartholomée et Bartalmion ; une parole de Jésus 
dans les Devoirs du cœur, de Bahya). — S. Kohn : Un cantique des 
Sabbatariens pour la fête des Cabanes. — D. Kaufmann : Pour le 100 e 
jour de la naissance de sir Moses Montefiore. — J. Banoczi : Les pro- 
fesseurs juifs. — D r O. : La réunion des délégués juifs de Moravie. — De 
la Terre sainte (mémoire sur les Juifs de Jérusalem et la halucca). 

Zeitschrift der deutschen morgenlàndischen Gesellschaft. (Leipzig, 
trimestriel). = = 38° vol., 2 e et 3° fascicules. Th. Nœldeke : Untersu- 
chungen zur semitischen Grammatik (Die Endungen des Perfects). 

Zeitschrift des deutschen Palsistina-Vereins (Leipzig, trimestriel). 
Volume VII, fasc. 3. J. Gildemeister : Beitrâge zur Palâstinakunde aus 
arabischen Quellen, IV. — II. Dechent : Heilbâder und Badeleben in 
Palàstina. — J.-J. Slichel : Jùdische Mùnzen aus Jérusalem. 



136 REVUE DES ETUDES JUIVES 



Notes et extraits divers. 



- Dans le Gôtt. gelehrt. Anzeig., p. 749, on trouvera une recension inté- 
ressante de notre collaborateur M. D. Kaufmann sur les deux ouvrages 
publiés par M. l'abbé Perreau, de Parme, concernant les abréviations 
hébraïques. Ces deux ouvrages ont été dans le temps annoncés dans 
notre bibliographie. 

■=. M. Fidel Fita, dans le Boletin de la real Academia de la Historia, 
de Madrid, septembre 1884, publie une étude sur deux livres inédits 
de Gil de Zamora, intitulés Liber de preconiis Hispanie et Liber de 
preconiis civitatis Numantine, écrits en 1282. Dans le second de ces 
ouvrages se trouvent certaines notices concernant l'histoire des Juifs. 
Ainsi (p. 138) l'auteur dit qu'il y avait, de son temps, à Tolède, 70,000 
juifs payant tribut, sans compter les enfants, les femmes et les pauvres. 
Ce renseignement est d'accord avec celui qu'on tire du document publié- 
par Amador de la Rios dans sa Historia de los Judios de Espagna, 
tome II, p. 53. On voit en effet, par ce document, qu'en 1290 l'impôt 
payé par les Juifs de Tolède se montait à 216,500 maravédis ou 2,165,000 
deniers, et comme chaque adulte (les personnes au-dessous de 20 ans, 
les femmes et les pauvres exceptés) payait 3^0 deniers, cela fait bien 
72,166 adultes. Dans le même passage, Gil de Zamora raconte la pré- 
tendue trahison des Juifs de Tolède, qui, sous le roi Rodrigue, auraient 
livré la ville aux Sarrazins, pendant que les chrétiens étaient réunis, en 
dehors de la ville, dans l'église de Sainte-Léocadie, pour célébrer le di- 
manche des Rameaux (en 715). Le même fait est raconté, sur la foi d'au- 
tres chroniqueurs, dans Amador, I, 106-107. 

Dans un autre passage de ce livre (Bolet., p. 189) se trouve un récit 
dont on reconnaîtra facilement le caractère légendaire. Sous le roi Fernand 
(vers 1239), un juif de Tolède, ayant creusé dans un rocher pour élargir 
sa vigne, trouva au milieu de la pierre une cavité qui n'était trahie par 
aucuue fissure ni division de la roche. Dans cette cavité il découvrit un 
livre écrit en trois langues, savoir en hébreu, en grec et en latin, et 
dans lequel il était question « de triplici mundo ab Adam usque ad 
Christum, proprietates hominum cuiusque mundi exprimendo. Principium 
vero tercii mundi in Christo posuit isto modo : In tercto mundo filius Dei 
nascetur ex virgine Maria et pro sainte hominum pacietur. » Le Juif, en li- 
sant ces mots, se baptisa avec toute sa maison. « Erat eciam in libro 
scriptum quod tempore régis Fernandi debebat huiuscemodi reperiri. » 

= Le Jewish Chronicle, n° 802, 8 août 1884, contient une notice de M. Phi- 
lipp Abraham sur des actes des State Papers, domestic séries, au Record 
Office, concernant Manassé b. Israël et l'établissement des Juifs en An- 
gleterre. En voici un résumé. 

17 déc. 1652. Passeport à Manassé b. Israël pour venir d'Amsterdam 
en Angleterre. — 1653. Pétition au Parlement de Robert Rich, surnommé 
Mordecaï, pour les Juifs. — 1654, 3 nov. Deux papiers signés Emmanuel 
Martinez Dorindo, alias David Abrabanell, recommandés au conseil par 
S.-H. (Cromwell). — 1654,5 déc. Rapport sur ces pièces; on passe à 
l'ordre du jour. — 1655, 14-24 sept. Dans une lettre du secrétaire à 



BIBLIOGRAPHIE 137 

Mr. James il est dit que Cromwell s'est arrangé avec les Juifs, que quel- 
ques-uns de leurs rabbins apprennent l'anglais, que les Juifs vont venir 
de divers pays et qu'ils ont déjà des meetings (synagogues?) à Londres. 

— 1655, 31 oct. Manassé b. Israël est introduit devant le Conseil. — 1655, 
20 avril. Warrant pour passeport donné par le Protecteur à Abraham de 
Mercado et à son fils David Raffael de Mercado, pour aller aux Barbades. 

— 1655, 13 nov. Requête de Manassé b. Israël au Protecteur ; le prési- 
dent Lambert est chargé d'en faire le rapport (la requête tend à l'admis- 
sion des Juifs pour faire le commerce ; le rapport est très défavorable). — 
1655, 15 nov. Une commission est nommée pour cet objet, elle est com- 
posée de 28 personnes, parmi lesquelles Hugh Peters. — 1655, 10 et 
15 dec. Lettres' contre les Juifs du captain Francis Willoughby, d'un 
certain Robinson et autres. — 1656. Pétitions de Manassé. et autres 
Juifs ; ils remercient de la permission qui leur a été accordée de célébrer 
les offices dans une maison, ils demandent une protection par écrit pour 
pouvoir célébrer ces offices sans être inquiétés, et la permission d'ac- 
quérir un cimetière à Londres. — 1656, 10 juin. Projet d'impression d'une 
Bible. Cromwell consulte Manassé sur un ms. contenant la Massore et qui 
serait dans une synagogue, mais les Juifs ne veulent pas « comply ». 

: Dans le tome XLV, année 1884, 3 e et 4° livraisons de la Bibliothèque 
de l'école des Charles, M. Julien Havet publie, d'après un ms. conservé 
au British muséum de Londres, un compte du Trésor du Louvre, de la 
Toussaint 1296, sous Philippe-le-Bel. Ce roi est le premier qui eut un 
trésor au Louvre, outre le trésor du Temple. Ce compte contient un certain 
nombre de notices concernant les Juifs et dont la plupart nous ont, du 
reste, été signalées par M. Moïse Schwab. Nous les copions en conser- 
vant les numéros qu'elles ont dans la notice de M. Havet. 

31. De debito quod Haquinus de Manlia Judeus petebat in judicio a 
Guiardo de Herbovilla armigero 30 1. 

83. De tallia Judeorum, pro Vivando et Donnardo de 

Royon Judeis per eundem Girardum [Chauchai]. 100 

93. De finatione Judeorum in ballivia Rothomagensi, 

per Baldoinum Poutrel 2,000 

97. In ballivia Viromandensi, per Vietum d'Aupegart 

Judeum 200 

98. In ballivia Ambianensi, per Jocetum de Ponticera 

Judeum 43 

99. In ballivia Caleti, per predictum Jocetum, pro Sa- 

lomone de Blangi 125 

102. In balliviis Campanie, per Jocetum de Pruvino 

(Juif?) 805 

et per Vivandum de Trecis (Juif?) 200 

105. De predicta finatione Judeorum, per Julianam dictam 

Ami Diu, pro Kaloto Judeo 150 

et per Guili. Perrerium, pro eodem Kaloto 1,562 10 d. 

et per Vietum d'Aupegart Judeum, pro eodem 

Kaloto 97 10 

106. De Judeis dotalicii defuncte regine Margarite, per 

Johannem le Saylle de Corbelio 267 

107 De Gabriele Judeo de Carnoto, per Renaudum Bar- 
bou juniorem, ballivum Rothomagensem, pro vo- 
teri, diu est . • , . 150 



138 REVUE DES ETUDES JUIVES 

120'De senescallo Pictavensi... et per receptorem focagii 

pro expulsione Judeorum de Pictavia 3,300 

216 Dominus .Tohannes d« Chintrellis ballivus Mastico- 
nensis, pro denariis redditis régi pro rotellis Ju- 
deorum per très annos et alias redditis régi per 
compotum Bichii 44 1. 5 d. G s, 

Isidore Loeb. 



Grammatik des Bibliscli-aramœischen mit einer kritischen Erœrleruug 
der aramaeischen Wœrter im neuen Testament, von E. Kautzsch, ord. proiessor 
der Théologie in Tùbingen. Leipzig, 1884, Vogel, in-8% VIII et 181 p. 



Les livres d'Ezra et de Daniel nous ont conservé, dans leur partie 
araméenne, les textes les plus importants, par leur étendue et par 
leur ancienneté, pour l'étude des dialectes araméens et surtout du 
dialecte occidental. La dernière révision d'Ezra est placée vers le 
commencement de l'époque macédonienne; la composition de Daniel 
est fixée à l'année 167-166 avant l'ère vulgaire. Sous le rapport de 
l'âge, le premier rang ne peut donc leur être contesté que par les pa- 
pyrus araméens d'Egypte et les inscriptions araméennes anciennes, 
telles que l'inscription de Carpeutras et les inscriptions de Teimâ 
publiées récemment par M. Nœldeke dans les rapports de l'Acadé- 
mie des sciences de Berlin, 1884, XXXV, séance du 10 juillet 1884. 
Mais ces monuments, en raison de leur peu d'étendue ou des obs- 
curités qu'ils présentent, ne sont pour la grammaire que d'un se- 
cours restreint. Une mine plus riche, sinon plus aisée à exploiter, 
nous est fournie par les inscriptions de Palmyre, en tête desquelles 
prend place l'inscription du tarif de Palmyre publiée l'année der- 
nière par M. le marquis de Vogué dans le Journal asiatique, et les 
inscriptions nabatéennes dont les plus importantes, en dehors de 
celles de Teimâ, dont il a déjà été parlé, ont été recueillies à Me- 
daïn-es-Salih par M. Doughty et livrées au public par M. Renan, 
il y a quelques semaines. Mais un laps de temps assez long sépare 
de l'époque de l'araméen biblique ces inscriptions qui, pour la 
grande majorité, appartiennent au premier siècle de l'ère chré- 
tienne. Les autres sources utilisables pour l'étude du dialecte ara- 
méen occidental, telles que la version samaritaine du Pentateuque, 
les Targoums palestiniens et le Talmud de Jérusalem sont encore 
d'une époque plus basse et, de plus, ont fort besoin d'être soumises 
à une rigoureuse critique. 

L'ancienneté est donc un des principaux mérites de l'araméen 
biblique et une question que nous aurions désiré voir traitée par 



BIBLIOGRAPHIE 139 

M. Kautzsch, dans l'introduction de sa grammaire, est de savoir si 
cet araméen renferme des formes archaïques qui ne se rencontrent 
plus daos les textes postérieurs. Et d'abord, faut-il admettre que les 
auteurs des livres d'Ezra et de Daniel, qui placent leurs récils en 
Babylonie à l'époque des Achéménides, aient eu quelques notions 
du dialecte babylonien du vi° siècle avant J.-C, que leur style reflé- 
terait plus ou moins fidèlement? Les auteurs anciens se piquaient 
peu de respecter la couleur locale et ne se souciaient pas davantage 
des anachronismes. Ii est vrai que pour Daniel et Ezra des archaïsmes 
voulus eussent été de bons auxiliaires pour imprimer un caractère 
de véracité à ces livres, surtout au livre apocalyptique de Daniel. A 
cette tendance on pourrait être tenté de rapporter les mots persans 
ou babyloniens qu'on y rencontre, mais, comme les mots grecs n'en 
sont pas exclus, il n'y a rien à conclure de là, sinon que ces mots 
avaient été importés de Babylonie en Palestine. 

Au reste, le dialecte est foncièrement occidental et il ne dénote pas 
un degré d'archaïsme très ancien. La syntaxe est la même que celle 
des autres dialectes araméens et notamment du syriaque : même re- 
lâchement des liens des membres de phrases ; remploi de la par- 
ticule i^ pour exprimer le rapport du génitif plus fréquent que 
l'état construit, etc. Il faut excepter l'état emphatique, qui ne sert 
encore que pour les noms déterminés, tandis qu'en syriaque l'état 
absolu n'est plus conservé que dans quelques tournures, mais l'ins- 
cription du tarif de Palmyre, qui est du temps d'Adrien, connaît 
encore l'état absolu pour les noms indéterminés (Voy. D.-H. Mùller, 
dans YŒsterreiche Monatsschrift fur den Orient, 15 avril 1884, article 
sur le tarif de Palmyre). Quoique l'araméen biblique n'ait pas 
d'autres modes que l'indicatif et l'impératif, il offre cependant quel- 
ques exemples du lâmed de l'optatif précédant le verbe Niïi, mais il 
n'a pas plus conscience du sens de ce lâmed que le maDdéen et le 
talmudique qui en font également usage (voy. p. 79). 

Pendant l'intervalle qui sépare la rédaction du livre d'Ezra de la 
composition de Daniel, le dialecte araméen des Juifs de la Palestine 
ne paraît pas avoir subi de notables changements. Les quelques 
différences que présentent les pronoms personnels, et sur les- 
quelles nous reviendrons plus loin, s'expliquent par des influences 
étrangères. 

Une seconde question qui se rattache directement à celle des ar- 
chaïsmes de l'araméen biblique, est de savoir dans quelle mesure 
cet araméen est mêlé d'éléments étrangers et, en second lieu, jusqu'à 
quel point les textes sortis de la plume de leurs auteurs nous sont 
parvenus intacts. M. K., dans le § 8 de l'introduction, p. 22, recon- 
naît franchement l'influence de l'hébreu et appelle ce dialecte un 
dialecte judéo-araméen. On lui aurait été reconnaissant s'il avait 
jugé à propos de présenter dans leur ensemble et de grouper les 
phénomènes qu'a produits cette influence. La plus intéressante des 
questions qui se rattachent à ce problème a trait aux passifs b^s>B et 



1 iO REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

b^Dïi dont Ezra et Daniel offrent quelques exemples. Ewald voyait 
dans ces deux formes un passif interne araméen qui aurait disparu 
plus tard ; l'une aurait correspondu au passif arabe fuila, l'autre 
au passif hofal hébreu. Partageant cet avis, MM. Sachau etD.-H. 
Mùller s'appuient sur l'araméen biblique pour trouver dans l'ins- 
cription du tarif de Palmyre des passifs internes de même forme. 
Luzzatto, au contraire, voyait dans ces hofal des hébraïsmes ; nous 
nous sommes rangé à son avis dans un article paru dans le premier 
cahier de 1884 de cette Revue, où nous avons groupé, après Luzzatto, 
ces différentes formes et où l'on trouvera les citations relatives aux 
auteurs que nous venons de nommer. Dans sa grammaire, M. K., 
qui ne semble pas être au courant de la question, prend pour des 
hébraïsmes probables les formes hofal et considère les formes pe'il 
comme nées du participe passif, mais il accepte comme un vestige 
certain de l'ancien passif araméen la forme nM^ft que nous avons 
expliquée comme un mélange de pe'il et de hofal et sur laquelle 
nous reviendrons plus loin. Nous ajouterons seulement à l'appui de 
notre thèse, que les nouvelles inscriptions nabatéennes de Medaïn- 
es-Salih expriment toujours le passif par le réfléchi. On pourrait, du 
reste, multiplier les exemples d'hébraïsmes : bsin, Dan. v, 16 = héb. 
b^n, au lieu de la forme araméenne bten suivant le qerê. On re- 
marquera au sujet de ce verbe que la racine'araméenne dans Daniel 
est bh3 et que la racine to, également usitée dans Daniel, pourrait 
bien n'être qu'un hébraïsme, quoiqu'on la rencontre dans les ins- 
criptions de Medaïn-es-Salîh, n° 15, 1. 2. Qui peut, en effet, garantir 
que les marchands nabatéens n'étaient pas assez mêlés aux Juifs 
pour avoir subi le contact de leur idiome? M. K. ne serait pas éloigné 
de voir aussi un hébraïsme dans la 3 e pers. du fém. pluriel du pré- 
térit qal, "ibap, que le ketîbh ne distingue pas de la même personne 
du masc. pluriel, mais que le qerê change en fïbttp suivant la ponc- 
tuation des Targoums (comp. D.-H. Mùller, l. c, et Nœldeke, 
Z. D. M. G-, 1884, p. 411). D'autres exemples de l'influence hébraïque 
sont: NtSl5N, Dan., iv, 13 pour fctt»M; btt prohibitif, voy. p. 167, 
note 1; peut-être ïj inlerrogatif ; le vav consécutif, voy. p. 136; le 
manque de la particule 13 en tête d'une phrase relative, §103-111. On 
voit, par ces exemples, qu'il n'y a rien de téméraire à considérer les 
formes hofal des verbes comme des hébraïsmes dont les Targoums of- 
frent, du reste, quelques exemples également. Quant aux mots tPttîjN, 
Dan., iv, 14, et û^sbtf, vu, 10, pour ^fejN et "pB^N, M. K. a raison de 
de les mettre sur le compte d'un copiste inattentif. Nous ne croyons 
pas non plus qu'on doive considérer comme des hébraïsmes la 
forme baptt au lieu de b'JjPN, le hé et l'alef permutant aussi dans 
des cas analogues dans les autres dialectes palestiniens; dans les 
inscriptions de Medaïn-es-Salih, l'haf el et le l'hithpa'al ont toujours 
hé comme première lettre. 
En dehors de l'influence hébraïque, l'araméen biblique ne porte- 



BIBLIOGRAPHIE 141 

t-il pas trace d'un contact plus ou moins immédiat avec le dialecte 
arabe parlé dans les environs de la Palestine? L'idiome des Naba- 
téens qui habitaient les pays limitrophes de l'Arabie, renfermait de 
nombreux éléments arabes, à en juger par les inscriptions de Medaïn- 
es-Salih. En remontant vers le nord, le courant arabe se fait moins 
sentir, mais il est encore reconDaissable dans un grand nombre de 
noms nabatéens et palmyréniens. Nous rapprocherions volontiers 
des pronoms personnels arabes, les suffixes suivants : dîi 3 e pers. 
masc. plur., *pï-ï 3 e pers. fém. piur., ùd 2 e pers. masc. plur., ainsi 
que les pronoms isolés : lï2Ti Ezra, *ptt!"î Dan., 3 e pers. masc. plur., 
■paa Dan. vu, 17, 3 Q pers. fém. plur. On pourrait douter que la Mas- 
sore, qui semble ne plus avoir conscience du sens de ces pronoms, 
en rendît la prononciation exacte, mais la lecture ûrt est assurée par 
ûiïib de Jérémie, x, 11, qui estime glose appartenant au dialecte 
araméen occidental, ainsi que le prouve M. K., p. 32 (ajoutez aussi à 
ses arguments 1*T3^« avec v °d comme préformante). Dans les inscrip- 
tions de Medaïn-es-Salih le suffixe est également ûîi et ce suffixe 
s'explique certainement par l'arabe et non par l'hébreu. Si ces suf- 
fixes dans Ezra et Daniel sont des arabismes, il serait admissible 
que le passif nfciprt fût aussi un arabisme. 

On peut affirmer que le texte actuel ne nous donne qu'une image 
bien effacée de l'idiome araméen de la Palestine du temps d'Ezra et 
de Daniel. L'édition de S. Baer, dont M. K. s'est servi pour écrire sa 
grammaire, a rétabli la tradition massoréthique dans sa forme an- 
cienne et l'a débarrassée de l'ivraie qui l'encombrait. Mais combien 
cette tradition, par son principe même, s'éloigne de la réalité, c'est ce 
que montrent les nombreux qerê qui modifient la charpente des 
mots pour les ramener à l'orthographe des Targoums comme nous 
l'avons déjà vu pour la forme ibap corrigée en fïbap; autres exem- 
ples : 'pbb:?, Dan., iv, 4, et v, 8, dont la leçon exacte est confirmée 
par hhy dans l'inscription du tarif de Palmyre, II, ni, 16, et corrigée 
en yby ; les désinences âyâ, âyê, sont affaiblies en iïâ, â'ê, comme 
ï-ïNbr "W1Ô3, ketîbh fiob:>, n^ïîs ; les suffixes avec un nom pluriel 
•■p, rr, Ni"» sont corrigés en ^ T , tt_ et N3 t , et beaucoup d'autres exem- 
ples où la Massore a substitué des formes postérieures aux an- 
ciennes. 

Si la Massore a si peu conservé la tradition pour l'araméen bi- 
blique, que penser de la ponctuation des voyelles pour laquelle elle 
avait libre carrière ? Ici le doute est d'autant plus permis qu'elle 
suit le système hébreu, changeant et modifiant les voyelles selon les 
lois du ton, de l'avant-ton et de la pause, lois qui paraissent étran- 
gères au domaine araméen. En prenant le soin de relever toutes ces 
particularités de la ponctuation dans la première partie de sa gram- 
maire, M. K. ne leur a-t-il pas attaché plus d'importance qu'elles ne 
le méritent ? Le système de ponctuation hébraïque s'exerce sur des 
mots tels que ■piôfin, "^biï, ûbç, ûbp, rYjîjK, Ez. 5.10, pour n^ja», 



1 i2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

f^afti "fbtt, &b$, ùbn, même sur des mots purement araméens comme 
nnprçn, njajÇ. Est-il admissible qu'on ait prononcé indifféremment 
trp? et trj?ïjp la troisième personne masc. sing. du prétérit de d)j ? 
La forme t}**])^ n'est pas, à notre avis, un archaïsme, comme la 
ponctuation donne à l'entendre ; elle n'a d'équivalent ni en hébreu 
ni en arabe, tandis que dans l'inscription du Tarif de Palmyre on 
trouve les formes analogues pstffr, pDNntt et brtfnto, où l'alef répon- 
dant au hé de l'araméen biblique est purement graphique et sert à 
distinguer les formes af el et ittafal des radicaux psD et hy des 
formes analogues des autres classes (comp. Revue des études juives, 
l. a), Il y a donc lieu de croire que û^p" 1 et D^pïT sont deux écritures 
différentes du même mot et ne visent pas deux prononciations dis- 
tinctes. Imitée des Targoums est la tendance à abréger a dans une 
syllabe fermée, par exemple, dans les mots *"i£2, no», 3n3, 'prrin, 
etc., que M. K. traite comme des fautes (p. 77, 103 note, 107 dern. 
alinéa et 109), d'accord en cela avec Luzzatto, Elem. del Caldeo H- 
Mico, p. 17, § 18. 

On aurait sans doute désiré trouver en tête de la grammaire de 
M. K. toutes ces questions discutées et éclairées par de nombreux 
exemples. Le lecteur et l'auteur y auraient, croyons-nous., gagné 
tous les deux : l'un en trouvant un aperçu linguistique de cet ara- 
méen avant d'en aborder la grammaire, l'autre en se dispensant de 
nombreux détails et hypothèses devenus inutiles. Cependant la mé- 
thode suivie par M. K. offre un très grand avantage : il a passé en 
revue et analysé avec une conscience scrupuleuse tous les phéno- 
mènes phonétiques que présente l'araméen d'Ezra et de Daniel ; il a 
recueilli et classé toutes les formes dans des alinéas qui sont autant 
de petits tableaux, sans se contenter de quelques exemples choisis. 
C'est une idée bien heureuse, que le champ restreint qu'il avait à 
parcourir lui permettait de réaliser, de sorte que cette grammaire 
est un répertoire complet où le lecteur trouve tous les matériaux 
mis en ordre, mais où il trouve en même temps un jugement sain 
des questions et une analyse sagace des formes, comme on pouvait 
l'attendre de l'éditeur de la grammaire de Gesenius et de l'auteur 
des Rapports annuels sur les études hébraïques que publie le jour- 
nal de la Société orientale allemande. Nous avons pris un plaisir 
tout particulier à la lecture de la syntaxe traitée de main de maître 
et surtout de la théorie si originale des phrases nominales. En 
somme, l'araméen biblique donnera encore lieu à des discussions et 
à des hypothèses, mais la grammaire critique en est faite et faite 
définitivement. 

L'introduction débute par un historique détaillé et complet du 
dialecte araméen occidental, qui conduit l'auteur à rechercher les 
restes épars de ce dialecte et à étudier les mots qui nous sont con- 
servés par le Nouveau Testament. M. K. nous permettra de lui rap- 
peler, à propos de 'paxd, qu'Ewald, Lchrb., § 58, a expliqué ce mot par 
l'araméen 3>p*i lump (guenille), étymologie bien préférable à celle de 



BIBLIOGRAPHIE 143 

11?" 1 ! vacuus donnée ici. Au sujet de [xafxwva, M. K. rapporte dans ses 
Additions, p. 173, la conjecture de M. de Lagarde, Gœtt. Gelehrte An- 
zeige, 4 884, p. 278, d'après laquelle [xa^wvaç viendrait d'une forme 
\V2?ft et d'une racine 1*32 = daman en arabe (avec da emphatique), et 
ïfcca en hébreu ; JtaPg se serait affaibli ensuite en "pttNtt, puis en 
XSfcft ou 'pteïï. Il nous est difficile de souscrire à cette thèse : la ra- 
cine \nv ne se rencontre pas en araméen ; à la racine hébraïque 
\n m û cacher, correspond l'araméen ntt:: par permutation des liquides 
n et ). Y a-t-il des exemples du changement du L3 hébreu en 9 ara- 
méen? Dans les cas où le da emphatique arabe correspond à un Vin 
araméen, l'hébreu a un sâdê, comme dans Vt 1 ^- En second lieu 
N3ÏEÇ ne signifie pas trésor, chose cachée, mais simplement Mens, for- 
lune; les Juifs de Salamas l'emploient aujourd'hui dans le sens de 
marchandise. Nous ne savons ce que MM. Mùhlau et Volck ont pro- 
posé de greisenhaft, mais nous demandons à M. de Lagarde à lui 
soumettre une autre conjecture, en le priant de ne pas la juger de 
même : Nous verrions dans fittitttt un composé de ap et de Vç ou 
*pto dans le sens de quidquid, arabe mahmâ, comp. aussi mal fortune 
qu'on dérive ordinairement de ma -j- l. L'araméen )W2 ou )12 vase, 
outil, vêtement, etc., dont l'étymologie est incertaine, ne nous parait 
pas avoir non plus une autre origine. Au sujet de jxapav aOa, le veni 
de Bickell repose sur un impératif Nntf ou Nn en syriaque et non 
VIN. 

P. 34 c. L'écriture 'pn a avec dagesch Une du tav n'est pasunhé- 
braïsme, c'est aussi la forme syriaque, comp. Z.D.M. G., xxxix, 
p. 95 note 2 et notre Traité de gram. syr., p. 53 et 264. Il est douteux 
que les formes verbales pô'al, ethpoal (p. 59, § 36), pal'el et hithpaVel 
(p. 72 f), soient des hébraïsmes, car on trouve des formes analogues 
en syriaque. 

L'explication donnée page 78 /"de la désinence ayin des participes 
pluriels ("pas) semble bien plus probable que l'hypothèse admise 
p. 80, suivant laquelle Va de cette désinence serait un souvenir de 
Va d'une ancienne forme de participe b^D. L'a des participes des 
radicaux terminés par une gutturale (frfcÇ, U^) s'explique par les 
formes analogues de l'hébreu (3>»&, paj). 

Le suffixe iî|tf de la troisième personne masc. sing. dans les plu- 
riels des noms répond au suffixe syriaque au{hi), comme le remarque 
M. K., p. 89 à. Il y a là un double suffixe, le premier suffixe au, est 
formé de ai-\-hû, puis, par suite de cette contraction, le suffixe, 
ayant perdu sa physionomie, a reçu le second suffixe *Çt qui s'a- 
joute aux voyelles, comme dans lî-fia». Nous voyons également un 
double suffixe dans le suffixe de la troisième personne sing. des 
dialectes néo-araméens d'Urmiâ et de Salamas : û masc, ô fém. chez 
les Chrétiens, ev ou e/masc, av ou af fém. chez les Juifs. Les suf- 
fixes primitifs étaient £ pour le masculin, a pour le féminin, ainsi 



1 V, REVUE DES ETUDES JUIVES 

qu'il résulte de la comparaison avec les dialectes voisins. Lorsqu'en 
syriaque on veut rehausser un mot, on lui joint comme enclytique 
le démonstratif invariable [h)û. Nous pensons que les suffixes en- 
question se sont formés par agglutination avec cette particule û — è 
-j-û, ô — â -\- û, ev ou ef= ê + û, av ou af= â + û. Les différences 
de contraction que l'on remarque entre le dialecte des Chrétiens 
et celui des Juifs rappellent les différences des formes syriaques 
malkau{hi) et des formes hébraïques m e lâk h â(i)v. 

P. 93 l Vn;n,. à en juger par le syriaque et l'arabe, appartient à la 
forme gitl, l'hébreu nnj ne prouve pas plus en faveur d'une forme 
qatl que plfit, par exemple. 

P. 416. "pV?^? étant un mot persan certain, pourquoi lui chercher 
une racine araméenne bno ? 

Cette excellente petite grammaire se termine par une table des 
matières et une table des citations. 

RUBENS DU VAL. 



Geschichte des Erziehungswesen und der Cnltur des abendlaen- 
dischen Juden wsehrend des Mittelalters und der neueren Zeit, 

von D r M. Guedemann, II e partie, Italie (Wien, 1884, in- 8°). 



Ce deuxième volume du travail de M. G. sur l'état intellectuel des 
Juifs pendant le moyen âge devrait être désigné comme un troi- 
sième volume, faisant suite à un premier qui traite des Juifs en 
Espagne, et à un deuxième qui s'occupe des Juifs en France et en 
Allemagne. Nous ne savons pas pourquoi M. G. met son premier 
ouvrage, qui est excellent, dans un coin de pénitence. Mais laissons 
à l'auteur son caprice et occupons-nous de son deuxième volume. 
Disons tout de suite que plus M. G. avance dans sa tâche, plus son 
travail devient complet et plus sa manière d'exposer sa thèse de- 
vient coulante. Sauf quelques petites additions que nous ferons à ses 
recherches, nous n'aurons rien à reprendre à ce travail, si ce n'est 
qu'il y est fait trop souvent allusion à l'antisémitisme. 

L'établissement des Juifs en Italie date au moins du temps de 
l'immixtion de Pompée dans les affaires de Palestine, mais il est 
probable que les Juifs d'Egypte et d'Asie-Mineure s'y établirent 
avant cette époque. Les Juifs sont à Rome sous l'empire, ils jouent 
un rôle à Naples au v e siècle, et, sous Gharlemagne, on parle de dis- 
putes entre les Juifs et le clergé d'Italie. A en croire les chroni- 
queurs juifs, les communautés juives du Rhin auraient reçu leur 



BIBLIOGRAPHIE 145 

première éducation de Calonymos et de sa famille, que Gharlemagne 
avait appelés de Lucques à Mayence. Les Juifs s'occupaient en Italie 
de commerce et d'agriculture. La science talmudique et profane était 
cultivée par eux. On mentionne des écoles à Bari et à Otrante, et 
Oria produisit au x° siècle un médecin célèbre du nom de Donnolo. 
L'île de Sardaigne avait de grandes communautés ; il est parlé de 
celle de Cagliari * dans un document du vr siècle 2 . L'activité litté- 
raire des savants juifs est en pleine vigueur au ix e et au x« siècles. 
C'est de cette époque que nous devons dater l'imitation de l'histoire 
de Josèphe par le soi-disant Joseph ben Gorion, ainsi que le livre 
Tana de de Bliyahu et d'autres petits traités midraschiques qui ont 
pour patrie l'Italie méridionale. Moïse, fils de Calonymos y repré- 
sente la poésie synagogale. Les relations entre les Juifs et les chré- 
tiens étaient cordiales, quand le clergé n'intervenait pas ; les dispu- 
tations religieuses étaient l'œuvre de clercs, mais le peuple ne s'en 
occupait nullement. Les Juifs d'Italie avaient l'avantage de pouvoir 
communiquer facilement, à cause de leur position centrale, avec l'Es- 
pagne, la France et l'Orient ; cela leur facilitait la connaissance des 
produits littéraires de toutes les communautés juives. Nathan ben 
Yehiel de Rome, qui composa VArukh, œuvre qui restera toujours 
de premier ordre pour l'étude du Talmud, connaissait le commen- 
taire indispensable sur le Talmud de Salomon de Troyes. Le juif- 
errant Abraham ibn Ezra leur apporta le goût de l'exégèse, de la 
grammaire et de la poésie, tandis que Salomon Pirhon (ou Parhon), 
qui se trouvait à Salerne en 1160, leur fit faire connaissance avec le 
dictionnaire hébreu de R. Jona ibn Gannah, écrit en arabe. Un grand 
nombre de Juifs établis dans l'Italie méridionale venaient de la 
Grèce. En effet, en Sicile et à Siponte, où Isaac ben Malkiçedék écrit 
son commentaire sur une partie de la Mischna, on parlait plutôt le 
grec que le latin moderne. Les Juifs grecs avaient presque le mono- 
pole du commerce, et Benjamin de Tudèle nous raconte qu'ils s'occu- 
paient de la culture des vers à soie et surtout de teinturerie. Or, de 
ce dernier état provient probablement le nom de famille ù^n^ît p, 
« dei Tintori », que nous trouvons mentionné dans le ms. de Paris 
n® 65, fol. 227. On y donne l'inventaire des livres qui devaient être 
partagés entre Joseph, Juda et Eliézer, héritiers de R. Yekutiel 
û^astïta. Les Juifs introduisirent ces métiers à Reggio, à Cantazaro, 
à Cosensa et dans d'autres villes de la Calabre. Il y avait en outre 



1 Nous devons rectifier une erreur commise par M. G. en citant le mot £WlTi) 
(dans le catalogue de M. Peyron des mss. de la bibliothèque de Turin, p. 71) pour 
prouver qu'il y avait en Sardaigne des copistes remarquables. La leçon correcte est 
&W7 *P3>, ville de Digne ou Digna (Voir Hebr. Bibliogr., XX, p. 129). 

2 II faut encore ajouter le médecin Bonjusas Bondavin qui quitta Marseille en 1390 
pour s'établir à Alghero, en Sardaigne. Nous croyons que l'identification proposée par 
M. Isaac Bloch [Revue, VIII, p. 280, sqq.) de ce médecin avec Bonjudes (Bongodas) 
Bondavi de Kalir (Cagliari ?) est justifiée. Que ce Bongodas fut médecin, cela est 
prouvé par l'épithète € Maestre ». 

T. IX. N° 17. 10 



146 REVUE DES ETUDES JUIVES 

des médecins juifs, des banquiers et môme des employés à la cour 
des papes. M. G. fait remarquer qu'il n'est pas encore question, jus- 
qu'à la fin du xii« siècle, ni dans les conciles ni dans la prédication, 
de « l'abominable usure » des Juifs. C'est avec Innocent III que les 
persécutions systématiques des Juifs commencent. On prêche contre 
eux, et Thomas d'Aquin, comme quelques philosophes et historiens 
allemands de notre époque, fait une dissertation philosophique pour 
prouver que l'oppression des Juifs est permise. Non que ce père de 
l'Eglise aurait excité lui-même une persécution, tout au contraire, il 
l'aurait condamnée, mais dans une dissertation tout est permis. C'est 
à peu près le même système, dit M. G. avec raison, que suivent les 
talmudistes quand ils s'occupent des payens : discussion sans ac- 
tion ; malheureusement l'effet de ces dissertations se fait sentir dans 
la suite. 

Les Juifs se sont-ils tenus à l'écart au milieu des progrès que les 
Universités naissantes en Italie produisirent ? Non ; l'empereur Fré- 
déric II travaillait avec Juda Cohen de Tolède et avec Jacob, fils 
d'Abba Mari Anatolio de Provence ' ; c'est grâce à eux, par les tra- 
ductions hébraïques qu'ils faisaient de l'arabe des ouvrages de phi- 
losophie et de mathématiques, que les savants chrétiens en Italie et 
ailleurs sont parvenus à se servir de Ptolémée, d'Averroës et d'autres 
écrivains arabes. C'est à cette époque qu'on fit une traduction latine 
du Guide des Egarés, de Maïmonide * . 

Au xni* siècle, l'activité littéraire en Italie arrive à l'apogée. Rome 
devient le centre de la littérature juive, des savants de tous les 
pays y viennent pour fréquenter les écoles de la ville éternelle. Le 
plus original d'entre eux est le fameux Immanuel, fils de Salomon, 
l'ami du Dante. Immanuel s'essaya dans l'exégèse, dans la gram- 
maire et fut surtout un maître dans la poésie hébraïque. Il s'accom- 
modait, en général, au goût prononcé de l'époque. L'allégorisme 
était la méthode que le dominicain Giordano da Rivalto, contem- 
porain d'Immanuel, employait pour l'interprétation des proverbes de 
Salomon : Immanuel appliqua ce système dans son commentaire 
sur le même livre 3 . Virgile, comme Homère dans l'école d'Alexan- 
drie et chez les premiers pères de l'Eglise, devint un des person- 
nages à qui on fit faire des dissertations mystiques sur le chris- 
tianisme. Or, à ce qu'il semble, le pseudo- Virgile fut traduit en 

1 M. G. soutient, et nous croyons avec raison, que le Juif Andréa mentionné par 
Bacon comme auxiliaire de Michel Scot, est identique avec Antoli, sans donner 
l'hypothèse plausible proposée dans Y Histoire littéraire de la France, t. XXVII, 
p. 583, qu'Andréa serait une corruption de Endouran, nom provençal que Jacob 
a pu avoir porté. 

2 Voir J. Perles, sur une traduction latine de ce livre dans un ms. de Munich, 
Monatsschrift fur Greschichte îind Wissenschaft des Judenthums, t. XXIV, 1875, 
p. 9, pass. 

3 Cette méthode d'interprétation allégorique est déjà cependant employée par 
Abraham ibn Ezra, en Espagne, et par Joseph ibn Aqnin, dans le Maroc. 



BIBLIOGRAPHIE 147 

hébreu entièrement ou en partie au moins l . Même Dante n'était pas 
étranger à la mystique dans ses œuvres poétiques. Immanuel com- 
posa dans un style pur une imitation de la Divina, Comedia de Dante, 
le Mahbèret. On trouve aussi de lui quelques sonnets italiens. 
Sans doute, ni l'Italie, ni la France n'ont produit un poète national 
comme Siïsskind en Allemagne ; mais on voit par l'élégie de 
Troyes ! , que les Juifs en France se servaient de la langue du pays 
qu'ils écrivaient en caractères hébreux, et la chanson populaire que 
nous allons reproduire montrera le même fait en Italie. Le ms. 
n # 2083 de notre catalogue, qui renferme plusieurs traités de méde- 
cine copiés par Yehiel de Genzanno, fils de Mordecai le médecin à 
Grosseto, achevé en siwan 5235 = 1475, contient, fol. 30, la poésie 
suivante : 

■WW Ï131N n ^"ûHM2 bnp "pN In quel monte c'e una fonte 

tPD *J1N ">£ ibudd nblip "ptf In quella fonte c'e un pino 

1T3 Vin *>& i^s biip ya In Ç ue l P ino c ' e un nido 

li^^lN 131N ■* TTS b"mp *pN In quel nido c'e uno uccellino 

laib^iN iVmp iro ~ip^ Secco sia quello uccellino 

W> ib^*np |PO np^D Secco sia quello nido 

1 Le ms. du Beth ham-midrasch de Londres, n° 144, renferme une page de cette 
traduction que nous allons reproduire comme curiosité : 

->nmD .mars tDiKïi i-iiidn s^yn tizjn ■nbNwn "nal î-rba 
im ^nNit?^ Nb C]bN?: inNi ma h^m «ittEb tuatûn nnn wam 
irais . mpia itftt w*m> iiprm 1$»;? b3> yn ww nihïi ra^rt 
♦ ïibp ûnjH iraa yjarTtt ûan "1^333 iittao ab ûTaann ^ nanb iw 
im ^ mua mm dm .vmus bas ib mail jop dbi3> ain rrnro 
dvr-î bs W33> b? mram iraa .m^ttïn ^d» "D-inn mm ab ^xû 
rtnba da : yoio raann Ti^raïi PTb? "i£d ^Ntt Tiin Nin t=N1 
: ^ tûNin ra^OT J-mïia i?33: î-imia k*ïi ta en -ns^^a airam 
><b im iras .Tittyi ù^iit mmoaai pis: T3ïfittaa. i?3£3> bipimi 
ÉW*rt ^iï3 p^îm mna ra^ib mm ira^ai .inbinm ab nan trriw* 1 
Nsm mm abi yTaiNa tw vwn bai : maan V 2 rtantt^ abi 
■praj^ b^ a-nanb bar hun Wnoft mp^nttb fm ^b nw .mi 
imra* i-W3 "oibû tanptta irm? ■w i^ann ♦ *ynN nih tarin a*n 
maa ib mïi snn!» wro* ab iraa mra^b ^b s-nn îtoi ni^ïi *j53îa 
annfc » maa m*r ^b mn ^biN naan "irpui* uni ♦ nu^ttïn im» br 
î^t33i3i inu:3 ^mi nt2b nrj ini"> ïn^ïiiD ^ihn l^ytî ima ^niiy 
t^sbiD ma imi STïitt) imrs imN3 ^nirià Nb n»b .in^ïi *>imts 
mb^tt V" 1 ^' 3 ^ n " 1 ' 1 b^i73îi ù^3Db ^ntitt) ^ ^msiin 3>ii73 in initia 
Hfei Ti^bn p ^ataïl n^n m^b^b ^biti ^3N !n?3b . mi»rt 
ttm dlyn i^i ipmrt ^ 1^3^3^731 vttsyntt 1^3^33^ b^ npm V 25>ri 
. D"nOTi t3"»3^33>b bi73^m ti^i^rt "jn^ d^Dnrt \n pT3 bnp^ ab 
:ddnn n«b^m ittN» dn 

Le goût des traductions des auteurs latins n'a pas cessé en Italie. Le ms. du 
Musée Britannique Add. 26,916 contient la traduction d'une partie des Métamor- 
phoses d'Ovide par Schabbethai Marini. 

» Hist. lin. de la France, t. XXVII, p. 475 pass., et Mevttc, t. II, p. 199 pass. 



148 REVUE DES ETUDES JUIVES 

^B "ib^np aoo ip^o Secco sia quel pino 

W19 rtVmp tf^D Mpo Secca sia quella fonte 

Wl» Vmp êtd ipD Seceo sia quel monte 

ïWi ttb'nip N^D îip^D Secca sia quella vena 

TOH rtp^ï ilb^np ^p Che quella ciecca (?) mena 

Outre les liturgistes de la famille Joab, et Juda Siciliano dont on 
ne connaît que le nom, M. G. mentionne encore comme poète 
Calonymos ben Calonymos, qui appartient à la Provence, mais 
dont l'activité littéraire fut en grande partie à Rome. Dans le v 6 cha- 
pitre, M. G. s'occupe des traducteurs juifs employés successi- 
vement par trois souverains, Frédéric II, Charles I er et Robert 
d'Anjou. Tel était aussi le fameux Jean de Gapoue, juif converti, 
célèbre par sa traduction du Kalilah et Dimnah, dont M. J. De- 
renbourg prépare une édition. Nous avons déjà mentionné Jacob 
Anatolio, et nous aurons à ajouter Zerahiah, fils d'Isaac, Juda (Léon) 
Romano, et Hillel, fils de Samuel ; les deux derniers composèrent 
des ouvrages originaux sur la philosophie et la théologie. Il ne faut 
pas oublier non plus Moïse de Salerne, qui principalement fit con- 
naître le Guide des Egarés, de Maïmonide, à de hauts personnages 
chrétiens. 

La philosophie comprenant la médecine à cette époque, il n'est 
pas étonnant que les Juifs se soient distingués dans cette science. 
Il résulterait même d'une note finale du ms. de Paris 940 que les 
Juifs non-seulement pratiquaient la médecine, mais l'enseignaient 
aussi. Salomon fils d'Isaac ha-Laban, qui fit la copie de ce ms. en 
4472, à Esterzili ? ('ib'iïmaO'w) et à Grotone, lorsqu'il étudiait sous 
le médecin Isaac fils d'Elkana, dit en effet : pnsti '-n *pbii Mfcbtt ^N 
syifitt ^i^-nabsn ^bnm apamoitt T^n ïiNis-irs anrab ^nbnnrr \xsrm 
ïi:nz)b !-pîi ï-îti '"no "3P ^b inii imai tins-ii ! isbioD icip^ ieïî© ifi» 
ww ©b^i d^©3>a ïî'w n*h wa wm n^a iznm a'b'nïr « Moi, 
Salomon ha-Laban, fils d'Isaac le médecin, j'ai commencé à exercer 
la médecine dans la ville de Mesuraca en guérissant un nommé 
Jacobo [..?] d'une pleurésie, en l'année 5231 = 1471, où j'avais 
23 ans ». Mais ces données se rapportent à un siècle que M. G. n'é- 
tudiera que dans son prochain volume. 

L'étude de la Kabbale fut, on le sait, très cultivée en Italie. Elle est 
représentée par Menahem de Recanati et par le visionnaire Abraham 
Abulafia, originaire d'Espagne, qui se fixa sur le sol italien. Nous 
donnerons ici un passage curieux tiré de son ouvrage naa p? ""lïtiN 2 . 

abti) i-P2 tarin ym hy "ptab nhyi î-ittia mpnnti^ 13 ma ïidïti 
b"n rtï-iaa rra* in mnasi dnt rwDtBn nrib «nm pb tmp p !Tfi 

1 Le est douteux. 

2 Ms. d'Oxford, n° 1580 (fol. 139 6) de notre Catalogue. Voir les extraits que 
M. Jellinek a donnés (du même ms. ?) dans son Beth Hamidrasch, III, p. xl. 



BIBLIOGRAPHIE 149 

m-ipn 1273 rn^ rwtt .nin^n it nïp?: dr SjnntDn ïTaiNî! it wa» n^p73 

)12ïl d^frO .3np 1>3T3 ÏTU53N nîfcpttd Î13 1125b lî Tlttbnffl WlDUJrî 1K 

fKftittîbn irrcsa naTtt mdm aiirm idd dsmna dîradb ia pim 
»itt5b *pdn ab dï-itt nriN bd£) n^ .dbd lai nm dm^n an im 
fitb tir f<a nbidto dnso nnvû ara ^ da NbN dirais ttra i^n^ïi 
mniNtt "ps î^nnîsnrr ^&a iab mp ld^^s d3> lansa wnroa' iiti 
rtpnpm rtmrâti i5aiu5b bd wD«tD traTonn m:n»bn f»sn manu 
->nba bdii rrn îanso îna^nd ibibi îanttia an ^sa id27:d rrwai 
ian* iTtiûba ûnaia d^bau^^ii *pa ûttïi diiiïrii ^ irani .Niwaa 
dnana d^ibn marian dnim .mair dnantt fir V"^ dmsn .drrd 
DiE&o .dbd -inot pi n^nsin d*w:nnm .irnad'CiK d^dmm .rm:nb 
ûnm» d^N dTO n&obipo'w bdd d^iïrb mpta ria ann bvwtt ^bari 
baa dïi733> dnnra t^Wïm d^ibrt maiidbd idb jr liidbdi t*b iiiDba 
to^ba^^ii hrîi M>a tD^iWTp cawE înnabia ■■m? ïitab nttto 

.d© dm 

On sait que lorsqu'une nation se rapproche par hasard d'une autre parlant une 
autre langue qu'elle, et que les deux nations se mêlent ensemble, l'une ou l'autre 
adopte partiellement en peu de temps la langue du voisin. Au bout d'un certain 
temps ou même après une génération, elles doivent parler les deux langues, de sorte 
que s'ils n'ont pas de monuments de leur ancienne langue, aucun des deux peuples 
ne peut plus reconnaître celle que parlaient ses ancêtres. La même chose est ar- 
rivée à peu près aux Juifs dispersés dans des pays différents : en entendant parler 
des langues différentes, ils ont oublié la langue sainte, sinon totalement, du moins 
en grande partie ; c'est seulement grâce aux livres conservés en hébreu que la langue 
hébraïque n'est pas oubliée parmi les Juifs. Remarque, par exemple, que les Juifs 
qui habitent parmi les Ismaélites, parlent l'arabe comme eux; ceux qui se trouvent 
parmi les Grecs parlent le grec ; ceux qui habitent l'Italie parlent l'italien, les 
Askenazim l'allemand, les habitants des pays turcs le turc, et ainsi de suite. Le 
plus étonnant est ce qui arrive chez les Juifs de Sicile. Ils ne parlent pas seulement 
l'italien et le grec comme leurs concitoyens, mais ils ont conservé la langue arabe, 
adoptée par eux du temps que le pays était entre les mains des Arabes. 

Nous savons que, de notre temps, les Juifs expulsés d'Espagne 
parlent toujours l'espagnol en Turquie, et que les Juifs de Hollande, 
d'Angleterre et de Livourne, il y a 50 ans, parlaient encore cette 
langue ou le portugais. Les Juifs de la Pologne, de la Russie et 
d'autres pays slaves, ainsi que ceux de la Hongrie, parlent toujours 
l'allemand. 

L'étude du Talmud n'était pas négligée en Italie à en juger d'après 
le dictionnaire de R. Nathan mentionné plus haut. Les compilations 
des deux Isaïe de Trani, ainsi que l'ouvrage sur le rituel de Zedekia 
Anaw, dont on possède un grand nombre de mss., ont été très ré- 
pandus. L'éthique fait le sujet du travail de Yehiel fils de Yekutiel 
de Rome, et son ouvrage nTittî-ï mb^E '0 est un excellent guide pour 
la morale en général. Yehiel n'est d'ailleurs pas le seul des mora- 
listes juifs d'Italie. D'après la description que M. G. nous donne, 
dans le vn e chapitre de son ouvrage, les livres de morale n'étaient 
nullement superflus parmi les Juifs, car ils partageaient avec les 
chrétiens la passion du luxe, de la dissipation, de la danse et du 



150 REVUE DES ETUDES JUIVES 

jeu. Au sujet de ce dernier vice nous trouvons un document intéres- 
sant dans le ms. 219 de Paris. On y lit à la fin : ûSSJS ^pa «p* moto 
ntttt iwoen mîr tna ïrtt uisb a'b'n "iiab ow 'a 'i o-p ïitïi dwi 
nttbttb Kn»*v»wp *«bipmN ^p-ittn nbs»» 02 N^a-ipa priir •rçnta ot-ma 
^ni 3"o nsno ^ Y'o nyœ» nawi r:bo no^oïib ^itto nrrr rn o^abN 
tt*8rt Wi sport n^n» poa b? i* û-mi^ONb 15NS73 spv mis p 
"nom h pbrt. « Nous constatons avec regret qu'un juif allemand du 
nom d'Abraham Tousi jouait le vendredi, trois du mois d'adar 5239 
(=1479) avec le marchese Ercole de Ferrare, et qu'avant l'heure du 
Sabbat il perdit 3000 pièces d'or. J'en fus témoin, moi Joseph de 
Fano, de la famille Abigdor. » Ce nom de famille existe encore 
aujourd'hui, le comte dAbigdor en est le représentant. Abraham et 
Salomon Abigdor sont connus comme traducteurs d'ouvrages de 
philosophie, de médecine et d'astronomie. (Voir l'index du catalogue 
des mss. de Paris, s. v.) 

Le huitième chapitre du livre de M. G. est consacré à une esquisse 
des relations des Juifs avec les chrétiens, soit en tant que commer- 
çants, soit comme artisans, comme médecins et comme savants. Les 
controverses religieuses y sont soutenues par Salomon fils de Moïse 
fils de Yekuthiel et par Jacob fils d'Elie de Venise. A cette époque 
les conversions augmentaient et c'était toujours les apostats qui 
étaient les premiers à se présenter pour ces (odisputations ». Tel fut 
le cas pour Donin contre Yehiel de Paris en France, pour Paulus 
Ghristianus en Provence, pour Abner et d'autres encore en Espagne, 
pour Pfefferkorn et consorts en Allemagne. En Italie, M. G. signale 
un certain Paul (Saïïl) avec qui Elie entretint une correspondance sur 
des questions religieuses ; M. G. n'a pas mentionné une lettre 
adressée à maestro Andréa, dont M. G. connaît l'existence par un 
article de M. Steinschneider sur notre Elie. Andréa nous semble être 
un autre apostat, comme on le verra par la lettre que nous publie- 
rons ailleurs in extenso, à moins que ce nom ne soit fictif. Nous 
croyons cet Elie identique à celui qui est inscrit comme ayant 
acheté un ms. renfermant le dictionnaire de David Kamhi (Ms. d'Ox- 
ford, n° 1474 de notre Catalogue) le 3 hesclrwan 5173 = 1412, de son 
beau-père Juda fils de Yedidiah. 

Très intéressants sont les passages, que M. G. cite, en les tradui- 
sant, des prédicateurs et des écrivains italiens, tels que Boccace, Gio- 
vanni Fiorentino et Sacchetti où ils parlent des Juifs. Il y a en effet 
chez eux peu de traces d'une haine systématique contre les Juifs, et 
la preuve en est que les Juifs ne furent jamais expulsés de l'Italie 
a avec sac et bagages », comme c'était Je cas dans les autres pays. 
L'expulsion de certaines provinces de l'Italie fut le fait de princes 
étrangers. 

Le dernier chapitre est consacré aux Deux-Siciles. M. G. y rend 
justice au travail du grand maître de la littérature rabbinique, 
M. Zunz, toutefois en y ajoutant des vues nouvelles qu'il doit aux tra- 
vaux publiés dans ces derniers temps par M. La Lumia, S.-W. Bozzo, 



BIBLIOGRAPHIE 151 

et surtout par le baron R. Starrabba. M. G. a rectifié beaucoup d'er- 
reurs commises par Giovanni di Giovanni dans son livre intitulé 
YEbraismo délia Sicilia (1748), grâce à des informations reçues du 
baron Starrabba. Ainsi par exemple le nom d'JdouM qu'auraient 
porté, d'après Giovanni, des fonctionnaires préposés aux contrats de 
mariage et de divorce, et que M. Zunz prend pour une corruption du 
mot ima, s'explique dans l'original du document, où on lit la yiduba, 
comme une altération de la ketouM, « contrat de mariage ». Le fonc- 
tionnaire appelle Dienchelele tire son nom sans doute de ^bbîD )^*î ou 
de "^bbs yr*i 9 et non pas de bb*û "p"^, comme M. G. le propose. Le titre 
de Proto et Proti, analogue au titre de tttp'm et de ■pa'rpi» en Pro- 
vence, en Catalogne et en Aragon (Zunz, Gesch. und Lit., p. 509), 
que douze personnes auraient porté à Messine, semble être devenu 
plus tard un nom propre. On trouve en effet une note dans le 
ms. de Paris, n° 411 qui dit : vniîia Wli hns .rûtt *H8 rmb 'tf 
mm: lariD iMsn "^-np ■pa fàpîi ibrasp iî-rbN ^b \rafo rrN^pm 
b"T N'a'um bran s^b iba maiton ^b \rù n'&'\ « Le premier adar de 
l'année 5285 = 1525, mon parent vénéré, Proto de Messine, me fit 
cadeau des Réponses de Salomon ben Adret : Elie Capsali. » Le mot 
timisia employé en Sicile pour « synagogue », d'après Giovanni, 
nous semble venir du mot ôY^ia, bâtiment public. Quant aux écrits 
produits par les Juifs en Sicile, ils sont de valeur secondaire. On 
ne connaît qu'une demi-douzaine d'auteurs de ce pays. Les rabbins 
y venaient de l'Italie comme ceux d'Angleterre venaient de France. 
On voit cependant par des copies de mss. faites dans différentes 
villes des Deux-Siciles, qu'on s'y occupait 'de la littérature juive, et 
surtout des mathématiques et de la médecine. L'espace ne nous 
permet pas de compléter les données de M. Zunz sur ce sujet ; nous 
espérons y revenir une autre fois. 

Notre compte-rendu paraîtra peut-être prolixe, mais nous espérons 
qu'il montrera combien le livre de M. G. est intéressant pour l'his- 
toire de la vie intérieure des Juifs en Italie. Les notes placées à la fin 
du volume sont très instructives. On y trouve l'origine de quelques 
légendes juives engendrées par les circonstances de l'époque. Dans 
une autre note, M. G. s'occupe de la patrie du livre Tana de de Bli- 
yahu, et des notices données par Abraham ibn Ezra sur la littéra- 
ture juive en Italie. M. G. reproduit aussi le texte hébreu des sta- 
tuts de Candie. On trouvera également en appendice une note 
détaillée sur les superstitions des Juifs en Italie. Nous attendons 
avec impatience la quatrième et dernière partie de l'ouvrage de M. G. 
qui traitera de la vie intellectuelle des Juifs du xiv e au xviip siècle 
en Allemagne et en Italie. 

A. N. 



152 REVUE DES ETUDES JUIVES 



Beitrâgc zur Gcschicktc (1er liebraisclien und aramiiisclicii Studien 

von D r Joseph Perles; Munich, 1884, in-8°. 



Le livre de M. Perles, rempli de documents inédits ou tirés d'ou- 
vrages imprimés peu accessibles, aura plus d'intérêt pour la langue 
allemande du xiii au xv e siècle que pour la lexicographie ara- 
méenne ou talmudique. Il s'occupe des abrégés du grand diction- 
naire talmudique de Nathan fils de Yehiel de Rome, intitulé Arukh, 
lesquels traduisent les mots difficiles en allemand; par ci par là 
nous trouvons dans les petits Arukh quelques nouvelles explica- 
tions de mots talmudiques qui ne se rencontrent pas dans le grand 
Arukh, et qui sont sans doute puisées à des sources anciennes. 
C'est surtout le cas pour le ms. de Ratisbonne, qui est maintenant 
à Munich, dont les additions sont réunies dans les pages 69 à 77. 
Cet abrégé (M. P. en mentionne beaucoup d'autres, dont l'un a 
pour auteur Menahem fils d'Elyakim Tiktin) est surtout intéressant 
parce qu'il a servi de base à Sébastien Munster pour son diction- 
naire chaldéen; cet auteur a pris cet abrégé pour le grand Arukh. 
Guido Fabricius ainsi que Buxtorf ont mis ce ms. à contribution 
pour leurs travaux de lexicographie. Ratisbonne (Regensburg) a été 
dès le xi e siècle un des sièges de la science talmudique, les sages 
de Regensburg (:m&iZ33;n ift^n) et les usages rituels (ù^SE) de cette 
ville sont assez souvent cités dans les ouvrages de casuistique 
écrits par les rabbins allemands. M. P. confirme ce fait (p. 28, note 4) 
par un document latin de 1478, où il est question de « studium gé- 
nérale » dans cette ville. Quelques mots français sont cités dans les 
explications que M. P. a relevées, mais ils sont d'une date si récente 
que les gloses hébraïques n'ont plus d'intérêt que comme curiosité. 
Nous nous permettons de proposer à M. P. la transcription de pom- 
mels (pommeau) pour le mot ©Mois dans le passage du msiûNï": 'o 
où on lit lûbrais impra rfob irraiJtz) b^in^ïi mxjah (p. 06). yntaa 
(p. 62) est sans doute le mot « mitre ». Pourquoi M. Perles attribue- 
t-il (p. 62) d'une manière définitive le livre y'3'tt}'n à Samson fils de 
Zadoc? Les mss. ne sont pas d'accord sur l'auteur de ce coinpen- 
dium de casuistique (voir ci-dessus, p. 53). M. P. a bien deviné 
(p. 42) que les notes de Joseph ibn Schraga du ms. de Turin ont trait 
au pseudomessie Ascher Lemlein. Le ms. d'Oxford (4 663, 4° de notre 
catalogue) lit en effet : wiaa... bTttrt -nNttfî nos n^N niaifin ùTt ibN 
'ntts bwa nm mbKttri bN ffïibï baipan attira "j tpv Tirma tttrm 

Dans le second chapitre M. P. s'occupe des vocabulaires à l'usage 
des écoles connus sous le titre de Maqré Dardeqé 1 , et qui sont pour- 

1 M. S. Sachs a attiré notre attention sur ce fait que l'acrostiche d'un poème qui se 
trouve au commencement de l'édition de cet ouvrage donne le nom de V"1D> qui n'est 



BIBLIOGRAPHIE 153 

vus de traductions arabes, italiennes, espagnoles, allemandes, fran- 
çaises placées sur des colonnes distinctes. Un de ces vocabulaires a 
été en dernier lieu, adapté par Morenu (en 4776) pour l'anglais. M. P. 
prouve que l'année 4248 = 1488 qu'on trouve àfla fin du vocabulaire 
imprimé avec des colonnes en hébreu, en italien et en arabe n'est 
pas l'année de la composition, comme on l'a cru jusqu'à présent, mais 
l'année de l'impression. La composition en fut faite peu de temps 
après l'expulsion des Juifs de France, qui eut lieu en 1395, à en 
juger par ce passage : nBistn b^r» nN*oi ...unrp '£13 îibs rora û*pïi5 
liO*i*jni En effet, dans l'exemplaire de la bibliothèque de Munich 
on trouve une note qui dit que ^Hayyim Nissim, fils de Samuel 
Nissim, l'avait acquis de Joseph, fils de Josua de Tivoli, à i*flnna 
(lïlDn** ? Perles, p. 112), le jeudi 26 mars [5]249 = 4489; il est donc 
peu probable que la date de 1488 se rapporte à la composition. M. P. 
rend le nomiiinna par Gaeta ou Catania. Il y avait des Juifs dans 
les environs de Gaeta. Un des propriétaires du ms. 1280, de Paris se 
nomme Joseph, fils de R. Moïse iBi'WlOîo, de Traetto ; nous croyons 
que la bonne leçon est i*jidh*j, qui représente la localité de Giffone 
(probablement dans la province de Reggio en Calabre). Il est pro- 
bable encore que i*J1Si* qui se lit dans un ms. de la bibliothèque 
du Vatican, est une variante de immiX Le n° 364, 4 du catalogue 
d'Assemani renferme un traité sur des plantes, traduit du latin par 
Hayyim rwrjttrD îiD imsui bN^i no^a fttisrort ■»aw*î3. M. P. croit, 
non sans raison, que Hayyim Nissim, mentionné ci-dessus, était un 
grand fils de Yehiel Nissim de Pise, un Mécène nommé par Johanan 
Alemano (avec l'addition de ûli l , qui nous semble être une formule 
abrégée, représentant une bénédiction quelconque) et auquel Don 
Isaac Arbrabanel envoya quelques livres. D'après une note qu'on 
trouve dans le ms. de dun 1*1*12) de Mordecai Russelo (ms. de la 
Bodléienne, opp. 137, n° 1653 de notre Catalogue), ce Yehiel possé- 
dait, en effet, une grande bibliothèque. On y lit : Oirjmpm iruemp p 
b&om lïiro tpbaïi nrarira vin mai ïrï-no ïi'îYbï itfron 3iE piis )w 'k 
b'Ifc'T [sic] NOD^ DiSi 2 . Dans cet abrégé de l'Arukh, M. P. relève, 
pour la première fois, le mot pOT comme traduction du mot cardi- 

autre que celui de l'auteur. En effet le ms. 320 de la bibliothèque de M. le baron de 
Gùnzbourg a comme seizième pièce des poèmes avec la suscription suivante : i*"p1D 

byi yns '13*1 3*iti p '^bî* b^ana 3in p y*iD tifp qto7û 'ira ma npb 
ipTll i*ip*o. 

1 Dans le ms. du musée Britannique, Add. 27129 (autrefois Alemanzi), on trouve 
plusieurs élégies sur Yehiel ; qui mourut le 19 du premier adar 4250 (= 1490), 1Z5UÎ3 
1125 ib 125 Ï1 d"|i 1Î1N ni3*1ï5, où le nom f3*11 est marqué comme une formule abrégée. 
Ces élégies et lettres d« condoléance sont envoyées les unes par David de Tivoli, et 
portées par Abba Mari ; d'autres par Eliézer Ezra de Volterra et portées par Bezalel 
de Sarteano ; enfin d'autres sont envoyées par la communauté de Pise par l'intermé- 
diaire de Salomon de Camerino. 

2 Un Yehiel de Pise composa un traité sur l'usure, intitulé ùbl* iifl *1*£N*ft, qui 
forme la troisième pièce du ms. 434 de la bibliothèque de M. le baron de Gûnzburg. 
Est-il le même que Yehiel Nissim ? probablement. 



i;;ï revue des études juives 

nal. M. P. ajoute que dou Isaac Abravanel, dans sa lettre adressée à 
Yehiel Nissim, se sert encore du mot ■aib^-nNp. Nous verrons la 
même désignation dans un document que nous nous proposons de 
publier dans un des prochains numéros de la Revue. Depuis, le mot 
*p2^n semble avoir été adopté par les Juifs italiens. Elie Lévita 
le donne dans ses ouvrages lexicographiques, et des auteurs chré- 
tiens, tels que G. Fabricius et Buxtorf, le font entrer comme titre 
pour un cardinal dans leurs dictionnaires. Nous trouvons le même 
mot dans un ms. d'Oxford (n* 1964 de notre Catalogue), dans la note 
suivante : an •j-ns uiTinb ùw î"v\ '« Jana *Y3tti ù^bfc rna»n wmu 

Les chapitres 3 et 4 du livre de M. P. traitent du anal WtiûH d'Elie 
Lévita, et du glossaire judéo-allemand d'un élève de Moïse ha-Dar- 
schan, célébrité rabbinique d'une localité près d'Erfurt, qui floris- 
sait vers 1272. Dans le cinquième et dernier chapitre, M. P. publie 
des lettres inédites d'Elie Lévita et de savants hébraïsants chrétiens 
de 1517 à 1555, entre autres de Paul Fagius, qui signe en hébreu 
tDliMta tiîïb h nKD ; c'est ce nom que les initiales de .3 .& représen- 
tent et que M. Schwab (qui écrit &. s) n'a pas pu déchiffrer (Les incu- 
nables orientaux, p. 133). Ces lettres sont très intéressantes pour 
l'histoire des études de la langue hébraïque" parmi les chrétiens en 
Allemagne au xvi c siècle. L'espace nous manqué pour relever des 
observations importantes dans le livre de M. P. Ajoutons seulement 
que des index détaillés faciliteront beaucoup les recherches dans ce 
livre qui renferme des sujets si variés. 

A. N. 



CHRONIQUE 

ET NOTES DIVERSES 



Nouvelle société littéraire. — L'ancienne société des Melrizé Nirda- 
mim, qui avait pour but de ressusciter les ouvrages hébreux iné- 
dits, va ressusciter elle-même après un sommeil assez long. M. le 
Docteur A. Berliner, de Berlin, s'est appliqué à cette œuvre et 
est parvenu à constituer un comité dont la composition offre les 
meilleures conditions scientifiques et les meilleures garanties de 
succès. L'appel que la nouvelle société, héritière de la société pré- 
cédente, vient de publier, sera accueilli avec intérêt. Il fait remar- 
quer que les académies et les sociétés savantes accordent partout 
la plus grande attention à la littérature du moyen âge et s'efforcent 
de mettre à la disposition du public, dans de vastes collections, les 
grandes œuvres religieuses et profanes de cette époque. Presque 
personne, au contraire, ne s'intéresse à la publication des œuvres 
juives du moyen âge, les plus importantes productions de la litté- 
rature juive restent inédites ou ne doivent leur publication qu'au 
hasard. Il est bien vrai que les manuscrits hébreux sont recherchés 
par les plus importantes bibliothèques de l'Europe, pour lesquelles 
ils forment un objet de vanité, et que le catalogues de ces manus- 
crits sont souvent publiés aux frais des gouvernements, mais c'est 
tout, ces catalogues ne font qu'éveiller notre curiosité, sans la satis- 
faire, ils nous apprennent ce qui nous manque et quelles sources du 
savoir nous restent fermées. La littérature hébraïque cependant est 
aussi riche que toute autre en renseignements sur l'histoire et la 
civilisation du moyen âge, il est hors de doute que les savants se- 
ront de plus en plus obligés d'y recourir, et que, par suite, un 
temps viendra où la publication de ces œuvres paraîtra, aux gou- 
vernements et aux corps académiques, aussi importante que toute 
autre. Mais en attendant que tous les cercles savants soient pénétrés 
de cette nécessité, les savants juifs sont privés de précieux instru- 
ments de travail et il est du devoir du judaïsme de les leur fournir. 
Combien de temps encore les grands poètes juifs ne seront-ils connus 



156 IîEVUE DES ETUDES JUIVES 

que par fragments ? combien de temps les divans de Juda Halévi, 
des deux Ibn Ezra, resteront-ils enfouis dans les bibliothèques? Il 
n'y a pas un coin de la science du moyen âge qui n'ait produit quel- 
que œuvre juive intéressante, mais que nous ne connaissons que 
par le titre et qui se trouve, souvent dans un exemplaire unique, 
dans quelque bibliothèque écartée. La grammaire, la lexicographie 
de la Bible, de la Mischna et du Talmud, l'exégèse, la philosophie, 
l'éthique, les mathématiques, l'astronomie, l'astrologie, les sciences 
naturelles, la médecine, etc., peuvent montrer des œuvres juives im- 
portantes et qui attendent le jour de la publicité. Ce n'est pas tout, 
la philologie s'efforce, chez tous les peuples, à réparer les fautes 
si graves commises par l'imprimerie dans l'enfance, à corriger les 
textes, à publier les éditions critiques ; dans la littérature hé- 
braïque seule des textes incorrects se succèdent d'édition en édition, 
les fautes d'impression se perpétuent et se multiplient. Le nouveau 
comité espère qu'il pourra remédier à ces maux. Les ouvrages 
qu'il se propose avant tout de publier sont : la partie inédite du 
Pahad Yiçhac et la réimpression des parties imprimées qui sont 
épuisées, les consultations des Guéonim d'après les mss. de Saint- 
Pétersbourg, les Halalthot guedolot de la Vaticane, les plus anciens 
commentaires du Se fer yecira, le Mahzor "Vitry, d'après les mss. qui 
sont en Angleterre et à Reggio, le Séfer liaggalui, de Josef Kimhi, le 
texte authentique du Séfer hassidim, d'après le ms. de Parme, les 
plus anciens commentaires inédits sur les PirM Aàot, un commen- 
taire inédit sur le Tiïtïi T1ZJ, des collections de poésies liturgiques. 
Le prix de la souscription est de 12 francs par an. Il ne sera guère 
tiré plus d'exemplaires qu'il n'y aura de souscripteurs. Les membres 
du conseil sont : pour l'Allemagne, M. A. Berliner, de Berlin ; pour 
la France, M. Jos. Derenbourg et M. le baron David de Gunzbourg, 
de Paris ; pour l'Italie, M. M. Ehrenreich, de Rome ; pour l'Autriche- 
Hongrie, M. S.-J. Halberstam, de Bielitz, et M. D. Kaufmann, de 
Budapest; pour la Russie, M. R.-M. Straschun, de Vilna, et M.-A. 
Harkavy, de Saint-Pétersbourg; pour l'Amérique, M. M. Jastrow, 
de Philadelphie; pour l'Angleterre, M. Ad. Neubauer, d'Oxford. 
Nous regrettons de ne pas trouver sur la liste le nom de M. Graetz. 
Il est bien superflu de recommander l'œuvre du comité, elle est 
digne de toutes nos sympathies et de tout notre concours. 

Un manuscrit curieux. — Notre collaborateur M. A. Harkavy a pu- 
blié, dans les Mémoires de l'Académie impériale des Sciences de 
Saint-Pétersbourg, tome XXXII, n° 8 (1884), une étude, accompa- 
gnée de spécimens, de curieux fragments de mss. d'origine grecque 
contenant divers passages de la Bible. L'intérêt paléographique de 
cette publication est très grand et nous félicitons M. Harkavy de 
l'étude qu'il en a faite. Notre prochain numéro contiendra une re- 
cension détaillée de l'ouvrage, mais nous avons voulu l'annoncer dès 
à présent. 



CHRONIQUE -157 

Le jubilé de M. Zunz. — Nous avons déjà annoncé qu'un volume 
de Mélanges, composé d'articles de différents savants de l'Europe, sera 
publié à l'occasion du 90° anniversaire de la naissance de M. Zunz. 
Ce volume est paru au moment où nous mettons sous presse, 
quoique nous ayons déjà reçu depuis longtemps quelques articles 
tirés à part qui en font partie. Nous n'annonçons point ces articles, 
parce que notre prochain numéro contiendra une recension de l'ou- 
vrage entier. Une exception a été faite pour l'article de M. Jellinek, 
parce qu'il a été imprimé avec un nouveau titre. 

Journaux nouveaux. — bïWl nrtt^b'nD "an The Polish Yidel ; pu- 
blié à Londres, par Rabbinowicz et Werber ; hebdomadaire, en 
judéo-allemand, caractères carrés, le numéro ayant 4 p. à colonnes ; 
prix 4 fr. 70 c. par trimestre. Le n° 1 est daté de Londres, 25 juillet 

4884. 

— Le Journal "Wiener israelit a changé de rédaction depuis quelque 
temps. M. Moritz Dornbusch, de Vienne, se propose de publier à son 
tour un Neuer Wiener Israelit. Ce journal paraîtra deux fois par se- 
maine, par numéro de 8 p. in-folio, en allemand, caractères hébreux 
carrés; prix, 7 flor. par an. 

Sir Moses Monte flore. — A l'occasion du centenaire de Sir Moses 
Montefiore (né à Livourne, le 24 octobre 1784), deux artistes pari- 
siens, Deutsch et Ambros, ont composé un tableau ayant, au ceutre, 
un médaillon renfermant le portrait de l'illustre baronnet, et pour 
cadre des scènes de sa vie et des figures allégoriques. Le dessin, qui 
est de grande proportion, est fait au charbon et reproduit par un 
procédé lithographique. On trouvera ce dessin chez M. Durlacher, 
libraire de la Revue. 

Une découverte à Cordoue. — M. Fitel Fita, membre de l'académie 
royale de Madrid, nous fait part, en ces termes, de la découverte 
d'une ancienne synagogue à Cordoue : 

« Hier (47 septembre 4884), je visitai ici (à Cordoue) l'ancienne 
synagogue située Calle de los Judios, capilla de San Quintin;je 
suppose que c'est celle de l'an 4 250 (voir les Actas ineditas de siete 
concilios espagnoles, de M. Fita, p. 214). Elle a l'air antique, car elle 
ne mesure que 5 mètres de longueur sur 6 de largeur. Elle se trouve 
dans l'ancienne juiverie, qui formait un quartier considérable dans 
l'enceinte de la ville, auprès de la grande mosquée d'Abderrahmau, 
vers le N.-O. La même situation était adoptée pour le Call ou quar- 
tier juif de Barcelone \ La rue centrale porte encore le nom de Calle 
de los Judios. Vers le milieu de la rue, comprise entre la place de 

1 En cherchant bien, on trouvera probablement que très souvent la juiverie était 
attenante à une église ou très voisine de l'église, pour être plus dépendante du 
clergé ou mieux surveillée. On remarquera ce fait dans un article sur des Actes de 
Girone qui paraîtra dans le prochain numéro. A Meaux, près de Paris, l'entrée de 
l'ancienne rue des Juifs est presque en face du portail de la cathédrale. 



158 REVUE DES ETUDES JU1YES 

las Bulas et la porte d'Almodovar, à main gauche suivant cette 
direction, se trouve une chapelle délabrée, portant autrefois le nom 
de Sainte-Quiterie et qui n'est autre que l'ancienne synagogue. La 
voûte de cette chapelle a été construite après coup et couvre une 
partie des inscriptions hébraïques qui courent intérieurement, en 
haut, tout le long des murs ; une autre partie de ces inscriptions 
est tombée. M. Amador, dans son Hisloria de los Judios de Espagna, 
ne dit rien de ces inscriptions (I, 369 ; II, 348, 361), mais leur exis- 
tence a été signalée par M. Romero y Barros, membre correspon- 
dant de notre Académie à Gordoue, dans un mémoire descriptif qui 
sera reproduit par le Boletin de la real academia de la Historia, 
numéro d'octobre prochain. Ce mémoire n'examine pas le texte 
épigraphique hébreu. Pour voir les inscriptions, il faut se résigner 
à se casser le cou. J'ai noté de loin quelques passages, car je n'avais 
pas de lunette et le soleil me brûlait les yeux. Je ne sais ce qu'on 
pourra tirer de mes lectures. Impossible de faire la photographie 
de ces inscriptions. Figurez-vous la voûte moderne du sanctuaire 
comme plafond de cette niche affreuse, enveloppée d'une couche de 
poussière deux fois séculaire. Une poutre, qui représente l'axe du 
nord au sud, s'appuie sur les murs à deux pieds d'élévation et pa- 
rallèlement à l'échiné de la voûte. Des rayons de bois traversent la 
poutre et vont se fixer aux murs est et ouest, et soutiennent le toit, 
à la hauteur de trois pieds environ. Le trou par lequel le jour pé- 
nètre dans ce réduit s'ouvre au-dessous d'un autre toit en pente 
très inclinée. C'est par là que je fis mon ascension. La plus grande 
partie de la frange épigraphique inférieure est cachée par la voûte 
et quelque peu aussi la partie supérieure. Plusieurs fragments de 
l'inscription sont tombés, disparus ; j'en ai acheté un et en ai fait 
cadeau à notre Académie, qui en publiera l'héliogravure dans le 
Boletin. Ce fragment est un spécimen de l'arabesque qui ornait 
toute la synagogue. On pourra très facilement photographier le 
grand relief du mur inférieur, du côté de l'ouest, charmante étoile 
qui défie la beauté de celle de l'Alhambra de Grenade et qui porte 
le mot arabe !"ïT"D. L'essentiel, à mon avis, ce serait un bon dessin 
de l'inscription. M. Romero est peintre et dessine à merveille, il aime 
l'art, il m'a promis de faire tout son possible pour y réussir. » 

Cette découverte ne manquera pas d'exciter, au plus haut point, 
la curiosité des savants, des artistes et des archéologues. La syna- 
gogue de Cordoue formera le pendant de la belle synagogue de 
Tolède. Nous espérons que M. Fita, avec le concours d'un dessina- 
teur comme M. Romero, nous donnera bientôt la description détail- 
lée du monument et une lecture de l'inscription. Nul n'est plus 
compétent que lui pour mener à bonne fin ce travail. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 



Tome V, p. 252. Les mots ûbm TONS ï|?itt) trouvés par M. Schwab 
doivent se lire dbn "l^a&t npa^ïD, c'est l'échelle de Jacob qu'on trouve si 
souvent dans les mss. Voir Berliner, Fin Gang durch die Bibliothe~ken Ita- 
liens, p. 29. — D. 



Tome VIII. — P. 76, 1. 5, lisez Juda Hayyug ; 1. 6, lisez Carpzow; p. 84, 
1. 9, au lieu d'ouvrages lisez lettres. — P. 135, 1. 25. "•Di'l^b est sans doute 
Laupheim ; S'ns^tiîmNI est Babenberg en Bavière, où il y avait des Juifs en 
1347, voir Wiener, Begesten, p. 125. — L. 34, &W)3>*U pourrait être Breis- 
gau ; 1. 38, Ù^ÏW est Hoenheim, en Alsace. — P. 136, 1. 8, ab^m est 
Weil ; "■D'ùîl est probablement bien Hanovre, dans l'original ce nom aura 
été après Hildesheim. — P. 136, 1. 20, avant Malines il manque "p^b 
Lôwen. — P. 137, 1. 2, dïlMi^^N est Mergentheim ; 1. 3, "p^p est Lei- 
ningen; 1. 4, iJûTiN est Oehringen ; 1, 5, Truhendingen était le nom que 
portait au moyen âge Ober-Trudingen ; EÛL31D3'Hb'lN est probablement 
Melrichstadt, lU^UE^N Eichstâdten, DÏWlîl peut être Hohenheim, et 
ïaiîixbfipa probablement Gerolzhofen. — Kayserling.. 

Ibid. — Page 167-168, *753 est employé souvent avec le sens de neveu, 
particulièrement en France; comp. Berliner, dans Literaturblatt zur jùdis- 
chen Presse, 1872, p. 11 et 17, et Libanon, 1872, p. 200, où j'ai renvoyé 
aussi a Rappoport dans Haschachar. — Page 255. Sur Gerson Aschkenazi, 
voyez sa biographie par M. L. Kohn, dans la Neuzeit, 1864, n os 39-43. Je 
suis heureux que M. Abr. Cahen ait donné l'année exacte de la mort de 
Gerson, corrigeant ainsi les données admises jusqu'à présent et renversant 
la supposition que j'ai faite dans Hanescher, 1865, p. 32. Mais il reste un 
point à élucider, M. Kohn, l. c. et dans Hanescher, 1865, p. 49, soutient que 
Gerson n'a quitté son pays qu'en 1648, à la suite de l'affaire de Chmiel- 
nitzki, tandis que, d'après M. Cahen, il aurait été déjà rabbin en 1644 à 
Prozenitz. M. C. suit-il ici Carmoly, Annalen, II, p. 80, ou a-t-il une autre 
source d'information ? — P. 278. La supposition de M. Jastrow que le pas- 
sage des Scheeltot, XLII, est une interpolation, est confirmée par ce fait 
que, non-seulement le passage commençant par TÛIT'D , mais même celui 
qui précède et qui commence par ûnbiX1DU)"l, ne se trouvent pas dans un 
ms. des Scheeltot sur parchemin, écrit en 1449, qui est en ma possession. 
Cf. Reiffmann, dans Beth Talmud, III, p. 77. — S. I. Halberstam. 

Ibid. — P. 267. R. Abraham Broda ne mourut pas le 1 er nissan, mais le 
1 er iyar 5477 =. 11 avril 1717, voir l'inscription de sa tombe dans Horowitz, 
Frankfurter Babbinen, II, 100. Le dïTDN bttîtf a été publié par son petit- 
fils Saùl, fils de Moïse Broda, et le ÙÎTDN m^lbin par son petit-fils Abra- 
ham de Mùlhausen, fils de Joseph Moïse Breslau. — Page 270. La catas- 
trophe arrivée dans la synagogue de Metz eut lieu le 8 juin 1715. — Page 
272. R. Jacob Reischer mourut le samedi 8 schebat '= 24 janvier 1733 et 



160 REVUE DES ETUDES JUIVES 

non le 28 janvier, comme le dit Zunz, Monatstage, p. 5 ; son fils Simon, 
gendre de R. Jospa Dusseldorf, a, été rabbin à Rausnitz en Moravie. — 
Page 273. L'explosion de Lemberg eut lieu le 4 kislew 5463 =24 novembre 
1702. Jacob Josua Falk mourut à Offenbach, le vendredi 14 schebat = 
16 janvier 1756 et fut enterré à Francfort-s./M., le 18 du même mois ; 
voyez Horowitz, L c, III, 88. — Kayserling. 

Ibid. — P. 271. Jacob Reischer était de Prague (v. p. 273 et- Catal. 
Michael, p. 334).— P. 281, note 1. Dans la Monatsschrift de Graetz, 1883, 
p. 192, j'ai montré que la consultation du ms. de Leyde n° 50 n'est pas 
d'Isaac b. Schéschet, mais de Moïse Chalawa; l'ancien propriétaire de ce 
ms. remarque lui-même qu'il a vu, dans un autre ms., ces consultations 
attribuées à Chalawa. Les mots suivis de sic dans le catalogue Steinschnei- 
der sur le n° 223 doivent se lire sans doute "p373 Û111372, c'est-à-dire, j'ai 
acheté un livre d'un connaisseur. — P. 289, 1. 12 en bas, lisez Robertog. — 
P. 297, 1. 6 en bas. Déjà vers 1214 le troubadour Peire d'Auvergne dit de 
l'empereur Othon qu'il tenait plus à son empire qu'un juif à sa foi ; voyez 
F. Diez, Leben und Wirken der Troubadours, 2° édit., p. 62. — P. 300, 
1. 16, lisez Holtze. — P. 309. L'ouvrage d'Abraham ibn Megas, de Constan- 
tinople, intitulé Kebod Elokim, contient, f° 127 b, une notice intéressante sur 

Luther: -\pbm tan» "nnia ©-nt^bn mi 'n T*n ï-»m 

ton^bN ^osi torrma n« "îmzîtti tomba» na nnnb tormti» 
toi*n otz5 nmnsn tanai»N» nmn imnram ii^Nn 125N2 ib-iiû^ 
^b»b 'n mm "in» Via -o iy it n»*iN biai ^bin ù-m ùt bsan 

y^Nn b'D hy. — D. Kaufmann. 

Ibid. — P. 276, note. La Monatsschrift de 1875, p. 55, a déjà une notice 
sur Ûpl que l'auteur aurait pu citer. Le mot mw n'est pas inconnu, on 
le trouve chez Stephanus Byzantinus sous le nom Guéa : Téa ttoaiç icXtjgWv 
Tcetpwv èv Apa(3(a. — H. Graetz. 



LISTE DES NOUVEAUX MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 

DEPUIS LE l'« JUILLET 1884. 



Bing, président de la communauté israélite de Dijon. 

Blum (Jacques), rue du Temple, 168. 

Wolf (Lucien), 49, Lanark Villas, Maida Vale, Londres. 



VERSAILLES, IMPRIMERIE CERF ET FILS, RUE DUPLESSIS, 59. 



RECHERCHES BIBLIQUES 



LE TETRAGRAMME. 



Le nom du Dieu unique du mosaïsme est notoirement exprimé 
dans l'Ecriture par les quatre consonnes ïtiït, d'où sa dénomina- 
tion de têtragramme. Il donne lieu à une série de questions dont 
la plupart n'ont pas encore reçu de réponses satisfaisantes. Nous 
croyons utile de reprendre le problème à nouveau et de proposer 
quelques solutions non encore produites, qui auront du moins le 
mérite de provoquer la discussion et d'engager les lecteurs de la 
Revue des Études juives à en présenter de meilleures. 



1. Orthographe et prononciation. 

Dans la Bible, ce nom divin est constamment écrit miT, sauf 
dans les abréviations dont il sera parlé plus loin. Cette orthographe 
se constate aussi sur l'inscription de Mêscha', roi de Moab, qui 
date du ix e siècle avant l'ère vulgaire. A l'époque grecque, où la 
prononciation et la transcription littérale du nom sacré dans une 
autre écriture que l'hébreu étaient considérées comme des pro- 
fanations, quelques copistes avaient pris l'habitude d'ajouter, en 
marge, ce nom en caractères carrés, chaque fois que le Kupio? de la 
traduction grecque répondait à ïnïT 1 dans le texte hébreu. Cette 
façon d'insérer le têtragramme hébreu dans des textes écrits en 
langue grecque fut la source de deux opinions erronées répandues, 
l'une chez les Grecs payens, l'autre chez les chrétiens de Syrie., 
Dans l'écriture carrée d'alors, les lettres i et ■*, ayant la forme de 
deux traits droits dont l'inégale longueur était presque impercep- 
tible, ressemblaient singulièrement à l'iota grec. Le n, de son 

T. IX, n° 18. 11 



1G2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

côté, se distinguait alors fort peu du n et se rapprochait du « grec. 
Ces circonstances graphiques toutes particulières furent la cause 
que les Hellènes, lisant avec des valeurs grecques le tétragramme 
hébreu, le prononcèrent nini, c'est-à-dire Pipi, et vinrent à penser 
que tel était le nom du dieu des Juifs. L'erreur des chrétiens 
syriens était d'une autre nature. Eux, ils savaient bien que le 
tétragramme était tracé en caractères hébreux, mais, confondant 
le i avec le \ ils le lisaient tvTV] et le transcrivaient de cette façon 
en caractères syriaques *. 

La tradition juive est muette sur la manière dont le tétragramme 
fut primitivement prononcé. Au temps des Septante, il était déjà 
de rigueur dans les cercles juifs de le remplacer de vive voix par 
le mot irta, « Monseigneur, » que la version grecque rend cons- 
tamment par Kuptoç, « Seigneur ». La prononciation ancienne du 
tétragramme fut ainsi entièrement oubliée, et, quand les Grecs 
commencèrent à s'occuper de la religion juive, tout ce qu'ils purent 
apprendre des Juifs, ce fut que ce nom divin se compose des 
semi- voyelles i (i) et o (i), jointes chacune à une aspiration (n) inu- 
sitée dans le corps des mots grecs. A l'aide de cette donnée, ils 
combinèrent la transcription lacs (ou ieucô), qui passa ensuite chez 
les gnostiques. A l'époque talmudique, la prononciation littérale 
du tétragramme fut formellement défendue, et l'on distingua rigou- 
reusement entre le nom littéral, ïï^blaïi ûiâ, et la lecture conven- 
tionnelle adonaï, lecture que les Massorètes ont indiquée en appli- 
quant au premier les voyelles de ij^k, ainsi ftiST. La prononciation 
massorétique, méconnue dans son essence par les Réformateurs, 
eut pour conséquence d'introduire dans la théologie chrétienne la 
forme Jéhova, qui cède aujourd'hui presque partout sa place à 
celle de lahwé, !"nî"P. Deux raisons militent en faveur de cette 
dernière transcription : le témoignage de Théodoret rapportant 
que les Samaritains prononçaient le nom divin 'i*pé et l'exactitude 
grammaticale de la forme en elle-même. 

En effet, rnïr (ou îwr} rentre dans la catégorie des noms pro- 
pres tels que riJ3£» ■sjbxc, XtPl* e *> ^ ien <I ue la ponctuation niïp ou 
*!33î soit strictement possible, elle disparaît devant la tradition 
samaritaine qui, ainsi qu'on verra plus loin, n'était pas étrangère 
aux Juifs. 

Le nom jtiî-p, composé de lettres faibles et semi-vocaliques, 
subit dans la bouche du peuple certaines contractions dont on 

1 Voir sur ce sujet l'article de M. Eb. Nestlé avec les importantes remarques de 
M. Th. Nôldeke, Zeitschrift der deutschen morgenlândischoi Gresellschaft, t. XXXII, 
p. 465-508. 



RECHERCHES BIBLIQUES 163 

peut se rendre compte, suivant les lois ordinaires de la phoné- 
tique hébraïque. Quand il forme l'élément initial d'un nom propre, 
il perd sa voyelle finale indiquée par i-j, et le i se résout en i, 
ainsi : 'jroim, VrftiVi pour inrmm, « Iahwé a donné », wmm, 
« Iahwé a connu ». L'abréviation îm laisse souvent échapper le 
rr et se réduit à ni, et devant un si, à || : 1ran\ *T T ^i N1ïl - pour 
ÉttîrfTW, « Iahwé existe ». Comme élément final, il se contracte 
en !im et m : «r*P5, ïinw\ ou îr&m, î-ïW^ La forme la plus 

t T t:-î t:-: 7 t : - : t :- : l 

réduite, fin, est aussi usitée isolément dans les phrases décla- 
matoires et agitées. Le traitement du nom divin est de tous 
points conforme à celui du substantif antique ina « côté », qui se 
dédouble en ntta « côté, rive » et rttf « celui d'à côté, frère, pa- 
rent». J'insiste sur ce point, parce qu'il ruine la prétention d'un 
auteur moderne à attribuer à Iahwé une origine non sémitique, 
sous prétexte que les modifications phonétiques de ce nom ne s'ex- 
pliquent pas par la grammaire hébraïque. Il faut seulement recon- 
naître que, dans le sentiment du peuple hébreu, mm a été traité 
comme un nom et non pas comme un verbe. L'interprétation 
verbale a été réservée à l'école mosaïste, qui a su en tirer parti 
pour l'établissement du monothéisme en Israël. 

IL Age et signification. 

Grâce à l'inscription de Mêscha% il est maintenant indubitable 
qu'au ix e siècle avant notre ère, Iahwé était déjà le dieu national 
d'Israël. Le témoignage formel des prophètes fait remonter le 
culte de ce dieu jusqu'à la sortie d'Egypte. Il s'agit ici du culte 
rendu par la nation entière et exclusivement à d'autres dieux 
(Hosée, xn, 10; xm, 4; Amos, ni, 1-2), car le nom iqs'v, « Iahwé 
est honneur », porté par la mère de Moïse, atteste que l'adoration 
de Iahwé faisait depuis longtemps partie des conceptions reli- 
gieuses de la tribu de Lévi, sinon des autres tribus israélites. Le 
nom Mïra» d'un des fils d'Aron, frère de Moïse, semble favoriser 
cette conclusion, car l'élément pronominal niïi est suivant toutes 
les apparences, un succédané de ïnîT. Rares, ou peu transmis 
pendant la génération mosaïque, les noms théophores composés 
de mm deviennent fréquents chez les Lévites quatre ou cinq géné- 
rations plus tard. Ainsi, fiprnï est le quatrième descendant de 
Phinéas ; n&v le quatrième descendant de Gerson ; FPjbn le qua- 
trième descendant de Muschi, et !T5§X le quatrième descendant de 
Coré (I Chroniques, vi, 1-36). Pour les autres tribus, les généalo- 



164 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

gies des Chroniques sont tellement confuses qu'il est impossible 
d'en tirer la moindre donnée certaine par rapport à notre sujet. 
Tout ce qu'on peut affirmer se borne donc à ceci : le nom de 
STiîT n'a pas été inventé par l'école qui se rattache à Moïse, mais a 
été connu de la tribu de Lévi avant la naissance du législateur 
traditionnel. 

Quand on veut remonter plus haut, on se trouve en présence de 
deux légendes en apparence contradictoires, toutes deux dans le 
Pentateuque. D'après le narrateur jéhoviste le nom de inîT était 
connu des patriarches hébreux, voire de l'humanité antédilu- 
vienne (Genèse, iv, 6) ; le narrateur élohiste semble annoncer au 
contraire que les patriarches ignoraient ce nom (Exode, vi, 3). 
Y a-t-il ici deux opinions opposées et inconciliables ? La plu- 
part des commentateurs l'admettent avec une assurance absolue, 
mais n'est-ce pas attribuer à l'écrivain de l'Exode une hardiesse 
critique sans égale dans l'antiquité? Au point de vue des an- 
ciennes religions, le nom est inséparable de la divinité qui le 
porte : un dieu sans nom est un dieu sans existence. Puis, un dieu 
dont on a ignoré pendant longtemps le nom ne peut être qu'une 
divinité de second ordre, incapable des grandes actions qui illus- 
trent les divinités auxquelles s'adressent les hommages suprêmes 
du culte, et ce n'est pas un tel dieu, né d'hier, qui détrônera les 
vieilles divinités nationales. La propagation du christianisme dans 
le monde gréco-romain nous fournit la meilleure illustration à 
cet égard. Jamais le fils de Marie, si bon et si angélique qu'on le 
supposât, ne parvint à renverser le paganisme ; c'est devant Jésus 
fils de Dieu, identique au père et créateur de l'univers, que les 
divinités païennes disparurent sans retour. Pour les propagan- 
distes apostoliques, Jésus-dieu a toujours été connu des pères 
d'Israël comme des ancêtres de l'humanité ; seulement, il se révé- 
lait à eux sous les noms secondaires de « Ange du Seigneur », de 
« Elôhîm », en attendant qu'il se manifestât aux derniers jours 
sous son vrai nom Jésus (yw^), sauveur du genre humain, égaré 
par Satan. L'école monothéiste des prophètes n'eût guère pu agir 
différemment; elle eût étouffé son œuvre de propagande si le 
dieu qu'elle mettait en avant n'était pas annoncé comme celui 
des Pères d'Israël en particulier et de la première humanité en 
général. Ou bien, croit-on sérieusement que l'élohiste, pris d'un 
scrupule d'exactitude historique se soit décidé à contredire l'o- 
pinion générale, en niant l'existence du nom de mî-p antérieu- 
rement à la sortie d'Egypte ? Je pense qu'il suffit de poser ainsi 
la question pour la résoudre dans un sens négatif. L'antiquité, 
en écrivant l'histoire religieuse, n'avait qu'un seul but, celui de 



RECHERCHES BIBLIQUES 165 

l'édification ; et ce n'était certes pas glorifier une divinité favorite 
que d'annoncer urbi et orbi qu'elle n'avait pas été connue des 
hommes les plus pieux des siècles passés 1 . Cette réflexion oblige 
donc à présumer que la donnée élohistique de l'Exode, vi, 3, n'a 
pas la portée que la plupart des critiques lui attribuent. Selon 
l'écrivain, Ialrwé, en se révélant aux patriarches s'était fait surtout 
connaître sous le nom solennel et pour ainsi dire aristocratique 
de El-Schaddaï, qui indique sa puissance illimitée, et, comme les 
puissants du monde, il leur avait fait des promesses qui sont 
restées inaccomplies. Dans sa révélation à Moïse, au contraire, 
Dieu entendait se montrer sous sa vraie nature, exprimée par le 
nom de Iahwé, qui signifie « Celui qui est » avec ses adorateurs, 
qui les conduit comme par la main, les entoure de sa sollicitude 
et ne les abandonne jamais. L'expression ou) 3>nii marque l'idée 
de se faire connaître comme étant désireux d'accomplir ce que l'on 
promet (Isaïe, lji, 6, lxiv, 1; Jérémie, xvi,21) et n'indique pas que 
le nom ait été autrefois inconnu. Le sens que j'attribue au tétra- 
gramme n'a rien de métaphysique, mais est formellement donné 
dans l'Exode, ni, 11-15. Moïse, y est-il dit, prétexte tout d'abord 
son inaptitude à mener à bonne fin la tâche difficile de délivrer le 
peuple des mains d'un roi puissant; puis, il exprime la crainte de 
ne pas être cru par ses propres compatriotes s'il ne leur annonce 
pas sa mission au nom personnel du dieu de leurs ancêtres, cir- 
constance qui prouve qu'ils connaissaient très bien ce nom. Sur 
sa première observation, Dieu le rassure par les mots ^y JrjttN t? 
(ni, 12) «je serai avec toi » pour te soutenir jusqu'à la réussite 
complète de ton entreprise ; alors, ajoute-t-il, non sans une fine 
pointe d'humeur, le peuple délivré et toi-même, vous me prouverez 
votre reconnaissance en m'adorant sur cette même montagne qui 
a été témoin de tes défaillances, ce qui achèvera de te convaincre 
de la vérité de ta mission (ni^rr ïjb nn, etc., v. 12). Sur sa seconde 
observation, relative au nom le plus particulier et le plus solennel 
du dieu national, il reçoit cette réponse que ce nom, destiné à 
remplacer les autres appellations populaires, est iTtiT, mot 
équivalant à ï-Piia et renfermant l'idée d'être continuellement 
(rrî-iN nuiN ï-pïin) avec ceux qui le reconnaissent. Un nom aussi 
sympathique pouvait compter sur les suffrages du peuple opprimé, 
mais languissant après la délivrance, et l'on comprend combien il 

1 Comparez à ce sujet leKhorda Avesta, surtout yasht V, IX, XV, XVII consacrés 
à Anahita, à Druâçpa, à Vayou, à Ashi Vànuhi et où le culte de ces divinités est 
expressément ramené aux premiers hommes. En général, dans l'esprit des auteurs 
avestéens, c'est Ahuramazdâ lui-même qui avait déjà invoqué avant la création les 
divinités bienfaisantes du panthéon mazdéen. 



166 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

fortifiait, dès le début, le crédit de la mission de Moïse. Devant 
un tel dieu, qui réunit en sa personne la suprême puissance et la 
suprême affection, continuer le culte des autres dieux, devient 
pour Israël non seulement une action vaine, mais une détestable 
trahison envers son ami intime et inséparable. Cette idée est ad- 
mirablement exprimée par le verbe rm, qui marque l'infidélité de 
la femme envers son époux légitime, qui a droit à toutes ses af- 
fections. Les prophètes ont constamment conçu le rapport entre 
Iahwé et Israël comme celui d'une union matrimoniale, conclue 
par une affection mutuelle à la fleur de l'âge et pouvant à peine 
être dissoute par l'infidélité de l'épouse (Hosée, i, 2; n, 4-17 ; 
m, 1 ; Isaïe, i, 21 ; Deutéronome, xxxi, 16; Jérémie, n, 2; ni, 1-3; 
Ezéchiel, xvi, 1-63; xxm, 1-49, passvm). En échange, Iahwé, 
quoique créateur et bienfaiteur du genre humain en entier, con- 
serve une prédilection particulière pour Israël comme objet de 
son premier amour (Hosée, ix, 10; Jérémie, n, 2-3). L'accord 
unanime des prophètes à ce sujet appuie l'interprétation que je 
viens de donner de l'Exode, m, 11-15, et qui est, du reste, aussi 
admise par la tradition rabbinique comme par M. Dillmann l . 

Les considérations qui précèdent, semblent donc établir que 
tous les documents pentateutiques supposent l'existence du nom 
de Iahwé, non seulement à l'époque des patriarches, mais presque 
au berceau de l'humanité. Les moyens nous manquent naturelle- 
ment pour confirmer cette donnée, mais rien non plus ne vient 
l'infirmer ; au contraire, il y a des présomptions assez favorables 
à l'affirmative. En règle générale, chez tous les peuples connus, 
les noms des divinités supérieures se perdent dans la nuit des 
temps. En Egypte comme en Babylonie, la nomenclature des divi- 
nités nationales se montre à nous comme infiniment antérieure 
au début de l'écriture, c'est-à-dire à cinq ou six mille ans avant 
l'ère vulgaire, et on ne voit pas pourquoi il en serait autrement de 
l'ancien panthéon hébreu, dont Iahwé seul est parvenu jusqu'à 
nous. En second lieu, et tout en faisant abstraction de l'interpré- 
tation biblique, le nom de Iahwé est parallèle au nom divin phé- 
nicien *p\ qui compose le nom d'homme dbttttD^ « Iakoun a récom- 
pensé », et qui renferme aussi ridée de « être ». Cette coïncidence 
dans la variété, fait assez voir que la formation de Iahwé appar- 
tient au fond commun de l'esprit sémitique et n'est pas le produit 
d'une innovation particulariste et relativement récente. Une con- 
clusion identique semble résulter de la forme même du mot qui 
sera discutée dans le paragraphe suivant. 

1 Exegclisches Handbach, Exodus und Leviticus, 1880, p. 35. 



RECHERCHES BIBLIQUES 1G7 



III. Origine. 

Dès que l'on reconnaît que le nom ïiiïi^ n'est pas une création 
personnelle de quelque école prophétique subséquente au poly- 
théisme, mais un legs antique d'un âge irréfléchi, on est conduit à 
se demander dans quel milieu il prit naissance et par quelle voie il 
pénétra dans la conscience d'Israël. Si les Hébreux habitaient la 
Palestine depuis un temps immémorial comme les Phéniciens en 
Phénicie, la question de l'origine de Iahwé nous conduirait aux 
époques brumeuses de la formation des peuples sémitiques et res- 
terait nécessairement insoluble. De plus, une enquête sur l'origine 
de divinités exclusivement phéniciennes ou assyro-baby Ioniennes, 
telles que Melqart et Çed, d'une part, Aschschur et Marduk, de 
l'autre, une pareille enquête serait parfaitement locale, parce 
que rien ne nous autorise à sortir des limites géographiques où 
ces divinités sont placées. En ce qui concerne les tribus israélites, 
les circonstances sont bien différentes. D'après leur propre tradi- 
tion, ces tribus immigrèrent en Palestine en pleine époque histo- 
rique, quand les états civilisés de la vallée du Nil, de la Haute- 
Syrie et du bassin du Tigre et de l'Euphrate étaient dans leur 
plus grand épanouissement et avaient derrière eux une histoire 
plusieurs fois millénaire. Relativement aux vieilles nationalités 
environnantes, la nationalité hébraïque est pour ainsi dire une 
constitution médiévale et formée d'éléments ambiants, recueillis 
au cours de ses migrations. Ici la recherche d'origine est parfaite- 
ment à sa place et par conséquent la question de savoir si le nom 
de Iahwé découle du génie national des Béni Israël ou provient 
d'une source étrangère, non seulement est rationnelle, mais elle 
peut encore, grâce aux renseignements archéologiques que nous 
possédons, espérer de recevoir d'importants éclaircissements, 
sinon une solution définitive. 

Les hypothèses sur l'origine de Iahwé sont très nombreuses et 
la plupart des auteurs modernes se sont décidés pour une ori- 
gine exotique. M. Stade la place chez les Qênites, tribu à laquelle 
appartenait le beau-frère et conseiller de Moïse qui suivit les 
Israélites dans leur migration vers Canaan. M. Stade semble 
oublier que la tradition qu'il invoque regarde les Qênites comme 
un rameau de Midianites descendants d'Abraham, c'est-à-dire 
comme une peuplade étroitement apparentée aux Israélites. Ceci 
donné, si le culte de Iahwé avait réellement de l'importance dans 
la conception religieuse des Qênites, ce que rien ne certifie d'ail- 



168 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

leurs, il serait plus vraisemblable d'admettre que ceux-ci l'avaient 
emprunté aux Hébreux, dans la tradition desquels Iahwé est 
considéré comme le dieu des ancêtres. Moïse a bien pu faire un 
choix parmi les divinités de son peuple, mais, sous peine de ruiner 
son œuvre de réforme, il n'a pu ni introduire une divinité étran- 
gère, ni en inventer une de toutes pièces. Ainsi que je l'ai mon- 
tré précédemment, l'embarras de Moïse au sujet du nom divin 
qu'il devait annoncer à ses compatriotes, suppose de la part de 
ces derniers une connaissance exacte de leur tradition religieuse. 
Le prophète réformateur, on ne doit pas l'oublier, est issu d'une 
famille lévite peu remarquée auparavant (np^n "nb ma» u^n ^b^ 
•nb nn 1 rtt, Exode, n, 1), au milieu de laquelle il ne resta d'ail- 
leurs que fort peu de temps. Elevé à la cour du Pharaon, il quitta 
très jeune l'Egypte et n'y rentra qu'à l'âge de quatre-vingts ans ; 
il était donc très naturel pour lui de supposer que, avant d'ac- 
cepter sa mission, les Israélites voudraient s'assurer qu'il venait 
de la part de leur dieu national et que, par conséquent, ils vou- 
draient entendre de sa bouche le nom de ce dieu. Chez les Hébreux 
comme chez les autres Sémites, l'idée de « mentionner ou de con- 
naître le nom de Dieu » équivaut à celle de « l'honorer et de re- 
connaître son autorité ». En prononçant ce nom si cher aux siens, 
Moïse donnait la preuve que, malgré les vicissitudes qui l'avaient 
si longtemps tenu éloigné en pays étranger, il restait attaché à la 
foi de ses ancêtres. On peut donc affirmer que le récit de l'Exode 
n'a rien qui ne soit en parfaite situation. En tout cas, ce n'est pas 
ce passage qu'on peut invoquer pour établir l'introduction tar- 
dive de Iahwé chez le peuple d'Israël. 

Du côté de la Phénicie nous n'obtenons aucun éclaircissement 
pour la question qui nous occupe. Parmi les centaines de noms 
propres phéniciens que nous connaissons aujourd'hui, pas un seul 
n'est composé avec le nom de Iahwé. Des formes telles que b&o, 
•na* ('Apôaïoç), Çidqâ (roi d'Ascalon), Mittinti (roi d'Asdod), Padi 

1 L'expression ">")b m équivaut à "nb Œ'W D3 ; comparez "jifi n3 (Lévitique, 
xxn, 12, 13) et ffà tî^N n2 (ibid., xxi, 9) et il n'est nullement nécessaire d'attri- 
buer à notre auteur l'idée de faire de ^n^T la fille de Lévi, fils de Jacob, en contra- 
diction avec la chronologie commune qui fixe la durée du séjour en Egypte des Béni 
Israël à 430 ans (Exode, xn, 40, 41). Dans ce cas, Fauteur de l'Exode, vi, 14-25 
n'aurait pas manqué de mentionner Iokebed parmi les enfants de Lévi (cf. Genèse, 
xlvi, 15, 17). Le verset, Nombres, xxvi, 59, est évidemment corrompu et doit 
être restitué ainsi qu'il suit : ntf ûnft3>b ibm "nb <m TrûT ÛTû* n^N dïîl 

û"nï£fc3 ib dmN ïnb^ t^n ûmns ù^ie n&o twn n»*i p-a (au Heu de 

"Hbb ïiniN). La phrase explétive a pour but de relever ce fait que les fils d'Aaron 
naquirent après la sortie d'Egypte, ce qui explique pourquoi Eléazar, fils de ce 
deruier, a pu survivre à la première génération, condamnée à mourir dans le désert 
{ibidem, 63-65). 



RECHERCHES BIBLIQUES 169 

(roi d'Ecron), ne contiennent pas l'élément (i)ït ou v contracté 
de ïtiït. Le premier répond, non à l'hébreu b&rn, mais à l'araméo- 
arabe ibai, bai, le second a un i suffixe et les autres, trouvés 
dans les textes assyriens, doivent être transcrits ripait (pour ^E), 
n^riTû, vj&. Encore moins probants sont ïrnia le Hettéen (II Sam. 
x, 3) et troua l'Ammonite (Néhémie, n, 10) qui étaient des pro- 
sélytes. 

Nous ne sommes guère mieux récompensés en nous dirigeant 
vers le nord-est. Immédiatement après la Damascène, qui ne nous 
donne rien, nous entrons en territoire hamathéen en longeant l'O- 
ronte ; là nous constatons des traces apparentes de Ialrwé dans le 
nom ù'JT! porté par le fils du roi To% allié de David (Sam., vin, 10). 
Plus tard, le roi de Hamath, vaincu par Sargon, porte le nom de 
laubVdi = l^ar, écrit aussi Ilubïdi = Wsbtt, ce qui prouve que 
lau est bien un nom divin. Pour la composition, comparez le nom 
tjwïi (= ^aanrt ?) qu'on lit sur une intaille araméenne (Vogué, 
Mélanges, p. 120). L'antiquité du premier nom, ainsi que la forme 
non hébraïque du second, me semble exclure l'idée que les Hama- 
théens les auraient empruntés aux Israélites. L'idée contraire qui 
verrait dans Ialrwé une divinité empruntée par les Hébreux aux 
Hamathéens serait en elle-même plus probable, car la civilisation 
hamathéenne, qui se rattache à celle de l'empire hittite, est de beau- 
coup antérieure à la conquête de la Palestine par les Israélites, 
peut-être même à l'émigration des Abrahamides. Et cependant, l'o- 
rigine hamathéenne de Ialrwé n'est guère facile à admettre. Suivant 
la donnée formelle de la Genèse, x, 18, la population de la Ha- 
mathène appartenait à la souche phénicienne ; or, le verbe tnïi 
« être », qui constitue la base du nom divin sur lequel nous dis- 
sertons, est hors d'emploi en phénicien, où, ainsi qu'en arabe, il 
est remplacé par la racine "ps. De plus, les relations de la Hama- 
thène et de la Phénicie ayant été de tous temps très fréquentes et 
très intimes, le nom de Ialrwé, s'il appartenait au fond de la 
conception religieuse du premier pays, ne serait pas resté sans 
laisser quelques vestiges dans les noms propres phéniciens. Nous 
sommes ainsi conduit à supposer que ces noms hamathéens sont 
eux-mêmes empruntés à quelque voisin du nord ou de l'est. De 
ces deux régions, la dernière seule nous est connue. En Mésopo- 
tamie, on trouve souvent des noms composés de l'élément divin 
lau (écrit souvent E-a) comme Iau-bani « Iau-construit ou 
crée », lau-naçir « Iau-protège » ; les noms hamathéens dont il 
s'agit s'y rattachent sans la moindre difficulté, et il reste seule- 
ment à rechercher si le lau assyro-babylonien peut être regardé 
comme la source du Iahwé hébreu. 



170 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Au premier aspect, la similitude de ces deux divinités semble 
évidente, grâce au nom û*}V\ qui est commun aux Israélites et aux 
Hamathéens. Après réflexion, l'idée paraît à peine soutenable. 
En effet, le uni"» hébreu présente la contraction de ùvim pour 
ffTfriST, tandis que dans la forme hamathéo-babylonienne le nom 
de Iau, dieu de l'océan, représente, sans aucun doute, la pronon- 
ciation contracte de Iawu (== Iamu, héb. tp), « mer, océan ». Il y a 
donc ici une homophonie fortuite entre deux mots d'origine diffé- 
rente, car le fait que mm dérive de mn demeure inébranlable. 
L'essai de M. Friedrich Delitzsch de prendre le i pour racine et 
de voir dans le reste des additions postérieures, a parfaitement 
échoué. L'opinion est là-dessus unanime dans le monde savant. 
La Babylonie doit, du reste, être écartée par une raison encore 
plus forte que celle qui nous a fait exclure la Phénicie : l'idiome 
de Ninive et de Babylone non seulement ignore le verbe mn, il 
n'a même pas le pronom de la troisième personne, singulier : ain, 
commun à toutes les autres langues sémitiques ; il le remplace par 
scliu, avec une sifflante initiale. La Phénicie et la Babylonie élimi- 
nées, notre regard s'arrête forcément aux peuples araméens, où 
nous rencontrons le verbe ain en pleine -exploitation et comme 
expression unique de l'idée d'existence. 

Ce résultat philologique est parfaitement corroboré par la tra- 
dition hébraïque. La famille térahide vient d'une contrée ara- 
méenne par excellence, la Chaldée, et s'établit en majorité dans 
la Syrie araméenne, à Hârân 1 . Les Abrahamides seuls la quittent 
pour s'établir sur des territoires cananéens, où ils échangent leur 
idiome natal contre celui de leurs nouveaux compatriotes fc , deve- 
nus bientôt leurs sujets. Iahwé, l'antique dieu abrahamide, a na- 
turellement persisté sous sa forme primitive à travers le revire- 
ment linguistique et son aspect araméen est tout naturel. J'incline 
même à assigner une provenance paléo-araméenne au mot hé- 
breu s'bN, tmbtt « divinité, dieu », identique au syro- arabe ttbN 
ï"K&$, et qui ne se retrouve ni en phénicien, ni en assyrien. 

IV. IneffaUlité. 
Le tétragramme a cessé de bonne heure d'être prononcé littérale- 

1 Sur l'emplacement de la "pn abrahamide, voyez mes Mélanges d'épigraphie 
(1872). La tradition confond cette ville avec la ffarrân de la Mésopotamie supérieure; 
mais, à ce que je sache, personne n'a encore eotrepris de lever les difficultés que 
j'ai signalées contre cette identification. 

* Voyez Revue des études juives, t. IX, p. 13-14. 



RECHERCHES BIBLIQUES 171 

ment et on a pris l'habitude d'y substituer diverses épithètes ou 
d^d, dont les plus fréquentes sont dér; « le nom » et "tftH « Sei- 
gneur ». Cette substitution est inconnue aux écrits bibliques. On 
s'est, suivant moi, trop hâté d'affirmer que le ûéri du Lévitique, 
xxiv, 11, remplaçait le tétragramme. Une locution mm na 2p5 
serait monstrueuse et ne donnerait que le sens, je veux dire le 
non-sens, de « perforer ou déterminer la personne de Iahwé ». Au 
sens de « prononcer, mentionner, » le verbe nps a pour régime le 
mot ûto (Ibidem, 16). Le groupe ^a mm que l'on rencontre clans 
des psaumes postérieurs à la captivité de Babylone (Psaumes, gxli, 
8) atteste l'usage oral du tétragramme à l'époque perse et montre 
que la défense de le prononcer doit être assignée à l'époque sub- 
séquente, celle qui fut inaugurée par les conquêtes d'Alexandre. 
La tradition rabbinique est, au fond, d'accord avec ce résultat. 
Elle attribue la défense à Siméon le Juste (p'nstti ïijetû) dont elle 
fait le contemporain du conquérant macédonien. On avait com- 
mencé tout d'abord par restreindre le nom sacré aux offices du 
temple ; puis, dans le temple même, on cherchait à le rendre 
indistinct aux assistants en le couvrant par le chant des prêtres. 
Retiré de l'usage, le tétragramme ne tarda pas à être regardé 
comme un nom mystérieux et tout puissant. Le livre d'Hénoch 
traduit déjà la croyance que le monde a été créé par la vertu du 
nom caché que les anges eux-mêmes n'apprennent qu'après un 
long stage de noviciat. L'imagination, montée par le mystère, crut 
bientôt discerner dans le tétragramme (nvma *r p duî) des combi- 
naisons mystiques de douze et de quarante-deux lettres ('ni "p do 
'mimât *Sd fn diiii) et prépara ainsi la plate -forme des fictions 
cabalistiques du moyen âge. Aux termes d'une Mischna (Sanhé- 
drin, vu, 5), durant l'instruction qu'on faisait subir aux témoins 
à charge des blasphémateurs, on remplaçait le tétragramme par 
les expressions analogues [*ob) : itfp nN ■W H3" 1 « que Iosé frappe 
losé », ce que la Guémare commente en citant une Baraïta sui- 
vant laquelle la peine de mort n'est appliquée que •pa*^ iv 
dtfin dis. Texte et commentaire sont inintelligibles l'un et l'autre. 
Les commentateurs du moyen âge, suivant scrupuleusement l'in- 
terprétation donnée par le Talmud lui-même, entendent par les 
mots duîn diu que le blasphème doit consister dans la formule 
« que Iahwé frappe ou maudisse Iahwé ». Le caractère peu satis- 
faisant de cette interprétation est trop évident pour que l'on puisse 
s'y arrêter. Elle n'est, du reste, qu'une traduction servile des mots 
obscurs de la Mischna et n'y ajoute aucun éclaircissement. Moins 
bonne est encore la traduction «jusqu'à ce qu'il récite l'eulogieavec 
le tétragramme «donnée du membre de phrase précité par quelques 



172 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

auteurs modernes, en oubliant qu'il ne s'agit pas d'une eulogie mais 
d'un blasphème. Le sens vrai des mots en question est sans aucun 
doute « jusqu'à ce qu'il blasphème Dieu (ûtû *p:r) en prononçant 
le nom propre de Iahwé (ùttîa) ». Gela revient à dire que la peine 
de mort n'est pas applicable quand le blasphème atteint les autres 
noms divins, lesquels ne sont que des épithètes. Partant de là, je 
propose de corriger les mots évidemment corrompus de la Mischna 
en tto*n in "OT !m\ Je vois dans m" 1 la forme lapé constatée par 
Théodoret chez les Samaritains et mentionnée plus haut, tandis 
que dans les mots -ot et îiûv, le i du tétragramme est figuré par 
son équivalent numérique de la série des dizaines, o = 60 = 6 
X 10. La Mischna veut donc dire que, pendant l'interrogation des 
témoins d'un blasphème commis contre le nom de Iahwé, on 
avait soin de substituer à ce nom vénéré les formes factices Iabé, 
José ou Iosa, et que le tétragramme n'était employé qu'une seule 
fois, au moment de prononcer la peine de mort CpTft "ifciû). Ces pho- 
nèmes reflètent visiblement les vocalisations dont le tétragramme 
était alors l'objet dans la bouche du vulgaire, savoir nyr», rnhn 
et î-nï-p ; la première s'accorde avec celle qui est adoptée par la 
plupart des hébraïsants modernes ; la troisième est celle que les 
massorètes ont copiée sur l'épithète ^»; la deuxième n'a pas 
trouvé de défenseurs dans les périodes post-talmudiques ; toutes 
les trois, enfin, montrent parfaitement que les Tannâîm de la 
Mischna n'étaient pas mieux fixés à cet égard que nous-mêmes. 

On a vu, par ce qui précède, que le tétragramme est devenu 
ineffable peu d'années après Alexandre le Grand et que cet usage 
était déjà général chez les Juifs d'Egypte à l'époque où eurent lieu 
les premiers essais de traduire le Pentateuque en grec. Ces circons- 
tances réunies et méditées ensemble nous permettent de répondre 
à une première question, celle de savoir dans quel pays prit nais- 
sance cet usage singulier et unique dans l'histoire des religions. 
Qu'on ne s'y trompe pas, l'antiquité connaît bien quelques rares 
exemples de divinités vagues et mystiques dont la superstition sa- 
cerdotale n'osait prononcer les noms ; mais, qu'un peuple religieux 
à tendances universalistes comme les Juifs cesse tout d'un coup de 
porter sur ses lèvres le nom du Dieu même qu'il s'efforçait de faire 
adopter par le monde entier et qui constituait son titre de gloire 
depuis un grand nombre de siècles, voilà un phénomène vraiment 
extraordinaire, qui ne saurait être que l'effet d'une cause beaucoup 
plus grave que le serait le débordement subit d'un respect exagéré 
ou d'une superstition fraîchement couvée ! Mais la cause grave qui 
a nécessité le retrait du tétragramme de l'usage public a dû naître 
dans un milieu déterminé et n'a pu surgir spontanément en Egypte 



RECHERCHES BIBLIQUES 173 

et en Palestine ; la question de savoir lequel de ces deux pays a 
donné l'impulsion à l'autre sous ce rapport demande donc à être 
résolue en même temps que celle relative à la nature exacte de 
cette cause. Au premier aspect, la Palestine a la préférence, en con- 
sidération de son prestige comme centre du culte et de l'autorité 
religieuse. Une défense de ce genre, émanée du Sanhédrin ou du 
collège sacerdotal de Jérusalem, aurait certainement été accueillie 
à Alexandrie sans la moindre difficulté ; ce qui empêche de penser 
à la Palestine, c'est le défaut de toute explication raisonnable de 
la défense elle-même, dans la capitale de la Judée. Au contraire, 
quand on accorde l'initiative à la communauté d'Alexandrie, la 
mise hors d'usage de l'emploi oral du nom divin, s'explique par 
la nécessité de le soustraire à la profanation de la part de la 
population payenne avec laquelle elle était en relations quoti- 
diennes et dont elle subissait la haine et la brutalité. A Jérusalem, 
le payen qui aurait osé blasphémer ou tourner en ridicule le Dieu 
d'Israël, n'eût pas manqué d'être châtié à l'instant par la popula- 
tion indignée, et cette crainte salutaire a certainement déterminé 
les non-israélites à s'y comporter avec plus de décence à l'égard 
de la religion juive. Le cas était différent dans la capitale de 
l'Egypte, où les Juifs étaient en minorité et entièrement à la merci 
des Grecs et des Egyptiens, qui se trouvaient toujours d'accord 
pour les vilipender et pour leur faire tout le mal possible. Là, les 
Israélites, la mort dans le cœur, devaient voir journellement leur 
religion insultée et calomniée par les payens, sans pouvoir leur 
imposer silence. Qu'y a-t-il d'étonnant que, reconnaissant leur 
impuissance à arrêter le flot toujours montant des blasphèmes 
contre le nom sacré de leur Dieu, les Juifs alexandrins aient pris 
l'habitude de ne plus le prononcer dans leurs entretiens usuels 
afin de le soustraire à la profanation ? Dans la situation où ils se 
trouvaient, c'était le parti le plus sage qu'ils pouvaient prendre, et 
dès lors, la substitution de Iahwé par Kupioç, i^n, était toute natu- 
relle. D'Egypte cet usage s'est introduit en Palestine, lentement 
mais progressivement, au fur et à mesure que les colonies grecques 
se multipliaient autour de la Judée, surtout en Galilée et dans 
la région transjordanienne. Le tour de Jérusalem vint enfin, de 
sorte que la prononciation du tétragramme ne trouva plus d'autre 
refuge que dans l'enceinte du temple et encore y chercha-t-on à 
la dissimuler autant que possible. Le Talmud paraît avoir con- 
servé un sentiment exact de la façon dont la chose s'est passée. 
Suivant la Baraïta, la perte de la félicité éternelle dont une auto- 
rité de la Mischna, Abba Schaoûl, menace celui qui prononce 
littéralement le tétragramme (Sanhédrin, xi, 1), ne reçoit son 



174 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

exécution qu'à la condition que l'acte ait été accompli hors du 
temple et dans une conversation en une langue autre que l'hébreu 
fûa fitt&ai 'pb'iaan [Ibidem, ci b) ; c'est, tout nous le fait croire, 
parce que la conversation en langue étrangère est comprise par 
les payens et peut amener de leur part des remarques blessantes 
pour la dignité du nom divin. 

Maintenant nous pouvons comprendre la nature même des 
blasphèmes que la suppression du tétragramme de l'usage com- 
mun était destinée à prévenir. Ces blasphèmes sont sans doute du 
genre de ceux que les ennemis des Juifs avaient répandus à 
Alexandrie et dont Josèphe nous a conservé des spécimens suffi- 
sants dans son écrit contre Appion. L'Egyptien Manéthon s'était 
déjà fait l'interprète de la haine de sa nation contre les Juifs en 
racontant des fables absurdes sur la prétendue lèpre dont les Is- 
raélites et leur législateur Moïse auraient été affligés à leur sortie 
d'Egypte. Les ouvrages de cet historien paraissent avoir été la 
source de tous les mensonges que les auteurs tels que Chérémon, 
Lysimaque, Posidonius, Apollonius Molon et Appion ont pro- 
pagés sur la religion juive. Les Juifs adoraient une tête d'âne 
qu'ils conservaient dans le temple, en même temps qu'un captif 
grec destiné à être sacrifié et mangé par tout le peuple. Le repos 
du sabbat avait été institué pour commémorer la disparition d'une 
lèpre honteuse le septième jour après avoir été chassés d'Egypte. 
Jérusalem devait son nom aux dépouilles des choses saintes que 
les Israélites avaient enlevées aux Egyptiens. Les deux dernières 
fables reposent, l'une, sur un rapprochement de l'hébreu Schab- 
bat (sabbat) et l'égyptien sabbo, qui signifie « douleur des aines » ; 
l'autre, sur celui de l'hébreu Iêrusehalaïm -(Jérusalem) « vision 
de paix (?) » et le grec 'iepowATjjia « vol sacrilège, dépouille des 
temples ». Ces calembours ridicules sont expressément donnés 
par les auteurs anti-juifs, qui les tiraient sans vergogne indiffé- 
remment de l'égyptien ou du grec selon leur convenance [Réponse 
à Appion, II, ii et I, xn). Ceci me paraît fournir la clef de la fable 
relative à l'adoration de l'âne : c'est un jeu de mots entre le son 
'law ou à peu près qu'offre la transcription du tétragramme en grec 
et le mot copte uo ou ew qui signifie « âne ». Je ne suis même pas 
loin de penser que le conte du Grec caché dans le temple a peut- 
être aussi sa source dans une assimilation de iaw et 'iàwv « Ionien, 
Grec ». Quoi qu'il en soit de ce dernier cas, le travestissement du 
nom sacré en celui d'un animal impur par les Gréco-Egyptiens a 
dû blesser profondément le sentiment religieux des Juifs d'Alexan- 
drie, et le seul moyen d'y échapper était de le supprimer de la con- 
versation. 



RECHERCHES BIBLIQUES 175 

Une dernière remarque. Le Talmud a ici encore des renseigne- 
ments assez exacts sur l'état de choses. D'après l'aggada, la dé- 
fense de se servir du tétragramme cessera à l'époque messianique 
(n'î-n^n), évidemment parce que les blasphèmes et les profana- 
tions ne seront plus à craindre. Aussi, le premier acte religieux or- 
donné par Bar-Kôkebâ, le héros de la révolution juive sous Adrien, 
fut d'autoriser la prononciation littérale du tétragramme. Le vail- 
lant patriote se croyait assez fort pour faire respecter la religion 
juive par les payens. Parmi les chefs d'école du temps, on nomme 
R. Hanina b. Teradion comme ayant profité de cette permission, et 
les générations postérieures regardaient le martyre de ce docteur 
(il fut brûlé vif par les Romains) comme l'expiation de cette trans- 
gression. Depuis l'échec de Bitar, la répugnance pour la pro- 
nonciation littérale du nom divin s'était tellement enracinée, qu'il 
était défendu de répondre par amen à toute eulogie où le tétra- 
gramme avait été prononcé, alors même que celui qui la récitait 
était un non juif. C'est, du reste, tout ce que le Talmud fournit sur 
notre sujet. Le passage Berachot, vin, 7, ainsi conçu : nriN ]pN )^iy 
Wtttt ynw v "p^ï-r Tins nn» •p" ir 1"W -paiïii bôruc, ne 
traite ni des eulogies en général, ni du tétragramme. Il s'y agit 
uniquement de la bénédiction qu'on récite après le repas, dite rûna 
)MKn. Quand celui qui la récite est un Juif, les assistants peuvent 
répondre amen à la première mention du nom de Dieu, Adonâï 
ou Kùptoç ; quand c'est un Samaritain qui récite, on ne répond 
amen qu'après avoir entendu la bénédiction tout entière, afin 
d'être sûr qu'il a récité l'eulogie relative à Jérusalem et au temple 
de Sion, ce qui prouve qu'il a renoncé au culte du mont Garizim. 
C'est là le vrai sens de ce passage, donné d'ailleurs par Raschi et 
les autres commentateurs. 



II 

nnfcrtô*, b^a; isrt», b** 

Ces quatre vocables de l'antique mythologie sémitique ont été 
diversement traités dans la littérature monothéiste d'Israël. Le 
premier a été conservé intact dans les noms théophores, à côté de 
îtiït ; aussi les formes analogues à bains et injbtf sont-elles presque 
aussi fréquentes que celles de Fnsna et tytrô* Comme mot isolé, son 
emploi a été presque restreint au singulier — il n'y a que trois 
exemples du pluriel ù^n — et encore ne s'adjoint-il que le suffixe 



176 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de la première personne, ^ba, et n'a-t-ilpas de féminin. Le deuxième 
ne s'emploie pas dans les noms propres, ne prend ni l'article ni les 
suffixes personnels au singulier 1 et n'a pas non plus de féminin, 
mais se met volontiers au pluriel, quoique le plus souvent dans le 
sens d'un singulier. Les deux derniers désignent respectivement 
les dieux et les déesses des peuples étrangers, avec cette différence 
que b^5 prend toujours l'article, tandis que ri^p.wy ne le prend 
jamais au singulier. Ils ne s'adjoignent pas les suffixes personnels, 
mais admettent la terminaison du pluriel. On trouve encore quel- 
ques noms propres composés avec b^a , mais pas un seul n'est 
composé avec rnhrç*. Le traitement si divers de ces mots n'est 
peut-être qu'un caprice de l'usage, mais comme, pour comble 
d'embarras, leur origine même est loin d'être éclaircie, je crois 
qu'il ne sera pas tout à fait inutile de les soumettre à un nouvel 
examen, ne fût-ce que pour mieux faire ressortir certaines faces 
du problème, surtout au point de vue des récentes découvertes 
faites sur le domaine des langues et des antiquités sémitiques. 

Le plus difficile à expliquer est le mot b$. On a cru pendant 
longtemps qu'il était particulier à l'hébréo-phénicien et qu'il man- 
quait primitivement aux autres langues sémitiques. Les quelques 
vestiges que l'on en avait remarqués en arabe et en syriaque ont 
été attribués à l'influence juive ; et, quand les inscriptions sa- 
béennes offrirent un grand nombre de noms composés avec b», les 
partisans de cette théorie y virent de nouveau la preuve de l'acti- 
vité du prosélytisme juif. Aujourd'hui, cette hypothèse, condam- 
née déjà par des considérations historiques, disparaît sans retour 
devant les faits positifs que les monuments épigraphiques nous 
ont livrés sur l'usage commun de ba chez tous les peuples sémi- 
tiques sans exception. La question, relative à la nature de la 
voyelle primitive du mot en question vient aussi de recevoir une 
solution que l'on peut considérer comme définitive. Le témoi- 
gnage des formes hébraïques bfi{ et bN transmises 2 parlaMassore, 
d'une part, celui des formes assyrienne, phénicienne et éthio- 
pienne, de l'autre, rendent hors de doute que la forme primitive 
était il, avec un i bref. Cette circonstance fait disparaître tout 
d'un coup deux tentatives étymologiques qui étaient naguère très 
répandues : celle qui ramenait ce mot à la racine bitf « être en 

1 Le mot ïï-j'btfb [Habakuk, i, 11), doit probablement se lire ISlb^b », pour 
"Pïl'bisb. La forme 'EXwi [Matthieu, xivii, 46) dans certains manuscrits est certai- 
nement inexacte. 

2 Surtout dans ""bNÏT rPS (Rois, I, xvi, 34) « habitant de b&Tma. » 



RECHERCHES BIBLIQUES 177 

avant, etc. », et celle qui le rattachait à b^* « être fort, etc. » Le 
mot en question doit donc venir d'une racine non concave, c'est- 
à-dire d'une racine dont la seconde radicale est une consonne 
permanente. Grâce à cet état de choses, on ne peut s'empêcher de 
songer à la racine ^ba, source de la préposition bN « à, vers » et 
d'admettre avec M. de Lagarde que les Sémites concevaient 
Dieu comme « le but vers lequel tendent les pensées humaines », 
ou du moins si l'on veut, comme l'objet vers lequel on se tourne 
en priant. Je n'ose néanmoins me prononcer à cause de quelques 
difficultés assez sérieuses qu'on ne saurait passer sous silence. 
Certes, la conservation de Yê dans le pluriel û">bN en face de tnaa 
(ar. banûn), sing. fë, se justifie par l'analogie de g^ qui fait 
au pluriel dw, mais le phénicien ïba, pluriel ûiba (en lettres 
latines alonim), conduirait tout au plus à une racine ibs, à 
l'exemple de "pao '{i£ ta i "jim, car le i troisième radicale reste d'or- 
dinaire intact dans cette forme : ^sa, £333, 'p'W, 1T3N etc., et 
dans ce cas, on n'aurait plus à comparer la préposition btf dont, 
soit dit en passant, le caractère radical du a n'est pas à l'abri du 
doute, mais soit l'hébreu rsbtf « serment », soit l'araméen «ib« 

T T ' t s — 

a bâton, poteau », soit l'arabe lbtf=iba « bienfaisance ». Pour 
comble d'embarras, la dérivation de ibi*, aussi bien que celle de 
ibtf, rencontre un obstacle insurmontable dans le pluriel sabéen 
nbabat « dieux, » attendu que le redoublement ne s'opère presque 
jamais sur des racines à troisième radicale faible. Comme on voit, 
la forme sabéenne qui précède, nous oblige de suivre une nou- 
velle piste qui n'est peut-être pas encore la bonne, mais qu'il ne 
sera plus possible de négliger. En éliminant les quatre racines iba, 
•»bN, bis, b^a ainsi que la racine bba qui est contraire à la tradi- 
tion générale, il ne reste qu'à recourir à la racine bfin, qui échappe 
à toutes les difficultés auxquelles se heurtent les autres tentatives 
étymologiques que nous venons de discuter. Si ce nouveau point de 
départ était exact, la forme ba serait due à la chute de la première 
radicale, absolument comme celle des mots hébreux iy et sn qui vien- 
nent de ^jn (^-i) et *t. Ces mots apocopes se présentent plus sou- 
vent avec la terminaison du genre féminin : héb. ttyi ou n*! de jt, 
aram. arûp de irai, ar. ïïrw de rrn, éth. rûïi de am ; mais la légi- 
timité de la forme masculine nous est garantie, outre les vocables 
hébreux précédemment cités, par la concordance de l'éthiopien nb 
et l'assyrien lidu « enfant », venant tous deux de la racine ibl. Cette 
dernière langue nous prête, à ce sujet, un concours des plus pré- 
cieux, parce que les mots apocopes y sont à la fois susceptibles 
de se redoubler et de s'ajouter la formative an ; on y a ainsi pour 

T. IX, N° 18. 12 



178 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'idée <T « enfant » trois formes synonymes : lidu, lillidit (pour 
lidlidii) et lidanu, formes dont le parallélisme respectif avec le 
commun sémitique il (b«), le sabéen il-il (nbaba) et le phénicien 
al-on (}bs) saute aux yeux et s'impose à l'esprit. Pour le redou- 
blement, comparez encore l'hébreu d'KKKS et l'éthiopien Niai 
« descendants » qui viennent de asti = Nin ' « sortir ». En un 
mot, l'hypothèse d'après laquelle, l'expression ba tirerait son ori- 
gine de la racine bai, ne soulève aucune des difficultés qui ont 
rendu impossible les étymologies proposées jusqu'à ce jour, et cela 
constitue une sérieuse présomption en sa faveur. Pour le sens, on 
peut hésiter entre l'hébreu b^nri « vouloir, consentir » et l'arabe 
ban « chercher un refuge, se réfugier ». Dans le premier cas, Dieu 
serait conçu comme la volonté suprême ; dans le second, comme 
un suprême refuge. Cette dernière conception semble préférable 
et à cause de son caractère plus populaire et à cause de ce fait que 
la poésie hébraïque met souvent en parallélisme avec ba les mots 
132 ou ybo « roc », îrm» « forteresse », mbn « asile», et d'autres 
termes analogues qui marquent l'idée d'asile et de refuge. 

Le féminin de ba est relativement peu. employé dans les lan- 
gues sémitiques. On ne l'a constaté jusqu'ici ni en hébreu ni en 
phénicien, ni en araméen. Le nom nbN qui appartient à une déesse 
portant le titre de « mère des dieux » (inks un) dans un document 
nabatéen 2 et qui entre dans un grand nombre de noms propres sé- 
mitiques tels que rinem, ribnm, rbl#V&, nb^bi, ce nom, témoin 
les transcriptions assyrienne et grecque Al-lat et ('Ouapjmaeoç se 
prononçait allât et partant ne peut pas être le féminin de b$. Pour 
l'assyrien et le sabéen, l'existence de ce féminin est certaine. Je me 
contenterai de citer un exemple de chacun de ces idiomes : Be- 
at... liadirti ilâti (R. V, 9, 76) « Belit. . . la plus puissante (?) des 
déesses», et -nn* I nbab (liai. 152, 4) « à la déesse 'Athar ». La 
rareté relative de la forme féminine, vient probablement de l'ha- 
bitude qu'on avait prise de remplacer le nom commun par des 
titres honorifiques signifiant « grande, dame, maîtresse », comme 
nsn, nbm, nibti, belti, etc. Du reste, l'emploi du terme btf lui- 
même comme mot isolé, a dû bientôt rétrograder devant des 
synonymes plus populaires ; en phénicien, devant "jbN ; dans les 
idiomes syro-arabes, devant nba ; en éthiopien, devant fNtaNf. L'as- 
syrien seul Ta maintenu dans toute sa puissance originelle, et c'est 

1 La forme arabe bfcï constitue suivant toutes les- vraisemblances un développe- 
ment secondaire, analogue au talmudique pp*-\ « cracher » formé de ph « crachat », 
ancienne racine pT*. 

2 Vogué, Syrie centrale, inscriptions sémitiques, page 119. 



RECHERCHES BIBLIQUES 179 

encore à cet idiome si ancien que nous devons recourir pour tran- 
cher la question de savoir si le mot bat désignait primitivement 
une divinité déterminée. L'idée que b$ était primitivement un 
nom propre m'avait séduit beaucoup autrefois et je m'appuyais 
pour cela sur deux arguments tirés, l'un de l'équation Ilos = 
Chronos fournie par Philon de Byblos ; l'autre, de la coordon- 
nant de bN et ■ïnr^ dans les inscriptions sabéennes : ba | Wi | 
nnrân (Hal. 144, 3) et iniiîi | bs* I *pp (Hal. 150, 14), membres de 
phrase que j'ai traduits par « adorateur de El et de 'Athtar » et 
« serviteur de El et de Athtar » 1 . Dans un travail récent, M. D. H. 
Mùller soutient la même thèse en invoquant les passages sabéens 
que je viens de mentionner 2 , je crois qu'il sera maintenant plus 
exact d'admettre, en harmonie avec les autres vocables divins p«, 
b^n et mnm, que ba ne s'est individualisé qu'à un stage plus 
avancé de la réflexion ; en un mot, que c'est un nom commun de- 
venu nom propre. Ce changement est néanmoins d'une prodigieuse 
antiquité, puisqu'on le constate dans toutes les langues sémitiques, 
mais il a laissé subsister l'idée antérieure et appellative. Même en 
phénicien on constate la forme ■jan bN « dieu Hammân » parallèle 
au nabatéen v^p ba « dieu Cassion ». Dans le passage sabéen 
niam l bh-j I b^n \ Dnâin nnri* | îj&pp!» (Langer 7, 5), le mot '->ba, 
comme le dit très bien M. Mùller, ne peut être que le duel de ba : 
« leurs deux divinités, 'Athtar de Gaoufat, maître de 'Alam (?) et 
Bashar ». Le groupe dïï^n | Dba (Hal. 50, 152, 4, 257) semble avoir 
un sens collectif : les El et les Scheyoum », c'est-à-dire les dieux 
supérieurs et les dieux subalternes 3 ; la nuance collective est pro- 
bablement due à la mimmation. 

Le mot le plus commun en hébreu pour désigner l'idée de dieu 
est ïi'ba et surtout le pluriel trrfbN, qui est le plus souvent traité 
comme un singulier. Cette anomalie, vraisemblablement inten- 
tionnelle de la part des écrivains monothéistes, est ordinairement 
expliquée par le « pluriel de majesté » comme celui, moins fré- 
quent, de arma (Isaïe, xix, 4 ; Malachie, i, 6), lequel paraît ne 
pas avoir été inconnu en Phénicie, comme l'atteste la forme 

I grecque 'ASoivi^doiôo?. Le singulier gfëg est restreint à la poésie et, 
par un archaïsme recherché, aux livres les plus récents du re- 
cueil biblique. II ne s'emploie presque jamais avec les suffixes 



1 Rapport sur une mission archéologique, p. 242—243. 

% Zwei Vortrâge, p. 26 (tirage à part du vol» il des Travaux du Congrès des 
orientalistes, tenu à Leide en 1883). 
3 BptS signifie au propre « préposé, lieuteûaût». 



180 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

braïque de noms propres formés avec rtS», fait supposer que ce 
mot n'est pas primitif en hébreu. Il fait également défaut en assy- 
rien et en phénicien; son origine semble appartenir à la famille ara- 
méo-arabique, l'éthiopien seul excepté. Dans cette famille, (N)nbN 
et nnbN ne sont pas seulement d'un usage commun pour « dieu » 
et « déesse », mais ils forment de nombreux noms propres : in? 
nbN, nbin (pour ttbtfTi), nnba w, ûbip | nnba | bm, rarab (pour 
ŒOTïibN), tnaairba etc. Dans une inscription deTaïmâ le mot NlnbN 
semble fonctionner comme un nom propre, tout comme le t-ibî* 
arabe, qui est pour ttbarbN= héb. d^nbaïr. Le sens propre de la 
racine tibis nous est encore inconnu ; l'arabe tjbs « adorer » dé- 
rive probablement du substantif ïibis:. 

Tandis que les termes ba et &*>« s'appliquent indifféremment 
au Dieu unique d'Israël et aux dieux païens, le couple byz et 
rn'ntp* désigne exclusivement les dieux et les déesses du paga- 
nisme. C'est tout spécialement le cas dans la locution tnbyiart nN 
rrhntôtfri nan (Juges, x, 6), parallèle à l'assyrien ilâni ù ishtarâti 
« les dieux et les déesses » (Oppert). Ainsi qu'on a vu plus haut, 
l'association correspondante nnnsn | ba se ^retrouve en sabéen ; 
mais la traduction de ces mots par « dieu et déesse » conviendrait 
tout au plus au passage Hal. 144, 3-4; dans Hal. 150, 4-5, où inn* 
est déterminé par un nom propre (?) incompris, joan, cette tra- 
duction devient impossible et cela fait présumer qu'il faut les 
prendre pour des noms propres. On sait, d'ailleurs que chez les 
Sabéens, il y avait un double nnn*, mâle et femelle. En ara- 
méo- arabe, l'association de b^ra et nn* dans le sens de « dieu 
et déesse » a également dû exister, comme le prouve l'opposi- 
tion des expressions arabes ^byn et "nn*, dont la première dé- 
signe un champ qui a besoin d'arrosage et la seconde un champ 
qui produit sans arrosage artificiel. Les champs de la première 
espèce se disent aussi en hébreu by^r: ïTpp. Malgré le tour nou- 
veau de ladite locution, l'idée primitive et sexuelle y est évi- 
dente : le ib*a est le champ mâle qui n'enfante rien de sa na- 
ture ; le "nn? est le sol femelle qui enfante et reproduit les 
semences y répandues. 

Isolé, byz en qualité de nom de faux dieu prend toujours l'ar- 
ticle en hébreu; de même, le féminin !nb?a qui est rarement em- 
ployé. En phénicien, au contraire, b*a, aussi bien que r\byn, est 
toujours suivi d'une expression déterminante : fttn byn, bu nb?3, 
WiltXn nbra, n£ byn, p£ bj>n. Ce sont évidemment des divinités 
éponymes des villes qu'elles personnifient. Le grand dieu b*3 



RECHERCHES BIBLIQUES 181 

dttU) (ùiM b$ï), en araméen 'pM fc'aji ou y»33iD*3, semble aussi 
être une personnification du ciel. En sabéen, on a, en face du sep- 
tentrional tiïiw b*a, la forme toû^ ou ^Oî, dans laquelle b^a est 
remplacé par =7. On peut encore douter si ce monosyllabe signi- 
fie « seigneur, maître », conformément au tï nabatéo- arabe, ou 
bien constitue un simple relatif « de », conformément à l'éthio- 
pien ï. Le terme b*a semble s'y employer de préférence avec les 
noms de temple. L'exemple cité plus haut : | byi \ bnsw I inr\y 
ûb^ est très instructif à cet égard, parce que ùnsna a l'air de dési- 
gner une région, le Djaouf (?), et ùb^ son temple principal. Il 
paraît résulter de cette comparaison, que dans toutes ces compo- 
sitions sémitiques b*a a le sens de « maître ». En tout cas, les 
composés phénico-araméens que je viens de citer constituent des 
unités inséparables, c'est-à-dire des noms propres. L'abréviation 
•parafa de "p^-b^a serait déjà à elle seule décisive quand même 
il n'y aurait pour cela de raisons aussi concluantes que l'analogie 
du nom de Melcarth mpbn (abr. de mp-^btt) et le redoublement 
fréquent de la préposition b dans les formules usuelles : "paô 
•pnb^ab «au Seigneur Baal 'Hamman » sur les stèles de Garthage. 
En termes plus généraux, nous dirons que les divinités dont les 
noms se composent avec b?a, loin de se ramener à une person- 
nalité diversement localisée, forment des personnages différents 
et aussi distincts entre eux que les régions mêmes qu'ils person- 
nifient. On ne saurait imaginer une conception plus foncièrement 
polythéiste que celle qui se révèle dans les Baal sémitiques. 

Malgré leur caractère originel de mots communs, b:s>a et nb^a 
devinrent de très bonne heure les noms propres d'un couple divin 
bien individualisé et qu'on ne saurait séparer de celui de Bel et 
Belit du panthéon assyrien, qui personnifie la planète de Jupiter. 
Il n'y a aucune raison plausible pour faire de b3>a une divinité 
solaire comme quelques-uns l'ont supposé 1 . Les monuments au- 
thentiques sont d'ailleurs unanimes à attester que le soleil n'occu- 
pait pas dans la mythologie sémitique le rang suprême qu'il occu- 
pait, par exemple, dans la mythologie égyptienne. C'est aussi 
à l'influence de l'Egypte qu'il faut, sans aucun doute, attribuer la 
tendance marquée des écrivains gréco-romains à voir dans les 
divinités des peuples étrangers des personnifications du soleil. La 
forme araméenne du couple dont il s'agit était ba et Tiba, et coïn- 
cidait ainsi avec la forme assyrienne. Le dernier vestige du paga- 



1 "païvbya personnifie le mont Amanus et a pour analogue le "pab"b3>a, person- 
nification du Liban. 



182 REVUE DES ETUDES JUIVES 

nisme sémitique s'est conservé chez les Mandéens modernes qui 
donnent à la planète de Jupiter le nom de Vn, BU. 

Passons enfin à la considération du nom nn'nw qui, malgré 
les nombreuses dissertations dont il a été l'objet, est encore en- 
touré de ténèbres. Là-dessus les récentes découvertes assyriolo- 
giques ont considérablement circonscrit le problème, en éliminant 
toutes les étymologies aryo-égyptiennes qui avaient jadis encom- 
bré la voie et donné lieu à des spéculations sans fin. Nous savons 
aujourd'hui qu'Astarté joue un rôle considérable dans les mythes 
les plus anciens des Assyro-Babyloniens, ceux de la création et 
du déluge ; qu'il y a eu plusieurs Astartés, considérées comme 
filles de diverses divinités de premier rang; qu'enfin, le culte 
d'Astarté était non seulement commun à tous les peuples sémi- 
tiques, mais que, déjà du temps des Ramessides, il était très ré- 
pandu en Egypte. Tous ces faits montrent avec évidence l'origine 
sémitique de cette grande déesse. Certains assyriologues, il est 
vrai, prétendent tirer la forme assyrienne de cette divinité, Ish- 
taritu, dont l'abréviation est Ishtar, de l'idiome sumérien ou 
accadien, mais leur impuissance absolue à en donner une étymo- 
logie raisonnable 1 fait assez voir l'inanité ^de leur assertion. Cet 
idiome sumérien ou accadien a d'ailleurs le défaut capital, à mon 
avis, de n'exister que dans l'imagination de ses inventeurs et de 
ceux qui les suivent de confiance. Il y a plus, quelque ancien 
que soit le culte d'Astarté chez les assyro-babyloniens, le nom 
même de mnm n'est pas originaire de la Mésopotamie dont 
l'idiome est dépourvu de la consonne y. Il appartient à la langue 
sémitique commune antérieure à la séparation et est partout 
traité comme un terme indigène. Les idiomes syro-arabiques mon- 
trent, comme d'habitude, une dentale aspirée au lieu de la chuin- 
tante : syr. nn^, sab. ta inri:>; l'éthiopien se contente de remplacer 
le rô par o : nnD^, ce qui est conforme à la règle générale. Une 
mention particulière doit être réservée à ce fait que la désinence 
du féminin, n, n'apparaît régulièrement qu'en hébréo-phénicien 
et en assyrien, partout ailleurs elle fait défaut. Pour le moabite, 
la chose reste encore douteuse, car l'omission du n dans le com- 
posé uiEDnnœ* peut s'expliquer par l'impossibilité pour l'organe 
sémitique de prononcer deux consonnes sans voyelles, au milieu 

1 Ainsi, l'un des accadistes les plus écoutés, explique ash-tar par « pouvoir fixer >, 
ce qui équivaudrait à « sort-déterminant (fate-deciding). » Bien fort sera celui qui, 
sous ce galimatias de haute abstraction de quintessence, devinera la déesse de la 
génération ! Le plus curieux de l'affaire, c'est que le nom du dieu infernal et mal- 
faisant, Namtar, est aussi expliqué par les accadistes comme un mot composé signi- 
fiant « sort-déterminant ! > 



RECHERCHES RIBL1QUES 183 

des mots. La chute de la terminaison du genre féminin a rendu 
possible la création, chez les Sabéens et peut-être chez d'autres 
peuples encore, d'un inm* mâle ainsi qu'on l'a vu plus haut. 

Pour la signification, l'hébreu et l'assyrien, en se complétant 
mutuellement, nous livrent tous les renseignements qu'on peut 
désirer. Dans le Deutéronome, xxviii, 4, 18, 51, le pluriel ni-irn»* 
désigne les femelles du menu bétail (}&<£) réservées pour la pro- 
duction ; ceci fait voir combien l'idée de « déesses » propres à ce 
mot a déjà été transformée et sécularisée par l'écrivain mono- 
théiste. En assyrien ishtaritu signifie « épouse, dame, déesse ». 
Exemples : Ishtarit an-Aïium [sha la inâh] (R. II, 17, 12) « l'é- 
pouse de Anou qui ne se calme pas ». Ishtarit est, malgré son 
caractère guerrier, la déesse de l'amour et de la génération ; c'est 
pourquoi l'idéogramme de ishtaritu est souvent figuré nu-gig 
« ayant douleur », ailleurs encore plus clairement : nu-gig-ïb 
« ayant douleurs-entrailles ou matrice ». Le sens de « déesse » 
résulte des expressions si fréquentes : ilîa u ishtarîa « mon dieu 
et ma déesse ». 

L'idée de femme féconde qui semble inhérente au nom de la déesse 
me suggère une étymologie que je donne pour ce qu'elle vaut et 
sans trop y insister. En faisant abstraction du y initial qui peut 
bien être aussi adventice que ceux de a*p*, «iss*< TW, on obtien- 
drait la racine ^nrà d'où l'arabe nrnô « coupure, fente longitudi- 
nale »; ce serait ainsi une désignation réaliste, toute analogue à 
!-np3. La permanence de la chuintante dans le verbe arabe s'ex- 
pliquerait par le voisinage du n. En hébreu, ce verbe se trouve 
dans Samuel, I, v, 9 où la Massore ponctue WiijFij probablement 
en pensant à nno « cacher », mais la forme avec m convient mieux 
au sens général de la phrase. 

Appendice. 

M. le professeur G. -P. Tiele de Leide vient de m'envoyer un 
tirage à part de son intéressante dissertation intitulée : La déesse 
Ishtar, surtout dans le mythe babylonien. A la page 5, je trouve 
en note la remarque suivante : « Pour M. Halévy, (an) Ishtar n'est 
qu'une abréviation de Ishtaritu, ce qui serait le nom de la déesse 
en assyrien {Documents religieux de VAs. et de la Babyl., I, 
p. 23). Mais Ishtaritu, état construit Ishtarit, ne désigne jamais la 
déesse, mais une personne vouée à son service. Le mot n'a pas le 
déterminatif de divinité. Comp. II R. 17, 1, 11 et 12, où ishtarit 
est synonyme de qadishlu, et la tablette citée par Strassmeyer, 



184 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Alpha!) . Verzeichniss, p. 492, sud voc. ishtarit : Ishtaritum ina 
irçili ina uzuzuM. . . ; je suis convaincu que qadishtu est nmp, la 
prostituée sacrée ». Cette critique du savant professeur a trop de 
poids pour que je puisse me soustraire à l'obligation de justifier 
ma traduction de Ishtaritu par « (déesse) Astarté », traduction 
qui sert de base à l'article qui précède. Pour apporter la convic- 
tion dans l'esprit des lecteurs et tout particulièrement dans celui 
de mon savant critique, je ne puis mieux faire que de transcrire 
ci-après la partie démotique de l'hymne à Ishtarit dont M. Tiele 
a cité un verset. Le texte sera accompagné d'une version fran- 
çaise. Les études bibliques sont tellement intéressées à cette 
question que la citation de ce document précieux ne saurait être 
considérée comme une disgression. 

2 Nûr shame sha kima ishatim ina matim naphat attima 

4 Ishtaritum ina irçiti ina uzuziki 

6 sha kima irçitim shutuqat attima 

8 kashi sulê kitti iqarrabki 
4 ana bit ameli ina eribiki 
4 2 barbaru sha ana likê buhadi shuluku atti 
4 4 neshu ina kirbiti ittanallaku atti 
4 6 umu ardatum usuma shame 
4 8 ardatum an-Ishtar usuma shame 
20 sha shukutti shubî shaknat usuma shame 
22 talimti an-par usuma shame 
24 ana shutabul tereti azzaz gitmalish azzaz 
26 ana abîa an-Sin shutabul tereti azzaz gitmalish azzaz 
28 ana sis-ia an-par sutabul tereti azzaz gitmalish azzaz 
30 iashi abi an-Nannaru ulzizzanni shutabul tereti azzaz 
32 ina shame iddishuti shutabul tereti azzaz, gitmalish azzaz 
34 ina rishâti tanadatua, ina rishâti tanadatua 
36 ina rishâti Ishtaritum anaku shakish allak 
38 an u-sur-dish ilat simetan anaku 
40 an u-sur-dish ilat shereti anaku 
42 an-Ishtar pitat shigar shame elluti tanatadua 
44 shame urâb irçitum unarrad tanadatua 
46 muribbat shame munarridat irçitim tanadatua 
48 sha ina shubuk shamê naphat ina dadme zikirsha shubû tana- 
datua 
50 sharrat shame elish u shaplish liqqabâ tanadatua 
52 shadi iltenish asappan tanadatua 

54 sha shadi durshunu rabu anaku shigarshunu rabu anaku tana- 
datua 
56 libbaki linûh kabattaki lipshah 
58 belum an-Anum rabu libbaki linîh 
60 belum shadu rabu an en-lil kabattaki lipashshih 



RECHERCHES BIBLIQUES 185 

62 an-Ishtaritum belit shame libbaki linûh 



Le chantre. 

Tu es la lumière qui brille comme une flamme sur la terre ; 
Ishtarit, quand tu parais sur la terre, 
Tu lui rends la force, la vigueur, 
Et le parvis de (Bit) kitti t'en bénit. 

Quand tu entres dans la maison de l'homme, 
Tu ressembles au léopard qui cherche une proie, 
Au lion qui parcourt la forêt. 

éclat, ô dame, ornement du ciel ! 

Dame Ishtarit, ornement du ciel 1 

Toi qui demeures dans un lieu brillant, ornement du ciel ! 

Sœur aînée du Soleil, ornement du ciel ! 

Ishtarit. 

Je préside au gouvernement de la nature, j'y préside seule ; 
Pour mon père Sin, je préside au gouvernement de la nature, j'y 

préside seule ; 
Mon père Nannar m'y a placée, je préside au gouvernement de la 

nature; 
Dans les cieux magnifiques, je préside au gouvernement de la 

nature. 

Le chantre. 

Mes éloges sont inspirés par la Souveraine; 

Par la souveraine Ishtarit je marche la tête haute. 

Ishtarit. 

Je suis Ishtarit, déesse du zénith (?) ! 
Je suis Ishtarit, déesse de l'aurore ! 

Le chantre. 

Ishtarit qui ouvre la serrure des cieux purs, est l'objet de mes 

éloges ; 
Elle qui frappe le ciel et fait trembler la terre, elle est l'objet de 

mes éloges ; 
Elle qui brille au sommet du ciel, dont le nom est vénéré partout, 

elle est l'objet de mes éloges ; 
Elle qui s'appelle reine du ciel, en haut et en bas, elle est l'objet 

de mes éloges ; 
Elle (qui dit) : « j'abaisse les montagnes tant qu'elles sont », elle est 

l'objet de mes éloges ; 



186 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Elle (qui dit) : « je suis (comme) le grand château-fort des monta- 
gnes et j'en suis aussi le grand verrou », elle est l'objet de mes 
éloges. 

Le chantre et le peuple. 

Que ta colère se calme, que ton ressentiment s'apaise ! 
Que le seigneur le grand Anou, calme ta colère ! 
Que le seigneur, le Grand Mont, Bel, apaise ton ressentiment ! 
Ishtarit, dame du ciel, que ta colère se calme ! 

Tout commentaire me paraît superflu. Dans ce long poème li- 
turgique, il est partout question de la grande déesse de la nature, 
et nullement d'une prostituée quelconque, sacrée ou profane. Le 
nom de la déesse est écrit tantôt avec des idéogrammes (38 et 40), 
tantôt avec l'abréviation Ish-tar (18 et 42) tantôt d'une façon toute 
phonétique : Ishtaritum (4, 36 et 62). L'équivalence de toutes ces 
formes est donc d'une certitude mathématique, ainsi que celle de 
l'idéogramme nu{?)-gig-ïb du texte hiératique qui répond à Ish- 
taritum et que nous avons expliqué ci-dessus ; l'absence du dé- 
terminatif divin devant cet idéogramme ne peut en changer le 
caractère. Quant à qadishtu, synonyme de ishtaritu, c'est de 
nouveau non pas la prostituée sacrée, mais l'épouse, la femme 
légitime, celle qui est exclusivement consacrée (aram. anump, 
comp. talm. nmrpfr) à son mari et défendue (ar. tnn) à tout autre. 
Le passage du code civil assyro-babylonien ainsi conçu : Ina 
arkanu gadishtum ina sukim imtashi ina rameshu gadussu 
ihussu(B.., ii, 10, 7-10), a été singulièrement méconnu jusqu'au- 
jourd'hui. Il signifie : « dorénavant on conduira l'épouse (= la 
femme à marier) au parvis (du temple) et là elle recevra ses 
épousailles. » Les épousailles, en langage rabbinique qiddouschîn 
(•pttWp), consistent en une somme d'argent, souvent minime, que 
l'homme donne à la femme pour indiquer la consécration du 
mariage. C'est cette coutume qu'Hérodote, ignorant les usages 
matrimoniaux des Sémites, a remarquée en Babylonie et travestie 
en une scène de prostitution (I, 199). Chez les Hébreux mono- 
théistes, le terme ïiuhp a, il est vrai, reçu un sens péjoratif, savoir 
celui de prostituée, mais c'est là le résultat de l'opposition reli- 
gieuse qui distinguait les Hébreux des peuples congénères, comme 
nous en avons d'autres exemples. Cela n'a rien à voir avec le sens 
du mot assyrien qadishtu, lequel doit être déterminé à l'aide des 
textes assyriens et en conformité avec l'esprit de leurs auteurs. 

J. Hàlévt\ 



DEUX LIVRES DE COMMERCE 

DU COMMENCEMENT DU XIV e SIÈCLE 

(suite et fin *) 

XI 
Mots français. 

Le chapitre qui va suivre est divisé en deux parties. Dans la 
première partie, nous donnons une liste de noms de personnes 
relevés dans nos mss. et que nous reproduisons uniquement pour 
les transcrire en français et en tirer les règles suivies dans notre 
texte pour la transcription du français en lettres hébraïques 2 . 

La seconde partie du chapitre contient l'explication des mots 
français qui se trouvent dans nos manuscrits. Nous ne répétons 
pas, dans cette partie du chapitre, les explications déjà données 
antérieurement dans le cours de ce travail. 

Noms de personnes. 

Wioa'^Art Liaventurier I \8a; utoiN Hugues 5 £, \Qa, etc. (antt 
Hue 18 ~b y et iiNiïi Hue 60 1>, paraissent être le même nom); 

1 Voir tome VIII, p, 161 et tome IX, p. 21. — Nous signalons quelques fautes 
d'impression qui se trouvent dans notre article. Tome VIII, p. 174, lire N , 1Ï3' v,| ;î au 
lieu de '©na ; p. 180, DTljWbfà au lieu de tSTISp^K); P- 184 ' l - 3 > Chastillon ; 
p. 182, lûKEia non NTD; p. 195, finU'UÈMD «on frOU^natiJ. — Tome IX, p. 29, 
notre explication de blb^J est pleinement confirmée par une glose qui se trouve dans 
Taanit, lb, où ce mot est traduit par ""pibp, clair. A la p. 169 du tome VIII nous 
avons transcrit Ï"P35£ par Sivya, parce que ce nom propre se trouve sous cette forme 
dans la Bible ; mais le nom de femme Ceviyya (féminin de cevi, cerf) est encore usité 
aujourd'hui dans certains pays. Dans la liste des localités, tome VIII, p. 182, ajouter 
BW1WB Fondremand (H.-S.). 

2 II est superflu de dire que cette liste ne contient qu'une très petite partie des 
noms de personnes qui se trouvent dans nos mss. Nous avons choisi les noms qui 
ont quelque intérêt spécial pour notre étude. 



188 REVUE DES ETUDES JUIVES 

E3Y1N, 1W1N Eudes 45 a ; KîaiN Eute 24 * ; ttUlN 24 * et ttNaiN 
60 a Eûtes (Utes?) ; aia^lN Huot I 21 *; T^'a^na Olivier I 2 a ; 
Janab^mab Loreillart 15 *; i^n Evier (?) I 20 * ; att^a^N 
Etiene 41 *; N^btt^N, wbtt'W Aimeline I3«; Bl^b^a Aime- 
linot I 31 *; n^N^lp^b 39 b, T^lpb 36 a, Lécuyer; TWnpwb 
Liécuyer, 1 7 * ; ^bnp^&ob Liécolier I 18 a; n^bip^b Lécolier 
I 20*; b^awû'W 12*, b^a'ffl^N I 39 a, hmxwm I 27 a, Isabel, 
Isebel ; N^'Jtt^ Estiene 56 b ; «b'*«ptt , W Escaille (de Florence, 
nom d'homme?) 47 a; •pb'^NptD'W (tilde sur les deux yod) 
I 39 a, "pb^Np^ I 40 a Escaillon, Ecaillon ; ybtf I 22 a, ïa^bN 
I 21 a, Alix; NTi^ba Alexandre 50 b, 53 a; ïttttbNb Lalemant 
53 a; Mi-ttfcbNïi (même personne) 52 a Lalemandet (en hé- 
breu, •n^mn 20 a); ^aNb Lami I 40 *; "n^N, T'maK André, 
Andrier, 31 b, 42 *; aa^N Anete 40 b ; NE"!:** Anote (même nom) 
33 b; a^V^N (tilde en un trait sur les deux yod) Agnelet 1 8 a ; 
as'DDNb Lenfant 18 a; b^:a Ansel 14*; b"naiNb Larmarel 
(Vinot) 36 a. 
ianNbaaa Bataillart I 1 a; u^b^N'nb I 30 b ['ûîxb^wiï: 4 a) Le- 
vaillant; ïMNb'^ab (tilde sur les deux yod; de même dans 
les trois suivants) I 30 b, aib'^Nab I 30 b, ûlb'^fimb I 30 b, 
ttlb^'ab I 41 *, Levaillant, Levaillot 1 , rpbaab 116*, rpb^ab, 
Bpb^aab I 9 a, 1 1 a, Lebaillif ; N'paab Labache (?) 22 a; T*b'pKa 
Bachelier I 8 a, 42 a ; !V»'ai3 Bouvier 3 a, n^'aïab Lebouvier 

24 a I 16 *; T«bt3ïa Boutelier 5 *, 54 b; DlV^ia (tilde sur 
wi) Boilot I 16 * ; itîOiob^ia Boilieau 13 a, 41 * ; tpiab Le- 
buef (Lebœuf) l 10 *; T^MKbia Boulangier 55 a ; 'pK'pDKbia 
Boulanchain 23 a ; T^'pNbïab Leboulanchier 55 a ; Wia 
en'a^iK Bone-Oevre I 28 a ; tû'vK'B&ttia, tt^SWia Bonefais 

25 a ftî^Nwn 33 a, ffi^BSia 6 a) ; -p"nœ aoia Bone-Suer I 30 * ; 
ïW'aûTa Bonevie 20 a; îa^banaia Bonvalet 3 * ; KS"Qïi Labosse 
14 *; J'O'Wia Bourguignon 53 *; awnab Laborne 11 b\ ïifira«b 
Lavie I 18 a; œ'JPab, ÏÛ^art Lavignes I 2 a ; ©no^a Biatrix 
12*, 17a; "p^a ttna Grant-Bien I 17 a; bmD b^a Belfuel 
(Belfeuil) 47 *, 54 *; b^ab Lebel 42*; t V"W b^a Bel- Suer 
I 33 * ; N'ttN'n Nb^a Bele-Viande I 25 a ; N'p^aab Labiche 25 a ; 
B'n'Wab Lebergeret 49 * ; n^blOT^a, aiEbicrra Bertolmier, 
Bertolmot 20 a, 28 a ; p3Nbab Leblanc I 33 * ; cntf'paaba Blan- 
chart 24 *; anaibab Lablonde I 4 a; b^yiba Blondel I 10*; 
ÏWM Bénie 17 *, 56 *; tamisa Benoit 51 a; N'pTi tftt"na Brise- 
Roche 9 a (N'p^m Brise-Roiche 18 a, 22 a). 

afitb&wb Legalant I 26 a; ïû^lb^W I 34 a Gailois (Gaulois); CwibfiO Ga- 
lois 48 a ; Bl'tombto Le Galoisot I 24 a ; T*fft l&u, :tt8tt 
-pi'BT, -p'BT tfDfc« Gant de Fer, Gant de Fier, Gan de Fier 
(Perin Gant de Fer) 50 a ; û^linab Legarçonet I 27 a ; tt&PKfa 
Joie (nom de femme) 17 * ; TwbaYab Lejonglier I 21 *; "tirf&ft 

1 Ou peut-être Levaillont pour Levaillant. 






DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV e SIÈCLE 189 

Geofroi (Geoffroi) 46 0; ïbaTtt Gosselan 18 *; tfîrm Gourât 
(Gouraut ?) 56 * ; "tt 49 0, 54 l (et fréquent) Guy ; fittaiN^ Giote 
9 a; ÏTO, comme "tt; 'piïb^ Guillemin 13*; Ï"W">. Giermin 
(Germain) 29 * ; TiïrvnA Giertro 14 b (même que TfOD*»*, riBtD'tt 
15 0, Giestro, Gestro) ; N»«b^ 17 b, 19 *, NfcKbb'tt 41 b, 58 0, 
HENb""} 41 b, 66 0, ttttttabb'^ 46 a Guilame, Guillame (Guillaume), 
Guillames; «nNbb-m Villame 41 b; Tttb"^ Guilmin 58 a; tab^'n, 
ttîNb^'a GilesI46 *; N53iN«5^aa^b Legentishome44 0; "panaNb-p:» 
Gîrlandain 148*; "pbN'afina Granvalon 25 b ; T^'Jnab Legran- 
gier I 24 b ; Legrangier dit b}? « voiturier », 31 a ; tt>*nsïi Le- 
gros 22 a ; B^ba'aana, Bibaniuana Granvalet, Grantvalet I 28 b, 
29*. 

b^ttôn Damoisel (nom?) 30 a. 

*nfittl Hardi I 31 ; Nin et ttSKItt, voir ©ma; «wib»îi Hélouis, 1 13 a; 
■nîPïl Henri, 24 0, et fréquent. 

BaNb""NTi!i voir le a; B*WWM"H Veinart 26 ; finsamb Levafre 15 *, 
33 ; NEKb'm, voira ; 'pab^-n, 'pab'm Villemin, Vilmin 14 0, 
voir a ; 'pfcb'^Yl (tilde sur les deux yod) I 24 b ; •ptt'b'm 17*; 
Bi&bi'm vilmoti 13 0. 

ênb'nn Hulot 7 (tilde sur wi); Bibb-^n Hullot 8 0; ^-j^b^nn 
I 40 0, N'J^lb^in I 24 Huloite ; Baab^nn Hulant I 36 0. 

"■pvm'naub Letavernier 70; B&CPB, BWB Tibaut, Tiébaut, 90; 
KB^Btfb 21 , KB^Bb 37 * Latète ; "HTa Tiery (fréquent) ; 
BnfciBb Letisserant 55 ; Bib^aanB, BKb^tfafcna 1 4 0, Tra- 
vaillot, Travaillaut • ; BaatYiBb Letruant 117*. 

U5pN^ laques 5 * ; BïpN*" Iacot 39 ; NBipN 1 " Iacote 41 * ; n^pÈT"» 
Iaquier 25 ; ynrr* Iehan (Iehon) 3 et fréquent ; fcttNiT" Iehane 
9 ; "Wi'BY" Iofrai 43 * ; m û^^ Ierart 39 0. 

tpbb Leloup 9 *. 

N3-)NnabNiï Malebarbe 33 *; ïWnfctfb»» Malemoison 27 * ; T^'DN'bN?a 
47 *, T'û'b^N» 56 *, -p'BN'bbtt 47 * Mallefer, Mailfer, Mallefer; 
B^asba» Malpetit 39 *; anbaaN» 27 *, B">bB3Ktt 34 *, Mantelot, 
Mantelet; T^banNttb Lemargelier (tailleur de margelles ou 
pierres ?) I 1 6 ; BN'pnNW I 9 * ya'pnaïïï-i I 42 0, Baa'p-iNîab 
31 *, yDN'p-iN73b I 11 Lemarchant, Lemarchanz; ftipnwa Mar- 
quis 12 0; fiwn»rt 21 0, Étt^lTab 3 0, Lemoine; &n:p»b 13 * Le- 
migre ou Lemaigre ; aib 1 "» Mielot (?) 24 * ; T«2W»tt Lemer- 
cier I 36 0, ï"!£ttb Lemaçon, 32 ; Na"W» Marmite 2 (nom de 
femme), 37 0. 

aa^Kart 8 a,N3^N3Nb 37 0, «t3W«Wi 20 Lanaine,Lanainaute; KYnma 
Noirode 29 a ; Bamiab Lenormant 24 a. 

■pabBNDb I 2 0Lepatelain; n^aiBasb Lepatonier (?) 24 0; E'vwn'BbND'H 
De Palfrais (Palfrois) 47 ; b^tf-n bmB Poil-Viel (ou Fuel-Viel) 
17 0; B'vïwYb Furet 50 * ; T'WSb Lepomier I 32 * ; 11D1D Pou- 

1 Ou, peut-être, Travaillent, Travaillant. 

2 Serait-ce Marmote? 



190 REVUE DES ETUDES JUIVES 

pon 60 à ; -nsvr Dufour 1 26 à ; *'&î'fÊ 28 a, fâWalY» 16 a For- 
vi, Forviet ; 'qfllBVI Dufossé, 58 a; BT«B 33 *, £FD»b I 31 a Petit, 
Lepetit; fin^D Piere 7 a; •***£*» Lepeletier 39 a; Nt^sb La- 
pinte I 12 * ; Np^sb Lapique 30 * ; an^S Picart 6 h\ 'pTrpD 
Perdrix 4 7 b; tBttt^llTPa¥ti û"»'tt3 , mTsb Leperdrisaut, Leper- 
driset 18 a; X'û^z I 42 *, «ans I 28 a, Perote ; ttD^b'D, 
BMr&H Phelipes (Philippe) 47 a ; baUManB Provençal 30 a ; 
HWÏTf fifc Lefrotier I 46 * ; N'aKMiYD, bf attBTtfB Fromage, Fro- 
mageot 50 a; ana^B'b Leprêtre I 41 a ; fn» Perin (fréquent), 
(jn*B I 3 a); MEW&b Leprince I 3 a; Ktt^S'nBb La Princesse 
I 8 a ; aip'n'D Fricot 39 a ; btf'sr-iB Perceval 38 b. 
y^D tfTJNp Quatre-Piez 34 a ; UJ'vnttNpb, iD'naNpb Lecamus 34 a, 
22*; n^b-rtK'p (nom d'homme?) Chandelier 26 a; »1TIM»R*P 
Champenois 25 b ; TB'm'ptt Le charopier 17 * ; T^tt'-iN'p Char- 
tier I 31 a, T"WenKp Carfonier 1 16 a ; T"bN'3pb Lecavalier ou 
Lechevalier 19*; b-wn tfmp Cote-Viel 30 a; T^baipb Lecoute- 
lier 24 *; yab"ib^Npb I 2 a, y^Nbnb^ispb et yNb'^iaNpb (tilde 
sur les deux yod) I 47 a, aib'^Npb (tilde sur les deux yod) 

I 47 a, Lecaiilolans, Lecaillolainz, Lecagnolanz, Lecaillot ; 
■pab-D'-^pb et awab^ïpb (tilde sur ^) Lecognolan, La Co- 
gnolaine I 48 a ; *f*tfbitp Colombier 56 a; iVpip Cochon 25 a; 
Nu^mp Cornete 51 *; n-'nTipb Lecourrier 31 a ; n^rmpb Le- 
coursier 131 a ; &tta*Vp Clémance 24 a ; lilt^bp Clémançon 
32 a; p"nbpb Leclere 12 *, IPpTtpïl Lacroche (ou Lacruche) 
28*. 

ROTWtt, W&ÊÈr*bi iW^h Racine, Laracine,It a, 25 £; 'pN'panb Le- 
rachain(?)I 38a; urn:nb Lerebours 1 12 a; N'^nb 115 *, N^llïi 
27a Lerouge; pTib, pn-pb Leroc I 10 b; «îinb Leroux 11*; 
^■na-vn-ib 31 a, Twwnb I 3 * Leroyer; Kiû'nKb Larousse ou 
Larose8 *; b"W-)b Lerossel I 18 *; unN'p'n Richart (fréquent); 
'JN31 Renaut 18 a. 

1M0&KÉ Sauvageot 25 * ; h*OW& Lesaunier (nom commun ?) I 47 *, 

II 39 *; fni VW i lg l Lesarurier I 8a; bTiTÔb Lesordel33*; 
)V2^ (fréquent), *fl&**B 24 a Simon ; Miï:mM3 Simonote 128 a; 
MStfftfà Sergeant 56 * ; ]0VXtJrrn^1 Lesergeandel 23 *. 

On a vu, en lisant les noms qui précèdent, qu'à chaque instant 
l'auteur des mss. amalgame l'article hébreu avec un nom français 
pour représenter la syllabe le, la qui commence ce nom français. 
Il lui arrive aussi quelquefois de traduire le nom français en 
hébreu. C'est ce qu'on a vu pour le nom d'une personne appelée 
Lallemand ou Lallemandet et qu'il appelle *to3l»frfc Voici encore 
quelques exemples de ce genre : bT-wn probablement Legrand 
I 47 a (Iehan Legrand) ; le nsn 32 a, 34 &, probablement Leboi- 
teux ; ï-rtn tsbin I 47 a Rêve-Fête (? Perin fils de Rêve-Fête, de 
Noidans) ; an aiann I 42 &, 43 a, 44 b Malpense ou Malcompte ou 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV e SIÈCLE 191 

quelque chose de ce genre (Gérart Malpense, de Montoille) ; "jr-p* 
Bourgeois 9 a\ q-i^b, avec l'article français, Loiseau, I 38 a, -D3?b 
Besançonet— , Besançonet Lasouris 1 23 b ; -nmntt iis Bouche-d'Ane 
I38& (Lorençot Bouche-d'Ane, d'Echenoz); ïsTO, h'SWn, bvwh 
I 23 a, 26 a Renard, Lerenard ; pio Voisin (Garisot Voisin, Othe- 
nin Voisin) 31 & ; ï-nsu: Voisine ou femme de Voisin, 31 &, 35 a. 

2. Les mots français. 

BT'JIK agiot (agio) 9 #. 

ttïï&mN 14 #, 4 6 a. <4pa?w pour vignes; souches d'osier ser- 
vant à attacher les échalas. 
tU'ANBlN otages 51 b. 
K'mKB'lN ôtaige 60 a. 

WIN aveines (avoine) 6 b, 7 ûf, 
biS^D'ib l'hôpital I 20 #. 
banarwa, bN^sia, officiai 50 a, 54 a, 59 a. 
tû'aNara-ia ostages 4 8 a. 
ftamiûiN oserie (oseraie) 41 b. 

abip^b l'école È3 a h 
T^bip^N écolier I 4 8 a. 
k i1^û"ip"'N écarmisseur (équarisseur) I 40 b. 
n^btftf^tf essalier I 30 b (voir le mot suivant). 
tBbaa^a essanles, essaies (lattes pour construction) Sf«, «6 a, 

33 a. 
'p'natti'W (une chière de — ) 48 a. Estrein, c.-à-d. paille. 
ivuDïjK, ■nitûiifi* essoi, essaim (ce que profite une bête pendant 
un certain temps), I 36 a, II 5 #, etc. 
lM)35WV|73N (au trésorier, pour—) amoisonment, amoisonnement, 
bail à ferme ou stipulation de donner une certaine 
quantité de grains en échange d'autres marchan- 
dises ; 4 b, 9 a. 
N-nmtttt aumonière 38 b. 
T^bamN arbaletier 39 #, I 32 a. 

MNfc-iN armât I 36 a, et bN»nN 50 b, 52 # armai, petit veau. 
ÏVStNb'flûN assolacion 47 a, 43 #. Assoler veut dire décharger, ex- 
cepter. 
Njpifco^iaa Eûtes, le curé —, de Bassigney. Asriarque, atriarque, 
asriarche, atriarche, 60 a. Le mot n'a pas pu être 
identifié. 
ttm'aan&'a vandangeurs 22 a. 
fîf«rwr'a vandanges 30 b. 
um&ss bassinet 42 #. 
W^a béguine 45 b. 
Cn*2na bovet, bouvet, jeune bœuf 6 a. 
-pi'n'nb le bouvier (ou nom propre) %k a. 



192 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Tabula boutelier 5Ê, 53 b. 
N'a^NDip Nj13 bonne compaigne 5 b. 
TwbTiart le bourrelier 54 a. 
KBWtt brunete (étoffe) 41 b. 
KtD"WiKa, N'Uî^aaNiNa garantise I 55 b. 
•pbaia gobelez 50 b. 
fch^'ama gorgière (gorgerin du soldat armé) 4 8 a. 
«ara, ©araa, génisse, génisses 35 a. 
a*na, U3-)3, grant 56 a. 
bwéh 40 £, anw 4 ô, tam 1 à, a^fcw 3a, trawi 6 a, 
doyennet. 
îwvwn douzaine 54 a (douzaine de harengs). 
a*H dit (partie, passé de dire) 60 a. 
ÉWn dîme 14 a, 22 a, etc. 
©bNa'npT décrétales 38 a. 

©fitttt henas (hanap) 53 a. 
©sanrr 41 #, ©mïi 54 a, harans (harengs). 
©nYaan&n vandangeurs 22 a. 

N'aem vandange 4 5 a. 
an^apam vaucaire 54 a, 56 a. 
fWlKpirn vaucairie 50 £. 
©ama^n 41 a, ©rnowi 34 b, ©•no'm 10 a voitures. 

erpiapii 26 a ; arp-^pvn 59 a vicaire. 
ÏWTTWKp'n vicairie 4 6 #. 
TWâ-m vergier 27 b. 
K'aattWbmnata taborlionage (tabellionage) 3 £, 43 #. 
•paobTONa taberlion 5 £ ou 53 #. 
©-pbs^a templiers 56 b. 

■"K3*Ytt3 tournoi 47 #, 54 b. 
fitt^a-ra, MWB 4 #, tirtaine (étoffe). 
T^lViOfina 5 b, T«nY©10 43 5, trasorier ; TwiYwiO trosorier 
43 £ ; ni^DWïia troisor 5 b, "vY©""^ trésor 4 b. 
©b^na treilles ou treils, plur. de treil, treuil, pressoir, 24 a. 
Nb^naïi (vigne ûna de la — ) troile 29 a ; Nb"nna 23 b ; treille. 
Nb'nna (tr. du pressoir, dans la maison) troile, 42 a. 
namb 41 b, anamb 4 9 b lombar, lombart. 
©ib 55 b I 21 a. Serait-ce los pour lods ? 
K©"n*n'nNb lavoiresse (blanchisseuse) 36 b. 
ama*b (du pressoir) l'arbre, 10#. 

N'p^ib (prêté sur un — ) loiche = morceau, tranche, 13 b. 
N'n-fb laive (= espèce de tuile) 40 b. 
blasât» etb^aitt mantel 40 b. 
•jN'pnfitta, ya'pnNtt marchan, marchanz (pluriel) I 42 a, etc. 
^'©■vnfc de chèvre 23 b, moison ; voir amoisonment. 
•pbitt moulin. 
T^tn», -m» 44 a 29 a meunier ; an^aiEM 25 a, la meunière. 
©bltt meules 35 à. 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV* SIECLE 493 

B^ptin (vêtement au — ) mouchet 51 a. 
nmpft, aniïwn 3 a, 53 a maître, mestre. 

b'wfc miel?I36a. 
an^l» messire 5 b, etc. 
Tn^a», T'na'y'a 47 a ménétrier ; wnra^E ménétriers \ \ a. 
■nww, T«bnb 3 9, 41 &, 50 9, papier ; kt"bkb papière, papié, 

122 a. 
piw-i'D foinc (foin) 1 8 a ; ibWb foins 8 a 9. 
E&maiB (f. de chevaux) 49 9, foulures (?). 

"ms fourré (adjectif) 439. 
Ea*WYlD pourpoint 55 9. 
-p^'is'-ns pourpoinier 40 a ou #. 

■WTl'fi fournier (= boulanger) 30 a, 35 a. 
I^ams portier (du chastel) 36 a. 
û'm'e forêt 9 a. 
y^N-J^-iams forostagiez (au pluriel) 51 9. 
tûrpB 10 9, ©tb 7 a, 9 9, pers. 
ttJWt^B pièces (petites monnaies) 38 l. 
toatNWB finances (opposé à m*tt argent) 4 9, 6 a, 41 9. 
Nw^NbB 18 a, îïîNwa^jsbs 50 9, platine, pleitines (pluriel), fer à 
cheval, plaque de métal. 
■pS^bB plisson (pelisse) 13 9. 
ûbn'n^iB prévolt I 39 a. 
11^15 prieur 59 a. 

pu^'o 9 a, yrj^^B 9 a, ttînt3^B 9 a, fritoz (terre en friche). 
KT'n'B frère (religieux) 57 a. 
W)p"n3 procureur 50 b. 
«nispiat sucare, sucre 10 9. 

œbwï ciboules (espèce de EPBttn épices, aromates), 12 a. 
«T^BEPat cimetière 39 9. 
lûbpTnc cercles (pour tonneaux) 35 b. 
8'aNN'p, K'atfp 20 a, 55 9 change ; en hébreu Epbtt, 
V^'p c^am (?), sorte de blé 15 1). 
tt53*Wp chaines (achetées par un tailleur) 30 a. 
K'Mfâ'nKttNp, NawannNttNp camerinage 60 a. 

■pbatfpn le châtelain 17 a; ^baiûp'ïf, ■pbûWptt le chastelain 
17 a. 
aw^bttitta'p chastelaine I7 9. 

b^N'p chatel 18 9, Vatta'p chastel 36 a, c^bam'p chastelet 
I 7 a. 
Stt«W»a»Kp 55 9, ûUNbTMNp 37 9 chamberlant, chanberlant, 
WitaaK'p chantre 9 a. 
n^bliBa'p chancelier 9 a. 
lUnBN'p (pluriel) chapons. 

nldibn'p 42 a, chapote {= plaine), vigne qui est chapotes* i ; .. ; 
T^înYBN'p chaufournier 1 17 a. 
-iwbt-in'p charopier (= boucher?). 

T. IX, n° 18. 13 



194 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Wrmmtfp charnières (données aux pages) 54 a. 
XByVNBtp 54 a, chamins (échalas ? échalas de chêne ?) 
NT'nN'p (aux mains d'Andrier) charrière, 42 b. 
n^'^'^'p chevauchée 4 4 a. 

tfAtfSM'Uî b*V&3p chevireul (chevreuil) sauvage 54 a. 
aa&t'mp couvant 58 a. 
un^mp convers (frère convers) 57 a ; tûTuaip 34 b. 

Iiaip coton I %lb. 
-i^baip coutelier 24 b. 
Nûa^is Jsnaip contre pointe 14 a. 

•n^lp (fréquent) curé 1 8 £ ; ^ip I 45 £. 
&rp-»'D"npb la coiffière (coiffeuse, modiste) 31 b. 
fiftiTODSIp compaigne 5 #. 

UJNDip coupes (au pluriel) 58 b. 
INTimp (cuir — ) cordouan (cuir de Gordoue) 6 #. 
*pp"ip' (laine de — ) 4 1 #, cochon ? 
«snVp (un — du marc) 50 b. Chaloce. 

b^ii^p 9 a, 14 #, le communal, assemblée communale, bien 
communal ; très fréquent, 
l'aû'p chenevi 80. 

FTOH regain (seconde coupe du foin) 20 a. 
B^bll rôlet (cahier) 1 b. 
T^Wn en hébreu W, ratirsier (ratisser) 4 8#. 
N2iN"npn recréance (restitution, main -levée) 41 # ; au plur. 

wxswnpii N^a^^npn 48 #. 
umi'P'nD savieurs, botteleurs, qui mettent la paille en bottes, 
40 a. 
"^"i&r^tfbiD solacions (pluriel) 42 b. Voir, plus haut, assolacion. 
N1331Ï) sombre (terre en jachère ou bien terre où, par suite 
de l'assolement triennal, on sèmera des céréales 
l'année prochaine) 9 a. 
&CPU3 sire 3 b, 20 a, etc. 
BlpT*© sircot (surcot) 41 b, I 21 a. 



XII ' 

Paléographie, abréviations. 

Nous avons déjà indiqué, dans l'introduction de ce travail, 
quelles sont les principales particularités paléographiques de nos 
manuscrits. L'inspection du fac-similé que nous avons publié dans 
le n» 16 de la Revue et dont la transcription sera publiée plus 
loin, § XIV, contribuera à faire connaître le caractère de l'écriture 
des deux registres. Nous ajoutons seulement deux ou trois re- 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV e SIÈCLE 195 

marques : le i se lie quelquefois avec le *j ou le i par le haut, de 
façon à simuler un n ; 13 sont souvent liés par en bas ; an sont 
quelquefois liés par en haut et forment alors à peu près une figure 
comme celle-ci : (/) ; enfin le d final est assez souvent composé 
uniquement de deux arcs de cercle qui ne se touchent pas, de 
façon à simuler un n dont le jambage de gauche serait replié vers 
la droite, comme il arrive dans certaines écritures. Souvent le n 
se compose de deux traits séparés, de façon à simuler le groupe 
de lettres an. 

Le signe de l'abréviation est un point placé sur la dernière 
lettre conservée du mot abrégé. Gomme les abréviations dont se 
servent nos mss. sont curieuses et qu'il faut un certain temps 
pour les déchiffrer, nous croyons qu'il sera utile d'en donner ici le 
tableau. Nous séparerons, par un trait d'union, la partie con- 
servée du mot de la partie que nous ajoutons pour le compléter 
et nous faisons suivre d'une traduction française. 

"ima lui, DnnNeux; î|"ba mille; û^b-m gros (monnaie); VTî 
chose; t -tf-" |ta j dinar, sou; îinbfr, ûnbïi, a prêté, les a prêtés ; "^Ti, 
"^■m demi, et un demi ; tïïntt, d^nsnn nouveaux (monnaie) ; nnn 
dette ; dmn acte, sceau ; ^L1% demi ; d^aniDn bons (monnaie) ; 
ïï^mrj (ou EiTnsnnû) tournois (monnaie) ; rrO"Od entrée (à l'état 
construit) ; rrrû écrit, registre ; ps~b du comput ; ïrï? a emprunté ; 
Nl^b, îm^b livre (monnaie) ; ma-db blanches (monnaie) ; b-^b 
plus haut ; m&cfc, nnN72 cent ; *n~1?a mon maître ; m^-fra demies 
(monnaie) ; prrw, pnrw effacé, rayé ; yy'û'n monnaie ; Ti'ûii pour 
iDlti 3>^LD73 monnaie nouvelle ; a^BJa garant 1 ; fcn" , "tl}"^ messire ; 3-ndD 
a été inscrit; *a pour *p* irrû son repos est dans l'Eden (pour les 
morts) ; lam^, n-tfiltt il reste ; N"^3 naçi, chef ; 5pO fin ; anao vers, 
aux environs de ; p~so doute ; an**, 2 _ n* garant ; nns* pour ; in* 
encore, de plus 2 ; V2"£2 lui-même ; T5*"»1S* nous avons fait ; 'pm* 
gage, ou plutôt man* garantie ; E3W*, IWW& deniers ; *n - s, 
"i3*n~D il a payé, nous avons payé ; ï-ruzTB arrangement à l'amiable ; 
nnnD moins; nnû© acquitté ; le signe B"a qui se trouve 33 #, 43 a, 
48 b et 55 a, paraît signifier tpmriB d^Ptfîd deniers diminués; œvp 
dans le sens de saint ; dVip avant ; ï~">mp on appelle ; scirp premier ; 
■n-rip mon parent; 'puran premier; wratt. rv-dn intérêt; Tiitn 
volonté, ordre ; ûv-nma noires (monnaie) ; *ndti) semaine ; ûniï) au- 
cun, rien; «Oto second; arr^tt) sire; IrrrrnB^ WWB qu'il vive; 
frenc rôle, liste, matière, compte ; ïT-nnttJ qu'elle vive ; nb-»nn 
commencement (à l'état construit). 



1 Ou encore T*, tPT* témoin , témoins. 

2 Cette abréviation, qui se trouve presque à chaque ligne, est écrite d'une façon 
particulière (voir le fac-similé) et est assez lemarquable. 



196 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



XIII 



Le système de la transcription du français en caractères 

hébreux 4 . 



Un des résultats les plus utiles de notre travail sera de fournir 
un certain nombre de règles pour la transcription en caractères 
hébreux des textes français et pour la lecture de ces transcrip- 
tions dans les textes hébreux du moyen âge. Nous nous sommes 
borné, dans le tableau qui va suivre, à l'essentiel, et nous n'avons 
pas entendu épuiser la matière. Il va sans dire que, dans l'incer- 
titude où nous sommes, dans un grand nombre de cas, sur la vraie 
prononciation des mots transcrits, nos règles n'ont, sur bien des 
points, qu'un caractère hypothétique. 

La lettre N. — Celte lettre peut quelquefois représenter une con- 
sonne, elle est alors l'équivalent de Yh muette, par exemple dans ©MK 
Hugues, aiN^lN Huot. Le cas est assez rare, et ne se présente 
guère qu'au commencement des mots; voir cependant UîNjNi^ Gou- 
henans. 

La vraie fonction du N est de représenter la voyelle a. 

Suivant une règle constante de l'écriture hébraïque, on peut, le 
plus souvent, se dispenser d'exprimer Ya ; partout où il est possible 
de placer une voyelle, on peut supposer qu'il yauna non indiqué 
par l'écriture. L'a peut même être sous-enlendu, comme on le verra, 
dans la nasale an, en, et dans le groupe ai (par ex. : châtelaine). 

Très souvent, néanmoins, l'N est employé pour représenter un a 
soit au commencement, soit au milieu d'un mot : ■j'CDN, DèHDbi'T, 
•pEfinaN, Abertin, Abramin, Delsat. 

A la fin des mots, il représente Ye muet (les exemples sont nom- 
breux : Nbll Dôle); le groupe ie à la fin des mots est toujours repré- 
senté par ïw (narwb Lademie, rra^nab La Résie) 2 ; le groupe es 
à la fin des mots est représenté par tttt (IBfiWD Bordes ; 83RÎMO 
Baumes) : quelquefois cependant le N est supprimé (lOJmx Ormes, 
tabl53 meules, etc.). 

Au milieu du mot le N représente quelquefois Ye muet et Ye 

1 Dans ce qui va suivre, nous ne faisons pas de renvois, les mots sont tous puisés 
flans les chapitres précédents. Nous nous abstenons , en général, de marquer le 
tilde ' ; le signe " indique que le mot est abrégé. — Nos exemples sont empruntés 
de préférence au § II (liste des localités) et au § XI (liste des noms de personnes). 
— On trouvera des explications intéressantes sur la matière dans l'excellent travail 
de M. A. Darmesteter, Glosses et glossaires hébreux-français, Paris, 1878. 

2 Dans le mot chevauchée (§ XI) le groupe ST&p paraît représenter ée ou ie'e. 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV e SIECLE 197 

(BTipanaa Autrecourt, aanaWTn Rougemont; aîWN'na Grenant, 
BTipNaNa Betaucourt: cf. "yv>, "£33); quelquefois aussi il indique un e 
plus ouvert : comparez USNttnNp et tBNfc-pp Charmes ou Chermes ; 
■^finaa et "tond Faverny ; voyez tzmDN Effoz , ")D^pK Echenoz, 
"nN73^p Ghaumercenne. 

Souvent le N paraît représenter un au. Il n'est sans doute pas 
prouvé qu'il ait cette signification partout où nous l'avons transcrit 
ainsi, et qu'au lieu de Authoison, Autrecourt, Auxelles, Auxon, Bau- 
doncourt, Betaucourt, Bauland, Baume, etc., il ne faille pas plutôt lire 
Athoison, Atrecourt, etc., Badoncourt, Betacourt, Baland, Bame, etc.; 
mais le nom propre B»n est écrit en français « Renaut » dans notre 
ms. II, le mot îiao-iSNttîNb ne peut guère se lire la « sanerie » au lieu 
de a la saunerie »; ni ûMîïwh « Tiébat » au lieu de aTiébaut »; NUÉtt^ 
semble même faire Nainote et "^iNa s'appelle aujourd'hui Borey; 
voir aussi y^D faux, n&^K^p chevauchée; Travaillot (avec 1) et Tra- 
vaillai (avec 8j l . 

Le N sert très souvent, suivant une pratique répandue, à séparer 
deux voyelles ou, pour parler plus exactement, à représenter l'hia- 
tus qui les sépare. Par exemple : Ea'iN'WT Diéot, "UNIà Gouhenans* 
rtN"Wtt Joie ; cette insertion du N n'est pourtant pas nécessaire 
(tavbfit Aliot 2 ; c'est ainsi qu'il faut probablement lire, non Héliot, 
tome VIII, p. 1 68). Au commencement des mots, le K est indispen- 
sable pour marquer la légère aspiration qui précède une voyelle ou 
pour indiquer uniquement que la lettre qui représente cette voyelle 
ne doit pas être prise pour une consonne (UN Our, tDETiK Ormes; 
tûaitf Eûtes, ïJP'W Igny). 

Quelquefois enfin le N semble employé, après une voyelle, pour 
indiquer qu'on doit appuyer sur cette voyelle : lûn&nri Nods, "1N*)3 
Noroy, "naia Beurey ; voir aussi a^Nbs pour ^Nbs Flagy. 

Nous avons déjà fait remarquer au commencement de ce travail 
que dans la transcription des nasales an, en, etc., 1' n est très sou- 
vent omise. Ceci arrive aussi pour la nasale on, plus rarement pour 
ain, in. Voici des exemples pour les nasales an, am, en, em : ""HN 
Ambreuil, KttKttN Amance, ffifittôn» Arpenans ■pittttin Besançon, 
ùamb Louvent. On trouve cependant assez souvent Yn transcrite soit 
avec Va transcrit par N soit avec Va sous-entendu : tiïsvn Vivant, 
"SDtfTJ Tremblois, ttiïNn^b Liévans, ttiaantt harengs, J3ST1 Vivant, 
•pittttn Besançon ; voir aussi "3»«p et "nsap dans le mot chamber- 
lant 3 . 

1 II semble aussi qu'à la fin des mots J-Jtf représente an dans Boilieau, Dieau 
(voir tome VIII, p. 167). Pour le nom de Travaillot, voir une autre explication 
au §X. 

2 II est possible que dans des cas comme celui-ci le N se mette surtout quand les 
deux voyelles quMl sépare ne forment pas diphtongue. 

3 Les nasales en, an sont entièrement omises dans "pC3D Pentecôte; NJm, ven- 
dange ; UÎDH^ Grenans. 



198 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Voici le tableau des différentes combinaisons de voyelles commen- 
çant par le N : 

fiUKNp change (ou chaange) ; aiNN août, 'ptimap caorsin, ta^wb 
Lionet ; uiN^l Diéot; tittiNb Lo»s-le-Saulnier, "TiNb Loreillart (seuls 
exemples de Yo écrit ainsi entre deux consonnes) ; ttttiN Hugues ; 
ï5aiN2?Mles (prononcez Utesl); Savoymx ; "^b"nNb L^mlle Gy; "pi^ma 
Oricourt (ou Oiricourt ?), "W^na Oiselay (comparez le même mot 
écrit ""^tf yliselay) ; * v na et *vmN dans les noms de Oiselay, Oisenans, 
Oisilly, Autho/son (écrit aussi avec deux yod, Auth#£son?); TWna 
.É'wdes (tfdes?), BiamN Hwot, KWnK oevre : awvna aveine. Les 
groupes ""N et ""N représentent é, ai, ei, oi, è : Z^talans, ^trappe, 
i^ssarn^, Di^ot, ylimeline, jligremont, Bith^me, Verna^ (ou Vernoi), 
Dama?/, Thi\ay,'Nor oi (ou Nonzi), Confland^s, Scey, Silley; Vienne, 
^rbois 1 ; aw^Mli St-S«ne. cw^NttJ est saint et probablement ïa'W 
doit se lire aussi saint et non sait ou set (cela n'est pas sûr, cepen- 
dant); bi^Nmtf Savtf^ol (Savoyeux). Il est clair, du reste, que ^N repré- 
sente aussi la voyelle i, surtout au commencement des mots, "të^N 
isabelle, iWNia Joie ; tû'wb^in Héloms ; i*N dans /gny 2 . 

Devant un ou deux l mouillés, le N seul (ou même sous-entendu), 
suivi ou non d'un ou de deux yod, peut représenter la diphtongue 
ai, comme, par exemple, dans tpb&o, Jpb^a et ry^ao baillif, "b^fitab 
Levaillant, b^na Graêl, ^sabNE, "b"&l2 t "bbtt, Maillefer ; "btâKa Ba- 
taillard. 

La lettre 3. — Cette lettre ne présente aucune difficulté : a repré- 
sente le b\ '2 représente le v concurremment avec 1. 

La lettre X — Cette lettre représente le g (comme dans gamme, 
guerre, guise, gomme, goudron, aigu); avec le tilde, r J», elle repré- 
sente le g doux, lej, et, concurremment avec '3, l'articulation mouil- 
lée gn. Exemples : Vaudeman^e, Barbes ; Bel/eu, «Taumont, Juvigny ; 
Bassi^wey, Bougon, Bourgo^»e, Etrepiy^ey, etc. 

La lettre il. — Cette lettre sert à marquer Y h muette ou aspirée 
soit au commencement soit au milieu des mots (ZTaronin, iZenri, 
Je/mn, Lo^eraine). A la fin des mots elle sert, comme on l'a vu, dans 
la combinaison ÏTJP ie, pour marquer avec le N, la muette e, et aussi, 
quelquefois, pour soutenir la voyelle qui finit le mot : irnSNaitt Mon- 
tagu (à côté de laNaift); rpANba Flagy (aussi ^Nba et N^bs). 

La lettre 1. — Cette lettre est, à la fois, consonne et voyelle. Au 
commencement des mots, quand elle n'est pas précédée d'un N, on 
est presque toujours sûr qu'elle représente la voyelle v, soit qu'elle 
soit simple 1 ou double Yi; t»Yn et BWil Vivant; NlD&n viande. Au 
milieu des mots, elle peut représenter le v ou une voyelle. Voici 
quelques exemples du 1 consonne au milieu du mot : Doniangeflile, 

1 Voir encore ID^NSïOI!} Boneftus, Geoffroy, Lemotne, Lepatelatn OpN), b^ÊTI 
vicl, vaucflire ("^N). 

2 Dans les mots comme n >n N v np"Wb Liécuyer, "p*K , n , nb Leroyer, le tf sert 
uniquement à séparer les voyelles. 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV e SIÈCLE 199 

"■nba Flaflignerot, T»?ÎMà^ Champdi#ers, Vivant ; avec deux 11 : Sau- 
vigney, Vivant. Le plus souvent, cependant, le v est représenté par '3, 
A la fin des mots 1 est toujours voyelle. 

La voyelle que le 1 représente le plus naturellement est le o et le 
ou (Bowrbone, Bourgogne, etc.). Il représente aussi le u, mais un peu 
plus rarement : "neil Bufouv, Dwtertre, "Dis Bwffignécourt, b^aima 
Arg^eil, "313 Jwvigny, 'pa^iintt Montjwstin ; "UNUitt Montages Nous 
verrons plus loin un autre moyen de représenter le u. 

Quelquefois le 1 semble représenter eu, comme dans l^bm Beljeu, 
■»bT«p Chierl^, fcnitë Seure; U5Nip queues, "ara minier. Breule, 
Fleury peuvent probablement se lire Broie, Flori. 

Ce qui est curieux, c'est la confusion assez fréquente entre le son 
o représenté par le 1 et un des sods i, è, e représentés par le yod. Il 
semble que cette confusion ne vienne pas seulement de la similitude 
des deux lettres, en hébreu, mais d'une parenté entre les sons. On 
a, par exemple, Alxore pour Auxerre, Sorc pour Cerc, Comborjon 
pour Comborjon, Aigromont pour Aigromont, Rénoves pour Reneves, 
Anotte à côté d'Anette; Nttnû Perrotte, non Perrotte; même St-Donis 
pour St-Dmis. On a aussi "T-fti Dornay pour Dornay. Ces manières 
de parler subsistent encore dans le pays. 

Au milieu des mots, la nasale on s'exprime souvent par le 1 seul, 
Yn n'étant pas représentée. Voir, par exemple, tous les noms de ville 
commençant par mon, Montbozon, Montbéliard, Montagu, etc., qui 
sont écrits Mobozon, Mobéliard, etc. Cependant le n est souvent re- 
présenté : Amoracourt, Jowvelle ; il l'est toujours à la fin des mots : 
Auxon, Bougnon, Besançon, etc. On a aussi "jm hrun. 

La combinaison il représente quelquefois la nasale an : Renaut 
des Bans (ISana et tt533), de même Etalons pour Etatos, Amowcourt 
et Am#?îcourt ; Jehan est le plus souvent écrit Jehon ^ri^. 

La combinaison la plus fréquente du 1 avec d'autres voyelles est 
le groupe "«i, qui représente ordinairement le son oi, Oiselay, Oise- 
nans (au commencement des mots, avec N et quelquefois double 1 
"iiiN et "iiTlN ; avec un seul yod, Oiricourt), Authoison," Troues, La- 
croix et Erbois (avec un seul yod), Montoilles, etc. L'auteur écrit 
aussi, avec wi, Roumains pour Romains, Rofsières pour Rozières ; 
Moitoilles pour Montoilles, Goirmary pour Cormary, roiche pour 
roche " ; dans il^VD^ oi paraît être pour ai (Genevrey) ; de même 
peut-être dans Moilleroncourt pour Mailleroncourt. 

Le groupe """i (ou quelquefois "n) représente aussi assez souvent 
un **. Voir Jwssey, Montjwstin, Pwsey, "n^lp c^ré, éc^yer, Hwot 
"•«IN ; "b^irt H^lot, Lecamws. 

Voici encore quelques usages de ces groupes de lettres. On a, dans 
•piPia Bougnon, le 1 qui paraît représenter You, et le yod qui semble 
avoir pour fonction d'indiquer que le a est mouillé ou représenter 



1 II se peut que dans quelques-uns de ces exemples il faille lire u au lieu de oi 
(voir l'alinéa suivant). 



200 REVUE DES ETUDES JUIVES 

le i qui précède involontairement le g mouillé ; de même w fr\ "ywy et 
"yi?l et "awn représentent oign dans Bourgogne, Faucogney ; on a 
Wnsiû Savoyeux ; î-p"n:nwZ5 Savoie. 

On a encore wnb"nu) suillons = sillons (faut-il lire sulloins?), 
ïMib'niû sillons (sullons?); b^TJ troil (treuil), Nb^-nra et sb^a 
troille (treille), b^&omN Arguel (ou Argueil) ; wi pour ne dans Am- 
bruel (Ambreuil), Montruel (Montreuil), etc. ; Nuef-Châtel (Neuf- 
Ghâtel) ; Belle-suer (sœur); pour eu dans Theuley (Thwley?); pour 
ui dans Cmsery (C^sery ?) ; "HaiaNaN Nanto^y (?) pour Nantey. Dans 
pwwip on paraît avoir voulu rendre le u qui suit le g, de sorte qu'il 
faut lire Qu-entin. 

Voici encore quelques groupes où entre le 1 ou le "il comme con- 
sonne : BTnfctal Vavert, an-naii Vavre, "nwil Verissey ; BW^fim, "^i 
•pîO'm, Vienne, êO^ Vienne, "ywi dans Flacignerot ; b^i, "b*n Velle, 
Vellefaux, "*Yn Vergy, Verissey, etc. ; •pNlô Foulent (lire Favans?). 

La lettre 1. — Cette lettre est équivalente au s doux ou z, mais elle 
n'est pas admise dans le système de transcription de nos mss. Nous 
ne l'avons trouvée qu'une seule fois, probablement par suite d'un 
lapsus de l'écrivain, dans le nom de ville Gésincourt. Le s doux ou 
le z est ailleurs toujours représenté par '©. Il faut faire une excep- 
tion pour z signe du pluriel à la fin des mots et qui nous paraît quel- 
quefois représenté par y. 

La lettre fi. — Cette lettre ne fait pas non plus partie du système 
de transcription, nous ne l'avons rencontrée que deux fois : dans le 
nom de u^pfi Haquinet, que les auteurs juifs du moyen âge avaient 
l'habitude d'écrire de cette manière, et dans le nom de Hulot. 

La lettre \ — Cette lettre représente le plus souvent la voyelle i 
et les combinaisons où entre cette voyelle (ei, é, ier> etc.) avec leurs 
équivalents (é, è, etc.). Au commencement des mots, quand elle re- 
présente i, é,ai, elle est précédée du N (voir cette lettre plus haut». 
Au milieu des mots, on aura une idée de son rôle par les exemples 
suivants : ttlfrPiOl Diéot ; r^rpn Haquinet ; "b^b Lecellerier ; 
«aTSTlMt Saronette ; &ÔT£« Auxelle ; b"n Velle ; "n^n V^rne ; bwna 
Mirebel ; Cl^zrvaux, frazehon ; Nlû^a B<?ze ; "ib Pmies ; Cha Grazsse ; 
a^pfi Haquinet; "n^b Lesbordes ; "p^N #chenoz, "Voie Montb^liard, 
"ilî'nb Lar^'sie ; "p^D"n Buffignr/court ; "mnp Cr^venel ; "3^5 Genc- 
vrières ; "j^X. Secenans ; "n^jtoïi Domanggvelle ; "n^Dls Baufr^- 
mont ; "j^K Echmoz ; il de 1 , ttWHB Ferrières ; wi^V^ft Maizières. 
A la fin des mots il signifie é, ay ou y (voir André "HT5N, Autrey, 
Etrepigney, Gy, Saint-Remi, etc.). Dans tous les cas où il signifie «?:, 
è, é, on pourrait le considérer comme combiné avec un a précédent 
sous-entendu par l'écriture. Il arrive quelquefois que Yi n'est ex- 
primé par aucun signe ; l'absence du i qui devrait le représenter 
constitue une assez grave difficulté de lecture. On trouvera des exem- 
ples de ce cas dans les noms de Bassigney,Bufi%nécourt, ChampcU- 

1 De même ""b pour l'article U (et pour l'article U) est fréquent. 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV» SIÈCLE 201 

vers, Juvigny, 'Flavignerot, Sauvigney. On remarquera que, dans 
5 de ces exemples sur 6, le i manque devant le son mouillé gn qui 
semble appeler forcément un i ; dans le troisième exemple, l'ab-„ 
sence de Vi peut être motivée par la crainte de faire lire io au lieu 
de iv; cependant on a aussi officiai, sans que l'absence du yod 
puisse s'expliquer par un motif de ce genre. 

Voici quelques exemples des principales combinaisons de voyelles 
commençant par notre lettre : fco dans Montbéltod ; n&o ie à la fin 
des mots; "wb Lionel ; BlfcOtt Mzaoùt ; ^&o dans Julienne; 3N"> dans 
Lavians; ÏT à la fin des mots dans Bassigney, Echen«^, Verg^,Port- 
sur-Seey, Vus?/; ûT dans Aliot, yp dans ascencio%, parucio»; ■« ai, ê 
è, é, dans Bithaine, Lafontfline, Foulon, Graisse, Manières, vin 
fraichon, Gressoux, Bèze, Peines, Les Repes, Verissey, Tresilley, La 
Resie; ""P"> dans Pierre Ferrures, Argillieres, etc. ; *" dansNeermont 
(Noirmont), Lievrecey, Etoile, pièces, Tromélmrt (avec a sous en- 
tendu), Bzatrix; ^ oi (pour ail) dans Authozson; "P" 1 dans PontaiUer, 
trésorier, papier (et "^aNa papie) ; y*" a niez (pieds) ; Ta Pierre, h^a 
et "pa fer, b^aiZ^N Isabel. On trouve aussi IW^J pour Simon. 

La nasale in est généralement rendue par yi (MaUwcourt, Sa- 
lies, etc.) ; y* représente aussi en dans réglais, Ge^drey, He#ri. Une 
ou deux fois, à ce qu'il semble, le n n'est pas exprimé : Vellemifroy 
pour Velleminfroy, Saint-Vicent pour Saint- Vincent; peut-être aussi 
que tria doit se lire set, non saint. A la fin des mots le n est de ri- 
gueur : Abertin, Abramin, Cressin, Saint-Quentin; cependant on a 
aussi "EM'w'ip Saint-Quenti pour Saint-Quentin, c'est un exemple 
unique, "wb doit saus doute se lire Liengies ; on a de même y* 
dans Vénitiens. 

Le signe "» ou ^ a un rôle important dans les articulations mouil- 
lées l, II, gn. IL intervient généralement avant ces articulations, 
lors même qu'elles ne sont pas précédées d'un i; la prononciation 
l'y amène, du reste, involontairement, on en a déjà eu des exemples 
plus haut, dans l'étude des lettres N, 3 et 1, en voici encore quel- 
ques-uns. Kb^Ti» oreille (dans Authoreiile) ; ibb^E^p et ^bbwp 
ChemilJy ; ""bb^^rj Trésilly; ■pS-Wia Bourguignon; ^b^Wtt 
Mailley (avec insertion de deux ^ entre les deux l) ; "bb^a, "b"^ Guil- 
laume; "bb^Ti, "b'm Viliaume ; "b^m Villemain; asab^fiob Levi**Z- 
Zant ; inKrjn Bat^7/art ; Tabbtt MfliMefer, "JP'npKB Facogney (ou 
plutôt Facoigney) ; a^b^N agnelet est le seul exemple d'une écriture 
différente, on dirait que l'écrivain lisait an-yelet. 

Les deux ■" représentent quelquefois la demi-consonne y et même 
lej. On trouve, par exemple, "di^ et "BT* 1 pour beffroi, «/effroi ; on a 
v au commencement des mots pour Iacques, Iehan, Iérart, etc. ; on 
a enfin ^i^N^ipiN écuyer ; n*wnnb Leroyer. 

La lettre 0. — Est exclue du système, elle figure (pour s) dans 
le nom de Port-sur-^cey. C'est probablement par oubli, comme il 
est arrivé pour le T. 

La lettre a. — Cette lettre représente le p ; 'a représente f. 



202. REVUE DES ETUDES JUIVES 

La lettre S. — Cette lettre représente le s fort, ou le ç et le t pro- 
noncé comme s. Exemples : Douçotte, le cellerier, tfaronette, Savoie, 
fantoche ; Parution, Vénitiens; dans Au^erre, Lu#euil, il faut peut- 
être prononcer Ausserre, Lusseuil ; nous supposons que yhm doit, 
être transcrit Alia? et non Alis ou Aliz. Dans les mots suivants (et 
autres analogues ; nous n'avons pas toujours été conséquent dans 
nos transcriptions sur ce point) nous supposons que le y final doit 
être transcrit par un z (à moins qu'il ne soit simplement un 5). Barz 
(Bards), Nodz (Nods), Larianz, Sogroiz, Lacroix, Vellefauz (pu S^groitf, 
Lacroix, Vellefau#), Secenanz, chetez, piez (pieds), etc. 

La lettre p. — Le p exprime le c dur (Gressin), le g, comme dans 
N^iDNp quatre, Ha^uinet. Le 'p représente le ch (C^auvirey, tatil- 
lon, etc.). 

La lettre 83. — Cette lettre exprime le s fort (Crewin, Déliât) ; le x 
prononcé probablement comme deux 5 (Au#on, Velle#on, Alexandre); 
ttJiba est probablement aussi Alia? ; de même WhB'wa Béatri#. Le '© 
représente le s doux (Authoison, Besançon, Vesoul, etc.) ou le z ayant 
même son. 

Les lettres 5, #, n ne font pas partie du système et ne peuvent 
être employées. On a vu plus haut qu'il en est de même, à peu près, 
pour les lettres T et D. 

Les lettres T, a, b, 12, n, ne présentent aucune difficulté, elles dési- 
gnent respectivement les lettres d, t, l, m, r. 

la lettre 5. — Elle représente le n. Avec le tilde '3, elle représente 
le gn mouillé et suit, pour cet objet, absolument les mêmes règles 
que le 'X Voir Baigne, Bourgogne, Faucogney, Flavignerot, Gévi- 
gney, etc. 

La lettre française e. — On a vu, plus haut, que dans le plus grand 
nombre de cas cette lettre est représentée par le yod, assez souvent 
par N (surtout Ye muet et Ye fermé), quelquefois et exceptionnelle- 
ment par le vav. Il arrive très souvent que cette lettre n'est pas re- 
présentée et qu'on doit en deviner l'existence (comme pour Va; comme 
exceptionnellement pour an dans Pentecôte ; voir aussi on dans 
"^nftfa Montmorency, en réalité Mmorency ; u dans "n^-2N^b Liaven- 
trier pour Liaventurier ; se rappeler eufin les i non figurés). Ainsi le 
ms. écrira Avniers, Crvenel, Rnèves, pour Aven., Crev., Ren., Abr- 
tin pour Abertin, Crssin pour Cressin ; Protte, Prcval pour Perrotte, 
Perceval ; Cambrsi pour Cambresi; bguine pour béguine, etc.; 
Orms pour Ormes, etc. On a tt&naS'D et "3Nj1^ pour Bonevie. 

Il est rare que les lettres doubles soient représentées. On n'en 
trouve d'exemple que dans Etielle et dans les mots qui ont les II 
mouillés (Oisilly, Châtillon, Mailley, Trésilly, etc.) ; souvent les II 
mouillés sont pourtant représentés par un seul l. 

Le tilde manque très souvent, non exprès, mais par omission. 
Dans nos transcriptions, nous ne l'avons donné que là où les mss. le 
donnent également. 
Dans un certain nombre de cas, le tilde paraît réunir plusieurs 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV e SIÈCLE 203 

lettres, pour indiquer, à ce qu'il semble, qu'elles doivent jbrmer en- 
semble un son unique. C'est ce qu'on voit dans tïï^V^ià Boilot, 
"b^frnb Levtfillant ; ^ibis Foulnay. Il semble aussi que le b mouillé 
porte quelquefois le tilde, comme on le voit dans le nom de Mail- 
lefer. C'est peut-être pour la même raison qu'il y a un tilde sur les 
deux yod de ■pftb^m Villemin. Voir aussi Fontenay, Montoilles. 

On remarquera enfin que l'auteur écrit quelquefois comme on 
parle : par exemple Vesou pour Vesoul, Simoneju pour Simon et 
Jude ; Baulan pour Bauland. Le plus souvent, cependant, il se laisse 
guider par l'orthographe, par exemple, il écrira Efïods pour Effbz, 
Bauland en même temps que Baulan, Basle pour Baie; voir surtout 
les noms de Dieau, Boileau, Joie, etc. 



XIV 

Documents. 

Nous avons cru intéressant de joindre à notre travail la copie 
d'un certain nombre de pièces tirées de nos manuscrits. Notre 
choix a été fixé par les considérations suivantes. 

Le premier passage que nous reproduisons est la transcription 
de notre fac-similé : le feuillet sur lequel ce fac-similé est pris se 
trouve coupé dans le ms. exactement comme il est représenté sur 
le fac-similé. Nous l'avons choisi parce qu'il est un des moins 
chargés et des mieux écrits du ms. 

Le deuxième passage reproduit est à peu près le seul des deux 
mss. qui contienne un certain nombre de phrases formant un 
discours suivi. 

Le troisième passage est particulièrement remarquable par le 
nombre de monnaies d'espèces différentes qui y sont énumérées. 

L'intérêt spécial que présente le passage français reproduit et le 
compte de Henri de Bourgogne justifie suffisamment le choix que 
nous avons fait de ces deux morceaux. 

A. Transcription de la planche qui accompagne ce travail *. . 



1 Dans ce passage et les suivants nous adoptons le même signe ' pour les abré- 
viations de la fin des mots et les tildes, qui sont toujours au milieu des mots. Il est 
impossible de les confondre. — Nous avertissons de nouveau qu'il est impossible de 
distinguer matériellement le bêt du kaf; dans les chiffres, nous nous sommes décidés 
pour l'un ou pour l'autre selon certaines probabilités. 



204 REVUE DES ETUDES JUIVES 

. •jttt irnNB ib baïa^b tt)" 1 '^ns .b"aa» mpa owaiYpb ma» '^a 
i-ptt$ û^am'sb ma» 'nn ;b"aa» y-iîn 'a caitf'om'Bb ma» 'im 

,b"aa» 3>nit73 ^itt^ba ^bin 
'■'nns .^ibnpa tanaviBb aa"-idi b"aa> w:aa a^am'Bb ma» '^ma 
&aasa r-iffins '« îa-iN'p" 1 "} tns "'d ba» ï^&oamsb ma» 

.b"aa» t]io 
W '^ïid ,b".aa» cpd d^asa '^ h?thi ^d ba* û'wam'Bb ma» 'im 
. ïista'œaa iiènat»bni»«rt ^33» b"aa» éjid û^naza "i crKwiDb 
n? *•*» . b"aa» trio laiïHtt tonïm maa» B'wmYBb ma» '-na. 

,b"aa> rpd rcm» av a-ia'p'n yne ^a ba» owarneb 
amtt a^ao la^a ba» tna'pn 'p" 15 ^ û ^^ B'wanYBb ma» '"ht 

,b"aa» tpû 

,b"*7a» ù^sttj» 'i ts ba» finsnwhb bwaaa ta^am'Bb ma» 'imâ 
♦ b"m» lit 'n d^iab» maa» tfwwYBïi ma» 'o^bi 'crbaa 

, aiN-i'annsb (ra^bab) 
ttpbffi ï-7iïttT bvbl 'ra^baïi -wr» -îatoa biia-nn awa-nsb tta^bab) 
•ma ba» fa^ b^rbi 'o-ton "je nm ^nïm b^b aman 'sa^bttb 
isw») b"m» is '3 bYwi finanam fwn canpn'a ->aa 
tzhiB fparo ïaM a«bi ttîa'iûibp ©KpatB "ja» *n^a-i isba 
tûapao r^nTOîai aa^ na tanbaaKi:^ "jnn ^s>i nai 

. ï-r^tOBM n«î na»©a *pb itta» tto dmabi iV naana 'bis 

. T-naa» ananaoïb isans 'nnr; , b' ,ta ia» iai)aw 'h ^aoam'ab ma» 'nar 

rtsm tt*in a^arpan nratmoa b"n^ ■rçintt 'n tawmYBb ma» '^m 

.dan main ^ab*i rnpsn niONb dnnb 

. ïaaTPi ^s ba» b' ,ta ja» yntn 'n ûwanYab ma» 'nn 

.b"i^ nn« 'a m^nna awrm'Db ^y '^n 

a-'^'a'mDb iir 'i^a . aaiw ^d b^ b"*73» n^w\ 'a ta^^'arnsb "iv r *iîi 

.b' ,ta i^ "i72N 'n 'nar: d^a» -naa> 

d^ T'ns î— r^m im^n?aa b' ,ta i^ s^iua 'i a^^a^Ti'Db ma» 'nr? 

. d^a^Ki 

• rrnattraa b' ,ta i^ rnp 'a b^n^a inaba a^am'Db ^y 'nn 

.caain ■»& b^ m^atwaa b"na» dtod 'n B'wwi'Bb ma» 'nn 

tiia^ 'n i^N'ifirnb taTi^aa lDjivt ^d ba» tt^'arnsb Tiy '^rn 

, b' ,É 73» 

, tsaiT»! ^d ba» b"na» na "n a^^a^i'db ^"la» 'na 
ûaiT»'i ^s ba» b"rta» ^b 'n r-rjn miapb ui^^anVsb lia» 

. nratmaa 

Voici la traduction de ce passage : 

20 s. Pernot fils de Forvi, témoin Périn Richart; teruma (50)73; 6 s. 

encore Pernot, tissa 73. 
20 s. encore Leforviet, pecudé 73 ; 21 s. sont à lui réclamer à partir 

de cette date. 
10 s. encore Leforviet, 3 tazria 73 ; 5 s. encore Leforviet pour aller à 

Luxeuil. mecora 73. 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV e SIECLE 205 

24 s. encore Leforviet, bemidbar 73, il les a donnés en paiement à 
Frogeot de Colombe ; 25 s. encore Leforviet, sur l'ordre de 
Périn Richart, \ nissabim fin 73. 

10 s. encore Leforviet, sur l'ordre de Vivant, 3 nissabim fin 73 ; 25 s. 
encore Leforviet, nissabim fin 73, pour l'assolation à Be- 
sançon. 
3 s. encore Leforviet pour les vendangeurs, haazinu fin 73 ; 20 s. 
encore Leforviet sur l'ordre de Périn Richart St-Maurice, 
fin 73. 

16 s. encore Leforviet, prêtés à lui par Périn Richart sur notre ordre, 
vers St-Maurice fin 73. 

15 s. encore Leforviet, je les ai retranchés de la dette (envers nous) 
de Varade, sur son ordre, 6 mispatim 73. 

20 1. (4 livres) encore Leforviet pour des vêtements, 1 çav 74. 

(311.) Leforviet 1 . 

(31 1. 2 ) Leforviet de Vesoul, reste delà moitié de 20 1. ci-dessus et 
de tout ses emprunts ci-dessus ; l'autre moitié des 20 I. ci- 
dessus sera à payer par son frère ; (fait) devant Fricot et 
Jehan Varade de Vesoul, 3 çav 74 (resté sans intérêt jusqu'à 
Pâques closes, et nous n'avons rien inscrit aux intérêts) 
et devant le gendre d'Isabelot fille de Renaut et messire 
Jacques de Marteroi. 

15 d. lui ont été donnés par nous et à ceux qui étaient 
avec lui, pour le vin (pourboire), à l'époque de cet arran- 
gement 5 . 

12 s. encore Leforviet, 5 semini 74, dont 8 s. payés par nous pour 
lui à Varada. 

10 s. encore Leforviet, 5 semini 75, en demies et en bourgeois ; il 
voulait les donner à la femme du prévôt et aux gens (du 
prévôt) en plus grande partie. 
5 s. encore Leforviet, 5 tazria 74, sur l'ordre de Vivant. 

5 s. encore Leforviet, en demies, 2 aharé 74. 

5 s. encore Leforviet, 3 émor 74, sur l'ordre de Vivant; 3 s., encore 
Leforviet, dont 2 s. pour chaussures, 5 émorlk. 

5 s. encore Leforviet, 6 naço 74, en demies-, il les lui fallait égale- 
ment pour des chaussures. 

5 s. encore Leforviet, quand il alla à Gray, 2 coréh 74, en demies. 

5 s. encore Leforviet, 5 pinàas 74, en demies, sur l'ordre de Vi- 
vant. 

40 s. encore Leforviet, sur l'ordre de Vivant, j'en ai acquitté Varade, 
4 mat tôt 74. 

3 s. encore Leforviet, 5 noah 75, sur l'ordre de Vivant. 

1 31 1. mis entre parenthèses, rayé dans le texte. Le mot Leforviet devait proba - 
blement être rayé aussi ; la ligne est inachevée. 

2 Rayé dans le texte et remplacé, au-dessous, par la mention de 35 1. 

3 Ligne en surcharge dans le texte. 



206 REVUE DES ETUDES JUIVES 

... * [encore] Leforviet, pour acheter du froment, 5 lelh 75, sur 
Tordre de Vivant; en demies. 

B. Compte d'Othenin de Malaincourt (ms. II, f° S1 V). 

ansb 'ta^brnb [psb a"*3 'bzy nrjiï "n anprbfcTa 'pB'iNb vrva 
■rçi^pb srç^n jjn 'rna npjaï ths oio iia^aa mm b^'p n » ftn]pb 
Nim ssip^nTp') vfiN çaip^ [n]ini^n itwpjl lEX* 'pn "n d"n hn]iN 
isa^ia ^nishb abu) Disn ^"W nna in ^n^ïi ûkib dnanataai ies* 
-iptûb û^araa iNnp^w ab dai dma^b Y^nn uîN'aNausiNa "nn 
mmb «bnp^bTa «htrain Tna to 4 ] TpBïi Ta nn r ^bn y^Ntatt'm'si 
ïtéo-in'PI ibiû na-n'p ppn$? Tijabrç oïdr» toip^an rra [û]mn 
taïïbujb drnax ^na lana^j n35a b^> p->Tnïï w»ïtid «s^b's [an] 1 ^» 
Dada t»tik pra" ds tamaa p-nn» irpi-nû rmna [n]iEî-n da> lanajnb 
oad^b rtfcH ï^b mbnipi itû^a Tî-na d^nnN'n da> ainn !?a?a [n]ianao 
j-it TD3>m aiinniindtt maniDan rnfcjfnrt hhaa>a ^aftft "ja ^âija 
Diorn i-njana 'îiïi "pacaïab ^nttbrc pN "nmaaiBE ib viEbra «b 
d^nN wm p^b'^Tib ï&ttrn **&*$ [an]a> fr]i* d^b wnm b^ana» 
nanaa rnatii stotoïi ^ dioï-ï rna^N ab d&o pn 'n "pri ontïnnxi 
a'pnbtt ran^nN oio nNsr» 'p^b 't nb vpajg "o maan T^pari T^aaaa 
a-na ia»tB aôn b^&na nm^ ha]^ Y'*n 'p^b "i a^aoi ïintttû 'i ntta>£> 
•onorr *j5a 'n'fiOfîi h]iaa> ha^ a'^p] "'Wp ppà iab ©"n . nwa nan 

Traduction. — J'ai compté à Otenin de Malaincourt, le 5 mattot 72 * 
(29 juin 4 312), 30 livres (les deux lettres a*r sont exponctuées) à payer 
à la saint Michel, et il a laissé en gage (pour cela) le cheval de son 
frère pour être vendu à partir du 5 hanan (13 juillet 1312), à ma vo- 
lonté ce jour 5 hanan même ; et ont été cautions Iacot son frère et 
Gornete et lui-même, et ils ont fait serment que si le domestique ou 
quelque autre emmenait le cheval sans mon consentement, ils vien- 
draient de suite en ostages à Vesoul à leurs frais; sinon, qu'ils se- 
raient appelés parjures et forostagiez en français. Et ils ont ordonné 
entre les mains du (devant le) prévôt et de son père et du maître de 
l'école de faire un acte de cela ; et pour ce cheval j'ai payé pour Ote- 
nin sa charrue et la charrue de messire Phelipe que je détenais, 
parce qu'ils avaient garanti en mains d'Abraham de les payer à ma 
réquisition ; plus d'autres bêtes que détenait Abraham. Iacot son 
frère aussi a accepté d'être caution pour la dette entière avec tous 
les autres qui étaient caution auparavant. Et Gornot ne voulut pas 
garantir pour le compte des frais précédents de Fondremant, c'est 
pourquoi je ne lui ai pas payé le montant de ses gages, mais j'ai 
payé à Otenin les 5 bêtes et le cheval de Gray. Et il s'est engagé à 
donner en outre, comme caution, messire Iehan Léveillart et les 
deux frères de Montot jusqu'au 5 hanan ; sinon, je vendrai le cheval. 

1 Grattage. 

2 Cette année mattot et tnacé étaient réunies, cependant l'auteur ne nomme que 
mattot. 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV e SIÈCLE 207 

Et toute cette affaire est inscrite dans le papier du prévôt. Et il est 
vrai que je lui ai compté 7 1. des frais du cheval d'Odot de Laroche, 
frais dépensés par Rabbi Simha, et environ 4 1. 14 s. des frais de 
Gray, et nous n'avons calculé aucun des intérêts. 

En surcharge : Et nous avons, du capital, 411s. pour les dépenses 
concernant le cheval. 



C. Compte de monnaies (ms. II, f° 55 a). 

[nlTS&nttn 'c^bap 'a* misa ta^ifirb T b:> iznaE ->a '•rçy&îg "ubap 
ib&o [atep ^"ninvja 'rra dm '""bia (a^rns 'm ©""«bntai d^n-psn 
p»rt V 2 w [njTten^ '•'in [dihaap [D]^-i-p3>a 'iVn ia»E nwnrn 
ra^'ia-nsa 'toïti 'ma a '"TOïti [d^atapa '"n&îi '"'bn -p^aabnarï *pa 
'TW?aa nwam [a^a-jpa '.^ars '^np tampa-nu^a biaisa Ttfi [ûlm^ 
[d^acapa '^ab-i '^aii '^bia 'T^njaai '"»ba^ u;->\Nbrja ivi fcaitfwai 
'■w 'm '^thi [a^bisaa 's*n 'iwi [û]^ua-< îai'ta'naDa '^vjt '^V-n 
'^arap '"wyp 'run 'rwa '"Hp iian œaip^aa 'itfi [a^arr^a 'ni 
'^bn 'nan ^bVran '^atap 'wnia '->bn 'n?aa '-»bn wi '^capa 'rhi 
TpbTprt \i2 ï-na^nnn iaa t* 'T* a (ou vp) '1*75 3^1 'rampa 
. 'ca^bi *p*a vïto '^ma 'in a^ d^'w»!? ^b dmar? nffifio 

Traduction. — Nous avons reçu de messire Gai de Grenans, par 
Lionet, a (la foire de) Port 73, 101 1. en demies et en bourgeois et 
toulois, et 6 florins pour 6 L, avec 100 s. en petits tournois, et voici 
les détails de ces versements : 441. petits bourgeois, 10 1. en demies ; 
et, pour ce compte, reçu du Boulangier 10 1. dont 40 s. en petits, 
50 s. en demies, 70 s. en parisis bourgeois. Et encore de Pernot de 
Seroncourt 106 s., dont 20 s. en petits et le reste en demies et en 
bourgeois. Et encore en toulais 12 1., et en demies 9 1. 42 s., et 32 s. 
en petits, et 4 1. 4 5 s. en parisis anciens, et \t s. 4 d. en doubles et 
4 s. 1/2 * et 7 s. 4/2 en bourgeois, et 14 s. en baudequins; et encore 
400 s. en demies et 70 s. en petits bourgeois et 4 s. en petits ; et en- 
core 8 1. en demies et 7 1. en bourgeois petits et grands ; et encore 
8 1. en demies, et encore 2 (ou 20) s. en bourgeois. Jusqu'ici le compte 
des pièces (de la monnaie) des 446 1. comme les a remis Lionet avec 
les 6 florins valant 6 livres. 

D. Passage écrit en français (ms. II, f° 41 b). 

Lan mil trois cenz et onze le vanredi après la saint Andreit fui 
faiz conpes 2 de Villemin le Lonbart de seixante livres destevenans 
qu'il davoit ai Heliot par une lattre de la cort de Vesoul en la quele 
il ay obliguacion et fui li conpes restroinz 3 par quatre vinz et quinze 



1 1/2 est peut-être rayé. 

2 Compte. 

3 Restreint, fixé, au total, à 95 1. 



208 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

livres et des celui vanredi montent i les seixante livres et les trante 
et cinq livres 2 sont appaier à la Chandelouse lan mil trois cenz et 
onze. Ce fui fait par Renaut dit des Bans et par Richart son fils le 
prevost qui fit cest escript lan et le ior dessus dit. 

E. Extraits du compte de Henri de Bourgogne 3 (ms. II, 
f° 53 Jet Ma). 

10s., Henri de Bourgogne, en tournois, prêtés par mon beau-frère 
en &hm] la Saint-Jean, 65 4 . 

30 s. Henri de Bourgogne, vers le même temps. 

60 s. H. de B., 6 semot 66 (7 janvier 4 306), quand il est venu à Ve- 
soul et Jehan de Ruiïy avec lui. 

15 s. H. de B., [4] semini I 67 (22 mars 1307), que nous avons payés 
pour lui à Etienne Lecourier, en singles et barangles ©b^ata 

7 s. 1/2. H. de B. pour frais d'un^acte que nous lui avons rendu 
ce jour, 4 semini I 67. 

15 s. H. de B. pour frais d'un acte fait le 4 semini I 67, se montant 
(l'acte) à 4 1. 4/2 gros anciens. 

44 s. H. de B. pour frais de l'acte de 200 L ci-dessous. 

40 1. H. de B., 4'aharé III 68 (17 avril 4 308), en petits florins à 44 s. 

200 1. H. de B., caution ('^) Messire Jehan de Velle et Jehan Vil- 
min, chacun pour 50 1., et Nicolin de Colombe et Yilmot de Moncey, 
chacun pour 50 1., et l'un garantit (rratt) l'autre; S. Michel fin 67. 

4 1. 1/2 gros tournois vieux, H. de B., 4 semini I 67 (22 mars 4 307), 
sur le sceau de la seigneurie (mTtïî), reste de 40 1. 7 s. [prêtés anté- 
rieurement], noah 67 (9 à 15 oct. 4 306), et 130 1. pour lesquelles Abra- 
ham lui a donné quittance en notre nom. 

4 1. 4 s. H. de B., 1 huccat 67 (4 juin 4307), donné sur le sceau de 
la seigneurie. 

400 1. 8 s. H. de B., 6 deharim 67 (7 juillet 4 307), sur le sceau de la 
seigneurie, [savoir] 80 1. en gros tournois à 40 d., et 20 1. en florins à 
40 s. 



1 Sont à payer les intérêts, si la somme n ; est pas versée. 

2 Les 35 autres livres dues sur les 95 1. 

3 Les comtes palatins de Bourgogne, Hugues et Alix de Méranie, eurent douze 
enfants, cinq fils et sept filles. Le troisième fils, Hugues de Bourgogne, sire de 
Montjustin, est nommé plusieurs fois dans nos manuscrits. Le cinquième fils, Jean, 
sire de Monlaigu et dAmance, est le père de notre Henri de Bourgogne. Bouillant 
et impétueux comme la plupart des membres de sa famille, Henri de Bourgogne 
figure dans la plupart des querelles du temps. Il fut des premiers à se soulever 
lorsque Philippe-le-Bel, roi de France, qui administrait le comté pour son fils Phi- 
lippe-le-Long marié à Jeanne de Bourgogne, frappa le pays d'un impôt, en 1314. 
pour rétablir ses finances obérées. Après la mort de Pbilippe-le-Bel et le retrait de 
cet impôt, Henri suivit, à la guerre de Flandres, le roi de France et le duc de Bour- 
gogne, il fit des prodiges de valeur à la bataille de Cassel. 

4 Le mot hébreu est gratté. 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV SIECLE 209 

10 1. H. de B. sur son acte, prêtés à lui par Lionet à Apremont, 
sofetim 67 (30 juillet à 5 août 1307). Il a versé [là dessus] 4 00 1. aux 
mains d'Abraham, 1 vaéra 68 (17 déc. 1307); plus, par Abraham, 
100 1., vaéra 68 (17 à 23 déc. 1307); plus, par Abraham, 4 00 1., 
6 ietro 68 (42 janvier 4 308). 

90 1. H. de B., avec deux queues de vin, 4 mattot 68 (14 juillet 4 308) 
sur le sceau du taberlion d'Amance apporté par le Bourguignon, et 
ne portant pas intérêt, mais il a promis (le taberlion ?) de changer 
cet acte contre un acte de Henri et qu'ils porteront intérêts. 

4 1. H. de B., 6 nissabim fin 68 (13 sept. 1308), parce qu'il se ren- 
dait en Allemagne. 

(grattage), 130 1. payés par nous à Abraham, quoiqu'ils soient 

compris dans les 4 1. 1/2 gros [ci-dessus] ; il faut aussi réclamer les 
40 1. de noah 67, qui sont aussi compris dans ces 4 1. 1/2 gros, et les 
60 1. qui viennent après les 200 1. Il faut lui compter (à H. de B.) les 
45 1. qu'a prises [empruntées] le Bourguignon, du foin; caution Ri- 
chart fils de Philippin, à S. Michel fin 67; cette somme est inscrite 
dans le compte de Frotey au compte de Richart. 

60 s. Messire H. de B., semini 69 (23 mars à 5 avril 1309) l ; 9 1. à 
Messire H. de B., payées par nous au boutelier de Tromeliart, et 
autres objets également en tazria 69 (6 à 12 avril 1309). 

60 1. Messire H. de B. quand il est allé à Montbéliart, tazria 69 ; 
données sur le sceau de la seigneurie. 

Jusqu'ici tout en faibles. 

Total, après tous les payements ci-dessus, reste 314 1. 6 s. 8 d. 
bons, vers Pentecôte 69, et nous n'avons calculé aucun intérêt 
[c'est-à-dire intérêts non compris ? Puis, en surcharge :] Nous di- 
sons 374 1. 

20 1. bons, H. de B., pour pleitines, hanan 69 (13 à 19 juillet 1309); 
20 s. bons, Messire H. de B., que nous avons payés au boutelier, 
hanan 69. 

100 s. bons, Messire H. de B., 2 çav 70 (9 mars 1310), lorsqu'il alla 
à Besançon. 

20 1. bons, Messire H. de B., prêtés à la foire de Port 70 (1309-10). 

40 s. bons, Messire H. de B., 4 selah 70 (20 mai 1310), quand il alla 
à Langres. 

60 s. H. deB., bons, 6 behar 71 (30 avril 1311), quand il alla en Lohe- 
raine, le jour où il donna son cheval à mon maître mon beau-frère. 

Nous avons fait une estimation fiEN) pour tout ce qui est inscrit 
ci-dessus [et l'avons fixé] à 488 1. 6 s. 8 d., 6 macé 71 (16 juillet 1311), 
et nous n'avons pas calculé les intérêts. 

(rature) H. de B., 6 macé 74, pour aller en Allemagne, savoir 

4 00 s. le jour où fut faite l'estimation ci-dessus, le reste remis à lui 
par Lionet à Besançon, à la S. Michel fin 74, sur le sceau de la sei- 
gneurie de Vesoul. 

1 II aurait fallu dire semini I ou II. 

T. IX. N° 18. 14 



210 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

(rature) Messire H. de B., pour un muid de vin qu'il a acheté 

[et que nous avons payé] dans la maison de Garin à Luxeuil, [vin] 
qui était à Le Camus lombard, à qui nous avons donné quittance 
pour pareille somme [qu'il nous devait], 2 tabo 71 (30 août 4311), 
quand il (H. de B.) voulut aller au camp de Messire Hugues, qui 
allait en Loheraine. (En surcharge :) Nous avons reçu 1 2 1. de [la vente 
de] ce muid de vin, quoique nous ne l'ayons payé que 4 1. 4 8 d., 
comme il est écrit sous la rature. 

35 s. Mess. H. de B. pour le sceau des actes ci-dessus, [savoir :] 
d'une partie de l'acte de 20 1. et de ceux de 60 1. (?), de 4 1. 4/2 gros, 
de 30 1., de 40 1, de 4 40 1. (En surcharge :) 14 s. 5 d. le sceau de 404 1. 
et de 60 1. de tazria 69. 

4 00 s. Messire H. de B. pour les domestiques de Scey, 2 nissabim71 
(6 sept. 4 314). Sur tout ce qui est écrit jusqu'ici nous avons reçu 
600 1. et nous n'avons pas retranché ("isnoïi) l'intérêt ; et après cela 
nous lui avons prêté les 40 s. et les 30 s. ci-dessous. 

40 s. Messire H. de B., ietro 72 (13 à 29 janvier 4342), que lui a 
prêtés mon maître mon beau-frère à Besançon. 

30 s. Messire H. de B., 6 mispatim 72 (4 février 1312), quand il se 
rendit à Faucogney et à Remiremont. 

J'ai calculé l'intérêt de ce qui précède à 294 N 1. 4 s., mais je n'ai pas 
calculé celui des prêts nouveaux inscrits à la page suivante. 

Folio 54 a. 

1501. Messire H. deB., la moitié à la S. Michel fin 72 (4 312), l'autre 
moitié après la S. Michel, sur tous ses actes [donnés en gage?]. 

60 s. Messire H. de B., 4 behar 72 (23 avril 4 342), quand il a été ici 
et a couché dans cette maison. 

19 s. 4/2 pour les sceaux passés. 

3 s. Messire H. de B., que lui a prêtés mon beau-frère à Fondre- 
mand, alotekha 72 (24 à 27 mai 4 312). 

25 s. en argent donnés à messire Henri Laborne 4 corah 72 
(7 juin 4 34 2). 

40 1. Messire H. de B., 4 sofetim72 (30 juillet 4 34 2), à son retour de 
l'emprisonnement (no^Dntt) du Sire de Rougemont. 

60 1., Messire H. de B. pour le cheval du gardien, vayyécé 73 (5 à 
44 novembre 4 342). 

40 1. que nous lui avons remis le même jour en argent, vayyécé 73. 

Il a payé 39 1. 4 8 s. vaéra 73 (24 à 30 déc. 4 312) par Messire Eûtes 
de Velle qui les a envoyées d'Amance. 

478 1. Messire H. de B., reste de tout ce qui précède, et Messire 
Eûtes de Velle en doit 40 1. et ce sont ceux qui sont effacés en haut. 

"Voici les actes que nous avons rendus à Messire Henri par l'in- 
termédiaire de Delsat, mon frère; il les a reçus à Marteroy : acte de 
4 1. 4/2 gros tournois ; acte de 20 1. vers Pâques 69 ; acte de 30 1, 40 s. 
vers S. Jérôme 67 (1307) ; acte de 140 1. à la S. Michel fin 67 ; acte de 
30 1. 4 s. vers Pentecôte 67; acte de 104 1. faibles; acte de 601., Pen- 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV SIECLE 211 

tecôte 67 ; acte de 60 1. vers Pâques 69 ; acte de 60 1. à la Saint-Remi 
fin 66 ; acte de 30 1. à Gaveline 69. (Tout le passage est barré avec 
cette note additionnelle) : Nous ne les avons pas remis (les actes) à 
Delsat ; (Et en tête du passage) : Nous n'avons pas livré un seul (de 
ces actes). 

3 s. Messire H. de B., 5 debarim 74 (4 8 juillet 1314), en demies 
bourgeois, à Fromart, son domestique, qui séjournait ici avec un 
cheval. 

29 d. Mess. H. de B. pour ferrer ses chevaux quand il s'en alla 
"in^bm (ou : pour sa marche), en ce jour 4 vayyécé 73 (8 nov. 4 312) ; 
et pour des messagers envoyés pour lui à Choyé et à Roulans, 

4 s. 4/2. 

50 s. Mess. H. de B. pour dégager la selle du vaucaire en gage 
chez Otenin de Granson, 4 vayyislah 73 (4 5 nov. 4 312). 

60 s. Mess. H. la nuit du 4 vayyiggasch 73 (6 déc. 4343) qu'il coucha 
ici, et il les a joués, lui et le vaucaire. 

28 d. pour ferrer ses chevaux quand il vint le 3 vayyiggasch 73 
(5 déc. 4 312) ; 50 s. Mess. H. de B. pour dégager la selle qui était à 
Remiremont ( ou: «lorsqu'il était à Remiremont; » ces notes en 
surcharge sont de lecture douteuse). 

24 s. 8 d. Mess. H. de B., 5 semot 73 (21 déc. 4 34 2), avec (y com- 
pris?) 4 s. 8 d. que j'ai donnés au forgeron ce même jour pour lui 
(H. de B.). Nous les avons empruntés des Lombards, selon le témoi- 
gnage de Vivant. 

20 1. Mess. IL de B., 5 pecudé 73 (1 er mars 1313), en bourgeois; 
Messire Eûtes de Velle était avec lui ; ils étaient armés et il avait des 
gens d'armes à Pons. 

3 s. Mess. H. de B. pour ferrer ses chevaux, 5 pecudé 73, même 
jour. 

48 d. Mess. H. de B. pour envoyer son domestique à Fouvent, 
1 çav 73 (41 févr. 1313) ; 4 s. 7 d. Mess. Henri pour ferrer son cheval, 
il était ici, 1 semini 73 (18 mars 1313). 

3 s. pour souliers et au bmn (cordier? cordelier?) pour le domes- 
tique qui gardait le cheval, ce même jour 4 semini 73. 

60 s. Mess. H. de B., que nous lui avons envoyés par le domes- 
tique de Lebavot, 2 aharé II 73 (16 avril 1313); 20 s. Mess. H. de B., le 

5 aharé I 73 (12 avril 1313); nous les avons promis et payés dans la 
maison de Philippin. (En surchage :) Il n'y a que 17 s. 3 d. 

10 s. Mess. H. de B., 1 kedoschim 73 (22 avril 1313), sur lesquels 
Morel de Port nous a prêté 5 s., et 5 s. payés par Aubertin et prêtés 
à nous par Haquinet. 

5 s. à Rousselot, même jour 1 kedoschim 73; Vivant a dit de les 
inscrire et je les ai payés à ûîro qui les lui avait prêtés. 

21 s. Mess. H., payés dans la maison de Philippin, 3 kedo- 
schim I 73. 

45 g. Mess, H., payés à maître Abraham, médecin, pour acheter 
des médecines, & behar 73 (10 mai 1343). 



212 REVUE DES ETUDES JUIVES 

5 s. Mess. H. dans la maison de Philippin, 1 behar 73 (6 mai 1313). 

5 s. Fromart, domestique de Mess. H., pour souliers et pour ferrer 
son cheval, 5 selah 73 (21 juin 1313), dont 3 s. pour souliers et pour 
réparation de sa selle. 

20 d. Mess. H. pour ferrer ses chevaux, 5 reéh 73 (16 juillet 1313). 

10 1. Mess. H., par l'intermédiaire de Le Rousselot, qui a apporté 
son acte, 5 hanan 74 (25 juillet 13U), en grands à Toi à 16 d. avec 40 
à 2 ois à 18 d. 

100 s. estevenans, Mess. H. de B., 3debarim 74 (16 juillet 4315), sur 
un acte de 40 1. qu'il a souscrit (rmfn!)) ; Viviant complétera les 40 1. 

15 1. Mess. H.' de B., corah 73 (24 à 30 juin 1313), que lui a prêtés 
mon maître mon beau-père à Besançon pour "atûY^!! (les joutes) de 
Seurre. 

6 1. Mess. H. de B., que lui a prêtés Vivant à Besançon, dont 3 s. 
pour la fête tin^w (du S. Suaire), vers pinhas 73 (8 à 14 juillet 4313). 

2 s. i/2, Mess. H. pour 2 charnières qu'il a achetées pour les donner 
à des û-nim (pages?), 5 haazinu II fin 73 (27 sept. 1313) ; 28 d. le 
même jour au bourrelier, 5 haazinu II , et 2 s. 1/2 au forgeron, 
5 haazinu II même jour. 

Nous avons reçu de Mess. H., par Richart, fils d'Amiot deChassey, 
8 1., berakha II fin 73 (7 à 13 oct. 1313), et N 30 1. de Mess. Simon de 
Ghassey en demies et en bourgeois. (En surcharge :) Et 100 s. de Ri- 
chart, 3 berakha II fin 73 (9 oct. 1313), et 100 s. 12 d. de Richart, 
o berésit 74; et encore, par Richart, 4 1., 6 berésit 74 (19 oct. 1313); et 
encore, par Richart, 29 s., 2 vayyéra 74 (5 nov. 1313). 

Nous avons reçu en outre 10 1. de Mess. H., par Bataillard de 
Ghassey, qui les a pris à sa charge, vers la S. Michel fin 73. 

20 1. remis par nous à Pernot de Colombe par son domestique 
pour Mess. H. de B., 6 berakha I fin 73 (5 oct. 4313) ; plus 20 1., Mess. 
H., pour un vêtement acheté par Vivant, et 8 1. en espèces, vers 
hayyé 7[4] (11 à 17 nov. 1313 ; le second chiffre rogné à la marge) ; 
de sorte qu'il est payé des 65 1. marquées plus haut. 

45 1. Mess. H. de B., données pour lui par Lionet à Le Rousselet, 
berésit 74 (14 à 20 oct. 1313). 

40 s. Mess H. de B. par Lebavot pour les porter en Loheraine, sur 
l'ordre de Vivant, 1 vayyéra 74 (4 nov. 1313), en demies et en 
éterlins. 

47 s. Mess. H. de B, pour un chevreuil sauvage que nous lui avons 
envoyé à Ghemilly, 2 toledot 74 (19 nov. 1313), quand il invita Messire 
Henri de Flandres. 

3 s. en son nom, même jour. 

44 s. Mess. H. de B. pour la chair de 3 agneaux, même jour, 2 to- 
ledot 74. 

28 s. 2 d., Mess. H. de B. pour 6 litres 1/2 de cire, même jour, tole- 
dot 74. 

4 s., Mess. H. de B., 6 vayyéseb 74 (14 déc. 1313), pour 2 douzaines 
de harengs que nous lui avons envoyés par Le Mairin. 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV e SIÈCLE 213 

15 d., Mess. H. de B., en singles, 6 pinhas 74 (5 juillet 1314) ; 20 d. 
Mess. H. de B. pour ferrer ses chevaux, même jour 6 pinhas 74. 

12 s par mon maître mon beau- frère, 4 ékeb 74 (31 juillet 1314), 

plus 17 s. pour les ferrer, 4 berakha fin 74 (8 ou 25 sept., ou 2 oct. 
1314). 

(En marge :) Il faut examiner de nouveau la question des 40 l. que 
je lui ai données pour renouveler l'acte du sire de Beauffremont. Il 
faut examiner 10 ff. plus haut le compte de Messire Henri (ce compte 
ne se retrouve pas dans notre manuscrit; il fait partie, sans doute, 
des feuilles coupées dont nous avons parlé plus haut). 

Isidore Loeb. 



DOCUMENTS INÉDITS 

( SUITE 1 ) 



XIV. DATID KOKHABI 



David, fils de Samuel % d'Estella (Provence) 3 , qui vécut vers 
l'an 1320 4 , est l'auteur de deux ouvrages de casuistique, en- 
core en manuscrits, dont l'un se trouve à Parme et dans la 
collection des mss. de M. le baron de Gùnzburg, et l'autre 
(la première partie seulement) parmi les mss. du Bet-Ham- 
midrasch de Londres et par fragments à la Bodléienne (voir 
notre catalogue, n° 783, 3, 4). Nous donnerons ici d'abord le 
passage du i-ns v^-© (plutôt ncû n^p) d'Isaac de Lattes 5 con- 
cernant David d'Estella, d'après le ms. acquis dernièrement par le 
baron David de Gùnzburg 6 : -nn îiNb'WW w 'n bbisin ûsniri 
î-ti&ot ma -moa ne b*mzi rmm nnanu) r-rnn n^ai mb-ns û'man 
iN^ipn y-iNi-» ban itrto "pa y&b yïi n^a ba n*i amaïTi yip bmp?at 
D^pbnm ïrpbnb ipbm Tii fftn rrnp "i*nnab "jaio rttn ->bd rr*ip -ibd 
^pnm d^pDiDïi nvi a^aîri a^mrt arai mnrn trnsn -infin [trnab] 
traîna û^iai nirpi ïriJtanri imnn nisia n*rp 13 n&ra brw»ïi ï-aa n^rr 
■uvrî-A bmaîi ido îanpi nr73n nitp a"} fcrionnm i-nintt "nma 

1 Voir Bévue, t. IV, p. 173 ; t. V, p. 41 et 246; t. IX, p. 51. 

2 II est possible que Samuel Kokhabi, mentionné comme copiste dans un ms. de 
Vienne (CataL, II, p. 63 ; Steinschneider, Hebr. Bibliogr., VIII, p. 63) soit le père 
de notre David. 

3 Voir ci-dessous, p. 227, et Revue, t. V, p. 303. C'est une des localités qui portent 
le nom d'Etoile. 

4 David n'a pas pris part à la dispute de 1300-1305 ; son petit-fils Jacob [Revue, 
t. IX, p. 51) florissait en 1357-1361. 

5 Publié par M. Gross dans la partie hébraïque (ma 1£1N) du Magazin fur 
die Wissenschaft des Judenthums, 1878, p. 54 et suiv. M. S. Buber vient d'en faire 
paraître une réimpression à Jaroslaw. 

« Revue, t. IX, p. 60. 



DOCUMENTS INEDITS 215 

1^0 Wn tthlftûîl wwma b* o^mbi-j 1» nvnttfc moi m b^ïï 
.*T»N!û *riNtt ft»5i oia l1t«o aim nn Vw& vnnteb 

Un autre ouvrage de notre David est cité sous le nom de ba ma 
(voir tJ^son iii:iN de Ben Jacob, 1880, s. v.) dans le ms. de Paris, 
n° 893, par un des propriétaires du ms 2 . 

Voici un extrait de ce passage : dïi nitta triBOtt rirai» îiba 
nbnpi -hw ** . nbuiûfin w *i oonn wn i^^Ka bK ma -p^a 
'•»» i'n *)2ini uîiosia fia» trônai rma» '*»a laioma fia» mm 
(ûiiab^a) lûaiaba bav>i '^tti b^ibn b^Taia "piafc *iiN">a . ^pin 'n» înv2>a 
^©73 tbiû/aa ■nwa nsp . . • ia« mia toorra m:n û* ïtito» 
'"•«an tûanin *-niofcn» .berna* . . . iNvopno . . . labia îmm 
• . i d^bnn npibm w*n w*it . nvnort nnott . ♦ . «sis «b^ni aamK 

♦ (^pinb) ^p-iia npn3>rj o'ta •piû&n 

« Voici les livres écrits sur papier : Bet El par notre oncle (ou 
parent) David d'Estella ; les commentaires sur les Proverbes, TEc- 
clésiaste, Job et le Guide des Egarés de Maïmonide, par Sen Bo- 
nafos (Joseph Caspi ou de Largentière) ; d'autres commentaires sur 
le Guide par Hanokh, Sen Samuel de Lunel, Vidal Belsom (Moïse 
de Narbonne) avec des notes de mon père ; une partie du com- 
mentaire sur les Proverbes de Sen Vidal Salomon (Menahem fils 
de Salomon Meiri de Perpignan 3 ) ; le traité de médecine sarksion 
par.... Gabriel; le Liber cervicalis de medicina 4 et maître Ar- 
naud de Villeneuve ... la clef des mystères . . . Zahrawi ... le 
premier livre du Canon d'Avicenne, traduction de Josué Lorca. 

Gabriel pourrait désigner un ouvrage de ce nom composé par 
un Gabriel, probablement Gabriel Kohen de Lunel, dont on 

1 Pour les autres variantes de la préface du *pii£ "V|3>lï5, voir Revue, t. IX, p. 60 et 61. 

2 Nous croyons aussi que le propriétaire est en même temps le copiste du ms. 
entier. On y trouve au commencement un poème de six lignes avec la suscription 

suivante : hy "ûii tpv donïr "iNia* oVTWipîl by mn^m rtba wia* 

ÏTrin bip "iN'Ip 10HÏÎITÏ n^^pn : « J'ai fait ces strophes sur l'opuscule de 
Joseph Gard, intitulé « voix de louanges » , ayant trait à la cérémonie de Schofar. » 
Nous avons transcrit le mot £3*13 par Gard, étant de l'opinion que ce Joseph appar- 
tenait à la famille *"H50 d'Avignon et de Lisle, mentionnée dans les Réponses 
d'Isaac fils d'Emmanuel de Lattes (éd. Friedlânder, Wien, 1860, p. 4), dont nous 
nous occuperons dans un prochain numéro. Voir cependant Abram Ga.vt (Eevue, t. IX, 
p. 73). La première ligne de ce poème est ainsi conçue : 

bipa mm ttana moa n3>!-j 

VISIO *110N (au-dessus îûttn) Ï"î3>ai2ï 1720 ib? 

3 Voir Eist. litt. delà France, t. XXVII, p. 528 et suiv. Ce commentaire est cité 
par Netanel Caspi, dans son commentaire ms. sur leKhozari de Sen Vidal 'JI'DNblO- 
Il faut par conséquent transcrire le dernier mot par Salamon et non pas par 
Salomon. 

4 Traduit par Juda Nathan. Voir S tein Schneider, catal. de Munich, n° 286, 3, et 
notre catalogue d'Oxford, n» 2129, 1. 



216 REVUE DES ETUDES JUIVES 

trouve quelques notes sur la médecine dans un ms. d'Oxford (dans 
notre catalogue 2285, 9), intitulé trpitîb miûianm nwttn û^rnzîw 
bmb vi «jrD barnsab ?nDOrt damans 'tB'wa noftE). Il existe encore 
un traité de médecine sous le titre de barnaa (ms. de M. de 
Gùnzburg, n° 316), par Maestre Bonenfant (Hezekie) de Milhaud ». 

D'un autre côté, nous connaissons un Gabriel de Milhaud 
(■oao">b73n), qui traduisit un commentaire, le Tabula super vita 
brevis d'Arnaud de Villeneuve ; il finit l'ouvrage (d'après le ms. 
d'Oxford, notre catalogue, n° 2133, 7), le 11 de Siwan (avril-mai) 
5345 = 1595 à D*TiK ou d^in 2 . 

Ce Gabriel pourrait avoir traduit une seconde fois le Liber 
cervicalis d'Ibn Wafid, de sorte que le passage en question pour- 
rait se traduire : Gabriel (les traductions de) du Liber cervicalis 
et de celui de maître Arnaud de Villeneuve. M. Steinschneider 
(catal. de Munich, Index) semble vouloir identifier les deux Ga- 
briel, ce qui nous semble difficile. Il est curieux de noter que les 
deux exemplaires d'Ibn "Wafid que nous avons mentionnés se trou- 
vaient entre les mains de juifs provençaux. Dans le ms. de Mu- 
nich on trouve, d'après M. Steinschneider, le nom de Jacob de Lu- 
nel; celui d'Oxford appartient à Immanuel- de Milhaud (nar^b"^); 
à Ascher 3 , à son fils Bongoës (©"iwd) 4 , à Abram, à Massif 
(SpOJa)i tous de la famille Valabrègue (î-jjp-nban) ; à Moïse (quelque- 
fois Moïse Zebulun) fils d'Isaac Alphandéric (p-nnisba*)- 

Nous croyons reconnaître l'ouvrage de David d'Estella dans 
une liste 5 d'écrits qui se trouve à la fin du ms. 1216 de Paris, con- 
tenant le ïTHpin -0 de Jonah ibn Djannah. Ce ms. appartenait à 
Moïse fils d'Isaac, fils de Sabbataï, et en 5309 = 1549 à Isaac 
de Nola. A la fin on trouve la note suivante : 

1 i72in anpsi arwVwi tMWfcyo "naiDara nasan m* *iso!i rtt bamna 

laaobnîl î"Ppïn baOlB 1 ^. La copie en fut faite par Abraham fils de Reuben 
"^aîb^ûïl (de Milhaud) ; nous croyons que le copiste a fait lïndex de ce traité. 

2 Sans doute la même localité que ^""na* où Salomon, de Marseille, finit en 1320 
la traduction du commentaire d'Averroës sur la République de Platon: notre catalo- 
gue n° 1350, 4. Est-ce Audes ou Aures? Nous ne croyons pas que ce nom puisse 
représenter la localité d'Auris-en-Oisans (Isère) à 69 kilomètres de Grenoble. V"vna* 
doit être placé en Provence. 

3 Ce Ascher est probablement le traducteur de l'abrégé du traité de médecine de 
Gui de Chauliac (ms. d'Oxford, Opp. add. quo, 173, récemment acquis du Catalogue 
Rabinowitz, n° 162), fait à Arles en Tannée 5228 = 1468. Son nom y est écrit ItDN 

awnmbia* rnab nw "p. 

* C'est au même Juda fils d'Ascher î-wnaiblN^ ttTWD ?"të"Û72n que le 
ms. de Paris 788 appartenait. Voir aussi le Catal. de Berlin de M. Steinschneider, 
p. 49. 

5 Nous ne donnons pas la liste entière, qui renferme des livres bibliques, des 
livres de prières, etc. 



DOCUMENTS INÉDITS 217 

-in^ û^ snp nnst?3 . w bnaE idd . rittbtû 15m m&rn b* i^oms '■*«» 
b-nnfc tû*no:a my i-*D"D» t*»» idd . mon ïrnîT '17a tt>Yra . trro* 
tairen '-! ra-nim n^bapn -^n ■rç-jab ïttiît 'n ïTtDanp psan pt:k nsDa 
m^3 . rrnaîna nmï» tmmp-'b . mr^ nsion isnr? "jb nbrjp '^sn 
t-nsa ^d . ^pn» wba 'nb ïmntt '^a . pab 'ifirab id"to *>si fattirj 
trnnK trwaan mm-in ùj> "pan jab miiam mb&wn 

« J'écrirai ici la liste des livres que je laisse ici. . . ? 

» Le Mikhtam (de David ben Lévi) ; un bon commentaire sur plu- 
sieurs traités talmudiques ; le livre de Maestro Porpheg sur le com- 
mentaire de Raschi ; le livre Migdal David (de David d'Estella) ; 
Macébet Qodesch avec d'autres traités; un commentaire par Juda 
Hassid (de Spire) ; un livre sur papier couvert de cuir avec boucles, 
commençant par le traité Amat Habbinian, composé par R. Juda 
pour mon père, à Kalir 1 , suivi du Midrasch de R. Tanhum ; le 
commentaire sur l'Ecclésiaste par Abraham ibn Ezra et d'autres 
traités; des collectanea du Zohar sur la Genèse; un commentaire 
par Moïse ben Nahman, suivi du commentaire sur les Cantiques par 
Maestro Léon 'Lévi ben Gerson); le commentaire sur le Pentateuque 
par R. Eliézer de Touques ; le commentaire sur la Mischnah Abot et 
des consultations (rabbiniques ?) par Ibn Tibbon, avec le livre de con- 
troverse (par le même?) et d'autres traités. » 

Le Bet-El ainsi que les fragments d'Oxford, comme on le verra 
plus loin, n'étant que des parties du Kiryat Sepher, nous n'aurons 
qu'à nous occuper de ce dernier ouvrage et de celui que David 
composa auparavant, savoir le Migdal David. La description de 
ce dernier ouvrage a été donnée par M. P. Perreau, d'après le 
ms. de Parme 2 . Il commence, selon l'habitude des auteurs pro- 
vençaux, par un poème, suivi de la préface. Il est divisé en deux 
parties, celle des croyances et celle des préceptes. Chaque partie 
est divisée en portes (c-n^na), lesquelles, à leur tour, sont divisées 
en colonnes (û^ti»?) et enfin en chapitres. La première partie 
contient la théologie théorique et éthique sur la création du monde 
ex nihilo, sur le libre arbitre de l'homme, sur la croyance en la 
providence, sur la révélation, sur la récompense et la punition, 
sur l'arrivée du Messie et sur la résurrection. L'auteur suit aveu- 
glément Maïmonide. La seconde partie donne la théologie pra- 
tique, c'est-à-dire les préceptes. Nous allons ajouter aux impor- 
tants extraits donnés par M. Perreau, un passage seulement, tiré 

* Serait-ce Bonjudas de Cagliari [Revue, t. VIII, p. 280 sqq. ; IX, 145, note 2). 
2 Voir Hebr. Bibliogr., t. VIII, pp. 63 et 100 pass. 



218 REVUE DES ETUDES JUIVES 

du ms. de M. de Gùnzburg, où se trouve la raison du nom que 
l'auteur avait donné à son livre. Il dit : 

Ifvtom mîBbn rawi nmn moi maa bbia isd nanb i:™a a"? 

•*»iû i^ m:nbi Vra» nanb isrw n^a néon m isaip 'tt ara m bito 

« C'est pourquoi nous avons voulu, composer un ouvrage qui 
renferme l'explication des bases de la loi ainsi que le sens et le 
but des préceptes. Et comme cette intention est exprimée, selon 
notre explication, dans le verset (Proverbes, xvm, 4 0), « le nom 
de Dieu est une tour forte », nous avons appelé notre ouvrage 
« tour », et pour y mettre notre nom, nous l'avons nommé « tour de 
David ». 

David ne cite guère d'autres autorités que Maïmonide, comme 
nous le verrons également dans son second ouvrage dont nous 
allons nous occuper. Le Talmud de Jérusalem est cité comme le 
Talmud de l'Ouest 1 . 

Le Kiryat Sepher est divisé en trois parties, savoir : 1° Les pré- 
ceptes concernant l'unité et l'amour de Dieu, renfermant cinq cha- 
pitres (tma) : bN ma ; rtbsn ma ; mT ma ; rima» ma et Tan» ma ; 
2° les préceptes utiles pour la conservation de notre corps et pour 
le salut de notre âme, renfermant cinq chapitres : mi» ma ; 
unpî-ï ma : d^3ïi ma ; au;itt ma et a^a ma ; 3° les préceptes con- 
cernant les relations sociales, renfermant deux chapitres : ma 
rnbbfcft et tri-rbNM ma. Chaque ma est divisé en ù'nru) « portes ». 
La préface commence et finit par un poème qui a en acrostiche 
"isbib Trt. Notre auteur suit ici complètement aussi Maïmonide, 
et, comme il le dit lui-même, il ne cite que peu d'autorités. On y 
trouve les suivantes : Abraham fils de David et Moïse fils de 
Jacob (trois fois avec l'épithète Sîl), que nous croyons identique 
avec Moïse, père de Jacob de Bagnols 2 , car Moïse fils de Jacob 
de Couci aurait été cité avec l'épithète 'n airr. Le manuscrit de 
Londres 3 finit au commencement du x e "«Mû', du premier ma, de 
la première partie ; l'ouvrage en entier doit avoir formé plusieurs 
volumes. Un titre moderne dit : 4 ï"WpbNa , w m '*ifc trpos idd rmp. 
David dit ensuite qu'il nommera peu d'autorités dans son com- 
pendium, pour trois raisons : Les autorités données pour une 

1 a^faïi llfabn. Voir cependant ci-dessous, p. 220. 

2 Voir Bévue, t. IX, p. 51. 

3 N° 113, écrit en caractères orientaux-provençaux, se compose de 119 feuillets 
in-8°. 

4 Dans le Sckalchcllet Haqqabbalah, ÉO'^U'Wl. 



DOCUMENTS INEDITS 219 

et même décision casuistique diffèrent suivant les ouvrages ; 
2° très souvent les décisions sont données anonymes ; 3° pour 
certaines règles courantes les noms des auteurs ne lui viennent 
pas toujours à la mémoire. Il promet de taire un ouvrage détaillé 
sur ce sujet, d'après les bibliographes et d'après des citations. 
On ne connaît cependant d'autres ouvrages de lui que le *ibd rrnp 
et le TTC ÎFttSi II rend compte, à la fin de sa préface, de ce der- 
nier ouvrage en ces termes : 

iDfcnp t}*m b$ ûudïi mdi un nanb -îartna -naa mn -nattft bbdi 
dip n«N» w dras imN Nnp -^n^don rirrtn -iso rrnp dran im« 
mw&îTi fïTirn rima n^p ia "inas "ni bnaa lïna&rip ins man i^b 
•narre dtmh n^p nsm dwwi mm -naia d^ino d-nsi nspi 

i:nrû an!tin Tiann nbnrcr n^^ttba naib^aum Tfitl -iuînï ps sma 
d^wnban -na rmisra mai n* b^tt rwttb b^iï draa im« isfinp ïrob 
-ntorab b*tttt bs rvVan -iroNwn : d^ï-iba ^aatea 'rr^btti iKtn»« b:s> 
d^3N dra "pNtt^ tmpïi ^im-i ïwr»n©rfn ïio-iï-rb iropaart 1*3 ivsi 
îtt ba «pna niûN dDna dr-tb iwtBriin b^ttn d^»i^b ^iT^b d'C-iis 
liN^p *p b3> -p^rt ^5N dn imp^pn rnxfcft w bs tw^ bu^rr 
nwKitt rrïïb tpnirtt "ni nsn rrnp naraab i^ro ïrftri -ico rrnp im« 
n^Hntf u Tittbm roTOi anpa -«b^n nb&n in* rmp -pis* lin wiian 
njiT tamm lïTpnpn itoebm *m ba nsmn nt mao ^sb rmprr 

imTabttsi imbam mM«m srnrm rare 

Inutile de donner une traduction de ce passage, qui ne contient 
qu'une répétition de ce que nous avons dit du Migdal David, avec 
quelques jeux de mots sur les titres des deux ouvrages. Nous 
l'avons publié ici pour faire voir qu'Isaac de Lattes, dans sa des- 
cription des ouvrages de David 1 , n'a fait que reproduire les termes 
de notre auteur. Dans sa préface notre auteur donne, comme 
Menahem Meïri 2 , une espèce de chronique sur la tradition orale 
que nous croyons utile de reproduire intégralement. Nous croyons 
y voir les ouvrages qu'on possédait à cette époque en Provence. 

t^wn maabîi iD*»na nrtitti wi itjd wii town na-ia "o *m 
^vnn rmrp "i tzsujn t*npa xvtrpn imm *nn ranp d^ï-iba uî-w 
to^n d"»rîbN ntrus ns - !*» •mo î-rraraa ?wm?i ttd *um 'n aipin 
■nueiB i-rbapîi na*i ba bbia -ido Km d^sbi fc-nnaowb dpbm 
ta^iabn iwsn "pasb rrr -nais mpbrwn ■nai bai matwm î-mnn 

1 Voir ci-dessus, p. 214. 

2 Histoire littéraire de la France, t. XXVII, p. 541. 



220 REVUE DES ETUDES JUIVES 

•naoi anao nan an ï-wnii iy*& naabi amntib a-<nsa -marna arra 
anôi mrrnati mn t^ncp -m t^antaiii 'm t^nsDinM nan amrt 'm 
nan jom 'm ttaœjatt npy nNabn anTiïib "naai anaa nan an d H t^ 
mmna inan Nisp mi «a^iaitt 'n *pi înarajarî ^aa> naab i^naainr? 
•paa» Tiba r*nn mmnar; paa>ia laniïb d"nïi "nanTa înaiattii ^m naab 
U5-» nna man t=N ^a iba d-man w?a na^TO ï^awaa abi anaa-inr; 
: ansainb iniN "pâma um amnab "imN pâma 
t^atTaaïn a>aa "îanan iwaai ranb waai a-^nn ■•aan i«a amnn&n 
TTObnb ama nna ba mm ïis ba>aia imna abaza bagttSTi dma 
iNar?aa ^abiaim Ti»bn t^npari m?abnn nam ban yapi }arm 'n t^an 
i-nan^ nnon trtoa nna nan?a moi û^nï ma amo rwana "137373 
■ob^za^a a-npa rnatt pmn nna Imtt TObttnmtt marna a"nn anai 
mima mbab ;ann7ai-r nsa d^npa man a-nna dmaai :rraua mawa 
ntobna ïtwû mn wisi» '1 nan d^ba^a d*n?3m d^braaa rmnrî 
nrma nataroai .r^nbaTa "-an bN3>73r^ 'm nan mmna umpri naan 
nanaa nan «np'n nan mb© nban nmnn ">naa naiû» amna d^nna 
i-na?an ba bbia nsa na^ma «at^a *pi .ïrn amann nb&o nan ma 
pi nana an nam: anp^aai tswainan in lanab^ anpa nmn ^rcan 
ana nmra t^npa a^bn ©m«3 "para fcara-inan "naia D^izmia ifc*az733 
i^a an 173T n*w . mm uann?^ Nnpa mm amnan mtoi nbnp «aniai 
bai mabnn nsa baa "uanm tnpn » na-finn ma nrt "noa am wa-i 
iba WTa nno7a nama î^ar^a ^baa mfcbn nam !=a^aiia«n!i ^nan 
m;am d"»ap naa^ai mn» nao?a nab?a a^ian-p nnon rnatt nao^a nabTa 
ma naa^a m-ina miam nab mana nao^ dN ^a t^atTaa ab ûvit 
riNTa i^aaa iftb^im m»bn nn^ mrr ^baar? man^a d"nn anai nab 
Nmnai Nnsoim neoi Nnaoi d-»m?abnrî ^auîT naD?aï-f nanai .rîa**a 
d-»t:mi7arr naam . maa nu27ab tio»*»» i?aa nmnrr mat» wi n-iNan-> 
^arsb nr^b ab d^b^n ib ina^a -»?ab mmba^m nmnrt ^nna nnsam 
■•Nmaa "jaan -în^a-' -«©n am Na^an "nriNi : ûn^îîan mac^bm ûmb^tta 
mttbnrr nnNT .mTabnrt mana amnan nazp nanaa mmn r*ynia m 
nsai i-'b^an mabrr» Nim iian r^DTara N-ipa pp nnx man anaa 
nab taa^pr; ^a n^aNi .^maa panbi Nam ^^a^b im« "pam» nmn 
miaa»n nan- s Nm* i p ^ynw 'n tviï d^ai«a b© pm^a^ai d^aiNa d^an 
an dp T'nnwsn .nbnprr 3 nsaa NaiTaa© ri73 ^aa "pas ^waa Nbi mbina 
liNa *paa ^bi «n^ ann mnbNio snpa nnx naa nam Kna»ïa NnN 
manuîn la^n^a ixarTaa d^man natp nam 'jiNa ^auîD an . n;7aaa i^n^ai 
pi mpiaa mabrr nam inNa ^mm an dp Tnncn :ua»a mb«» 
nn«i : labatN iNaz7aa d-'naa inan nm pn mata «b *\x d^nnx iNas?aa 
da> mban m^ra nam aaiata na dn7aa» an i-pfi d^a-iNarr i» an 1? 3T 



1 Le ms. lit dans tous les passages où ce mot se trouve ï^&mîl!"». 

8 Ms. Nn^ip. 
3 Ms. nnaa. 



DOCUMENTS INEDITS 221 

isan dp mtwi îdnro? an no iïïizj b? anp3 tanna dw* nstp 
i3Ta Nir.733 abi t-ibapï-î .neoa fiwtroaîi ^sb a^an d*ns30 nan ïrn*o 
•pau ^Krt i5nn dp Tnnao pbrcro lainsi nïïiâKrt nsa dN ^a dnro 
tDïi^ w-a i^it^i d"on d"nso nam ïiéw to» anma 13m ised 
b&«3n isian dp i-nnNi n^a r-nbara hiawm nararoi np» nso 
*-ir*p73 13^-pa in£733 * ta^iNsn i^ ib^N bap-orr ^sa tanins nam 
mvô&îa riisp naai 137373 bapi tmoa i3an i-nïi •vro'Oi .'rni-'naatt 
tmno nbatt p aa nam "pain? na&Ta» irjrra Ntt733 arn maa 
dns ma^tttt ap^ n"a pnar- i3an î-nn dïr^ai :mabî-r nitp naab 
mari ibara airjai ba33n i3am a->&3 naana bapi ^DabN anïi i-isid^rr 
nm tnttTHBttiTi b^ifiwh "na-n ii^bnn mpbnra spm nia msarr 
imam riT issrata aini3n:o niirpa imo Nnbn?3 nidbn nam V3db i^r? 
mb&ttû r-naïuin 13)373 iSTa r>i}£733i . baniai bia3. bda Lj^a î— tt 
n-*w pN pnr**- i3an î-ntt iwai :man mpso innam arro nm 
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:tiroinnrï nso nart nsiSE ^ma isam :ibN û'nno ^us dN ^d Tin^a 
b^3ibi î-nbiam ïr^aïaia n^ai îta^Nn^ nso nan nT^^bN '*i anïti 
ittî^m Tiédi nan^a 11237^113 ^anb ^3ia3i tenonti vz'Dn irop ibiaM 
ta^nsti ta^roN73ïi a^^bi i^^i fc 7i73bnr; . -nai nnab ta^an ta^-iai 
•jro mndoro nsrp arn niNa in^a nm dnroi . ï-tt tn rrr d-'imaa 
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^i n-^a niïiïi pta ïin^M ïibii^ïi nvrt n^b^nToi :niN73n naa nam 
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•pp^rai d"»ï53 -tnai am?2 nnx&ït nso nan ->nro son n"a pnif 'n anîi 

1 Sic. 

2 Ms. nnaoro- 



222 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

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■qimp 13 n«a rmsfiïi mrca> -itnp ina man nan pi îd^-iana ri&oa 
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rwnmo ibaa -nbao STOKawi fcrtinïi rei bad npm itn tibn nnBO?3 
taiNn bdu) t» *i^n bdm n^nbism nTwataa b"m tddn îtïti mm 
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irWOT tnaodDM n&naa psam d^an d^di 13 n«a pi dnba>73 n^ioi 
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aarfcarr baTa mnnn matta *w bd bbia in» nsa nan rba* naitaïT a^ba 
E^aiNatt <wn "nsdi anson t^nBoim s-nrmaai Esr Ttta frnft maa 
tdbd û-nso -ira* mwab ipbm i-mn mœïa ibo iN-ipn a^adTam 
û*Vi1a d^tt)3N iTap WfiTfi •jTatdn : baniûi Vida bpd iutUD niTa^d iNnpa 
fca'WBBïi iwa *npm nanbanan Wnns biaai T-isaa db "npn 
'n ann >naarï *paa td^so mn nu:N d^>a tyaiW^ d^driTam 
nso d^Ta i^^^d N^?a3 d^d^i d^-iso nartu: ïiDib^id?a ^b-»nd -i"a rmrr 
"n«d ^Na n^sa> bN *rwa 'n Nnpsn ribrj^brjTa "'ibn 'nï-n : d^nj>n 
nan ■aji^iati rnabia -i"a duîn^ 'n a^m :Ti7abnrï an ïisa moa ann 
"ïanuj nTa tas^bidï! r*<b"i d' ,ta in *nob dinp mdbïi nidd )nhm -iso 
•jndïi insiïT 7 n dnm : "Dd b^Daus '-i d^ïi ims»a i7a^born nanb 
5->u5rt^ m^uîïiïi h-j a^m t]"nrr mabrr mod Twid ndn b^ib -i^?a 
t=b^?a 7 n dnm : d"nr: ^di T^nbi n^ab tzs"nrr **iyi ba* Y'a&nn 
n^tt *j7ari3 n"d n\D7a 'n aim i^irto Nnbn7a ïi7ab\drr nan ^n^aTa 
"iDTaTd m^n^^rt mTadn naum ^nTabnn n?adnd bna ddn rpri rrdTn^aT 
inm fa^dn^ ^rnaa î-mn "»^7an îi\d7an iû-ibi tn^n nmn nco nam 
nnsi :r;bm ma-D mdbm d^n"i3 mdbïi nam m^p nn^i na^N 
rtsibirndTa nn^N p drrnN n"a rt7ab^ 'n a-im ^ibn pri^ r n anrr iTap 
n-ian S=iïi7a s — rdi2a-»b ir-mnïi iTTnm ï^dnrr ta^^Tabn -wwr\ tarr 
nsd iD^-'d NiT7aa dm^*m yn ba» ï-idnnrr ^-nai pas ^m dnsd 
d-im .nn^N p ïi7ab\d 'n dnrr dndn iznpn n^ida» nsoi n^aii nmn 
fnsttaîi •ndd7aa npbi mwtwi nco nan t-idn^Ta apa^^ n"a rîïJTa 'n 
MresJm -îanusb» na^ inauî Nb d^dn niTaipTaaT b"T d"nrî r-i'jo dind 
npb priif i3d-n wxrçt ^d-i mnao^ai 2 ni3-iNarr ^ndija d^an d^nan 
ïn^ïi ma» yid *i a-im îtmw nirp ia a^nnr-n nnoo nxpi incau) 



DOCUMENTS INÉDITS 223 

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s-nna î-itftt majn mnn &vju&n ywi t^a^N •pa» «p*nawaw 
■nb^a a^an i»p avip*] irrnsn : rnroDa mfcp» W*a Nitioa rnso-ina 
■n^oa cnMi û-'si^ipin ^naia "npm iiunn "«awri rawne W* m 

ï-rp&na Tnnao ïrwtn -îiiiab bj> -nsa na^mi-n p^rs rm» d"nti 
ûrw nanai Dï-rar -îaron ^nu» istoni ï-ît û2 ffl a-i infcn ara û* 
bi "hûnei : "pia-nn ^ toï-wai bbia maa ^ fan» a"nn 1-131 nuî-'b 
ba naaa iana abi mpbnm inai ba waîi î^b tnunsttin tamari^r: 
■pft xb*\ am tanab ïrtt niBKtt hlKiWl rn^a a^rnï-ib *pïaapi» 
n« a^nba ©ni Vi ^pn^ ba rpï-n ûtt£3>» lunnu) rm pn trama 
ba ns^Y^a î-rrma ^puir wnîifï "nai bj> -nfc^b ïwf twn vnmn 
^a iaauî irm^ai inn^K b? ^a^rt ib t**£i pub tmaon îibN 
wn laiNttJai i-WNi î-wn -nîsm drwi mb^ïi rrnas ^s>tt isdnî msoN 
mmma nabtt imin ^s^ "narn n^bauD t» nstpm wmn imab rmss 
ïtktïWi "Wj ï-):nb iittbna p03>n!-jb iws nàb *pN inn^a b^ *rabm 
ia k*»»" 1 bbia nso bis ^tj^t Tisp nab marn to^iiûfinrt T-ro 
îrmabn s-nbpa mr ^»b m^xn fc-ns»» p^n "p^ ba -noa 

Quand les jours s'avançaient, que les troubles augmentaient et 
que les cœurs se rétrécissaient, alors surgit l'homme saint, R. Juda, 
le prince, appelé Rabbi, qui composa la Mischnah en six ordres, 
divisés chacun en traités et chapitres. C'est un livre qui renferme 
toute la tradition concernant la loi et les préceptes, ainsi que 
toutes les opinions différentes des docteurs d'avant lui. Rabbi forma 
beaucoup d'élèves, dont plusieurs composèrent des ouvrages pour 
expliquer plus minutieusement la loi. Ainsi Rab composa le Siphrâ 
et le Siphré; R. Hiyya, la Tosefta ; R. Hoschaya et Bar Qapra 
sont les auteurs des Baraïtot. Maïmonide dit que tous ces ouvrages 
furent composés pour expliquer la Mischnah. . D'après lui, les Ba- 
raïtot et la Tosefta formeraient deux ouvrages distincts. Nous ne 
possédons qu'un de ces deux ouvrages, quelques-uns en font une 
Baraïta et d'autres la Tosefta. 

Ces docteurs furent suivis d'autres qui discutèrent la matière de 
la loi orale et mirent par écrit, pour l'usage de leurs élèves, le ré- 
sultat de leurs discussions. R. Johanan en fit une collection qui 
forme le Talmud de Jérusalem, et dont nous possédons les quatre 
ordres : Zeraïm, Moëd, Naschim et Yeschouot (ou Neziqin '). Maï- 
monide dit que ce Talmud fut composé à peu près trois siècles après 
la destruction du temple. D'autres ouvrages composés à cette époque 
sont intitulés Midrasch, ils ont pour objet d'éclaircir les mystères de 
la loi par des paraboles et des allusions cachées. Ainsi R. Hoschaya 

1 Voir ci-dessous, p. 228. 



224 REVUE DES ETUDES JUIVES 

rabba, un des élèves de Rabbi, est l'auteur du Bereschit rabba ; 
R. Ismaël composa la Mekhilta. Mais nous possédons encore des 
Midraschim sur les autres livres du Pentateuque : le Rabba sur 
l'Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome. Un autre 
Midrasch sur tout le Pentateuque est intitulé Yelamdénou ou Tan- 
houmâ. Un autre porte le titre de Pesiqta, l'auteur en est R. Kahana. 
Nous avons aussi des Midraschim sur une partie des H agio graphe s, 
les Psaumes (sous le titre de Schoher Tob) l'Ecclésiaste, le Can- 
tique et Ruth ; [celui des Cantiques est] surnommé Hazit. Après un 
certain laps de temps surgirent Rabbina et R. Aschi, les derniers 
docteurs de l'enseignement, qui étudièrent minutieusement les 
écrits talmudiques et les paroles de leurs prédécesseurs, et com- 
posèrent le Talmud de Babylone. Ce Talmud se trouve entre nos 
mains sur tout l'ordre de Moëd, excepté Abot, sur l'ordre de Qoda- 
schim, excepté Middot et Qinnim ; quant à l'ordre de Zeraïm nous 
n'avons que Berakhot, et de Tohorot que Niddah 1 . Maïmonide dit 
que la composition du Talmud de Babylone est postérieure à celle 
du Talmud de Jérusalem d'environ un siècle. Dans la Mischnah, 
les deux Talmuds, le Siphrâ et le Siphré, la Tosefta et la Baraïta, les 
préceptes de la loi sont expliqués tels qu'ils furent transmis à Moïse 
sur le Sinaï ; par les Midraschim, le sens secret et la supériorité de 
la loi sont expliqués par des paraboles et des allusions pour tous 
ceux à qui Dieu a donné un cœur pour savoir et comprendre. Après 
Rabbina et R. Aschi vinrent quatre générations de rabbins Sabou- 
raï, dont les paroles sont insérées dans le Talmud [de Babylone]. 
— Un petit traité concernant les cérémonies des phylactères et les 
règles pour copier le rouleau du Pentateuque, intitulé Schimouschâ 
rabba, fut écrit après le Talmud. On l'attribue tantôt à Abayya, tantôt 
à Rabba et tantôt enfin aux rabbins Sabouraï. Vint ensuite l'époque 
des Gaonim, pendant laquelle nous trouvons Siméon de Kayyar (?)*, 
l'auteur des grandes Halakhot, qui cependant ne fut pas installé 
comme Gaon, à en croire le livre de la tradition (d'Abraham ben Da- 
vid). Celui-ci fut suivi par Aha de Schabbaha, auteur des Schéeltot, 
qui ne fut pas non plus installé comme Gaon. Ce fut R. Schaschnai 
qui devint Gaon ; il est l'auteur de plusieurs ouvrages ; quelques- 
unes de ses consultations casuistiques se trouvent entre nos mains. 
Vint après R. Yehoudai Gaon, auteur des Halakhot Pesouqot, et 
d'autres Gaonim que nous ne nommerons pas, parce que leurs ou- 
vrages ne se trouvent pas parmi nous. Après un temps considérable 
nous trouvons R. Amram, fils de Schoschanâ, auteur d'un rituel avec 
des chapitres sur d'autres sujets, intitulé Siddour de R. Amram. 
R. Saadyah, qui vint après lui, est l'auteur d'un grand nombre d'ou- 
vrages, d'après le livre de la tradition (d'Abraham ben David), seuls 
son livre des Croyances et son commentaire sur les Proverbes se 



1 David n'énumère pas les ordres qui sont au complet. 
1 Voir Isr. Letterbode, année IV, p. 65. 



DOCUMENTS INEDITS 225 

trouvent chez nous. Vint après R. Hayya Gaon (installé comme Gaon 
par son père Scherira), auteur de plusieurs ouvrages, dont nous 
possédons le Méqah ou-Mimkaret des Consultations. Après lui surgit 
R. Hananel, qui composa des commentaires (sur le Talmud) d'après 
la tradition des G-aonim, dont quelques traités se trouvent chez 
nous. R. Nissim reçut de lui la tradition, selon laquelle il composa 
de grands commentaires sur plusieurs traités du Talmud, celui 
sur Eroubin se trouve entre nos mains ; il est l'auteur de l'ouvrage 
ïialakhique intitulé Meguillat Setarim. Leur contemporain R. Isaac 
fils de Jacob de Fez, surnommé Rabbi Alfasi, reçut la tradition des 
deux derniers Gaonim ; avec un esprit excellent et une intelli- 
gence nette, il fit un compendium des Talmuds et des ouvrages de 
ses prédécesseurs sur les trois ordres qui ont trait aux cérémonies 
en usage à notre époque. Son compendium est des plus répandus 
dans tout Israël : nous possédons aussi de lui des consultations ca- 
suistiques. Son contemporain R. Isaac ibn Gayyat fit un compen- 
dium des halakhot concernant les fêtes et autres cérémonies. Joseph 
fils de R. Méïr Hallévi, surnommé Ibn Migasch, élève d' Alfasi, com- 
posa des commentaires sur quelques traités du Talmud. 

C'est de la France (de l'est) que Dieu nous a accordé une grande 
lumière, lumière pour tout Israël, en la personne de R. Salomon 
fils d'Isaac (de Troyes), auteur d'un commentaire sur quatre ordres 
du Talmud de Babylone, travail qui fut suivi du commentaire sur 
la Bible. Dans ce pays et les environs de grands savants talmu- 
distes surgirent, les plus célèbres sont les petits-fils de Salomon 
de Troyes ; R. Isaac, R. Jacob (de Rameru) et R. Samuel, qui étudiè- 
rent les commentaires de leur grand-père ainsi que ceux de ses pré- 
décesseurs, pour connaître à fond le Talmud et les prescriptions de 
la loi. Ils composèrent les Tosafot (gloses) ; R. Jacob est l'auteur du 
Sépher Hayyaschar, dans lequel il s'occupe surtout de donner des 
leçons correctes des textes du Talmud ; R. Samuel continua le com- 
mentaire de son grand-père sur une partie de Pesahim et de Baba 
Batra. R. Samson (de Sens) fit un commentaire sur la Mischnah de 
Zeraïm, de Tohorot et de quelques autres traités; les deux premiers 
seuls se trouvent chez nous. R. Baruch de la France (de Worms) est 
l'auteur du Sépher Hatterumah; R. Eliézer (de Metz) est l'auteur de 
Sépher Hayyeréim. 

A Narbonne, à Lunel et les environs se trouvèrent des hommes 
célèbres qui avaient suivi les études talmudiques en France et en 
Espagne, et qui s'occupèrent du Talmud pour y éclaircir les points 
douteux ou les contradictions apparentes. Plusieurs d'entre eux 
composèrent des commentaires étendus sur des traités du Talmud, 
tels qu'Abraham Ab Bet Din, l'auteur du Sépher Ha-Eschkol. A cette 
époque deux grandes lumières brillèrent à Lunel: 1° Abraham fils 
de David de Posquières, grand savant, très versé dans les deux Tal- 
muds, la Tosefta, le Siphrâ et le Siphré. Il fit des commentaires sur 
une grande partie du Talmud et sur le Sifrâ; il écrivit, en outre, des 
T. IX, n° 18. 15 



226 REVUE DES ETUDES JUIVES 

notes sur les commentaires de ses prédécesseurs pour donner des 
explications sur des passages douteux; 2° R Zerahyah Hallévi, l'au- 
teur du Sépher Hammaor. Marseille fut à cette époque un grand 
centre d'études talmudiques. Le plus distingué de ses rabbins fut 
Isaacfils d'Abba Mari, auteur du Sépher Ha-Itour, qui roule sur une 
grande partie de Naschim, Neziqin et Issour ve-Héter. Il composa en 
outre un compendium selon la méthode d'Alfasi, intitulé Méah 
Schearim, et un autre ouvrage sur les cérémonies des fêtes, intitulé 
\sséret Haddibrot. 

En Provence il y avait également à cette époque des hommes cé- 
lèbres; nous mentionnerons les savants d'Avignon et de Trinque taille, 
dont les notes sont incorporées anonymes dans des ouvrages posté- 
rieurs. R. Méïr de Trinquetaille est l'auteur de Sépher Ha-Ezer. 
Vers cette époque Dieu fit une chose importante pour nous, en 
nous envoyant le grand maître Moïse fils de Maïmon d'Espagne, qui 
approfondit la loi et ses commentaires et à (fui tous les mystères 
furent révélés ; il était en outre très versé dans la connaissance des 
sciences naturelles, en philosophie et en général dans toutes les 
études que l'esprit humain peut atteindre. Il composa un commen- 
taire succinct sur la Mischnah, au commencement duquel il énumère 
les ordres du Talmud, les noms des docteurs de la Mischnah et du 
Talmud avec leur biographie et leur généalogie ; il y parle aussi de la 
prophétie à l'occasion de laquelle il explique quelques passages des 
Midraschim. Il composa également un livre de préceptes dans lequel 
il explique, sur des bases solides et avec des arguments convain- 
cants, les 613 préceptes, divisés en préceptes affirmatifs et prohi- 
bitifs. Avec la force de la main de Dieu qui reposait sur lui, Maï- 
monide écrivit un livre, qui renferme toutes les règles concernant 
les préceptes de la loi, telles qu'on les trouve expliquées dans les 
deux Talmuds, les Baraïtot, la Tosefta, le Siphrâ, le Siphré et les 
ouvrages des Gaonim et de leurs successeurs. Cet ouvrage est 
intitulé Mischnéh Torah (répétition de la loi), et est divisé en qua- 
torze livres avec des titres spéciaux ; cet ouvrage est répandu dans 
tout Israël. 

Vers cette époque surgirent de grands hommes très instruits, en 
Espagne, dans le territoire de Narbonne et à Barcelone ; ils faisaient 
des recherches dans les ouvrages de leurs prédécesseurs. Quelques- 
uns d'eux composèrent des livres. Tel fut R. Juda, fils de Barzilai, 
de Barcelone, dont un seul de ses nombreux ouvrages nous est par- 
venu sous le titre de Sépher Ha-ltim. R. Méir Hallévi Abou-1-Afia, de 
Tolède, fit des commentaires sur la plupart des traités du Talmud. 
R. Gerschom, fils de Salomon, de Béziers, eomposa le Sépher Hasch- 
schalman, qui traite des Halakhot, d'après la méthode de Maïmo- 
nide ; comme il n'avait pu finir tout l'ouvrage, son fils Samuel le 
continua sur le désir de son père. R. Jonathan Kohen de Lunel fit 
des commentaires sur des Halakhot selon la méthode d'Alfasi ; il 
écrivit des réponses aux attaques qu'Abraham fils de David avait 



DOCUMENTS INÉDITS 227 

dirigées contre Maïmonide. R. Meschoullam de Béziers est l'auteur 
du Sépher Haschlamah, sur trois ordres du Talmud. R. Moïse fils de 
Nahman de Girone fut un grand savant, tant en la science du Tal- 
mud que dans les autres sciences connues à son époque; il est 
l'auteur de Sépher Torat Ha-Adam, de commentaires sur le Penta- 
teuque, l'un appelé « le long », l'autre * le court », de Halakhot sur 
Nedarim, Berakhot et Hallah. Après lui vinrent R. Ahron Hallévi 
et R. Salomon ben Adret de Barcelone ; tous les deux formèrent 
beaucoup d'élèves et rendirent à la loi son ancien prestige. Ils com- 
posèrent des ouvrages étendus de casuistique selon la méthode des 
anciens. R. Salomon ben Adret est l'auteur du Sépher Torat Hab- 
bayit et du Sépher Abodat Haqqodesch, R. Moïse, fils de Jacob de 
France (de Gouci), écrivit un ouvrage sur les préceptes ; il y suit 
l'énumération de Maïmonide, et très souvent il le cite textuellement; 
il s'appuie souvent sur les paroles des Gaonim et sur l'enseignement 
des rabbins français. R. Isaac (de Corbeil) suivit sa méthode et fit 
un abrégé de son grand ouvrage, toutefois en y ajoutant quelques 
commentaires. R. Péreç [de Corbeil), son contemporain, forma beau- 
coup d'élèves, il fit un abrégé de Tosafot en y ajoutant quelques 
observations ; il en fit de même pour l'abrégé du livre sur les pré- 
ceptes dû à Isaac de Corbeil. R. Méïr de Rothenbourg, d'Allemagne, 
forma également beaucoup d'élèves ; il composa une autre rédaction 
des Tosafot, dont nous possédons quelques traités. 

Enfin, à notre époque, des savants surgirent dans notre pays, en 
Provence et dans le comtat Venaissin ; ils étudièrent avec minutie 
les paroles des anciens et surtout les ouvrages de Maïmonide, en 
discutant la matière pour y ajouter leur commentaire ; moi aussi, 
je fus parmi ceux qui cherchèrent à donner des éclaircissements 
aux paroles de Maïmonide, Un grand nombre de ces rabbins ont mis 
leurs opinions par écrit, sans tenir compte des opinions émises par 
leurs prédécesseurs ; celui qui désirerait les connaître serait donc 
obligé de se procurer un grand nombre d'ouvrages pour pouvoir se 
rendre compte de la vérité exacte. Malheureusement c'est impossible 
dans nos temps de calamités ; les livres ainsi que les savants sont 
dispersés; plusieurs n'ont plus le temps nécessaire pour l'étude 
approfondie du Talmud, pour le connaître à la manière des anciens. 
La nécessité se fit sentir de posséder un ouvrage général en forme 
d'abrégé, dans lequel chacun pourrait trouver avec facilité, dans un 
certain ordre, les préceptes avec leur importance; afin de pouvoir 
se rendre compte, d'une manière facile, des Halakhot et des règles 
prescrites dans les préceptes. » 

Ajoutons encore que notre David signa des réponses avec des 
rabbins provençaux; malheureusement ces documents ' ne sont 
pas datés. 






Voir les Réponses d'Isaac de Lattes, p. 41 et 44. Le rabbin Méïr fils d'Isaïe 



228 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

En terminant, nous appelons l'attention sur ce fait que tandis 
que Méiri, qui écrivit son introduction littéraire quelques années 
seulement avant notre David, mentionne l'existence du Talmud 
de Jérusalem sur cinq ordres, David ne connaît que quatre ordres 
de ce Talmud. Méiri a-t-il vu les cinq ordres ou copia-t-il simple- 
ment Maïmonide ? c'est ce que nous ne pouvons décider. Nous 
sommes d'accord avec M. Schiller-Szinessy (Occasional Notices 
on hébrew manuscripts, I. Appendix, p. 2) que Maïmonide vou- 
lait dire qu'il connaissait le Talmud de Jérusalem sur cinq ordres 
en entier et sur le traité de Niddah, il n'est guère possible d'inter- 
préter autrement les mots suivants, que nous citons d'après le 
meilleur ms. (peut-être autographe, à Oxford, Hunt. 117, notre ca- 
talogue n° 393) de son commentaire sur la Mischnah. On y lit ces 
mots : 

ï^rû'na ^m m b^D s^a ^y» b&n^ yiN ^dh Kib*B ^bisi 
•^b^T-rbN 173 nim 1:rm 1 in S-rail "nbao ^btfJTrbN TiBbnb» 
nttbn 2-<ï!-;b tôt tobs mnna -no î^tta i-rbttNO ttnïo ottSba 
.^an^T ^73^ ï-na i-ûû73 "ns "^bun-p t^bi ^bnn ***b rtia 

Les savants de Palestine ont fait comme R. Aschi; ils ont com- 
pilé le Talmud de Jérusalem, et le compilateur en est R. Johanan. 
On trouve le Jéruschalmi sur les cinq ordres en entier. Sur l'ordre 
de Tohorot cependant, on ne trouve aucun Talmud, ni de Babylone, 
ni de Jérusalem, excepté de Niddah, comme nous l'avons men- 
tionné. 

M. Sch. affirme, en outre, qu'il y avait également un Talmud 
de Jérusalem sur tout le sixième ordre (nous renvoyons nos 
lecteurs pour toute cette discussion, à l'excellent article de 
M. Schorr, dans le "pbnï-î, XI, p. 33 et suiv.). Son argument est 
très étrange, nous le citerons textuellement (Occ. Not. etc. Le.) : 
« True, some scholars, who we feel sure hâve not deeply (l'ita- 
lique est mise par nous) studied the book, maintain that it never 
contained more. » Ces paroles sont surtout dirigées contre feu le 
D r Frankel, que M. Schiller-Szinessy ne daigne même pas citer. 
M. Sch. veut-il dire par là que Frankel et les autres savants n'ont 
pas dû approfondir cette question autant que lui ? Nous le regret- 
terions. M. Sch.-Sz. a déjà plus d'une fois produit des assertions 
qui ne nous paraissent pas moins hasardées et qui peuvent induire 
en erreur les savants étrangers à la matière. C'est ainsi que dans 
son article Midrash du XVI e vol. de YEncyclopedia Britannica, 

(p. 41) serait-il identique avec son homonyme de Lunel, signataire d'une lettre à 
Salomon ben Adret '? (Hist. litt. de la France, t. XXVII, p. 678.) 






DOCUMENTS INEDITS 229 

on lit, non sans étonnement, que le « Tana de be Eliyalm », les 
« Pirqé de R. Eliézer », le « Zohar », et le « Bahir » sont d'anciens 
midrashim {sic), sans qu'il nous en soit donné aucune preuve et 
sans qu'il soit tenu compte des arguments apportés par d'autres 
savants pour prouver que quelques-uns de ces traités sont relati- 
vement jeunes, que d'autres ont été fabriqués par des faussaires. 
M. Sch. ne savait-il pas que nous avons publié un document signé 
des plus hautes autorités rabbiniques de Narbonne, vers 1240, 
dans lequel le « Bahir » est dénoncé comme une œuvre contempo- 
raine fabriquée par Azriel ? Ici encore M. Sch. se borne à pronon- 
cer une sorte d'oracie : « Some hâve pronounced this work a late 
fabrication, but others (qui donc?), who hâve thoroughly studied 
it justly describe it as old in substancs if not in form ». Par des 
arguments de même nature les « Otiyyoth » de R. Akiba, les 
« Hekhaloth » de R. Ismael sont déclarés authentiques, et, sur de 
pareilles assertions, des hommes sérieux et savants, en Angle- 
terre, citent le « holy » Zohar. Les lecteurs de l'article Mi- 
drasch de l'Encyclopédie ne se douteront même pas que Frankel, 
Weiss, Brill, ont écrit quelque chose sur la Mischnah ; le nom de 
Zunz n'est même pas prononcé ni dans l'article Midrasch, ni clans 
celui de Machsor. Tout le monde n'est pas obligé de savoir la 
bibliographie comme Steinschneider, il est permis de faire des 
omissions, mais il n'est pas permis d'ignorer qu'il existe un livre 
de Zunz qui a pour titre Gottesdienstliche Voriràge et un autre 
qui s'appelle Literaturgeschichte des synagogalen Poésie, quand 
ces ouvrages sont le fondement de la science sur la matière et ont 
obtenu une admiration universelle. On est, sans doute, dans une 
Encyclopédie, obligé de se borner, on peut prendre le parti de ne 
citer aucune source, mais ce n'est pas la méthode suivie par 
M. Sch., puisqu'il cite son catalogue des mss. hébreux de Cam- 
bridge et même ses sermons. Les mêmes omissions se remar- 
quaient ailleurs. Pour le Zohar, par exemple on s'attendrait au 
moins à trouver les noms de Franck, Jellinek, Joël, Graatz, mais 
non; pour informations plus amples, le lecteur est renvoyé an 
commentaire de l'épître de S. Jude, par M. Luinby, professeur à 
Cambridge. Par curiosité, nous avons voulu voir quelle est, sur 
le Zohar, cette grande découverte de M. Lumby qui rejette dans 
l'oubli tous les travaux antérieurs. Qu'avons-nous trouvé? une 
vingtaine de lignes pour dire que le Zohar est un ancien docu- 
ment qu'on doit mettre, pour son antiquité et sa valeur, sur le 
même rang que le Nouveau-Testament. Comme preuve, on trouve 
l'assertion de M. Schiller et rien de plus. On comprend que l'au- 
teur des articles de l'Encyclopédie la trouve topique, mais tout le 



230 REVUE DES ETUDES JUIVES 

monde n'est peut-être pas obligé d'être de cet avis. Que dire 
maintenant de révélations comme celles-ci? A la tin de la préface 
de son édition éclectique et non critique (car elle n'a pas de va- 
riantes) des premiers livres du commentaire de David Qamhi sur 
les psaumes, où M. Sch.-Sz.., faisant l'éloge de tous les maîtres ou 
rabbins chez lesquels il a étudié le Talmud, ajoute : "p T-inan 
î-îd ba nstt rmô!»Mi nnstoâ TSE» Tibap. Les lecteurs qui sont au 
courant de ces choses souriront de ces naïvetés, mais quel argu- 
ment pour ceux qui prétendent que les Juifs ont une tradition 
secrète ! Dans sa conférence du 28 avril 1882, imprimée à Cam- 
bridge, sur le 53 e chapitre d'Isaïe, M. Sch. nous dit (p. 6) : « I am 
now 61 years of âge, and I so loved the Hebreuw Bible in my 
youth, that Iknew the whole of it by heart before I was ten years 
old (see Jahrbuch fur 5640 — 1880, Budapest, 8°, p. 6) But al- 
though the whole Bible has ever been dear to me, my favourite 
prophet has always been Isaiah. Him I studied under Jews, Rab- 
banites and Quaraites. . . o. Qu'est-ce que M. Sch. a bien pu ap- 
prendre chez les Garaïtes et quels ont été ses maîtres de cette 
secte ? Est-ce chez eux que l'ancien rabbhr de Manchester a appris 
cette théorie étonnante qu'il développe devant les auditoires an- 
glais qu'il y a véritablement deux messies, un messie pour les 
Chrétiens, qui est Jésus, et un messie à venir pour les Juifs ? Déjà 
on cite M. Sch. comme un de ceux qui admettent que le 53° cha- 
pitre d'Isaïe se rapporte à Jésus. J'espère qu'il nous apprendra 
un jour où il a fait ces belles découvertes. En attendant, nous 
avons cru de notre devoir, dans l'intérêt de la science, de mettre 
en garde les savants anglais contre les assertions hasardées qu'on 
rencontre dans quelques-uns de ses écrits et qui peuvent les in- 
duire en erreur. Je sais bien que telle n'est pas l'intention de 
M. Sch., il est impossible qu'on ne tombe pas dans son travers 
quand on est si sûr de soi et l'admiration que M. Sch. a pour lui- 
même est si ingénue qu'elle désarme. 

Ad. Neubauer. 



NOTES ET DOCUMENTS 

SUR LES JUIFS DU DAUPHINÉ 



Nous avons récemment raconté la triste histoire des Juifs du 
Dauphiné pendant le cours du xiv e et du xv e siècle, d'après les 
documents authentiques conservés aux Archives de la Chambre 
des Comptes de Grenoble 1 . Il résulte de ce mémoire qu'en Dau- 
phiné, comme partout ailleurs, les Juifs furent en butte à des 
alternatives de prospérité et de misère suivant le bon plaisir du 
pouvoir et les exigences du trésor delphinal. Tantôt protégés 
par les dauphins, tantôt livrés par eux aux fureurs d'une populace 
fanatisée, parfois exploiteurs et toujours exploités par le fisc, 
ils ne parvinrent pas à fonder dans notre province des établis- 
sements durables. 

Après deux siècles de persécutions, se reconnaissant impuis- 
sants à lutter contre l'hostilité des populations et à payer la 
coûteuse et hypocrite protection du pouvoir, ils émigrèrent peu 
à peu, laissant presque vides et ruinées les villes qu'ils enrichis- 
saient par leur industrie et leur commerce. 

A la lecture de notre modeste étude, quelques érudits de la 
région dauphinoise ont bien voulu nous communiquer le fruit 
de leurs recherches sur le même sujet ; d'autres nous ont engagé 
à publier intégralement un certain nombre de documents auxquels 
nous avions emprunté nos renseignements et qui n'avaient pu être 
insérés à la fin de notre premier mémoire ; enfin à cette place 
même, un critique, que nous remercions de son extrême indul- 
gence, a bien voulu nous inviter à donner à la Revue des Etudes 
juives quelque nouvelle étude sur cette intéressante question. 






1 Les Juifs m Dauphiné aux xiv e et xv 6 siècles, par A. Prudhomme, archiviste de 
l'Isère ; Grenoble, imprimerie G. Dupont, 4883. 



232 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Ces encouragements nous ont décidé à compléter le chapitre 
que nous avons consacré à l'histoire des Juifs de l'ancien Dau- 
phiné en ajoutant quelques faits et quelques documents à ceux que 
nous avons précédemment fait connaître. 

Nous avons 1 cité une bulle du pape Innocent IV accordant, en 
1253, à l'archevêque de Vienne, Jean I er , l'autorisation d'expulser 
les Juifs de son diocèse. La récente publication des Registres 
d'Innocent IV par notre confrère M. Elie Berger, nous fournit 
deux nouveaux actes attestant le rôle bienveillant du Souverain 
Pontife vis-à-vis des Juifs du Dauphiné. En même temps, M. A. 
Molinier publiait dans le Cabinet Historique* le texte d'une 
enquête sur un meurtre imputé aux Juifs de Valréas qui com- 
plète les renseignements donnés par les bulles pontificales. 

Du rapprochement de ces divers documents résultent les faits 
suivants : à Valréas, petite commune du département actuel de 
Vaucluse, le mardi 26 mars 1247, une enfant de deux ans, 
nommée Meilla, disparut de la maison paternelle à la tombée de 
la nuit. Inquiète de ne pas la voir reparaître, Guillemette, sa 
mère, se mit à sa recherche ; comme elle errait affolée à travers 
les rues, jetant à tous les échos le nom de son enfant, elle ren- 
contra une femme qui lui dit avoir vue la petite Meilla dans la rue 
des Juifs ; la malheureuse mère y courut aussitôt prise d'un 
terrible pressentiment. Après de longues et infructueuses péré- 
grinations, elle rentra chez elle harassée de fatigue. Sur ses 
instances, Adalard, son mari, se rendit auprès du baile de Dra- 
gonet de Mautauban, seigneur de Valréas, lui dénonça le rapt 
dont sa fille avait été victime et en accusa hautement les Juifs ; 
ce magistrat nommé G. de Falcone, l'engagea à poursuivre ses 
recherches, et, s'il parvenait à découvrir quelques indices, à les 
signaler à la Cour qui ferait bonne justice. 

Quelques voisins qui avaient accompagné Adalard à la cour du 
baile, se munirent de torches et, jusqu'à une heure avancée de la 
nuit, explorèrent avec lui les rues et les carrefours. 

En traversant de nouveau cette rue des Juifs où l'enfant avait 
été vue, on rencontra le Juif Astruc : « Qui cherchez-vous? dit-il 
à Adalard. — Ma fille, répondit le père avec un accent suppliant. 
— Dieu vous la rende ! reprit le Juif en s'éloignant. » La nuit 
s'écoula sans résultat. 



1 Op. cit., p. 10. 

2 Année 1883, p. 121. Ce document est emprunté aux ms». de la collection Baluze 
delà Bibliothèque nationale, vol. 87, pp. 421-29. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DU DAUPHINE 233 

Au lever du jour on sortit de la ville pour fouiller les environs 
et on ne tarda guère à retrouver le corps de l'entant au fond d'un 
fossé : la petite Meilla avait été assassinée. Le malheureux père 
ne se sentit pas le courage d'aller la relever lui-même; des voisins 
lui rendirent ce pieux service et transportèrent le cadavre sur la 
place du marché. Guillemette s'était réfugiée au pied de l'autel de 
la Vierge la suppliant de lui rendre son enfant ; comme elle sortait 
de l'église, elle rencontra le funèbre cortège. 

La foule se pressait autour de la petite victime ; on remarquait 
tout de suite qu'elle avait plusieurs blessures au front et aux mains 
et que ses deux pieds avaient été percés. 

La légende s'empara vite de cette mystérieuse affaire : au dire 
des âmes pieuses, le corps exposé du mercredi au samedi exhalait 
une odeur exquise ; le dimanche, jour de Pâques, il était enseveli 
en grande pompe dans l'église de Valréas. 

Pendant ce temps l'émotion populaire avait grandi : deux frères 
mineurs, Guillaume Chaste et Adhémar, sans attendre l'action, 
trop lente à leur gré, de la justice du baile, commencèrent l'enquête 
et la dirigèrent avec une implacable férocité. Par leur ordre, les 
Juifs Astruc, Grescas, Burcellas, Durand, Bendig et Lucius, fils 
de Lucius, furent emprisonnés. 

Gomme ils protestaient unanimement de leur innocence, on 
eut recours à la torture : tous les raffinements que peut imaginer 
la savante cruauté d'un bourreau, on les essaya sur les corps de 
ces hommes. L'enquête officielle publiée par M. Molinier indique 
assez discrètement que les aveux ne furent obtenus que par la 
torture, mais elle ne nous dit pas avec quelle sauvagerie ce mode 
d'information fut employé. Un document indiscutable, une bulle 
d'Innocent IV, du 28 mai 1247, publiée par M. Berger comble cette 
lacune; nous en reproduirons les termes mêmes dans la crainte 
d'affaiblir par une traduction l'énergie du récit du Souverain 
Pontife. 

« eos (les Juifs) non convictos, nec confessos, nec etiam 

aliquo accusante, bonis omnibus spoliatos, diro carceri mancipavit, 
ipsos que innocentie sue excusatione ac defensione legitimis non 
admissis, quibusdam ex eis cesis per médium, aliis igné combustis, 
aliquorum virorum extra ctis testiculis, et mulierum mamellis 
evulsis, tamdiu penarum aliarum diversarum tormentis afflixit, 
donec ipsi id quod eorum conscientia non didicit, ore, sicut 
dicitur, sunt confessi, uno encari tormento potius eligentes quam 
vivere et penarum afflictionibus cruciari. » 

Le meurtre avait été commis le 26 mars, et le cadavre décou- 



234 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

vert le 27 ; l'enquête, comme nous l'avons vu, avait commencé 
immédiatement. Pendant huit jours les malheureux accusés ré- 
sistèrent à tous les efforts des tourmenteurs ; enfin, à bout de forces 
et préférant mourir en une fois, ils se décidèrent à accepter le 
récit imaginaire qui leur était dicté par les inquisiteurs. 

D'après ce récit, le mardi saint tous les Juifs de Valréas se 
seraient réunis dans la maison du Juif Bendig, qui aurait étouffé 
la petite fille et lui aurait ensuite pratiqué une incision au front 
avec un canif pour faire écouler son sang qui aurait été recueilli 
dans un vase de verre. Interrogé sur l'usage qu'il entendait faire 
de ce sang, Burcellas répondit qu'au temps de leurs pères, le grand 
prêtre recueillait ainsi le sang d'un taureau sur une place nommée 
Isbea, située devant le temple, et qu'il en arrosait le peuple pour le 
laver de ses fautes. Un autre ajouta que cet usage était général 
dans toutes les communautés juives et particulièrement en Espa- 
gne; dans ce pays, quand on ne pouvait se procurer un chrétien, 
on immolait un sarrasin. 

L'enfant devait être crucifié le vendredi saint en dérision de la 
mort du Christ : toutefois craignant de ne pouvoir garder jusqu'à 
ce jour leur petite victime, les Juifs s'étaient décidés à la sacrifier 
dès le mardi. Effrayés de l'émotion produite parmi le peuple par 
cette disparition ils avaient jeté le sang recueilli dans une fosse 
profonde sise dans la maison du Juif Bendig et avaient fait dispa- 
raître toutes traces en y répandant une grande quantité d'eau. 

Enfin ils ajoutaient qu'un Juif nommé François était venu 
récemment de France pour prescrire de tirer au sort le nom 
de la ville dans laquelle devait avoir lieu cette année le sacrifice : 
le sort consulté dans la ville de Saint-Paul-Trois-Châteaux avait 
désigné Valréas. 

Ce serait un facile travail de relever les contradictions et les 
invraisemblances qui abondent dans ce récit dicté par la torture à 
des malheureux épuisés par huit jours de souffrances. Une fois en 
possession de leurs aveux, les inquisiteurs leur enjoignirent de 
les renouveler devant la cour de Dragonet de Montauban et de 
taire avec grand soin les tortures qui les leur avaient arrachés. 

Encore une fois l'instinct de la vérité fut plus fort que la crainte 
des tourments : interrogés par Dragonet deMautauban, les Juifs 
commencèrent par nier ; mis de nouveau à la torture ils rééditè- 
rent le récit qu'ils avaient fait devant les inquisiteurs. Seul le Juif 
Lucius résista stoïquement aux tortures qui ne purent lui arracher 
un aveu. 

L'interrogatoire de Guillemette et d'Adalard, le père et la mère 
de la petite victime, termina l'instruction : ce fut, à vraiment 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DU DAUPHINE 235 

parler la seule partie sincère de cette inique enquête. Le docu- 
ment publié par M. Molinier ne nous dit pas quelle sentence 
couronna cette sauvage procédure ; mais la bulle d'Innocent IV, 
à laquelle nous avons déjà emprunté quelques détails ne laisse 
aucun doute sur le sort des malheureux Juifs qui. durent expier 
dans les flammes un crime qu'ils n'avaient pas commis. 

M. Molinier, en commentant cette enquête, s'est donné la peine 
de reprendre l'instruction et de rechercher si les Juifs pouvaient 
être les auteurs du crime qui leur était imputé : nous ne referons 
pas cette plaidoirie que rend inutile la déposition du pape Inno- 
cent IV. 

D'après ce témoignage que l'on ne saurait suspecter de partialité, 
aucune charge n'était relevée contre les Juifs et ils n'avaient 
pas avoué ; ils n'avaient contre eux que l'animosité publique si 
prompte à prendre ses passions pour la vérité et cette croyance 
populaire habilement accréditée pendant tout le moyen âge par 
les inquisiteurs que les Juifs étaient dans l'usage de sacrifier un 
enfant le vendredi saint de chaque année pour parodier le drame 
du Calvaire. 

Si nous ajoutons que la confiscation de leurs biens fut la consé- 
quence de la condamnation des Juifs on comprendra quel nou- 
veau mobile a pu dicter aux juges deDragonet de Montauban cette 
odieuse sentence. 

Loin que ces condamnations arbitraires et ces scènes de sauva - 
gerie aient soulevé l'indignation des contemporains, elles trou- 
vèrent des imitateurs qui, n'ayant même pas l'excuse d'un crime à 
venger, paraissent avoir obéi aux suggestions d'une basse cupi- 
dité. L'évêque de Sajnt-Paul-Trois-Châteaux 1 , le connétable de 
Valence et quelques autres nobles de la province, profitèrent de 
l'émotion produite par l'attentat de Valréas pour faire empri- 
sonner les Juifs établis sur leurs terres et pour confisquer leurs 
biens. 

Dans une aussi terrible situation, les Juifs se souvinrent que 
les papes les avaient souvent pris sous leur protection : ils adres- 
sèrent donc à Innocent IV une plaintive requête, non pour im- 
plorer sa faveur, mais pour demander justice. Ils n'avaient 
pas trop auguré de l'esprit d'équité qui animait le Souverain 
Pontife : Innocent IV, dans une lettre adressée à l'archevêque 
de Vienne, et où respire un sentiment de généreuse tolérance 
pour la race juive, invite le prélat à rappeler aux populations 
placées sous son gouvernement combien de pareils dénis de jus- 

1 Laurent (1240-1251). 



236 REVUE DES ETUDES JUIVES 

tice sont contraires à l'humanité et aux vrais principes du 
christianisme. 

Après avoir rapporté avec une sympathique pitié le lamentable 
récit qu'on a lu plus haut, et rétabli les éternelles idées de justice 
faussées par les passions populaires, le pape proteste contre cette 
doctrine antinaturelle qui rend toute une communauté respon- 
sable du crime d'un de ses membres; il enjoint à l'archevêque de 
refaire l'enquête et, s'il constate l'innocence des Juifs emprison- 
nés, de contraindre l'évêque de Saint-Paul-Trois-Châteaux, le 
connétable de Valence et les autres persécuteurs des Juifs à 
remettre ces malheureux en liberté et à leur rendre leurs biens 
induement confisqués. 

L'inique procès de Valréas avait ému à un tel point l'âme géné- 
reuse du Souverain Pontife que, non content de cette éloquente 
protestation, il jugeait utile de renouveler le même jour, au même 
prélat, les conseils de haute impartialité et de chrétienne tolérance 
qui devaient régler ses rapports avec la population juive. Peut- 
être cette insistance, qui nous paraît singulière, n'était-elle point 
inutile pour combattre les préjugés de l'archevêque Jean I er , qui 
paraît avoir nourri contre les Juifs des sentiments de profonde 
hostilité. Dans cette lutte entre un prélat fanatique et un pape 
tolérant, nous aurons à constater que malheureusement ce ne fut 
pas le pape qui eut le dernier mot. 

Quoi qu'il en soit, dans la seconde lettre publiée par M. Berger 
(p. 424, n° 2838), Innocent IV rappelle que certains prélats et 
nobles du Dauphiné trouvant dans l'émotion causée par le crime 
de Valréas une occasion de sévir contre les Juifs, en ont fait brû- 
ler un grand nombre, expulsé les autres, confisqué les biens de 
tous et fait baptiser de force leurs enfants. Il condamne énergi- 
quement au nom du Dieu qu'il représente, des actes que réprou- 
vent également l'humanité, la justice et la religion, et invite 
l'évêque à mettre son autorité au service de ces opprimés en leur 
faisant rendre à la fois la liberté et leurs biens et en empêchant à 
l'avenir le retour d'aussi odieuses persécutions. 

Quel fut le résultat de cette haute intervention? Les Juifs 
furent-ils réhabilités devant l'opinion publique et retrouvèrent-ils 
à l'abri de la protection de l'archevêque de Vienne la liberté de 
vivre et d'adorer Dieu selon leurs croyances ? Il est permis d'en 
douter. Loin que le pape ait converti l'archevêque, il parait que 
ce dernier réussit à faire partager au Souverain Pontife ses sen- 
timents de méfiance contre les Juifs. En effet, cinq ans s'étaient à 
peine écoulés que le même pape, abandonnant le rôle de protecteur 
des Juifs, les livrait sans défense à toutes les entreprises de leurs 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DU DAUPHINE 237 

persécuteurs ; bien plus, oubliant les principes de tolérance qu'il 
avait si éloquemment développés, il donnait lui-même des ordres 
de proscription contre ces malheureux. 

Par une bulle datée d'Assise, le 10 des calendes d'août 1253 *, il 
enjoignait à l'archevêque d'expulser de la province les rabbins 
juifs, dont la science mettait en péril les âmes des chrétiens ; puis, 
généralisant cette mesure, il autorisait cette même année l'arche- 
vêque Jean I er à chasser tous les Juifs de Vienne 2 . 

Nous empruntons à une consciencieuse histoire de Montéiimar 
récemment publiée par M. le baron de Coston 3 , quelques détails 
intéressants qui complètent ce que nous avons dit de la vie des 
communautés juives du Valentinois. 

Dès le commencement du xiv e siècle, les Juifs paraissent avoir 
joui dans la cité Montilienne d'une prospérité relative : ils 
avaient une école près de la porte Saint-Martin, une synagogue 
dans la rue du Puits-Neuf, autrefois désignée sous le nom de 
rue de la Juiverie, un cimetière spécial et une boucherie dans 
un lieu qui leur était désigné par les consuls ; ce dernier pri- 
vilège leur fut confirmé en 1455, par le dauphin Louis (depuis 
Louis XI). 

M. de Coston cite, parmi les Juifs de Montéiimar, les noms de 
Salomon (1325), Isaac Maignan (1388), Lionel de Livron (1392), 
Josse Nercas (1439), Isaac de Lattes (1447), Salomon Massip et 
Isaac Saul de Mornas (1463), Bonsenhor Bonafossa (1464), etc. ; 
tous se livraient au commerce et paraissent avoir été moins en 
butte aux vexations des populations et aux tyranniques enquêtes 
des autorités locales. 

Ce n'est pas à dire qu'on ne puisse trouver dans leur histoire 
aucune de ces périodes difficiles que leurs coreligionnaires des 
autres parties du Dauphiné eurent si souvent à traverser ; là 
comme ailleurs, ils étaient assujettis au port de la rota. Si pen- 
dant une certaine période la tolérance des consuls les avait dis- 
pensés de cette humiliante distinction, les officiers des seigneurs 
de Montéiimar rappelèrent en 1439 à ces magistrats municipaux 
trop tolérants qu'il convenait d'appliquer dans toute leur rigueur 
les canons des conciles relatifs à cet insigne infamant. Le 25 oc- 
tobre 1441, l'évêque de Valence, Jean de Poitiers, renouvelait cette 
prescription pour bien faire constater à tous que les Juifs ne de- 

1 Bib. nat., mss. Moreau, 1203, p. 24. Nous devons communication de ce docu- 
ment à l'obligeance de M. J. Roman. 

2 Gfall. Christiana, Prov. Vien., Instr., c. 50, 51. 

3 De Coston, Hist. de Montéiimar, 1878, Montéiimar, I, p. 516, et II, p. 579. 



238 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

vaient qu'à la tolérance leur droit d'exister 1 , « ne pro civibus 
hospites haberenlur ». Il y avait à cette époque, à Valence, dix- 
huit familles juives qui payaient chacune à l'évêque une pension 
annuelle d'un florin d'or 2 . 

A de certaines époques on obligeait les Juifs à assister à des 
prédications dont le but était de les amener à la foi chrétienne : 
en 1453 un prédicateur fut chargé par les consuls de Montélimar 
de convertir les mauvais chrétiens et les Juifs. 

Enfin, si la population ne leur était pas aussi hostile que partout 
ailleurs, elle n'avait pas abdiqué ses préjugés contre la race juive, 
et il suffisait d'un événement fâcheux, d'un crime entouré d'un 
certain mystère pour que la populace déchaînée se ruât sur les 
habitations des Juifs, guidée par un double mobile, le fanatisme 
et la cupidité. C'est ce que suffirait à nous prouver une enquête 
faite en 1468 par le Parlement de Grenoble contre les habitants 
de Montélimar qui avaient maltraité les Juifs. 

Si la situation des communautés israélites du Valentinois nous 
paraît plus tolérable que celle de leurs coreligionnaires des 
autres parties du Dauphiné, il convient de l'attribuer aux mêmes 
motifs qui avaient dicté la tolérance des Dauphins pour les Juifs 
de Saint-Symphorien d'Ozon et des autres terres cédées en 1355 
par les comtes de Savoie. Des conventions diplomatiques précises 
avaient réglé la condition des Juifs de ces contrées. Dans le traité 
de cession des comtés de Valentinois et Diois conclu en 1404 
entre le comte Louis II de Poitiers et le roi dauphin Charles VI, 
il est expressément stipulé que les Juifs continueront à jouir des 
privilèges et libertés qui leur ont été concédés par les anciens 
comtes : « Le roy ou ses successeurs dalphins de Viennois, après 
» la mort dudit comte, feront tant que les Juifs et Juifves, habitans 
» esdictes contez deveront estre contens de luy et de ses diz suc- 
» cesseurs, quant à leur garder les libertés et franchises à eulx 
» octroyées au temps passé 3 . » 

Nous avons dit que le dauphin Louis (depuis Louis XI), pendant 
son séjour en Dauphiné s'était montré favorable aux Juifs dont 
il avait confirmé les privilèges. Un esprit aussi politique ne pou- 
vait méconnaître l'intérêt qu'avait le gouvernement delphinal à 
protéger des établissements financiers qui concouraient puissam- 
ment à la prospérité commerciale de la région. S'il est vrai de 
dire que le dauphin expérimentait dans ses états de Dauphiné la 

1 Jules Ollivier, Dissertation historique sur la ville de Valence, p. 30* . Cf. Oallia 
Christiana, Prov. Viennentis, C. 328, E. 

2 Archives de l'Isère, B, titres du Valentinois, 1430. 

3 Archives de l'Isère, B, Fonds du Valentinois, 1404, 






NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DU DAUPHINÉ 239 

politique que devait suivre plus tard le roi Louis XI, les Juifs 
étaient en droit d'espérer une longue période de prospérité sous le 
règne d'un prince qui leur avait témoigné de si bienveillantes 
dispositions. Cet espoir ne devait pas se réaliser : lorsqu'après 
cinq ans d'exil en Brabant, la mort de Charles VII permit au 
nouveau roi de France de satisfaire les rancunes du dauphin ré- 
volté, de cruelles vengeances furent exercées contre les officiers 
du Dauphiné qui avaient pris parti contre le fils de Charles VII 
dans sa querelle avec son père. Dans cette réaction, les Juifs ne 
furent pas épargnés : accusés d'avoir fréquenté les ennemis du 
dauphin pendant son exil et d'avoir tenu sur son compte des pro- 
pos irrespectueux, ils furent livrés à toutes les sévérités de la jus- 
tice delphinale. Comme toujours et dans un but fiscal aisé à dis- 
cerner, le Parlement de Grenoble rendit la communauté tout 
entière responsable des excès de langage de quelques-uns de ses 
membres. A ce délit d'opinion le procureur général ajouta l'éter- 
nelle accusation d'usure et réussit ainsi à arracher à ces malheu- 
reux une amende de 1,500 écus d'or l . 

C'est à dater de cette époque et peut-être à la suite de ce procès 
que les Juifs émigrèrent en foule du Dauphiné. En voyant s'éva- 
nouir les espérances qu'ils avaient conçues sur le nouveau règne, 
ils avaient compris qu'à changer de maître ils ne faisaient que 
changer de persécuteur. Seules quelques communautés du Valen- 
tinois, mieux protégées par les stipulations du traité de cession, 
prolongèrent encore pendant quelques années leur séjour dans 
cette province où elles menaient une existence misérable. A partir 
des premières années du xvi° siècle le silence des documents 
nous autorise à croire qu'il n'en existait plus en Dauphiné. 

A. Prudhomme, 

Archiviste de l'Isère. 



1 Accord entre le procureur général du roi-dauphin, et la communauté des Juifs 
du Dauphiné portant que ces derniers payeront à noble Jean Favrot, châtelain 
d'Ornacieux, commissaire spécial, une somme de 1500 écus d'or, pour avoir mal parlé 
de S. M. pendant qu'elle était en Flandre et en Brabant, commis des usures 
excessives et fréquenté ses ennemis « tam exigendo immoderatas usuras a suis debi- 

toribus nec non de et super eo quod illis imponebatur fréquentasse nonnullos 

exosos ipsius domini nostri régis cum ipsis pluries conversando. . . . etiam impo- 
nebatur eisdem judeis multas improbas eloqutiones et verba illicita protulisse de 

ipso domino nostro rege, tempore quo in partibus Flandrie seu de Brebant residebat. 
(Archives de la Drôme, E. 2544.) 



240 REVUE DES ETUDES JUIVES 



NOTES ET DOCUMENTS. 



I. Valence 10 janvier 1330, nouveau style 1331. — Guillaume de Roussillon, évêque 
de Valence, confirme pour quatre ans les privilèges accordés par ses prédécesseurs aux 
Juifs Bandig de Chartres, Lionet de Lates l , Joseph de Montargis, Moïse de 
Valence, Isaac de Carssi, habitant d'Aouste 2 ; Benoit, habitant d'Orioi 3 et à tous 
les autres juifs des comtés de Valentinois et Diois à l'exception de Jacob Gavirol, 
habitant de Bourdeaux 4 . Cette concession est motivée par un don gracieux fait à l'é-- 
vêque par les Juifs : elle porte sur les privilèges suivants : 

1° Les Juifs sont dispensés d'aller aux chevauchées pour les guerres de l'évoque 
et celles de ses églises ; 

2° Aucune enquête ne pourra être faite au sujet des contrats et actes dressés par 
eux dans l'exercice de leur commerce; 

3° Pendant deux années l'évêque s'interdit le droit de lever sur eux aucun sub- 
side extraordinaire autre que leur cens annuel 5 ; 

4° Les bouchers du Valentinois et du Diois devront, à toute réquisition des Juifs, 
tuer des animaux selon les rites mosaïques pour les vendre aux Juifs. — L'évêque 
confirme en même temps les anciens privilèges accordés par lui aux Juifs. 

Nos G., permissione divina Valent, et Dyensis episcopus et cornes, 
notum facimus universis présentes litteras- inspecturis quod cum 
Bandicus de Chartres , Lionetus de Lates, Josep de Montargis, 
Moyses, habitator Valentie, Ysaac de Carssi, habitator Auguste et 
Benedictus habitator Aurioli, judei, nomine suo et aliorum judeo- 
rum habitantium tam in civitate et suburbio Valentie, quam in 
aliis locis nostrorum comitatuum Valentinensis et Dyensis, excepto 
dumtaxat Jacob Gavirol, habitatore de Bordellis, ac de ipsorum 
judeorum consensu, nobis fecerint de quadam quantitate pecunie 
subsidium graciosum pro expensis per nos nupei' in romana curia 
factis, Nosque volentes etiam ipsis judeis terre nostre facere gratiam 
specialem, eisdem judeis nostris ac terre nostre Valentinensis et 
Dyensis simul ac eorum cuilibet, excepto dicto Jacob Gavirol, omnes 
libertates, immunitates et franchisias per nos eisdem et eorum sin- 
gulis acthenus datas, indultas et concessas, sub litterarum nostra- 
rum testimonio et aliter, et sub quacunque verborum forma, per 
présentes ratifficamus, corroboramus et confirmamus eisdem, et 
insuper eisdem judeis et eorum singulis simul vel separatim litteras 
habentibus nostri guidagii, eorumque uxoribus et familiis, excepto, 
ut premissum est, dicto Jacob de Gavirol, ipsas litteras cum earum- 
dem pleno effectu, nec non ipsa guidagia eisdem et eorum cuilibet, 

1 Latte, chef-lieu de canton du dép. de l'Hérault, arr. de Montpellier. 

2 Aouste, canton de Crest, arr. de Die (Drôme). 

3 Oriol-en-Royan, arr. de Valence (Drôme). 

4 Bourdeaux, chef-lieu de canton de l'arr. de Die (Drôme). 

5 On a vu plus haut que chaque famille juive de Valence payait à l'Evêque un 
cens annuel d'un florin d'or. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DU DAUPHINE 241 

prout jacent in dictis eorum litteris, et melius, prout melius potest 
diciet intelligi, de novo per présentes continuamus et prorogamus 
hinc usque ad quatuor annos a data presentium incipiendos et 
continue numerandos. 

Geterum volumus et concedimus ac per présentes omnibus diclis 
judeis et per eos aliis judeis qui dictam terram nostram inhabitant, 
excepto dumtaxat dicto Jacob, liberaliter et de speciali gratia indul- 
gemus quod ipsi non debeant nec teneantur pro guerris nostris et 
ecclesiarum nostrarum ad aliquas calvacatas ire vel mittere, nec 
volumus quod ad eundum vel mittendum ad ipsas calvacatas nos- 
tras quascunque ipsi judei per nos et quoscunque nostros justiciarios 
per preconizationes, penarum impositiones vel aliquo alio modo, 
verbo vel actu, de cetero cogi possint. 

Item pactum ipsis judeis facimus validum et sollempne quod vo- 
lumus ab omnibus nostris officialibus et justiciariis observari et 
effectui mancipari, quod super eorum mercaturis et contractibus 
quibuscunque usque nunc per eos, pro eis et cum eis factis et in 
posterum faciendis, confectis seu conficiendis exinde litteris, sive 

publicis instrumentis vel aliter, nullatenus per nos et judices 

nostros inquiremus nec inquiri faciemus seu patiemur, nec eos ex 
ipsa causa condempnari seu puniri faciemus seu sustinebimus. 

Item pactum eisdem judeis facimus validum et sollempne quod, 
durantibus duobus annis proxime venturis a data presentium inci- 
piendis et continue numerandis, nichil ab ipsis judeis terre nostre 
prêter quod eorum censivas tantum petemus per nos vel per alium, 
nec eis aliquam taxam vel talliam faciemus nec fieri sustinebimus 
ob aliquam causam cogitatam vel excitandam. 

Insuper eum volumus quod macellarii terre nostre Valentinemsis 
et Dyensis indifferenter ex nunc in antea, ad requisitionem ipsorum 
judeorum et alterius ipsorum possint impune carnes ad legem ju- 
deorum occidere et eis vendere, prout consueverunt, omni impedi- 
mento cessante... 

Datum Valentie, décima die mensis janoarii anno Domini M. CGC. 
tricesimo cum appositione sigilli nostri in testimonium premis- 
sorum. 

(Arch. de l'Isère, B., Chambre des Comptes, carton des Juifs.) 



II. Grenoble, 4 octobre 1337. — Transaction entre le dauphin Humbert II et 
maître Vivand, juif de Communay 4 , chirurgien du dauphin, représentant les com- 
munautés juives du bailliage de Viennois. Les Juifs accordent pour dix ans au dau- 
phin un don gracieux annuel de 32 florins d'or en sus de la pension de 20 florins d'or 
qu'ils doivent payer chaque année avec le concours des Juifs d'Albon 2 , Tullins 3 et 
Beaucroissant 4 ; en échange, le dauphin les dispense de tous les cens et droits de 

1 Communay, canton de Saint-Symphorien-d'Ozon, arr. de Vienne (Isère). 

2 Albon, canton de Saint- Vallier, arr. de Valence (Drôme). 

3 Tullins, chef-lieu de canton de l'arr. de Saint-Marcellin (Isère). 

4 Beaucroissant, canton de Rives, arr. de Saint-Marcelhn (Isère). 

T. IX, n° 18. 16 



242 REVUE DES ETUDES JUIVES 

garde auxquels ils peuvent être tenus et spécialement de la garde de Chevrières l ; 
il promet de n'exiger d'eux pendant cette période aucun nouveau subside, confirme 
leurs privilèges et leur assure la liberté du commerce. 

Nos Humbertus Dalphinus Vien. etc.. notum facimus universis 
ad quos présentes littere pervenerint quod magister Vivandus, 
judeus, Gommunicaci habitator, silogicus noster, concordavit no- 
biscum pro omnibus judeis bayllivie Viennesii, de subsidio graciose 
nobis facto, in triginta duobus florenis auri, excepto censu viginti 
florenorum auri in quibus nobis tenentur, annis singulis, dicti judei 
Yiennenses cum judeis del Albon, de Tollino et Bellicrescentis ; or- 
dinamus et volumus quod dictum subsidium cum censu predicto 
nobis solvatur, singulis annis, et non alteri, videlicet per très dies 
ante Nativitatem Domini, anno quolibet, spatio decem annorum 
proxime futurorum, ita quod contineantur decem solutiones intégras ; 
mandantes et precipientes districte omnibus et singulis bayllivis, ju- 
dicibus, castellanis et computatoribus nostris, qui nunc sunt et qui 
pro tempore fuerint, quatinus omnes census nobis per dictos judeos 

debitos aut gardas non récupèrent nec recuperare présumant , et 

omnes garde et census antique vel nove, usque ad presentem diem, 
sint casse, irrite et nullius roboris obtineant firmitatem prêter pre- 
sentem censum et subsidium, et specialiter garde castelli de Capriliis 
et aliorum quorumcunque ; et promittimus bona fide dictis judeis 
et eorum cuilibet quod, durante dicto termino dictorum decem an- 
norum, non petemus vel exigemus pro nobis vel nostris aliquid a 
dictis judeis, nec mutuabimus ab eisdem nec sustinebimus mutuare 
prêter quam censum et subsidium predictos. 

Item volumus quod omnia privilégia, instrumenta et littere eisdem 
Judeis olim concessa per inclite recordationis dominum Johannem 
dalpninum progenitorem nostrum et alias per nos ipsis Judeis 
confirmata et etiam per nos simul et singulariter remaneant in suo 
robore per totam terramnostram.... 

Item volumus et de speciali gratia concedimus prefatis Judeis quod 
omnia débita eorum solvantur eisdem juxta tenorem instrumento- 

rum et litterarum ipsorum, prout fuerit rationis, litteris per 

nos concessis aut concedendis non obstantibus ; et, si quod forsan 
concesserimus aut dederimus eisdem, revocamus et pro revocato 

habere volumus ac habemus ; si vero aliquas ordinationes nos 

facere contingeret, non intendimus ipsis judeis aliquid prejudicium 
generare, durante termino supradicto. 

(S'il arrive d'autres juifs enDauphiné pendant cet espace de temps, 
ils devront jouir des mêmes franchises, à condition de contribuer 
aux charges. 

Pour répartir le subside, ordre doit être donné par le bailli du 
Viennois et les officiers du bailliage de convoquer tous les juifs 

1 Chevrières, canton et arr. de Saint-Marcellin (Isère) . 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DU DAUPHINÉ 243 

à Moras, à un jour dit, pour y faire la déclaration de ce qu'ils possè- 
dent « sive sit in argento, possessionibus, debitis, garnimento, ex- 
cepta farina mota » entre les mains de deux juifs élus par chaque 
communauté. 

La réunion eut lieu et le juif Vivand de Grémieu et ses collègues 
délégués par les communautés juives fixèrent la part contributive 
de chaque juif du Viennois. Les communautés juives étaient Moras, 
Roybon, Saint-Nazaire, Laval, Peyrins, Montrigaud, Chatte, L'Albenc 
Tullins, Beaucroissant.) 

(Arch. de l'Isère, B, 2703.) 



III. Beauvoir-en-Royan, 4 5 mai 4 338. — Humbert II, dauphin de 
Viennois, comte de Vienne et d'Albon, duc de Ghampsaur et comte 
palatin, notifie aux auditeurs des comptes qu'à l'avenir c'est à lui- 
même que les Juifs devront remettre les 52 florins d'or qu'ils se 
sont engagés à lui payer chaque année trois jours avant la fête de 
Noël, pendant une période de dix ans : en conséquence, cet ar- 
ticle de recette ne figurera plus sur les comptes des Châtelains 
du Viennois. 

(Arch. de l'Isère, B, carton des Juifs.) 



IV. Crémieu ', 8 mars 1338. — Le dauphin Humbert II admet parmi les familiers 
de sa maison le juif David de Yères, habitant de Nyons, qui lui a rendu de signalés 



Humbertus dalphinus Viennensis, dux Gampisauri, Vienne cornes 
et Albonis ac Palatinus, notum facimus universis quod, attenta dis- 
cretione et astuta diligentia dilecti nostri fidelis judei Davidis de 
Yeres, habitatoris de Nihonis, qui nobis et in officiis nostris sibi 
commissis servivit, ut relatu comperimus fide digno, eundem Davi- 
dem in familiarem nostrum recepimus et domesticum servitorem, 
concedentes eum gaudere libertatibus, privilegiis et favoribus qui- 
bus ceteri nostri familiares domestici potiuntur ; mandantes et 
precipientes expresse omnibus et singulis familiaribus , bayllivis, 
judicibus, procuratoribus, castellanis et subditis quibuslibet terre 
nostre quatinus dictum Davidem familiarem nostrum protegant 
et défendant ab injuriis et offensis et eum potius tractent favoribus 
graciosis. 

Datum Crimiaci, die VIII a mensis marcii anno nativitatis Domini 
MCCCXXXVIII . Reddite litteras portitori. — Per dominum orethe- 
nus, H. P. 

{Arch. de l'Isère, B, 3218, f° 50 v°.) 



1 Grémieu, chef-lieu de canton de l'arr. de la Tour-du-Piû (Isère). Il y avait une 
importante communauté juive dans cette ville. 



244 REVUE DES ETUDES JUIVES 

V. Romans, 27 octobre 1346. — Henri de Villars, archevêque de 
Lyon, chargé du gouvernement du Dauphiné pendant l'absence du 
dauphin Humbert II, en ce moment à la croisade, prescrit au juge 
mage du Viennois et au châtelain de Saint-Nazaire l d'engager les 
Juifs et les Lombards à accorder un délai jusqu'à la récolte prochaine 
aux cultivateurs qui n'ont pu s'acquitter de leurs dettes à l'époque 
fixée; il leur ordonne de s'opposer pendant la même période à toute 
saisie de denrées et d'instruments aratoires. 



VI. Romans, 21 décembre 1346. — Lettres d'Henri de Villars aux 
baillis, juges, procureurs fiscaux, châtelains et à tous autres officiers 
des bailliages du Viennois, Graisivaudan, baronnies de Montauban et 
Meuillon, Gapençais, Terre de la Tour et Valbonne : il a appris que 
quelques officiers profitent de l'absence du Dauphin pour molester 
les Juifs; ces derniers lui ont adressé des plaintes ; en conséquence, il 
rappelle à tous ses subordonnés qu'ils doivent respecter les privilèges 
des Juifs, et leur mande qu'ils n'auront point à recouvrer cette année 
les pensions des Juifs, attendu qu'elles ont été comprises dans une 
transaction faite avec eux avant le carême. 

(Arch. de l'Isère, B, 3218, f° 50.) 

VIL Montbonnot, 7 avril 1349. — Frère Conoud, de l'ordre des 
frères Prêcheurs, déclare qu'au mois d'août 1 348, il s'est rendu avec 
Guillaume de Peyred, prieur de Montfleury *, au château de Mont- 
bonnot 3 , et qu'Etienne de Roux, châtelain du lieu, lui fit remise des 
biens confisqués sur les Juifs du mandement de Montfleury, qui se 
trouvaient dans une chambre supérieure de la tour du château : ces 
objets, qui consistaient en meubles, linge et instruments de cuisine, 
furent transportés dans la maison d'habitation du prieur de Mont- 
fleury. 

(Arch. de l'Isère, B, carton des Juifs.) 



VIII. Romans, 7 septembre 1349. — Le dauphin Charles prend sous sa sauve- 
garde les familles juives dont les noms suivent : Bien-li-viegne de Saint-Christophe 4 , 
Cagnone, veuve de Danude, Daviot de Moras 5 , couturier et Abraham de Vichy, 
tous habitants de Moras; Fleurie Fallium, de Peyrins B , et ses frères, Héliot, Manis- 
ser et Mosserius, fils de feu Maïr de Chartres, Bonette, veuve de Savorin, Rosette, 
fille de feu Manisser, de Chatte 7 , Jossonet et Lionet frères, de Grane 8 , héritiers 

1 Saint-Nazaire-en-Royan, canton du Bourg-du-Péage, arr. de Valence (Drôme). 

2 Montfleury était un couvent de dominicaines fondé, en 1342, par le dauphin 
Humbert IL II élait situé sur le territoire de la commune de Corenc, à peu de distance 
de Grenoble. 

3 Montbonnot, canton et arr. de Grenoble (Isère). 

4 Saint-Christophe et le Laris, canton du Grand-Serre, arr. de Valence (Drôme). 

5 Moras, canton du Grand-Serre, arr. de Valence (Drôme). 

6 Peirins, canton de Romans, arr. de Valence (Drôme). 

7 Chatte, canton de Saint-Marcellin (Isère). 

8 Grane, canton de Crest, arr. de Die (Drôme). 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DU DAUPHINE 245 

d'Isaac, de Chabeuil ', Jotzenet et Perret, de Gizia 2 , fils de feu Alaguin, de Tullins, 
Aquinet, de Moutiers 3 , Aquinet, du Pont *, Pora, veuve de Blondel, Agimet et 
Maniser, ses procureurs, tous habitants de Serre 5 ; Manisser, Draguignan et Ivette, 
veuve de feu Beneyton, Mosserius Cohel, Margalise, veuve du seigneur de Bour- 
goin 6 , Jotzonet, parcheminier, et Jacob, fils de feu Simon, de Saint-Sorlin 7 , Gava 
Bienvenue, veuve de Mosselot, Belletôna, Sineta Bonette et la fille de feu Manisser, 
de Chatte. Cette sauvegarde est accordée moyennant une pension annuelle de 3 flo- 
rins d'or, par chacune de ces onze familles juives. 

Karolus primogenitus primogeniti Francorum régis, dalphinus 
Viennensis, universis et siugulis présentes litteras visuris et audi- 
turis fieri volumus manifestum quod nos dilectos nostros dictum 
Bien li viegne de Sancto Xristoforo, Cagnonam relictam Danude, et 
Daviotum de Morasio coudurerium, Abraminum de Vichi, habita- 
tores Morasii, dictam Fluria Fallium, de Payrino, et fratres ejus 
Heliotum Maniser et Mosserium, filium quondam Maïr de Carnotis, 
Bonetam, relictam dicti Savore, Rosetam, filiam quondam Mamisserii 
de Chasta, Jossonetum et Lyonetum de Grana, fratres, heredes Ysac 
de Cabeolo, Jotzenetum et Peyretum de Gizia, filium quondam Ala- 
guini de Tullino, Aquinetum de Mosteriis, Aquinetum de Ponte, 
Poram, relictam Blondelli, Agimetum, et Maniser, ejus procuratores, 
habitatores de Serro, Manisserium Draguignani et Ivetam relictam 
quondam Beneytoni, Mosserium Cohel, Margalisiam, relictam domini 
de Burgondio, Jotzonetum, parchiminerium et Jacob filium quondam 
Symondi de Sancto Saturnino, Gayam Benevenutam, relictam Mos- 
seloti, Belletonam et Sinetam Bonetam et filiam quondam predicti 
Manisserii de Chasta, judeos et judeas faventes et foventes undecim 

hospicia una cum uxoribus, familiaribus, servitoribus, procura - 

toribus, equitaturis, rébus et bonis quibuscunque eorum et cujus- 
libet eorumdem, usque ad decem annos proxime venturos et immé- 
diate numerandos, in nostra salvagarda recipimus, protectione, gui- 
dagio pariter et conductu, sub garda et pensione annua trium flo- 
renorum auri pro quolibet dictorum XI hospiciorum,nobis danda per 
eosdem judeos et judeas et solvenda seu castellano nostro, pênes 
quem et in cujus castellania quilibet ipsorum suum tenet hospi- 
tium, qui nunc est et pro tempore fuer.it, nomine nostro et pro nobis, 
singulis annis, in festo nativitatis Beati Johannis Baptiste, durante 
decennio supradicto ; volentes et dictis judeis et judeabus testimonio 
presentium concedentes quod ipsi et quilibet ipsorum possint et 
valeant licite et impune morari, habitare, conversari, larem fovere et 

1 Chabeuil, chef-lieu de canton, arr. de Valence (Drôme). 

2 Gizia, canton de Beaufort, arr. de Lons-le-Saulnier (Jura). 

3 Moutiers. Les communes de ce nom sont si nombreuses qu'il serait imprudent 
d'essayer une identification. 

4 Pont ; sous le bénéfice de l'observation ci-dessus, il est permis de supposer qu il 
s'agit de Pont-en-Royan, chef-lieu de canton de l'arr. de Saint-Marcellin (Isère). 

5 Serre, chef- lieu de canton de l'arr. de Gap (Hautes- Alpes). 

6 Bourgoin, chef-lieu de canton de l'arr. de la Tour-du-Pin (Isère). 

7 Saint-Sorlin, canton et arr. de Vienne (Isère). 



246 REVUE DES ETUDES JUIVES 

habitationes suas tenere et habere ubicunque voluerint infra 

terram nostram, ubique per tempus predictum negotiarique vendere 
et emere ac aliter contrahere licite et honeste, nec non sua débita et 
crédita quecunque licita et honesta petere et recuperare, durante 
salvagarda ante dicta 

Datum Romanis, die VII a mensis septembris anno Domini 
M CCG° XL nono. Redd. litt. port. 

Per Gonsilium in quo erant Rev. in X° pater dom. Lugdunensis 
arcbiepiscopus, dom. de Villariis et domini Johannes Richerii, Guido 
de Leusa, Aymo de Ghissiaco et Rodulphus de Gapriliis, expeditum, 
J. N. 

(Arch. de l'Isère, B, 3018, f° 14, v°.) 



IX. Romans, 7 septembre 1349. — Le dauphin Charles prend sous sa sauvegarde , 
pour une période de dix ans, son bien amé le juif Salamine de Bisanczai, moyennant, 
un droit de garde annuel d'un marc d'argent fin payable au châtelain de Moras; il 
lui assure la liberté de vivre et de commercer dans toute l'étendue du Dauphiné et le 
dispense de tout péage. 

Karolus primogenitus primogeniti Francorum régis, Dalphinus 
Viennensis, universis et singulis présentes litteras visuris et audi- 
turis fieri volumus manifestum quod nos dilectum nostrum Salami- 
num de Bisanczai, judeum, exhibitorem presentium, una cum uxore, 
familia, servitoribus, procuratoribus, equitaturis, rébus et bonis suis 
quibuscunque, usque ad decem annos proxime et immédiate ventu- 
ros et numerandos, in nostra salvagarda recipimus, protectione, guida- 
gio et conductu, sub garda et pensione annua unius marcbe argenti 
fini nobis danda per eundem Salaminum et solvenda seu castellano 
nostro Morasii, qui nunc est, vel qui pro tempore fuerit, nomine nos- 
tro et pro nobis, singulis annis, in festo Beati Johannis Babtiste, 
durante decennio supradicto, volentes et dicto Salamino testimonio 
presentium concedentes quod ipse Salaminus possit et valeat licite 
et impune morari, conversari, habitare, larem fovereethabitationem 
suam et hospicium suum facere et tenere, ubicunque voluerit, infra 
terram nostram, ubicunque per tempus predictum, negotiarique 
vendere et emere ac aliter contrahere licite et honeste, nec non sua 
débita et crédita quecunque licita et honesta petere et recuperare, 
durante salvagarda antedicta ; volentes etiam et dicto Salamino pa- 
riter concedentes quod ipse Salaminus et ejus nuncii cum equitatu- 
ris suis, eundo, redeundo et transeundo per terram nostram, ubique 
quicti sint et liberi, durante dicto tempore, ab omni pedagio perso- 
nali... 

Datum Romanis die VIF mensis septembris anno Dom. M CCC e 
XL nono... 

(Arch. de l'Isère, B, 3018, fol. xn, v°.) 



X. Pisançon, 18 août 1350. — Le dauphin Charles donne pleins 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DU DAUPHINE 247 

pouvoirs à Bertrand du Clos et Pierre de Servenc, commissaires dé- 
légués à la recherche des biens confisqués sur les Juifs des baron- 
nies de Montauban et Meuillon, pour connaître de tous crimes ou 
délits commis à l'occasion de ces biens, par quelque personne que ce 
soit, absoudre, condamner, transiger et généralement faire tout ce 
qui leur semblera nécessaire. 

(Arch. de l'Isère, B, carton des Juifs.) 



XI. Romans, 23 mars 1360. — Lettres de Didier, coseigneur de 
Sassenage \ lieutenant de Guillaume de Vergy, gouverneur du Dau- 
phiné, aux bailli et juge des baronnies de Montauban et Meuillon : il 
leur ordonne de remettre aux représentants de la communauté de la 
Roche-sur-Buis 2 , les titres constitutifs d'une créance de 360 florins 
d'or que les Juifs avaient sur eux, attendu qu'ils ont versé cette 
somme entre les mains de Pierre de Servenc, commissaire délégué 
au recouvrement des biens et créances des Juifs, de Raynaud Rey- 
mond, juge des Baronnies et de Jourdan Rolland, châtelain du Buis. 

(Arch. de l'Isère, B, carton des Juifs.) 



XII. Avignon, 18 novembre 1364. — Raoul de Loupy, gouverneur du Dauphiné, 
commet Raymond de la Fare pour assister le juif Abraham Cassin, de Mornas 3 , 
chargé du recouvrement des créances confisquées sur les Juifs du comté de Gap et 
des baronnies de Montauban et Meuillon : il rappelle que le 22 décembre 1359, feu 
le gouverneur Guillaume de Vergy, seigneur de Mirabel, avait chargé le juif Abra- 
ham Cassin, de centraliser à Nyons les titres et registres des Juifs desdits comtés, et 
de les traduire en langue vulgaire ou latine, lui accordant pour ses honoraires la 
sixième partie des sommes recouvrées ; Raoul de Loupy lui confirme cette allo- 
cation. 

Radulfus dom. de Loupeyo, gubernator Dalphinatus, notum série 
presentium fieri volumus universis quod, cum dudum, videlicet in 
anno Domini MCGCLIX et die XXII a mensis decembris, dom. Guil- 
lelmus de Vergeyo, dom. Mirabelli, bone memorie, predecessor noster, 
cum Abraam Gassini, judeo, habitatore Mornassii, pacta, dalphinali 
nomine, inierit infrascripta, videlicet quod dictus Abraam de trans- 
ferendo apud Nyhonas et loca alia oportuna papirus et registra judeo- 
rum et judearum, que condam habitaverunt et residentiam fecerunt 
in comitatu Vapincensi et Baroniis Medullionis et Montisalbani, 
eorum débita et crédita visilaret et perquireret, nomina debitorum 
et creditorum, summas, litteras, et instrumenta inde facta et nota- 
riorum, qui inde litteras et instrumenta receperunt, et ea in lin- 
gua materna intelligibili vel latina reddere deberet locumtenenti 
predicto seu thesaurario dalphinali, et quod eidem Judeo certus et 
fidelis notarius deputaretur et traderetur, expensis dalphinalibus, 

1 Sassenage, chef-lieu de canton de Farr. de Grenoble (Isère). 

2 La Roche-sur-le-Buis, canton du Buis, arr.de Nyons (Drôme). 

3 Mornas, canton de Bollène, air. d'OraDge (Vaucluse). 



248 REVUE DES ETUDES JUIVES 

pro predictis in scriptis verassiter redigendis ; ceterum quod dictus 
judeus procurare teneretur exactionem et récupéra tionem dictorum 
debitorum et uomina predictorum revelare bona fide teneretur, ulte- 
rius quod dictus judeus sextam partem omnium debitorum que re- 
cuperarentur et exigerentur de debitis predictis deberet percipere et 
habere pro sui diligentia et labore, rursus que dictus Abraam cum 
exactoribus dictorum debitorum semper adesse deberet ad revelan- 
dum debitores, eorum heredes et summas debitorum, que quidem 
débita judeorum predictorum, dicto domino nostro jam dudum fue- 
runt avocata et fici certis ex causis errario confiscata, prout hec in 
publico contineri vidimus instrument) ; nos volentes et cupientes, 
sicut decet, quod predicta deducantur penitus ad efïectum, et jura 
dalphinalia super hec conserventur, ne pertransire, conniventibus 
oculis, videantur, de fidelitate et solerti diligentia dilecti nostri Ray- 
mundi de Fara et dicti Abraam, judei, fidem indubiam obtinentes, 
dictos Raymundum et Abraam seu Abramonum, dalphinali nomine, 
procuratores générales et spéciales ac certos commissarios in judi- 
catura Baroniarum Medullii et Montisalbani, et locis dicte judicature 
médiate vel immédiate subjectis deputamus et ordinamus et eorum 
quemlibet in solidum, ad petendum, perquirendum et indagandum, 
nomine dicti domini nostri et pro eo, omnia et singula débita et cré- 
dita predicta, et omnia et singula bona. utencilia, garnimenta,teodia 
et alia in judicatura predicta, que condam fuerunt dictorum judeo- 
rum et judearum et cujuslibet eorumdem, pênes quoscunque débita 
et pênes quoscunque, quocunque et ubicunque existentes et existen- 
tia et per quoscunque detenta et contracta a iquibuscunque personis 
et quorumcunque heredibus, successoribus et bona tenentibus, et su- 
per hoc agendum, petitiones i'aciendum et tradendum et detentores 
ac debitores hujusmodi quoscunque realiter et personaliter, prout 
casus exegerit, et tanquam pro juribus fiscalibus, compellendum et 
compelli faciendum ; insuper dictum Raymundum solum et in soli- 
dum procuratorem et commissarium specialem, actorem supra ordi- 
namus et deputamus ad exigendum, recuperandum, habendum, 
recipiendum bona débita et crédita predicta a quibuscunque perso- 
nis, et de receptis seu recipiendis et habendis exinde litteras et ins- 
trumenta, confessiones et quictationes solutionis et remissionis dan- 
dum et concedendum, et ad omnia universa et singula alia faciendum 
et promovendum, que premissorum natura desiderat et exposcit, et 
que ad ea et circa ea, oportuna, necessaria et utilia videbuntur. Super 
quibus omnibus et singulis supradictis, dependentibus et emer- 
gentibus ex eisdem, dictis prenominatis commissariis damus et con- 
cedimus omnimodam potestatem et spéciale mandatum, et ea bona fide 
promittimus servare, quantum in nobis est et in futurum poterit in- 
teresse ; volentes et dicto Abraam seu Abramono concedentes quod 
ipse sextam partem, ut supra, omnium et siugulorum habendorum 
et recuperandorum de et super debitis et bonis predictis, mediante 
sui diligentia et labore, habeat et habere debeat, prout quemadmo- 






NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DU< DAUPHINE 249 

dum per dictum predecessorem nostrum dictum extitit et concessum 
et in instrumente» continetur, de quo mentio superius prehabetur ; 
mandantes et precipientes testimonio presentium universis et singu- 
lis capitaneis, judicibus, castellanis et ceteris justiciariis et officiariis 
dalphinalibus modernis pariter et futuris, qui super iis fuerint re- 
quisiti, vel eorum locum tenentibus, quatinus dictis commissariis in 
predictis et circa predicta pareant efficaciter et intendant, et omnes 
et singulos debitores et eorum heredes, bona tenentes et obligationes 
quascunque et bona predicta dictorum judeorum quondam mobilia 
vel immobilia detinentes, compellant et compelli faciant cum efïectu 
ad solutionem dictorum debitorum et restitutionem dictorum bono- 
rum integraliter faciendam eidem Raymundo, commissario antedicto, 
absque alterius expectatione mandati, et quod ita in premissis se ha- 
beant quod jura Dalphinalia non pereant, sed potius ad proprietatem 
ipsius revertantur, expensas autem necessarias, utiles et oportunas, 
quas per dictos commissarios in predictis et circa ea et pro ipsis ex- 
sequendis, si contingent, per eosdem commissarios de et super dictis 
debitis exigendis, pênes eos... volumus et mandamus, et eas in 
ipsorum computis inde reddendis fideliter alloquari ; dicti vero com- 
missarii se et sua bona quecunque pênes nos, dalphinali nomine, 
obligant et ypothecant, quod ipsi quecunque ex predictis bonis et 
debitis habebunt, exigent et recuperabunt quomodolibet, Thesaura- 
rio Dalphinali plene et intègre restituant et de ipsis fidelem reddant 
et restituant rationem, quandocunque inde fuerint requisiti. 

Datum Avinione, die XVIII a mensis novembris anno Domini mille- 
simo CGC» LXIII . 

Per dom. gubernatorem, présente Johanne de Ponte, thesaurario 
Delphinatus, expedita. 

(Arch. de l'Isère, B, carton des Juifs.) 



XIII. Grenoble, 5 mai 1365. — Le gouverneur du Dauphiné, Raoul de Loupy, ac- 
corde une gratification de 64 florins d'or au juif Abraham Cassin, chargé de recouvrer 
les créances provenant des biens confisqués sur les Juifs du Gapençais et des Baronnies, 
pour l'indemniser des frais faits par lui dans l'accomplissement de sa mission. Dans 
son rapport au gouverneur, Abraham Cassin expose qu'il a traité avec un certain 
nombre de débiteurs et qu'il reviendra de ce chef au trésor delphmal une somme de 
550 florins ; il a de plus retrouvé entre les mains de gens qui se les étaient appropriés 
des titres de créances montant à 3000 florins. 

Radulphus dom. de Louppeyo, gubernator Dalphinatus, notum 
facimus universis quod cum Abramonus Cassini, judeus, per nos, 
dalphinali nomine, deputatus fuerit una cum certis aliis collegis 
suis ad perquirendum, examinandum et indegandum débita seu 
crédita judeorum et judearum dudum degentium in comitatu 
Vapincensi et Baroniis Medullii et Montisalbani, dalphinali errario 
confiscata et avocata, dictusque judeus, sicut nobis exposuit, jam 
super predictis laboraverit magno tempore et plures expensas 
subierit pro predictis, et compositiones fecerit usque ad summam 



250 REVUE DES ETUDES JUIVES 

quingentorum et quinquaginta florenorum domino nostro solven- 
dorum, ut asserit contineri in publicis instrumentis, inveneritque 
de instrumentis obligatoriis dictorum debitorum in manibus gen- 
tium, ut dicit, quibus non pertinebant, usque ad summam trium 
milium florenorum, et pro predictis procurandis expenderit, ut 
nobis in fide sua juravit, sexaginta florenos auri et quatuor florenos 
plus, hinc est quod eidem judeo auctoritatem prestamus dictam 
summam sexaginta quatuor florenorum auri habendi et sibi reti- 
nendi, de premissa pecunia que recuperabitur de predictis, preci- 
pientes universis et singulis offlcialibus et justiciariis dalphinalibus 
quatinus nullum eidem judeo impedimentum prestare debeant in 
predictis. 

Datum Gracionopoli, die V a mensis maii anno Domini M CGC 
LX quinto. 

Per dom. Gubernatorem in consilio quo erant D D. Vapincencis 
ep., A. Bellimontis, Amedeus de Mota^ Humbertus Pilati et Raymun- 
dus Raymundi, expeditum. 

(Arch. de l'Isère, B, carton des Juifs.) 



XIV. Le Buis, 24 août 1365. — Quittance délivrée par Abraham Cassin à Ber- 
trand Odon de Plaisians, d'une somme de 40 florins d'or à compte sur les 80 florius 
qu'il devait aux Juifs dont les biens avaient été confisqués par le dauphin. 

In Xristi nomine amen. Anno Incarnationis ejusdem millesimo 
CGC LXV° et die XXIV a mensis augusti, noverint universi et sin- 
guli présentes pariter et futuri per seriem et ordinationem hujus 
presentis veri et publici instrumenti quod cum Bertrandus Odonis 
de Plaziano teneretur et esset efficaciter obligatus una cum Mar- 
garita, uxore sua, dom. nostro Vianensi Dalphino seu Abramono 
Cassini, judeo, commissario dicti dom. nostri Dalphini pro debitis 
judeorum etjudearum deflunctorum et deffunctarum, quorum bona 
dicto domino nostra confiscata fuerunt, perquirendis et, ut ipse 
Judeus asserebat, recuperandis, in parte videlicet in quater viginti 
florenorum auri boni, fini et legalis ponderis dom. nostri dalphini 
Vianensis, ut de predictis constat nota recepta manu mei notarii 
publici infrascripti, de quibus quater viginti idem Bertrandus sol- 
vere debebat hodierna dia quadraginta florena auri, hinc est quod 
in presentia nobilis Pontii Bergondionis, procuratoris dalphinalis, et 
mei notarii et testium subscriptorum, dictus Abraam Cassini, judeus 
et commissarius, ut asserebat, confessus fuit habuisse et récépissé 
a predicto Bertrando Odonis présente, solvente, suo nomine proprio 
et suorum heredum et successorum, quadraginta florena auri. 

Acta sunt hec Buxi in hospicio heredum Roberti Roberti in 
aula, presentibus Nicholao de Luca, monetario, Johanne Arnaudini 
alias Maudin, de Buxo, testibus ad premissa vocatis specialiter et 
rogatis. . . 

(Arch. de l'Isère, B, carton des Juifs.) 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DU DAUPHINE 251 

XV. Grenoble, 4 9 février 1367. — Adam Chanteprime, trésorier- 
général du Dauphiné, délivre quittance à Bertrand Odon de Plai- 
sians 4 , habitant du Buis, d'une somme de 20 florins d'or à compte 
sur la somme de 80 florins à laquelle a été fixée sa dette par une 
transaction intervenue entre lui et le procureur fiscal des Baronnies 
et le Juif Abraham Cassin, commissaires délégués au recouvrement 
des créances des Juifs. 

(Arch. de l'Isère, B, carton des Juifs.) 



XVI. Saint-Symphorien d'Ozon 9 , 18 mai 1370. — Lettres de sauvegarde accor- 
dées par Jacques de Vienne, seigneur de Longwy, gouverneur du Dauphiné, à 
M e Moïse de Peirins, chirurgien juif ; il lui donne le droit d'exercer librement son 
art dans tout le Dauphiné, où l'on a tous les jours à déplorer le nombre trop restreint 
des médecins ; Moïse de Peirins jouira des mêmes privilèges que les Juifs de Saint- 
Symphorien-d'Ozon et ceux de France. 

Jacobus de Vianna, dominus de Longvico, gubernator Dalphinatus, 
notum série presentium fieri volumus universis quod nos, attentis 
scientia, moribus et sufficientia magistri Mosse de Payrino, judei, 
phisici, et surgici, quibus apud nos laudabili testimonio commen- 
datur, attendentes utique quod pauci sunt qui résident presentialiter 
in patria Dalphinali experti in artibus predictis, unde multi dampna 
personarum et lesiones multimodas cotidie patiuntur, dictum 
magistrum Mosse, cum uxore, liberis, servitoribus, familiaribus, 
rébus et bonis ejusdem quibuscunque, in salvagardia dalphinali, 
quandiu in patria Dalphinatus protrahet mansionem et residentiam 
personalem, recipimus,protectione. guidagio pariter et conductu, pro 
uno floreno auri annuo dando et solvendo per eundem, nomine garde 

et census,.... et pro duobus florenis pro introgiis ; dantes et con- 

cedentes testimonio presentium dicto Judeo auctoritatem plenariam 
et licentiam specialem per terram dalphinalem ubique eundi, com- 
morandi, standi, redeundi, mercandi et negotiandi, ubibet licite 
et honeste, et ei liceat habitationem suam eligere et facere in quo- 
cunque loco et quacunque villa, quibus voluerit, in Dalphinatu; 
volentes et dicto Judeo, dalphinali nomine, ulterius concedentes 
quod ipse ejusque uxor, familiares et servitores consi miles liber- 
tates, immunitates, franchesias et similia privilégia habeant qualis 
et qualia habent et habere consueverunt ceteri apud Sanctum Sym- 
phorianum de Auzone degentes et etiam habeant in Dalphinatu talia 
qualia rex dominus noster concessit et dédit Judeis et Judeabus in 
regno Francie degentibus, et eisdem potiantur, fruantur et gaudeant 



1 Plaisians, canton du Buis, arr. de Nyons (Drôme). 

8 Saint-Symphorien-d'Ozon, chef-lieu de canton de l'arr. de Vienne (Isère). Il y 
avait dans cette ville une très importante colonie juive. Voyez l'intéressante charte 
de franchises qui lui fut accordée, ie 6 août 1355, par le dauphin Charles, dans notre 
Etude sur les Juifs en Dauphiné, aux xiv e et xv e siècles, p. 90. 



252 REVUE DES ETUDES JUIVES 

quemadmodum dicti ceteri Judei eisdem potiuntur et soliti sunt 
potiri... 

Datum in Sancto Symphoriano de Auczone, die XVIII a mensis ma- 
dii, anno Domini millesimo CCCLXX». Reddite litteras exhibenti. 

(Arch. de l'Isère, B, 3233, f° 70, v°.) 



XVII. Grenoble, 12 février 1389. 
phiné, donne commission à Pierre Chantarel, secrétaire delphinaî, de se rendre à Cha- 
beuil et Moirans l pour y faire des perquisitions dans les maisons des Juifs et saisir 
tous les actes, contrats et titres de créances, qui devront être transportés à Grenoble; 
en outre il fera faire des extraits des protocoles de notaires qui contiendraient des 
actes consentis par les Juifs. En exécution de ces lettres, Pierre Chantarel se rend 
de suite à Chabeuil et fouille avec soin les maisons des Juifs Daviot, de Chambéry, 
Bienvenu Lévi, et Mosset Jacob ; il se fait ensuite présenter les protocoles des no- 
taires et y prend note de tous les actes intéressant les Jaifs. 

In nomine Domini amen. Anno nativitatis ejusdem Domini mille- 
simo GCG° octogesimo nono die XII a mensis febr. apud Gracionopo- 
lim, ego, Petrus Chantarelli, circa meridiem, recepi reverenter lic- 
teras commissionis michi facte, quarum ténor talis est : 

Enguerrandus de Eudino, cambellanus et consiliarius regius, gu- 
bernator Dalphinatus, dilecto nostro Petro Chantarelli, secretario 
dalphinali, salutem. Certis nos moventibus causis, vobis commic- 
timus et mandamus quatinus apud Gabeolum et Moyrencum confes- 
tim vos personaliter transferentes, ibidem hospicia habitationum 
quorumcunque Judeoram et Judearum habitantium in dictis locis 
perquirendo visitetis et, in dictis hospiciis, omnes archas et omnia 
loca, in quibus instrumenta, lictere et scripture quorumcunque 
Judeorum custodiri et reperiri possunt, apperiatis dictasque archas 
et instrumenta débita quecunque continentia, que dictis Judeis et 
Judeabus debentur, et quevis alia documenta accipiatis, et in tuto 
loco ponatis, illaque nobis apud Grationopolim apportetis, si vobis 
expediens videatur ; et quia nonnulli notarii super debitis pecu- 
niariis et rerum aliarum dictorum judeorum instrumenta plurima 
et licteras auctenticas récépissé dicuntur, dictorum notariorum et 
eorum cujuslibet prothocolla vobis faciatis exiberi, et illa accipiatis, 
et nobis, si vobis videatur, apportetis, vel in tuto reponatis sigillata; 
nec minus proclamari faciatis publice in dictis locis et sub certa 
pena quod quicunque, qui aliquid receperit de predictis seu in 
custodiam haberet aliqua instrumenta dictorum judeorum, fideliter 
vobis pandat et revelet ; insuper, notariis publicis, sub pena priva- 
tionis ab ofricio ; et de preconizatione hujusmodi fieri faciatis publi- 
cum instrumentum ; et quia omnes Judei in locis predictis degentes 
adjornati fuerunt, sub certa pena, coram nobis personaliter compa- 
rituri, nec omnes comparuerunt, vobis comictimus quatinus de 
excusationibus illorum qui non comparuerunt, si quas habeant, 

1 Moirans, canton de Rives, arr. de Saint-Marcellin (Isère). 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DU DAUPHINÉ 253 

vos informetis et super hoc nobis relationem veridicam faciatis. 

Datum Gratianopoli, die XII a febroarii anno nativitatis Domini 
millesimo CGC ortogesimo nono. 

Et est sciendum quod, die XIV a dicti mensis febroarii, ego dom. 
commissarius, apud Gabeolum circa horam tertie applicui, et in 
exequtionem contentorum in dicta commissione, incontinenti ac- 
cessi ad domos Danieti de Ghamberiaco, Benevenuti Levi et Mosseti 
Jacob, judeorum, cum ibidem alia hospitia judeorum non reperian- 
tur de presenti, dictasque domos dictorum judeorum diligenter 
perquisivi, archasque et alia loca domorum ipsorum, omniaque 
instrumenta, licteras et scripturas, quas in dictis domibus et archis 
reperire potui, eepi invenique instrumenta et litteras que inferius 
designantur et declarantur. 

Etiam mihi feci exhiberi notas et prothocolla notariorum in dicto 
loco Gabeoli degentium, invenique in dictis protocoles notas que 
inferius circa finem presentis quaterni designantur. 

Et fuerunt mecum présentes in visitatione hospitiorum dictorum 
judeorum, Johannes Falavelli, locumtenens castellani Gabeoli, 
Petrus Falavelli, notarius curie dicti loci et certi alii. 

(Archives de l'Isère, B, carton des Juifs.) 



XVIII. Chabeuil, 14 février 1389. — Inventaire des actes trouvés par le secrétaire 
delphinal Pierre Ghantarel, dans les maisons des Juifs de Chabeuil, de Moirans et de 
Vienne. 

Sequuntur instrumenta reperta in domo Danieti de Chamberiaco, judei. 

Et primo instrumentum confessionis debiti facte per Arthaudum 
Bonelli, de Turnone, de V franchis, Jozoni, judeo, habitatori Lugduni, 
sub anno MCGGLXXIX, die quarta décima novembris, receptum per 
Guillelmum Rascacii. 

Item, instr. conf. debiti facte per Johannem Girardi, furnerium 
furni herbarie Valent. Josep de S.-Symphoriano, habitatori Valentie, 
de octo florenis auri sub anno MCGGLXXIX die XXIV mensis 
aprilis. 

Item instr. confessionis facte Davioto, judeo, per Johannetam 
relictam Francisci Burgondionis, alias Malagola, de Valent, de IV 
florenis auri, sub anno MGGGLXXXVIII die I mensis junii, recep- 
tum per Johannem Blayni. 

Item instr. conf. Goneti Fabri de Porta, Valentinensis, et Monete, 
ejus uxoris, facte Francesie, uxori Danieti de Ghamberiaco, judei, 
habitatoris Gabeoli, de XXIII florenis, sub anno MCGGLXXXV die 
IV decembris, receptum per Falconem Roberti, de Cabeolo. 

Item instr. confessionis facte Sansono de Yenna, judeo, habit. Ca- 
beoli, de summa LIV floren. auri per Monetum de Bernio de Valent, 
et Johannetam Rebellitam, ejus uxorem, sub anno MGGGLXXXIV 
et die XXV julii, recept. per Petrum Falavelli notarium 



254 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Autre au même Sansori de Yenne, de 18 florins. 

Autre au même, de 4 4 florins d'or. 

Autre au même de 9 francs d'or par Jean Marcel, dit Silvestre, 
boucher de Valence, 4 3 février 4 379. 

Autre au même par le même de 3 francs d'or, 4 5 août 1380. 

Autre au même par Martin Gars « fabrum de Monte Veneris », etc., 
44 mars 1384. 

Dans la maison du Juif Bienvenu Levi on trouva 52 reconnais- 
sances souscrites au profit des Juifs dont les noms suivent : Aqui- 
netus de Orcello, Daviotus de Chamberiaco, Sanson de Yenna, Du- 
randus de Surgeriis, Mossetus Jacop. 

A Moirans on trouva des obligations souscrites aux noms de : 
Mossetus Aron, Mancipa de Surgeriis, Jacob Meymonis, David 
Isaac. 

A la même date, des perquisitions de même nature faites à Vienne 
amenèrent la découverte d'actes souscrits aux noms des Juifs sui- 
vants : Heliot Cohen, Josse Cohen, Rose, femme de Josse Jozap, 
Jonap Josep, Josse de Saint-Symphorien, Mosse, Solynca, femme de 
Josse de Saint-Symphorien, Jacolet Cohen. 

(Arch. de l'Isère, B, carton des Juifs.) 



XIX. 1390. — Extrait du compte présenté par Jean de Brabant, trésorier géné- 
ral du Dauphiné, à la Chambre des comptes de Grenoble, constatant le paiement par 
les Juifs de la province d'un subside de 10,000 francs, imposé par lettres patentes du 
roi Charles VI, en date du 29 décembre 1388. 

Compte de Jehan de Brabant, 1390. 

Autre recepte d'un don ou subside de 1 0,000 frans, fait et octroyé par 
les Juifs demorans et habitans ou Dalphiné au Roy Dalphin, nostre 
seigneur, le 7° jour de may 4 389 à paier a 2 termes par moitié : c'est 
assavoir à la Saint-Jean enssuivant 4 389, et à la Toussains prouchaine 
après enssuivant. 

Reçu par les mains de Raby Samuel, maistre de la loi, desdits 
Juifs", 2,365 fr. 1/4. 

— De Daviot de Chabueil, 480 fr. 

— Joseph de Vienne, juif de Saint-Symphorien, 4 00 fr. 

— Raby Samuel, 1,064 fr. 3/4. 

— — 1,000 fr. 

— Moïse Aaron et Sanson de Yene, de Grenoble, 200 fr. 

— — — — 150 fr. 

— Bon Juif Ysaac, 100 fr. 

— Benoît de Cologne, juif de Crémieu, 40 fr. 

— Croissant, de Crémieu, 480 fr. 

— Maly et Simonin de Crémieu, 70 fr. 

— Daviot de Chabueil, 4 41 fr. 

— Jacolet Cohen, de Saint-Symphorien, 51 fr. 






NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DU DAUPHINÉ 255 

— Jonas Joseph, de Vienne, 200 fr. 

— Joseph de Vienne, et Deot de Salins, juifs de Saint-Sympho- 
rien, 600 fr. 

— Josse de Gonches, de Saint-Symphorien, 600 fr. 

— Josse Cohen de Vienne, 400 fr. 

— Croissant, le Juif de Crémieu, 120 fr. 

— Les Juifs de Crémieu, 30 fr. 

— Josse Cohen de Vienne, Josse de Conches, Joseph de Vienne et 
les autres de Saint-Symphorien, 140 fr. 

— Mosse Aaron et Sanson de Yenne, juifs de Grenoble, 30 fr. 

(Arch. de l'Isère. Comptes des Trésoriers généraux, 1390.) 



XX. Grenoble, 5 octobre 1395. Paris, 25 février 1395, 1396, nouv. style. — Le 
gouverneur du Daupbiné, Jacques de Montmaur, sur les plaintes qui lui sont 
adressées que les Juifs abusent de l'ignorance de certains notaires pour leur faire 
déguiser des contrats usuraires sous les apparences d'actes licites, décide qu'a 
l'avenir François Nicolet, secrétaire delphinal, aura seul le droit de recevoir les actes 
des Juifs : toutefois il pourra déléguer ses pouvoirs à quelques notaires approuvés 
par lui. Tout notaire, qui contreviendrait à cette ordonnance, serait passible d'une 
amende de 50 marcs d'argent fin, pour cbaque acte qu'il aurait rédigé pour les Juifs, 
sans l'autorisation de François Nicolet. — Le roi Charles VI confirme l'ordonnance 
du gouverneur. 

Karolus, Dei gratia Francorum rex, dalphinus Viennensis, uni- 
versis présentes litteras inspecturis salutem. Notum facimus nos 
vidisse litteras dilecti et fidelis consiliarii et cambellani nostri Jacobi 
de Montemauro, militis, gubernatoris nostri Dalphinatus, formam 
que sequitur continentes : 

Jacobus de Montemauro, cambellanus et consiliarius regius, 
gubernator Dalphinatus, locum tenens illustris principis domini 
nostri Dalphini, vicarii imperialis, notum série presentium fieri 
volumus universis, ad nostrum. nuper auditum pervenisse non- 
nullorum fide dignorum relatu quod ad falsam sugestionem plurimo- 
rum Judeorum et Judearum, in Dalphinatu habitantium, usurarum 
voraginem exercentium, plures simulati conficiuntur contraclus usu- 
ram dampnatam sentientes, quos per ignaros quamplures notarios 
recipere faciunt et procurant ydoneos approbantes et magis ydoneos 
reprobantes, ut eorum nefanda nequitia suum plenius ad ipsorum 
libitum sortiatur effectum, et ut bona dalphinalium subjectorum 
plurimorum etiam infinitorum per usurarum ipsarum pravitatem 
possint ab eis subtilius extorquere, circa que dicta judaica natio in 
tantum jamdiu processit quod quamplures subjecti dalphinales pre- 
dicti, fere indebite exheredati, census et alia tribu ta prestari solita 
Dalphinali excellentie solvere nequirent, nec alias rei publiée sub- 
venire, ob quam causam quam plurimi patriam deseruerunt dalphi- 
nalem, et alii pro victu querendo hostiatim exules facti sunt a Dal- 
phinali patria antedicta. 

Nos itaque circa commodum et honorem dicti dom. nostri, 



256 REVUE DES ETUDES JUIVES 

gubernationem rei publiée, et populi regimen, prout etiam nostro 
incombit officio, cura vigili propensantes et indempnitati dictorum 
dalphinalium subjectorum providere ac fraudulenti malitie dictorum 
Judeorum obviare, sicut convenit, cupientes, de fidelitate scientia et 
probitate dilecti nostri Francisci Nicoleti, dalphinalis secretarii, 
publici auctoritate imperiali notarii, fidem indubiam obtinentes, 
eidem Francisco et deputandis notariis publicis sufficientibus et 
ydoneis et per nos approbandis ab eodem, receptionem omnium 
et singulorum contractuum et instrumentorum factum Judeorum 
et Judearum omnium et singulorum in Dalph. nostro degentium et 
etiam deinceps ubicunque in Dalph. commoraturorum,quomodolibet 
tangentium et respicientium, vice etnomine Dalphinali, commictim- 
mus per présentes; inhibentes propterea universis et singulis Judeis 
prefatis et Judeabus dictam Dalphinalem patriam habitantibus et 
habitaturis et eorum cuilibet, sub pena corporis et averis, ceterisque 
Dalphinalibus subditis quibuslibet cum dictis Judeis et Judeabus 
vel aliquo ex eis amodo in antea contrahere volentibus, quavis occa- 
sione vel causa, sub pena quinquaginta marcharum argenti fini per 
quemlibet secus facientem et tociens quociens secus fecerit commic- 
tenda, ne deinceps ad alium notarium publicum seu auctenticam 
personam vel ad alios quam ad dictum Franciscum, seu substitutum 
vel substituendum,substitutos vel deputatos ab eodem Francisco, pro 
dictis notis, contractibus, instrumentis seu litteris auctenticis reci- 
piendis recurrere seu recurrendum habere audeat quomodolibet vel 
présumât ; omnibus etiam notariis publicis arte seu officio notaria- 
tus ubicunque in Dalphinatu quavis auctoritate fungentibus, sub 
pena privationis ab officio notariatus predicto, ne aliquos contractus, 
instrumenta seu litteras auctenticas amodo in antea recipere, notare 
aut alias de ipsis se intromittere, nisi a dicto Francisco licentiam 
super hoc haberet et principaliter ad hoc esset ab eo deputatus et 
per nos approbatus, quas penas ex nunc prout ex tune, si secus 
fieret, tenore presentium declaramûs. 

Datum Grationopoli, die quinta mensis octobris anno Domini 
MCGG nonagesimo quinto. 

Quas quidem litteras supseriptas ratas et gratas habentes, ipsas et 
contenta in ipsis laudamus, approbamus et ratifficamus et, de gratia 
speciali, tenore presentium confirmamus. In cujus rei testimonium 
nostrum presentibus litteris jussimus apponi sigillum. 

Datum Parisius, die XXV a febroarii anno Domini MCCC nonage- 
simo quinto et regni nostri XVI . 

(Arch. de Plsère, B, carton des Juifs.) 



XXI. Grenoble, 49 mai 1396. — Procès criminel devant le Conseil Delphinal contre 
Sanson, de Jérusalem, Grescent, de Voiron 1 J fils de Sanson, de Yenne, et Perret 
Lévi, fils de Déothé Lévi : ces trois jeunes gens étaient accusés d'avoir, le jeudi 

1 Voiron, chef-lieu de canton de l'arr. de Grenoble (Isère) 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DU DAUPHINE 257 

saint, 30 mars de cette même année, commis le crime de séquestration contre un 
chrétien, le nommé Antoine Escoffier, couturier de Saint-Symphorien-d'Ozon, qui 
venait leur rapporter des vêtements qu'ils lui avaient donné à réparer, et proféré des 
railleries et des outrages contre la personne du Christ. Leurs parents, Sanson de 
Yenne, habitant de Voiron, et Déothé Lévi, de Saint-Symphorien, implorent l'indul- 
geuce du Conseil et offrent de payer une amende considérable. Le Conseil Delphinal 
les condamne à verser au fisc une somme de 200 francs d'or. 

Jacobus de Montemauro, cambellanus et consiliarius regius, gu- 
bernator Dalphinatus, notum facimus universis, nostrarum presen- 
tium testimonio lilterarum, quod, constitutis personaliter et existen- 
tibus in nostra presentia, nobis assistentibus honorabilibus viris 
dominis Johanne de Draco, consiliario regio, Johanne Serpe, Guillelmo 
Gelinon, Jacobo de Sancto-Germano, procuratore generali et advocato 
fiscali, Johanne de Villuis, receptore generali et Audrico Garini, 
computorum auditore, consiliariis dalphinalibus, videlicet Sansone 
de Yenna, habitatore Voyronis et Deotho Levi, habitatore Sancti- 
Symphoriani, judeis, pro et nomine Sansonis de Jérusalem, Crescen- 
tis de Voyrone, filii dicti Sansonis de Yenna et Pereti Levi filii dicti 
Deothi Levi, etiam judeorum, delatorum de et super nonnullis crimi- 
nibus et delictis seu oflènsis contentis in quibusdam titulis et pro- 
cessu inquisitionalibus in curia majori dalphinali Viennesii et Terre 
Turris factis et formatis, sub anno Domini MGCG nonagesimo sexto, 
et die quinta mensis aprilis; quorum titulorum inquisitionalium té- 
nor sequitur et est talis : 

In primis quod die jovis sancta proxime lapsa, que fuit penultima 
mensis marcii, Anthonius Escolïerii codurerius, famulus Vincentii 
Guichardeti, codurerii, de Sancto Symphoriano, de mandato dicti sui 
magistri venit ad domum habita tionis dictorum judeorum delatorum, 
in qua portavit duos gipponos, in quibus posuerat duo paria man- 
giarum, in quadam caméra dicte domus,in quainvenit dictos Greys- 
sentem et Peyretum judeos ; Item quod existens in dicta caméra, 
ibidem supervenit dictus Sansonus, qui dictam cameram intravit cum 
aliis duobus judeis, et existens infra dictam cameram, eamdem ca- 
meram cum verte clausit firmiter, ipso Anthonio cum dictis tribus 
judeis solo rémanente ; Item quod dicti très judei delati eorum 
auctoritatibus propriis et ex certo proposito et impreysia in detesta- 
tionem fîdei catholice etobprobrium Passionis domini nostri Jesu- 
Xristi, salvatoris mondi, in sancto tempore in quo eramus, dicto An- 
thonio xristiano dixerunt talia verba : a Quid devenit Deus vester? 
Quid fecistis de ipso? ipse est cruxifixus, suspensus et lusus cum 
duobus tacillis ! mortuus est ! » malitiose elevando pugnum contra 
dictum Anthonium, qui ab eisdem petebat pecunias quas debebant 
pro dictis mangiis et sibi dicendo « quel bailher », de Deo domino 
nostro Jesu-Xristo nugando seu truffando. Item super eo quod cum 
idem Anthonius Escolïerii dictis judeis dixisset et respondisset quod 
nemo luserat Deum, nisi judei, dicti judei delati, in eorum malicia 
et pravo proposito persévérantes, elevaverunt iterum pugna sua con- 

T. IX, n° 18. 17 



258 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tra dictum Anthouium et ipsa appropinquando prope aurem ipsius 
loquentis. 

Item quod dicti judei delati, in eorum malitia et malo proposito 
persévérantes, nugando de Deo Domino nostro Jesu Xristo dixemnt 
al ter ipsorum trium de altero esse hic lanistam seu carnacerium, mur- 
trerium et latronem, dicendo eidem Anthonio : « Tu eris hic cruci- 
fixus! » et plura alia verba injuriosa et inhonesta de domino nostro 
Jesu-Xristo dixerunt. 

Item quod dicti judei predicta dixerunt et fecerunt in vilipendium 
et contemptum fidei catholice, ipsam blasphemando, etiam carcerem 
privatum faciendo et in penam juris temere incidendo. 

Item quod predicta omnia sunt vera, notoria et manifesta et de ipsis 
omnibus et singulis est publica vox et fama, unde cum talia etc 

Ipsi siquidem Sansonus de Yenna et Deothus Levi, dictorum San- 
sonis, Grescentis et Pereti delatorum nomine, nobis humiliter suppli- 
caverunt quatinus eosdem Sansonem et Deothum supplicantes, quo- 
rum supra nominibus, pro premissis omnibus et singulis criminibus 
et delictis ac oiïensis dictis delatis impositis, nec non omnibus et 
singulis in dictis processu et titulis inquisitionis contentis, ipsos de- 
latos conjunctim et divisim concernentibus, ad grosam dignemur ad- 
mittere compositionem, nostram misericordiam et gratiam eis lar- 
giendo ; 

Nos ideogubernatorantedictus,viso processu inquisitionis predicto, 
quem ad nos et audientiam nostram, dictorum criminum qualitate 
considerata, advocavimus, dictosque delatos apud Gracionopolim 
adduci fecimus, et ipsos propterea carceribus dalphinalibus manci- 
pari jussimus, pro pleniori veritate de predictis habenda et emenda 
ab eisdem ; visis etiam informationibus in et super premissis omni- 
bus et singulis criminibus et delictis sumptis et habitis, tam per 
responsionem et depositionem dictorum delatorum in dictis titulis 
nominatorum, quas fecerunt dicti delati, singulariter singuli, tam ut 
principales in facto cujuslibet ipsorum proprio, quam ut testes, unus 
contra alium producti ad dictos titulos et inquisitionem, contra eos 
factos, ut premittitur, et formatos tam coram dom. Bergadano de 
Muriculis, judice majore Yiennesii et Terre Turris, tam etiam coram 
Roberto Burgensi, procuratore fiscali Dalph. dicte judicature, qui 
dictos Judeos examinaverunt in et super premissis et diligenter au- 
diverunt, una cum deppositione Joseph de Vienna, judei, per ipsos ju- 
dicem et procuratorem examinati etiam et auditi super predictis, pro 
eo quia dicebatur eumdem dixisse aliqua verba denotantia se scivisse 
per médium dictorum delatorum seu alterius eorumdem premissa 
in dictis titulis inquisitionalibus descripta et emanata ; actentis 
etiam responcionibus et deppositionibus per ipsos delatos et dictum 
Joseph de Vienna repetitos et reexaminatos, tam in nostri presentia, 
quam coram venerabili Gonsilio Dalphinali predicto, quam etiam co- 
ram predictis judice et procuratore Vienne et Terre Turris ; quibus 
omnibus et singulis antedictisin délibéra tione dicti venerabilisCon- 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DU DAUPHINÉ 259 

silii Dalphinalis positis, aliisque considerandis consideratis et ma- 
ture pensatis et que nostrum moverunt et juste ac rationabiliter mo- 
vere debuerunt animum, ipsos Sansouem de Yenna et Deothum 
Levi, judeos, supplicantes, nominibus sepedictorum delatorum, ad 
grosam pro predictis omnibus et singulis criminibus, delictis et 
offensis ac omnibus aliis et singulis in dictisproeessu et titulis inqui- 
sitionalibus contenus, degratia speciali admisimus compositionem... 
et econtra ipsi nobiscum composuerunt et componunt ad ducentos 
francos auri dandos et solvendos receptori generali Dalphinatus, no- 
mine Dalphini, per dictos Sansonem de Yenna et Deothum Levi com- 
ponentes, videlicet incontinenti antequam dicti delati seu alter eo- 
rumdem liberentur a dictis carceribus, centum francos auri, et reli- 
quos centum francos auri, in proximo festo Béate Marie Magdalene; 
pro quibus centum franchis melius solvendis, in dicto festo Béate 
Marie Magdalene, dicti Sanson et Deothus componentes debeant et 
teneantur dare et prestare dicto Receptori, nomine Dalphinali, fide- 
jussores ydoneos xristianos, ante liberationem et relaxationem dic- 
torum delatorum a carceribus sepedictis. Et fuit actum per expres- 
sum et retentum in ipsa compositione, certis de causis justis et ra- 
tionalibus, de voluntate et consensu dictorum Sansonis et Deothi 
componentium, quod. prefactus Sanson de Jérusalem, condelatus, 
nichil solvet seu solvere teneatur de dictis ducentis franchis, sed 
de eisdem remaneat perpetuo apud quoscunque quictus, libe- 
ratus et absolutus, salvo tamen in predictis universis et singulis 
et reservato ipsis Vincentio et Anthonio, prout ipsorum quemli- 
bet premissa tangere possunt, et per expressum retento jure pe- 
tendi et agendi contra ipsos delatos et eorum singulos coram nobis 
aut coram judice predicto seu alio a nobis super hiis cieputando 
de et super injuria et coutumelia eis factis et illatis per dictos 
delatos... 

Qua quidem compositione mediante, predicta omma delicta et of- 
fensas, quantum ea concernunt et concernere videntur dom. nostrum 
Dalphinum remque publicam et justitiam cum omni pena alia cri- 
ninali/corporali et civili quam dicti delati et eorum quilibet incur- 
rerunt et incurrere poterunt ratione premissorum ipsis delatis et 
ipsorum cuilibet quittavimus et remisimus penitus et omnino, quit- 
tamus que per présentes et remittimus, nec non dictos processus et 
titulos inquisitionis, prout ipsos delatos et eorum quemlibet tangunt 
et tangere possunt, cassamus et irritamus et adnullamus et nullius 
efficacie, valoris vel momenti deinceps haberi volumus et reputari, 
procuratori generali et advocato fiscali ac quibusvis aliis justiciariis, 
officiariis Dalph. presentibus et futuris et locatenentibus eorumdem 
ac cuilibet ipsorum in et super predictis silentium perpetuum im- 
ponendo... De quibus omnibus et singulis supradictis litteras testi- 
moniales sub sigillo nostri regiminis Dalph., jussimus fieri cuilibet 
prefatorum delatorum eas habere volentium per secretarium dalph. 
subscriptum. 



260 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Datum Gracionopoli, die veneris décima nona mensis madii, anno 
Domini millésime* tercentesimo nonagesimo sexto. 

Per dom. Gubernatorem, in consilio, presentibus dominis supra 
nominatis, expedita. H. Foresterii. 

(Arch. de l'Isère, B, carton des Juifs.) 



XXII. Grenoble, 13 décembre 1408. — Requête adressée au Conseil Delphinal par 
les syndics de la communauté de Saint- Symphorien-d'Ozon contre les usures des 
Juifs : Us exposent que les Juifs déguisent leurs prêts usuraires sous les apparences 
d'actes de ventes de denrées, qu'ils perçoivent un intérêt de 1 florin pour un prêt de 
2 florins consenti pour quatre ou six mois, qu'ils exigent les intérêts des intérêts, ce 
qui fait ressortir le taux à 50 0/0, alors que, d'après l'ancien usage, ils ne devaient 
exiger qu'un florin pour quatre pendant un an, soit 25 0/0; en conséquence, les 
syndics prient le Conseil de contraindre les Juifs à n'exiger à l'avenir que le 25 0/0 ; 
ils se plaignent aussi que les Juifs négligent de rendre à leurs débiteurs les titres de 
leurs créances lorsque ceux-ci se sont acquitté, ces qui leur permet de se faire payer 
deux fois, et prient le Conseil de leur enjoindre de rendre ces titres et de décider 
qu'à l'avenir les héritiers d'un Juif décédé ne pourront exiger le paiement des créances 
remontant à plus de dix ans avant la mort du Juif créancier. 

Le gouverneur Guillaume de l'Aire, seigneur de Cornillon, donne commission au 
juge mage du Viennois et terre de la Tour de faire une enquête sur la vérité des 
faits allégués par tes syndics de Saint-Symphorien-d'Ozon. 

Excellencie Dalphinali supplicant humiliter et exponunt syndici 
ville et universitatis Sancti Symphoriani Auzonis super quod Judei 
ville predicte eorum pecunias hominibus et subditis dalphinalibus 
ad usuras gravissimas tradunt sub dissimulatis venditionibus ali- 
quoeiens marchorum argenti, aliquoeiens asinatarum frumenti, 
videlicet duos florenos pro tribus per quatuor vel sex menses dum- 
taxat ; postmodum in fine terminorum computant cnm debitoribus 
suis, usuras cum principali accumulando et de usuris usuras reci- 
piendo ad rationem duorum florenorum unum, et licet acomodare 
solebant quatuor florenos pro quinque,uno anno durante; que cedunt 
in grande prejudicium et exheredationem hominum et subditorum 
dalphinalium et jam plures homines et subditi dalphinales sunt et 
fuerunt, ratione dictarum usurarum, penitus destituti et exhèredati 
et erunt plures nisi per dictam excellentiam provideatur; quare sup- 
plicant, ut supra, dicti sindici quatinus, si placeat, inhiberi faciatis 
dictis Judeis ne de cetero eorum pecunias accomodent nisi quatuor 
pro quinque et hoc per totum annum et quod de usuris non reci- 
piant usuras, vestras litteras, si placet, eisdem concedendo. 

Item supplicant, ut supra, dicti sindici quod dicti Judei litteras 
obligatorias ad se retinent, et debitoribus ipsorum, licet eisdem sit 
satisfactum, reddere contradicunt, ita quod, quando Judei decedunt, 
eorum liberi seu heredes dictas litteras obligatorias reperiunt et de 
viginti annis, aliquotiens de viginti octo, ab beredibus obligatorum, 
qui ignorant dictas obligatorias litteras, débita fraudulenter ipsi 
Judei infidèles récupérant, licet alias fuerint soluti, attento quod non 
est verisimile quod Judei ipsi, tanto tempore, eorum débita credito- 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DU DAUPI1INE 261 

ribus dimisissent; Vobis placeat super premissis providere, injun- 
gendo eisdem sub pénis formidabilibus ut instrumenta obligatoria 
de debito eisdem satisfacto non retineant nec débita Judeorum 
mortuorum récupèrent a debitoribus de tanto tempore, nisi saltem de 
decem annis ante eorum mortem ; et alias provideatur, prout Domi- 
nationi Vestre videbitur pro bono justicie et dalphinalium subdito- 
rum generaliter faciendum. 

Et ulterius quod Judei culpabiles de premissis, qui sunt plures, 
puniantur taliter quod ceteris cedat in exemplum. 

Guillelmus de Area, dominus Curnillionis, cambellanus et consi- 
liarius regius, gubernator Dalphinatus, dilecto nostro judici majori 
Vienne et Terre Turris vel ejus locumtenenti salutem. 

Supplicationis et requeste nobis oblate, presentibus annexe, tenore 
attento et considerato, vobis tenore presentium committimus et man- 
damus quatinus summarie, simpliciter et de piano, absque strepitu 
judicii et figura ac processuum involutione, de et super contentis in 
dicta supplicatione vos informetis, vocatis qui fuerint evocandi, 
deinde supplicantibus super ipsis supplicatis provideatis, eisdem 
brevem et expeditam justiciam ministrando. 

Datum Gracionopoli, die XIII a mensis septembris anno Domini 
millesimo quatercentesimo octavo. 

Per dom. Gubernatorem ad relationem Consilii. P.Parvi Johannis. 

(Arch. de l'Isère, B, carton des Juifs.) 



XXIII. Grenoble, 11 septembre 1445. — Raoul, sire de Gaucourt, gouverneur du 
Dauphiné, sur les recommandations de René, roi de Jérusalem et de Sicile, comte 
de Provence et de Forcalquier, concède à David Lévi, médecin juif de Gap, le droit 
d'exercer son art dans les Baronnies, les comtés de Gap et d'Embrun et les châtellenies 
du Champsaur, jusqu'à Corps l inclusivement : David Lévi prête serment suivant le 
rite mosaïque entre les mains de Jean de Saint-Germain, prévôt de Saint-André de 
Grenoble'; il promet de se consacrer au service des malades et de se contenter d'un 
modeste salaire. 

Rodulphus, dominus de Gancourt, consiliarius et cambellanus 
regius, gubernator Dalphinatus, nôtum série presentium fieri volu- 
mus universis quod nos ad humilem supplicationem et requestam 
Davidis Levi, judei, habitatoris civitatis Vapincensis, de ejusque 
sufficiencia, experiencia ac practica in arte medicine, et tam per 
literas illustrissimi principis Renati, Jérusalem et Sicilie régis, comi- 
tatuumque Provincie et Forcalquerii comitis, sibi concessas, quam 
alias débite informati, cupientes premaxime saluti corporum subdic- 
torum •presertim dalphinalium possethenus provideri, facere et sub- 
veniri, eidem Davidi Levi, medico, licentiam impertimur per pré- 
sentes et concedimus facultatem arte medicine utendi et ipsam 
practicandi libère et impugne per judicaturas et terras Baroniarum, 
Vapincesii comitatus et Ebredunensis et per singula ipsarum loca 

1 Corps, chef-lieu de canton de l'arr. de Grenoble (Isère). 



262 REVUE DES ETUDES JUIVES 

atque per castellanias Campisauri et Corvi, usque ad ipsum locum 
Corvi inclusive et non ultra. Mandantes propterea et precipientes 
dilectis nostris baillivis et judicibus ipsarum judicaturarum, castella- 
nisque dictarum castellaniarum et aliis justiciariis et officiariis ipsa- 
rum et cuilibet ipsorum seu locatenentibus eorumdem, etiam et 
baronibus, bannaretis, vassalis et aliis nobilibus et quibuscunque 
aliis médiate vel immédiate subdictis dalphinalibus quatinus, pres- 
tito per dictum Davidem debito juramento, videlicet « per Sema, 
Israël, Adonai, Elloenu, Adonay et Eal 1 » in manibus dilecti nostri 
dom. Johannis de Sancto Germano, licenciati in legibus, prepositi 
S. -André Gracionopolis, consiliarii Dalphinalis,cui receptionem dicti 
juramenti per présentes committimus, quod ipse David probe et 
legaliter dictam medicine artem et scientiam exercebit et circa curas 
languentium et infirmorum et sanitates ipsorum diligenter et fideli- 
ter vacabit et se implicabit, salario competenti et moderato conten- 
tus, ipsum Davidem, judeum et medicum, cum sua decenti comitiva, 
equitaturis et bonis, impugne et libère ire, redire, transire et sejor- 
nare per judicaturas, terras et castellanias jamdictas, usque ad locum 
dictî Corvi inclusive, jamdicta medicine arte utendo et eam prati- 
cando, permictant, quoniam sic fieri volumus et jubemus. 

Datum G-racionopoli, die undecima mensis N septembris anno Do- 
mini millesimo quatercentesimo quadragesimo quinto. 

(Arch. de l'Isère, B, carton des Juifs.) 



Evian, 22 novembre 1346. — Contrat de mariage entre le Juif Eliacin de Vimay (?) 
au diocèse de Lausanne et Florione fille du Juif Heliot de Latronchi : ce dernier 
constitue en dot à sa fille une somme de 100 florins d'or 2 . 

In nomine Domini, amen. Per boepresenspublicum instrumentum 
cunctis appareat evidenter quod anno ejusdem MCCCXLVI indic- 
tione XIV a , mense novembris, die XXII a dicti mensis apud Aquia- 
num, in domo Jacob, judei, in presentia mei notarii et testium subs- 
criptorum propter infrascripta specialiter constituti Heliaquinus, 
judeus, civis Vimaci, diocesis Lausanensis ex parte una et Helyot de 
Latroncbi, judeus, diocesis de Monteflorum ex altéra, dictus Helia- 
quinus sciens et sponte asserens se majorem decem octo annis, pro- 



1 Lire « adonay ekad » ; c'est la phrase hébraïque du Deutéronorne qui proclame 
l'unité de Dieu. 

2 Ce document ne se rapporte pas à l'histoire des Juifs du Dauphiné ; toutefois 
nous avons cru qu'il pouvait trouver place à la suite des textes que nous publions 
tant parce que le contrat qu'il contient a été passé dans une province voisine du 
Dauphiné et avec laquelle les Dauphinois entretenaient de fréquentes relations que 
parce que c^st le seul acte de ce genre que nous ayons trouvé dans nos collections 
locales. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DU DAUPH1NE 263 

mittens per juramentum sue legis quam Altissimus dédit in monte 
Sinay, et sub obligatione bonorum suorum quod ipse accipiet in 
uxorem suam legitimam Florionam, judeam, filiam dicti Helyot de 
Latronchi ac eam desponsabit et eidem nubet secundum legem 
judeorura, et dictus Helyot vice-versa promisit per legem suam et 
sub obligatione bonorom suorum presentium et futurorum se pro- 
curaturum cum effectu quod dicta Floriona, filia sua, consentiet in 
dictum Heliaquinum tanquam in maritum suum legitimum, si 
Deus concesserit et lex Judeorum; pro quoquidem matrimonio sic 
exequendo, dictus Helyot de Latronchi sponte dat, dédit et concessit 
dictis Heliaquino et Florione futurorum conjugum in dotem et ex 
causa dotis ipsius Florione centum florenos boni auri et ponderis 
legalis ad cunum de Florentia ; quam dotem seu auri quantitatem 
dictus Helyot de Latronchi promittit sub juramento sue legis et 
obligatione quibus supre solvere et expedire in pace et sine lite 
movenda dictis Heliaquino et Florione aut eorum certo nuncio ad 
suam requisitionem, omni exceptione juris et facti prêter posita et 
remota, una cum intégra restitutione omnium dampnorum, missio- 
num, gravaminum et expensarum que et quas dicti futuri conjuges 
aut alter ipsorum. . . incurrent pro dicta dote exigenda, statutis ter- 
minis non soluta, et super hiis credere suo simplici juramento loco 
plene probationis. Renuncians autem dictus Helyot sub vi prestiti 
juramenti in predictis exceptioni doli mali et dicte dotis, ut supra, 
non concesse, omni actioni in factum, condition! sine causa, .. . et 
omnibus exceptionibus, defensionibus, statutis, privilegiis et consue- 
tudinibus quibus possit contra premissa aut aliquid de premissis 
facere vel venire, jurique dicenti generalem renunciationem non 
valere nisi in quantum processerit specialis ; hoc acto et convento 
quod presens publicum instrumentum possit et debeat dictari, cor- 
rigi, refici et emendari nec solum semel sed pluries ad consilium 
peritorum... non obstanle quod in judicio vel extra productum 
fuerit vel ostensum. Ad hec fuerunt testes vocati pariter et rogati 
Nicholetus Gastelli de Biolo, clericus, Perrodus de Lacharmota et 
Mermetus Waiti gêner ejus... omnes burgenses Aquiani et phares 
alii ride digni. 

Et ego Johannes Sirvent de Aquiano clericus diocesis Gebeu- 
nensis, auctoritate imperiali publicus notarius. . . ea rogatus scripsi, 
etc.. l . 

(Bibl. de Grenoble, ms., R. 80, n° 578). 

1 Au revers de cet acte se trouve une cote hébraïque. 



NOTES ET DOCUMENTS SDR LES JUIFS EE BELGIQUE 

SOUS L'ANCIEN RÉGIME 

(suite et fin *) 

VI {Suite). 

ADMISSIONS DE JUIFS A LA BOURGEOISIE. 

Ostende. 

Vers 1781, plusieurs juifs s'étaient adressés au magistrat d'Os- 
tende afin d'être reçus bourgeois de cette ville, l'obtention de la 
bourgeoisie leur étant nécessaire pour pouvoir négocier sans en- 
traves. Parmi les postulants il y en avait qui promettaient de bonnes 
maisons de commerce pour la ville d'Ostende, et devaient, selon 
toute apparence, contribuer à sa prospérité. De ce nombre était 
Ezéchiel de Jongli, négociant d'Amsterdam, qui adressa à l'empe- 
reur, vers le mois d'août 1781, une supplique afin d'obtenir cette 
faveur 2 . 

Le bourgmestre et les échevins d'Ostende, consultés à ce sujet, 
envoyèrent, le 31 août, un avis défavorable au conseil de Flandre'. 
Ils y engageaient le gouvernement à n'admettre les juifs qu'avec 
réserve et précaution; et le même jour ils écrivaient à l'empe- 
reur un avis, en quelque sorte opposé, où ils disaient au sujet 
d'Ezéchiel de Jongh : « Nous estimons que le suppliant pourroit 
être du nombre de ceux que Vôtre Majesté favoriseroit jusqu'à 
ce point : parce que nôtre bailli 4 nous a assuré, que le suppliant 
lui a fait conster par des certificats en due forme, et par le té- 
moignage de personnes dignes de foi, qu'il jouit d'une bonne 
réputation et est reconnu pour une personne de probité 3 . » 

1 Voir tome VII, pages 117 et 252 ; tome VIII, page 206. 

2 Carton 1293 : Lettre originale de J.-B. Schottey, bailli d'Ostende, au prince de 
Starhemberg, ministre plénipotentiaire, 19 août 1781. 

3 Carton 1293 : Lettre originale du magistrat d'Ostende au conseiller fiscal Diericx 
à Gand, 31 août 1781. 

4 Le bailli d'Ostende avait des fonctions analogues à celles de l'amman de Bruxelles 
et de l'écoutette d'Anvers. 

5 Carton 1293 : Lettre originale du magistrat d'Ostende à l'empereur, 31 août 178' 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 265 

Le conseil privé demanda l'avis du conseil de Flandre ; il en 
reçut la réponse suivante, remarquable à la fois par l'esprit de 
tolérance qui y règne, et par une bienveillance envers les juifs, 
extraordinaire pour le temps. 

Messeigneurs, 

Vu la demande faite à VV. SS. Ill mes par le bailli de la ville et port 
d'Ostende par sa lettre ci-rej ointe, si l'intention du gouvernement 
est que les juifs soient admis à la bourgeoisie de la ville d'Ostende 
ou point. 

Vu aussi ci-annexé l'avis y rendu par le magistrat de ladite ville, 
qui incline à ce qu'il soit refusé la bourgeoisie aux juifs qui se pré- 
senteront pour l'acquérir, parce qu'il croit que les vues des iseraelites 
(sic) ne sont point d'établir dans Ostende des maisons de commerce, 
mais uniquement de s'y arrêter momentanément, pour, dans le 
moment présent de faveur, enlever aux negotians actuels des 
branches du commerce qu'ils exercent avec les sujets de quelques 
unes des puissances belligérantes. 

Nous ne trouvons point, Messeigneurs, dans notre code edictal 
des ordonnances qui excluent les juifs d'acquérir la bourgeoisie, ni 
qui leur défendent de demeurer dans ces pais, si on en excepte les 
edits prohibitifs du 17. juillet 1549. et 30. mai 1550. *, les décrets 
du 20. 9 bre 1756. et 17. février 1757., rappelés dans ceux que le bailli 
a joints à sa lettre, n'aiant été adressés au conseil en Flandre 2 . 

Les ordonnances susdites des années 1549. et 1550. ont été toujours 
en vigueur, c'est ensuite d'icelles que les magistrats de nos villes 
n'ont point souffert que les juifs auroient fixé leur demeure dans 
les villes, et c'est aussi probablement en vue de les exclure de la 
bourgeoisie, que partout où elle s'acquiert par admission ou conces- 
sion, il a été introduit qu'avant d'y recevoir un étranger, celui ci 
étoit tenu de vérifier sa catholicité, ses bons mœurs (sic) et bonne 
conduite à l'appaisement du magistrat. 

Quant à la catholicité, sur laquelle il étoit nécessaire au siècle 
seizième pendant les troubles que la police veillât, les circonstances 
sont changées, les desordres qu'on vouloit prévenir alors par les 
deffenses contre l'admission des juifs et des religionaires, ne sont 
plus à craindre ; tous les législateurs d'aujourd'hui ont adopté la 

1 II s'agit ici de deux placards de bannissement, édictés au nom de l'empereur 
Charles-Quint, contre les nouveaux chrétiens : le premier donné à Gand le 17 juillet 
1549, et le second à Bruxelles le 30 mai 1550. On en trouve le texte flamand dans 
les Ordonnantien, statut en, edicten ende placcaerten van Vlaenderen, eerste deel, 
tweeden druck vermeedert, Antwerpen, 1662, p. 201-204. 

2 Le décret du 20 novembre 1756 est celui du duc Charles de Lorraine, dont nous 
avons parlé aux Taxes sur les juifs. Quant au décret du 17 février 1757, il faut pro- 
bablement entendre par là l'ordonnance de police rédigée par le magistrat de Bruxelles 
en exécution du décret précédent du duc Charles. Le 17 février serait pour le 17 sep- 
tembre ; nous avons déjà plus haut, dans une note, signalé la même erreur. 



266 REVUE DES ETUDES JUIVES 

tolérance, plus conforme à l'esprit de notre religion que la persécu- 
tion et infiniment plus utile et plus avantageuse pour la société en 
gênerai et nommément pour le commerce, que ces gênes et ces en- 
traves contre la liberté, qui la plus part {sic) ne sont que des pro- 
ductions du fanatisme. 

Il est vrai que la nation juive a été jadis proscrite dans plusieurs 
Etats du monde à cause de l'usure qu'ils y avoient introduite et que 
les princes d'alors crurent que leur séjour dans ces Etats etoit obs- 
tatif au progrés du commerce, mais on est revenu de cette erreur; 
l'acceuil (sic) que quelques princes modernes et republiques leur ont 
fait depuis, et le traitement modéré qu'ils leur ont accordé sous la 
protection des loix, ont démontré qu'ils ont servi d'instrumens 
utiles et nécessaires au progrés du commerce ; aussi cette nation a 
formé dans plusieurs Etats des maisons de commerce très consi- 
dérables et solides, au bien et a l'avantage de l'Etat qui leur avoit 
donné un azile. 

D'après cette expérience, nous pensons qu'il seroit avantageux 
pour la ville d'Ostende dans les circonstances actuelles, d'acquérir 
quelques juifs de cette classe; mais pour s'assurer que ceux 
qui se présentent sont des sujets de probité qui ont d'ailleurs les 
dispositions requises, le magistrat, avant de les admettre à la de- 
meure ou à la bourgeoisie pourroit s'en faire subministrer les 
preuves ; s'ils n'en peuvent point produire, ou si le magistrat les 
trouve insuffisantes, il pourra leur refuser l'azile, mais non point 
par la raison seule qu'ils sont juifs. 

Finalement nous observons, Messeigneurs, que ceux qui deman- 
dront la bourgeoisie auront certainement pour but de jouir delà 
franchise du tonlieu et d'autres privilèges mentionnés rub. 1. de la 
coutume d'Ostende, et vu que, selon l'esprit du décret du 15. jan- 
vier 1684. \ il semble que les étrangers, quoiqu'admis bourgeois par 
le magistrat, ne sont habiles à jouir des privilèges et exemptions 
de la bourgeoisie sans lettres de naturalisation, je pense qu'il seroit 
convenable que VV. SS. Ill cs s'explicassent sur ce sujet pour pré- 
venir toute difficulté qui pourroit dans la suite s'émouvoir. 

Nous avons l'honneur d'être d'un profond respect, 
Messeigneurs, 

De VV. SS. Ill e % 
Les très humbles et très obéissants serviteurs, 

Les conseillers fiscaux de S. M. en Flandre, 
J. Dierigx. L. B. de Haveskkrcke. 

GandleH. 7 bre 1781. 

Au Conseil privé de S. M. -. 

1 On en trouve le texte, en français, dans le Derden Placcaet-boek van Vlaenderen, 
Ghendt, 1685, p. 1353, où il est intitulé : Lettres de Sa Majesté' [Charles II] décla- 
rons que les François s'estans fait bourgois de quelque ville ont besoing de lettres de 
naturalisation, du -Z5. janvier 168i. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 267 

Le conseil privé ayant appris qu'Ezéchiel de Jongh était un 
homme fort à son aise, très actif et très entendu dans le commerce, 
servant de courtier à plusieurs des principales maisons d'Ostende, 
émit un avis favorable *. Le 22 novembre 1*781, un décret, conte- 
nant l'autorisation demandée, fut donné, au nom de l'empereur, 
par le conseil privé au magistrat de cette ville 2 . On y remarque 
ces paroles bienveillantes à l'égard des juifs et vraiment encoura- 
geantes pour eux : « Nous vous prévenons que nous ne sommes 
pas éloigné d'accorder de pareilles dispenses à d'autres individus 
de la même religion, lorsqu'apres un examen scrupuleux, notre 
gouvernement gênerai aura été pleinement appaisé sur leurs 
mœurs, leur droiture et leur fortune. » 

Ezéchiel de Jongh, reçu bourgeois d'Ostende, s'établit dans cette 
ville avec sa famille ; il s'y installa grandement et y exerça la pro- 
fession de courtier de commerce. Mais l'année suivante, lorsqu'il 
fut question de fixer à Ostende le nombre des courtiers et des 
agents de change et de leur donner une commission légale 3 , on 
objecta au nouveau bourgeois sa religion, qui l'excluait des emplois 
publics et municipaux. Le conseil privé leva la difficulté qui sur- 
gissait, et déclara que la profession de courtier n'était dans aucun 
pays considérée comme un emploi ou un office public, et que rien 
n'empêchait Ezéchiel de Jongh d'être pourvu d'une telle com- 
mission 4 . 

La facilité avec laquelle Ezéchiel de Jongh avait été admis à la 
bourgeoisie engagea bientôt d'autres juifs à solliciter la même 
faveur. Salomon de Mendes, un des négociants d'Amsterdam les 
plus considérés, tant par sa fortune que par sa droiture en affai- 
res, ayant également transféré son domicile à Ostende, s'adressa 
vers le mois de mars 1*782 à l'empereur afin d'y être reçu bour- 
geois. Le magistrat consulté écrivit au gouvernement que ce juif 
jouissait d'une très bonne réputation et était tenu pour un grand 
capitaliste qui se proposait de fonder une importante maison de 
commerce en cette ville. Salomon de Mendes voulait y établir un 
magasin de toutes sortes de marchandises précieuses des Indes. Il 
en avait déjà reçu une partie, dans la croyance, disait-il, que sa 
religion n'apporterait aucun obstacle à son admission. Le magis- 

1 Carton 1293 : Extrait du protocole du conseil privé, 19. novembre 1781. 

2 Minute dans le carton 1293. 

3 Règlement du 31 . juillet 1782. pour les courtiers de commerce et agents de change 
en la ville d'Ostende, en français, dans le Zesden Placcaert-boek van Vlacnderen, ver- 
gaedert door Serruys, Gend, 1786, pp. 1093-1099. 

4 Carton 1293 : Extrait du protocole du conseil privé de Sa Majesté, du 1%. octobre 
1782. 



266 REVUE DES ETUDES JUIVES 

trat d'Ostende estimait qu'il était utile et avantageux d'attirer de 
pareils citoyens, capables de faire fleurir le commerce de cette 
ville * . Le conseil privé émit un avis favorable 2 et, le 6 mai 1782, 
autorisa, au nom de l'empereur, le magistrat d'Ostende à admettre 
Salomon de Mendes à la bourgeoisie 3 . 

Presque en même temps que le précédent, le 13 avril 1782, le juif 
Henry Hendrick, domicilié àOstende depuis dix-huit mois, adressa 
à l'empereur une semblable requête. Le magistrat l'ayant appuyée 4 , 
le conseil privé émit un avis favorable, mais avec cette réserve que 
les juifs admis à la bourgeoisie ne pourraient jouir que des droits 
civils et non pas des droits politiques. « C'est sur ce pied, ajou- 
tait-il, que Leurs Altesses Roiales ont fait connoitre en semblable 
circonstance leurs intentions à ceux du magistrat d'Anvers, par 
dépêche du 14. août dernier, résultée de l'extrait du protocole de 
ce conseil du 3. du dit mois d'août 5 . » Voici le texte du décret en- 
voyé, au nom de l'empereur, par le conseil privé au magistrat 
d'Ostende, en conséquence de cet avis : 

L'Empereur et Roi. 

Chers et bien-amés, Ayant vu l'avis que vous Nous avez rendu 
le 1 . mai de la présente année, sur la requête du juif Henri Hendrick, 
Nous vous faisons la présente pour vous dire, que, prenant égard 
aux motifs que vous alléguez en faveur du suppliant, Nous vous 
autorisons à l'admettre à la bourgeoisie de notre ville d'Ostende, et 
Nous déclarons en même tems, que l'admission à la bourgeoisie daDs 
quelque ville des Pays-Bas, soumis à notre obéissance, ne rend pas 
les individus juifs habiles à y remplir ou occuper des offices ou 
emplois publics quelconques, ni à avoir droit de suffrage dans les 
affaires publiques ou municipales, de telle nature qu'elles puissent 
être, mais que ladite admission à la bourgeoisie, lorsqu'il est permis 
de l'accorder à des individus juifs, ne leur donne simplement que 
les effets privés et purement personnels de cette bourgeoisie ; selon 
quoi vous aurez à vous régler constamment : A tant, chers et bien- 
amés, Dieu vous ait en sa sainte garde. Bruxelles le 30. septembre 
1782. Etoit paraphé, Ne. »*, et signé, P. Maria. 

Au Magistrat d'Ostende 6 . 

1 Carton 1293 : Lettre originale du magistrat d'Ostende à l'empereur, 29 avril 1782. 

2 Carton 1293 : Extrait du protocole du conseil privé de Sa Majesté, du 2. mai 1782. 

3 Carton 1293 : Minute du décret adressé au magistrat d'Ostende, 6 mai 1782. 

4 Carton 1293 : Lettre originale du magistrat d'Ostende à l'empereur, l«r mai 1782. 

5 Carton 1293 : Extrait du protocole du conseil privé de Sa Majesté, du 25. sep- 
tembre 1782. 

6 Minute dans le carton 1293. Ce décret est imprimé, en français, dans le Zesden 
Placcaert-boek van Vlaenderen, vergaedert door Serruys, Gend, 1786, p. 712-713; 
nous en donnons le texte d'après ce recueil. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 269 

Le magistrat reçut Hendrick au nombre des bourgeois et l'admit 
à la prestation du serment accoutumé en pareille circonstance. 
C'est ce que nous apprend l'acte suivant, que nous traduisons du 
flamand : 

En présence des messieurs 1 soussignés, à Ostende, comparut en 
personne Henry Hendrick, qui a déclaré sous serment solennel forma 
juris, prêté entre nos mains à la passation du présent, accepter la 
bourgeoisie et la civilité 2 de cette ville, promettant d'observer les 
ordonnances et les statuts de la même ville, fidélité à Sa Majesté 
l'Empereur et Roi, etc., etc., promettant de tenir domicile fixe dans 
cette ville sous peine de déchéance, et de faire tout ce qui convient et 
incombe à un bon et fidèle bourgeois ; cette admission se faisant 
ensuite de la requête du comparant présentée à Sa Majesté l'Empe- 
reur et Roi, le trente septembre 4782. En connaissance etc. Fait le 
42. octobre 4782. (Signé) H. Hendrick, F. Bowens, Joseph Cosyn'et 
J. B. Schottey 3 . 

Nous trouvons encore en 1786 une nouvelle admission de juif 
à la bourgeoisie de cette ville. C'est celle d'Emmanuel Lyon, origi- 
naire d'Allemagne, négociant en quincaillerie d'Angleterre, domi- 
cilié à Ostende avec sa famille. Le 19 août de cette année, le conseil 
privé autorisa le magistrat à l'admettre sous les mêmes réserves 
que celles stipulées pour le précédent 4 . 



Bruxelles. 

Le juif Philippe Nathan ayant été admis à la bourgeoisie de 
Bruxelles par ordre du gouvernement, le magistrat de cette ville, 
mû par les plaintes et les réclamations des nations*, adressa des 
remontrances aux gouverneurs généraux, Marie-Christine et Al- 
bert-Casimir, les priant de révoquer les lettres de bourgeoisie ob- 
tenues, disait-il, subrepticement par Nathan. 

Les nations représentaient les corps de métier clans le conseil 
de la commune; leur opposition à l'admission des juifs à la bour- 
geoisie était connexe à celle qu'elles venaient de faire à l'affecta- 
tion des fonds destinés à l'achèvement de la maison de force de 

1 Schottey, bailli; Bowens et Cosyn, échevins. 

* « De poorterye en de civiliteyt ». 

a Archives de la ville d'Ostende : Porterien, reg. I, 1782-1784, folio 213. 

4 Dossier dans le carton 1293. 

5 Les neuf nations, ou troisième membre de la commune de Bruxelles, se com- 
posaient des doyens de métier en exercice et de leur arrière- conseil (en flamand 
achterraed), formé des doyens sortis de charge. 



270 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Vilvorde. Les gens des métiers voyaient un préjudice pour eux 
dans l'exercice de certaines professions par les juifs, comme ils 
redoutaient la concurrence du travail des prisonniers 1 . Voici les 
remontrances faites à cette occasion par le magistrat : 

A Leurs Altesses Roïales. 

Remontrent en très profond respect les bourguemaitres, echevins, 
trésoriers, receveurs et conseil de la ville de Bruxelles, que le 
nommé Nathan aïant été admis à la bourgeoisie de cette ville, ce fut 
avec surprise qu'ils apprirent qu'il étoit juif et reconnu publique- 
ment en cette ville pour être de cette religion. Les loix et des usages 
constants ont toujours exclus les juifs de la bourgeoisie et des mé- 
tiers de cette ville, on a cru leur religion et leur intollerance incom- 
patibles avec les devoirs de citoïen ; et quoique l'humanité les ait 
faif souffrir et tollerer dans l'Etat, jamais ils n'ont joui des droits 
accordés à la bourgeoisie et aux différentes corporations qui la com- 
posent, et les édits de tollerance de Sa Majesté que Vos A. R. ont fait 
parvenir aux remontrans par leurs décrets du 42. 9 bre , du 15. X bru 
1781 et par celui du 1 r mai 1782, ne changent en aucune manière les 
usages reçus à cet égard. Les droits et les privilèges de la bourgeoi- 
sie n'ont été par ces édits accordés qu'aux protestans et aux acatho- 
liques dont la conduite seroit morale et chrétienne. 

Les nations assemblées à l'occasion des propositions ordinaires 
du subside et d'une demande qui leur fut faite de la part des états 
de cette province pour l'entretien de la maison de force, adressèrent 
deux fois aux remontrans à ce sujet leurs plaintes et leurs réclama- 
tions ; ils leur firent sentir le tort que leur feroit l'admission des 
juifs à la bourgeoisie et aux métiers et le préjudice qu'en exerçant 
leurs professions pourroit leur porter cette nation intollerante par 
principes de religion, ennemie des chrétiens, et par cette raison 
peu scrupuleuse sur les moïens d'acquérir à leurs dépens. Dans ces 
circonstances les remontrans, quoi qu'ils soient persuadés que c'est 
sub et obreptivement que le nommé Nathan a obtenu le décret par 
lequel il a été enjoint à l'amman de l'admettre à la bourgeoisie de 
cette ville et que la chambre des comptes ne lui a donné dispense 
de produire son extrait baptistaire que par ce qu'elle ignoroit qu'il 
étoit juif, croiroient pourtant manquer au respect dû à l'autorité de 
V. A. R. et de leur gouvernement si, sans leur aveu, ils faisoient 
révoquer les lettres de bourgeoisie qui sub et obreptivement lui 
ont été accordées en vertu du décret adressé à l'amman, et c'est le 
sujet de leur recours vers l'autorité de V. A. R. 



1 La construction de la maison de force avait été commencée en 1774. Sur Topposition 
des nations à l'affectation des fonds destinés à son achèvement, voir Henné et Wauters, 
Hist.de la ville de Bruxelles, t. Il, p. 305-307, et Wauters, Hist. des environs de 
Bruxelles, t. II, p. 485-488. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 271 

Les suppliant très humblement de" leur permettre d'agir à charge 
du dit Nathan à l'effet susmentionné. 

C'est la grâce et a . 

Bruxelles ce 41. X bre 1783 '. 

Ces remontrances furent envoyées à l'examen du conseil privé. 
Sur ces entrefaites, la réputation de Nathan ayant, à tort ou à 
raison, subi quelque atteinte, de nouvelles difficultés surgirent rela- 
tivement à son admission. Le 9 juillet 1*785, le conseil n'ayant pas 
encore pris de décision définitive, remettait tous ses actes con- 
cernant ce juif à M. de Grumpipen, chancelier de Brabant. Nous 
ne savons quelle suite fut donnée à cette affaire-. 

Benedictus ou Benoit Bramm ou Braham »*, négociant, né à Stré- 
litz, fils d'Abraham Israël et de ... Reische, avait payé, le 27 fé- 
vrier 1785, le droit de bourgeoisie à Bruxelles, où il prétendait 
avoir son domicile depuis seize ans. Se fondant sur la faveur 
accordée à Philippe Nathan, dont il se disait le neveu, il se plaignit 
au gouvernement du refus du magistrat de l'admettre au serment 
de bourgeois. Le magistrat prenait pour prétexte de son refus la 
conduite suspecte de la plupart des juifs depuis qu'on les tolérait 
dans cette ville 4 . 

Michael Mitchell^m/", mais pas connu pour tel, dit le protocole 
du conseil privé, né à Londres, domicilié à Bruxelles depuis vingt 
ans, renouvela en 1785 auprès du conseil des finances une de- 
mande déjà faite en 1778 et en 1782, pour obtenir, sur les marchan- 
dises qu'il était dans le cas de faire venir dans le pays, l'exemption 
des droits de tonlieu, sur le pied de celle accordée aux bourgeois 
de Bruxelles. Il importait des produits d'Angleterre et d'autres 
pays et exportait des toiles et des dentelles fabriquées dans les 
Pays-Bas. C'était un gros négociant, que les marchands de 
Bruxelles avaient choisi pour l'un des syndics de l'association pour 
le droit de halle, ce qui prouve la considération dont il jouis- 
sait. Le conseil privé, afin de l'exempter des droits de tonlieu, 
proposa spontanément de le faire admettre à la bourgeoisie, mais 
en même temps il rejeta la demande de Benoit Bramm 5 . En con- 

1 Archives de la ville de Bruxelles : Copie dans le reg. intitulé Copye àoeck, 
%3. junii 1783 - %1 . julii 41 Si. 

8 Quelques pièces du dossier de Nathan se trouvent encore dans le carton 1293. 

3 II signait Benoit Bramm ; c'était le mari de Sarah Miriam, dont nous avons donné 
l'epitaphe. 

4 Carton 1293 : Extrait du protocole du conseil privé de Sa Majesté,du 30, juin 4783. 

5 Ibid. 



272 REVUE DES ETUDES JUIVES 

séquence de cet avis, les gouverneurs généraux prescrivirent, 
le 3 août 1785, au magistrat de Bruxelles d'admettre Michael 
Mitchell à la bourgeoisie de cette ville, et d'éconduire Benoit 
Bramm. Ils ajoutaient dans leur décret que les juifs ne pourraient 
plus désormais être admis à la bourgeoisie de cette ville, sans 
un ordre exprès du gouvernement ! . 

L'année suivante, le juif Emanuel Siprutini, établi depuis 1781 
à Bruxelles, où il faisait un commerce considérable, surtout en 
vins, pria les gouverneurs généraux d'ordonner au magistrat de 
cette ville de le recevoir bourgeois sur le pied ordinaire 2 . L'avis 
du conseil privé lui ayant été favorable 3 , le gouvernement or- 
donna son admission 4 . 

Dans ces faveurs accordées à des juifs de Bruxelles, il faut re- 
marquer qu'il n'est plus fait mention de la réserve des droits poli- 
tiques, spécifiée dans certaines admissions à la bourgeoisie d'An- 
vers et d'Ostende; on ne doit cependant pas en inférer que le 
gouvernement se fût départi de ses précédents errements. 



Mons. 

Le magistrat de Mons, ayant reçu des requêtes de juifs deman- 
dant à être reçus bourgeois de cette ville, s'informa, le 16 dé- 
cembre 1788, auprès de celui de Bruxelles, de la direction à prendre 
à ce sujet 5 . Le magistrat de Bruxelles répondit, le 22 du même 
mois, que l'édit de Joseph II en matière de tolérance ne concernait 
pas les juifs ; que, malgré cela, quelques-uns d'entre eux avaient 
été admis à la bourgeoisie, mais d'après une disposition particu- 
lière du gouvernement pour chaque cas. Il ajoutait : « Quelque 

1 Carton 1293 : Minutes du décret adressé, au nom des gouverneurs généraux, 
par le conseil'privé, le 3 août 1785 : 1° au mag. de Bruxelles, 2° à l'amman, 3° à la 
chambre des comptes. 

2 Carton 1293 : Requête originale, aux gouverneurs généraux, 7 juillet 1786. 

3 Carton 1293 : Extrait du protocole du conseil privé de Sa Majesté, du 14. août 
1786. 

4 Carton 1293 : Minute du décret du comte de Barbiano et Belgiojoso, min. plénip. 
pour le gouvernement général des P.-B., au magistrat de Bruxelles, même date. — 
Original dans le dossier intitulé Juifs et protestants, aux archives de la ville de 
Bruxelles; publié par Carmoly, Revue orient., t. III, p. 446, où Pou a imprimé par 
erreur 1768 au lieu de 1786. — Carton 1293 : Minute du décret du même à l'amman, 
même date. 

5 Original aux archives de la ville de Bruxelles, dans le dossier intitulé Juifs et 
protestants. 






NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 273 

tois le gouvernement nous a entendu au préalable sur la demande 
faite et a econduit le suppliant, en d'autre tems l'ordonnance 
d'admettre a été portée le magistrat inoui *. » 

M. Léopold Devillers, conservateur des archives de l'État et de 
la ville à Mons, a bien voulu compulser pour nous les comptes 
de la trésorerie de cette ville, pour y chercher des mentions de 
réception de juifs à la bourgeoisie; il n'en a trouvé qu'une seule, 
qui date de 1789 et est ainsi consignée : 

Nouvelle bourgeoisie. 

Par le règlement du 4 8 avril 4 764, art. 68, ce droit ayant été aug- 
menté jusqu'à cinquante livres, le comptable sur ce pied en a reçu 
un seul, durant le terme de ce compte, provenant de Monin Paquin, 
juif, icy 50 lb *. 

M. Devillers nous fait remarquer que, vers 1788, le magistrat 
de Mons avait recommandé au receveur des droits de bourgeoisie 
d'y faire entrer toutes les personnes non encore inscrites et n'ayant 
pas, par conséquent, payé le droit de 50 livres précité. 



Ruremonde. 

Henry Levy Lippman, juif, natif de Veitshôchcheim, en Fran- 
conie, près de Wurzbourg, après avoir fait pendant vingt ans le 
négoce aux Indes orientales avec plusieurs associés, avait quitté 
ces contrées, disait-il, à la suite de la prise par les Français des 
vaisseaux chargés de leurs fonds. 11 s'était retiré auprès de ses 
amis en Allemagne, et, désirant reprendre le commerce, avait 
songé à s'établir avec sa famille à Ruremonde, capitale de la 
Gueldre autrichienne, où il avait en outre l'intention de fonder un 
mont-de-piété. Si ce qu'il rapportait de sa parenté était vrai, ce 
juif devait être d'une extraction peu commune. Le conseil privé 
demanda l'avis du magistrat de Ruremonde 3 . Celui-ci s'opposa à 
la requête du suppliant, se basant sur ce que l'édit du 17 mai 1570 
ne permettait pas l'établissement des juifs dans la principauté 
de Gueldre et le comté de Zutphen 4 , et, en outre, sur ce que 

1 Minute dans le même dossier. — La lettre du magistrat de Mons et la réponse 
de celui de Bruxelles ont été publiées peu exactement par Carmoly, vol. cité, p. 447. 

2 Archives de la ville de Mons : Compte de la trésorerie pour l'année 1789, cha- 
pitre 3 intitulé Recettes des droits de bourgeoisie et autres. 

3 Carton 1293 : Minute de la dépêche adressée, au nom de l'empereur, par le 
conseil privé au mag. de Ruremonde, 9 janvier 1782. 

4 Placcaert verbiedende aen de jooden het woonen in den vorstendom Qelre ende 

T. IX, n° 18. 18 



274 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Lippman ne spécifiait pas la nature du négoce et des entreprises 
qu'il se proposait de faire 1 . Le conseil privé émit en conséquence 
un avis défavorable 2 , et les gouverneurs généraux, s'y étant 
rangés, firent écrire le 27 février 1782 au magistrat de Rure- 
monde de refuser à Lippman l'autorisation qu'il sollicitait 3 . 

Ce sont là toutes les admissions et tous les refus d'admission 
parvenus à notre connaissance. Le gouvernement général ou le 
conseil privé ont dû cependant avoir à se prononcer sur d'autres 
cas, témoin ce qui est dit dans la lettre du magistrat d'Anvers au 
duc Charles de Lorraine, du 9 septembre 1769, que nous avons 
citée plus haut à propos d'Abraham Benjamin. Nous pensons aussi 
que l'on s'est parfois passé de l'autorisation du gouvernement, à 
preuve l'admission de Monin Paquin à Mons en 1789, laquelle n'eut 
probablement lieu que par suite d'une mesure purement fiscale. 
Il importe peu d'ailleurs de connaître tous les cas d'admission 
ou de refus ; ce que nous avons rapporté suffit amplement pour 
donner un aperçu de la situation faite aux commerçants juifs des 
Pays-Bas autrichiens au siècle dernier. 



VII. 

PROJET D'ÉDIT CONTRE LES JUIFS. 



L'inexécution du décret du 20 novembre 1756 avait attiré dans 
les Pays-Bas autrichiens un grand nombre de juifs mendiants, va- 
gabonds ou voleurs, fugitifs ou bannis des États voisins. Ils par- 
couraient les villes et les campagnes, se disant tous marchands, et 
toute leur marchandise ne consistait qu'en quelques aunes de cal- 
mande ou autres bagatelles ; sous ce couvert, ils avaient l'oc- 
casion de pénétrer dans les habitations et d'y commettre des vols 
de toute nature. Des plaintes nombreuses parvinrent au gouverne- 
ment, et il fallut porter remède à ce déplorable état de choses, peu 

graefschap Zutphen. Une copie de cet édit en flamand, donné à Bruxelles le 17 mai 
1570, au nom du roi Philippe II, est jointe, comme annexe n°2, à la requête indiquée 
dans la note suivante. 

1 Carton 1293 : Requête originale du mag. de Ruremonde à l'empereur, 1 er février 
1782. 

2 Carton 1293 : 'Extrait du protocole du conseil privé' de Sa Majesté, du 20. février 
478^. 

3 Apostille du conseil privé, non paraphée, 27 février 1782, au bas de la minute 
de la dépêche du 9 janvier. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DU BELGIQUE 275 

fait pour relever la réputation des juifs honnêtes et leur attirer la 
sympathie des habitants. De plus, au commencement de Tannée 
1*786, le gouvernement reçut aussi, de la part du corps des mar- 
chands merciers de Bruxelles, des doléances au sujet du colpor- 
tage des juifs et de la concurrence que ceux-ci leur faisaient 1 . Ces 
réclamations étaient en certains points fondées ; en effet, les juifs 
colporteurs n'avaient à supporter ni impôts ni charges d'aucune 
espèce, tandis que les marchands indigènes, outre les loyers de 
maisons, avaient à payer des droits de bourgeoisie, des charges 
municipales, des impôts et des droits de consommation. 

Pour remédier à ces inconvénients, le gouvernement se fit adres- 
ser des mémoires par l'amman et par le lieutenant-amman de 
Bruxelles, ainsi que par l'office du prévôt général des Pays-Bas et 
de l'hôtel de S. M. et par l'office du drossard de Brabant 2 . Voici 
un passage très intéressant du mémoire de l'amman, Ferdinand 
Rapedius de Berg : 

Aucune loi n'exclut les juifs ni de l'admission à la bourgeoisie, ni 
de l'admission dans les corps de métiers de cette ville. 

Mais l'usage et le préjugé les en a exclus de fait. Il a été décidé à 
la vérité par décret de Leurs Altesses Royales du 3 aoust 4 785 

« Que ceux d'entre les juifs qui obtiendroient l'agrément exprès du 
» gouvernement général à l'effet de pouvoir être admis à la bour- 
» geoisie devront y être admis à l'avenir. » 

Mais les métiers refusent de les admettre dans leurs corporations, 
et quoiqu'en termes de droit il paroisse certain que les métiers de- 
vroient succomber en justice, si quelque juif bourgeois essayoit par 
cette voye de se faire admettre dans quelque corporation de métier, 
le préjugé, l'ignorance assez générale des vrais principes de notre 
droit public, l'incertitude des jugemens, la longueur et les fraix des 
procédures intimident les juifs et leurs conseils, et la discussion 
de la question dont il s'agit ne se présente pas aux tribunaux de 
justice. 

A l'exception conséquemment d'un très petit nombre de juifs assez 
riches ou accrédités pour exercer le commerce en gros (lequel est de- 
meuré libre et ne requiert l'admission dans aucune corporation), la 

1 Carton 1293 : Supplique originale des doyens et des anciens du métier des merciers 
de Bruxelles au comte Louis-Charles de Barbiano et Belgiojoso, ministre plénipo- 
tentiaire, 1786 (sans date de jour ni de mois), avec pièces justificatives ; — Supplique 
originale des suppôts du corps des marchands merciers de Bruxelles à l'empereur, 
4 février 1786. 

2 Carton 1293 : Mémoire original de l'amman Rapedius de Berg au comte Louis- 
Charles de Barbiano et Belgiojoso, ministre plénipotentiaire, 22 mars 1786 ; — Mé- 
moire orig. du lieutenant-amman Carton au même, 30 mars 1786 ; — Mémoire orig., 
sans indication de destinataire, par Stocquart de Court au Bois, lieutenant du pré- 
vôt de l'hôtel, 31 mars 1786; — Mémoire orig. à l'empereur par Phil. 0' Kelly, un des 
assesseurs du prévôt de l'hôtel et du drossard de Brabant, sans date (mars 1786). 



27o REVUE DES ETUDES JUIVES 

généralité de ceux de cette nation n'a pour subsister sans crime dans 
Bruxelles que la seule ressource d'y exercer le trafic en fraudant les 
droits exclusifs des métiers et en trompant i le public dans le sens que 
l'entendent les chefs des maitrises, c'est-à-dire en s'affranchissant des 
règles de discipline que ceux des métiers sont réputés observer re- 
lativement à leur trafic. 

La nécessité de dérober la connoissance de leur trafic aux métiers 
en corporation, a fait naitre celle de la clandestinité du trafic des 
juifs. 

Le conseil privé, appelé à délibérer sur la question soumise au 
gouvernement, convint d'établir au sujet des juifs des règles pré- 
cises. Il fallait empêcher qu'on n'en souffrît dans les Pays-Bas 
d'autres que ceux qui y avaient acquis droit de séjour, soit par 
l'admission à la bourgeoisie, soit par quelque état avoué ; et ils 
étaient en petit nombre. 11 fallait en outre prendre des mesures 
pour interdire l'entrée de ces pays aux juifs qui ne seraient pas 
munis de bons certificats, ou qui ne pourraient produire des ren- 
seignements suffisants sur leur probité et leurs ressources 2 . 

Les gouverneurs généraux ayant agréé ces résolutions, le con- 
seiller d'Aguilar rédigea le projet d'édit suivant pour le soumettre 
à leur approbation 3 . 

Edit de l'Empereur, concernant le séjour 
des juifs dans ses Provinces Belgiques. Du 
.. juillet 1786. 

Joseph, etc., voulant pourvoir aux abus et excès également préju- 
diciables aux règles du bon ordre et à celles de justice et du droit 
de propriété qu'occasione en ce pays le séjour d'un grand nombre 
de juifs, la plupart dépourvus de ressources honnêtes, nous avons de 
l'avis etc., et à la délibération etc., ordonné et statué, ordonnons et 
statuons les points et articles suivans : 

I. 

Tous les juifs quelconques qui se trouvent dans ces provinces de- 
vront en sortir dans le terme de quinze jours de la publication du 
présent édit. 

IL 

Nous exceptons néanmoins de cette obligation: 1°les juifs qui, 
demeurant dans les villes closes, sont munis d'un acte en règle de 

1 Ces mots sont soulignés dans l'original. 

2 Carton 1293 : Extrait du protocole, du conseil privé de Sa Majesté, du 20. mai 4186. 

3 Carton 1293 : Extrait du protocole du conseil privé de Sa Majesté, du 5. juillet 
H8Û. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 277 

l'admission à la bourgeoisie, ou qui obtiendront, avant l'expiration 
du même terme de quinze jours, une permission par écrit de l'officier 
principal et de deux commissaires du magistrat, et 2° ceux qui, de- 
meurant dans quelque petite ville ou autre endroit du plat- pays, 
obtiendront dans le même terme une pareille permission du con- 
seiller fiscal de la province. 

III. 

Les juifs qui voudront venir dans la suite se fixer dans ce pays 
devront se pourvoir à cet effet de semblables permissions, soit des 
officiers et commissaires des villes closes, soit des conseillers fiscaux, 
suivant la distinction énoncée dans l'article précédent. 

IV. 
Nous voulons que ces permissions ne soient accordées, soit pour 
les villes closes, soit pour le plat-pays, qu'aux juifs qui produiront 
des preuves certaines d'une probité avérée, et d'avoir au surplus des 
revenus suffisans pour une sustentation honnête. 

V. 

Ces permissions devront être renouvelées tous les ans, et à cet 
effet elles devront être présentées entre le 4. et le 15. octobre de 
chaque année respectivement aux officiers et commissaires des villes 
closes ou aux conseillers fiscaux susmentionnés, avec les certificats 
et appaisemens requis. 

VI. 

Et seront les mêmes officiers des villes closes, ainsi que les con- 
seillers fiscaux, obligés de tenir note de toutes les permissions et 
d'en envoyer annuellement, avant la fin du mois d'octobre, la liste 
au gouvernement général des Pays-Bas. 

VII. 
Tout juif quelconque, qui resteroit ou s'arreteroit dans ces pro- 
vinces sans être muni d'une admission à la bourgeoisie ou d'une per- 
mission conforme à ce qui est prescrit ci-dessus, sera tenu et pour- 
suivi comme vagabond, de même que ceux qui sans y rester ou faire 
quelque séjour, et y passant seulement, ne seroient point munis de 
certificats et passeports en règle. 

Si donnons en mandement et». 1 . 

On en resta là. Ce projet fut-il ou non soumis à la sanction du 
gouvernement général? Nous l'ignorons. Tout ce que nous savons, 
c'est qu'il n'y fut pas donné suite, à ce que nous apprend la men- 
tion non résolu, écrite en marge de l'extrait du protocole du con- 
seil privé, du 3 juillet 1*786, joint à ce projet d'édit. 

1 Brouillon dans le carton 1293. 



278 REVUE DES ETUDES JUIVES 



VIII. 



EXEMPTION DES DROITS DE TONLIEU ACCORDEE AUX JUIFS 
BOURGEOIS DE BRUXELLES OU DOMICILIÉS DANS CETTE VILLE, 



Dans le cours de notre travail, il a étë parlé plus d'une fois 
des droits de tonlieu, dont étaient exempts, notamment à Bruxelles 
et à Anvers, non seulement les bourgeois, mais encore les autres 
habitants ayant domicile fixe dans ces villes 1 . La requête suivante, 
adressée aux gouverneurs généraux par le magistrat de Bruxelles, 
fera connaître, pour cette ville, l'origine de cette exemption. On 
y verra de plus par quelle interprétation spécieuse et judaïque 
celui-ci cherchait à empêcher les juifs d'en jouir. D'autre part, il 
allègue, soit avec ignorance, soit avec mauvaise foi, le décret 
du duc Charles de Lorraine du 20 novembre 1756, ou plutôt l'or- 
donnance de police publiée en conséquence^ 17 septembre 1757, 
et à l'exécution de laquelle le comte de Cobenzl, par dépêche du 
7 juin 1758 au conseil de Brabant, avait cependant ordonné de 
surseoir. Nous donnerons après cette requête la résolution prise à 
ce sujet par le conseil privé et le décret des gouverneurs géné- 
raux, qui en fut la suite. 

Madame, Monseigneur, 

Nous prenons la très respectueuse liberté de remontrer à Vos Al- 
tesses Roiales que, par contrat du 8. février de Tan 1627 2 , nos devan- 
ciers ont pris en engagère, pour la somme de six cent mille florins, 
les droits des tonlieux qui appartenoient au souverain. 

Il a été stipulé par le premier article de ce contrat que dès lors la 
levée de ces droits viendra à cesser et n'aura plus d'effet pendant 
l'espace de tems, que cette engagère subsistera, à l'égard des habi- 
tans, soit bourgeois, soit seulement habitants en cette ville ou en 
sa franchise, qui y sont fixement domiciliés, comme aussi à l'égard 
de leurs marchandises, meubles, bestiaux et autres biens, ainsi que 
de leurs batteaux, chariots, chevaux ou charettes chargés de ces 
effets : voila les termes de l'acte prétouché, d'où il paroit résulter, 
que les habitans de cette ville, qui y ont été fixement domiciliés, 

1 Sur ces droits de tonlieu, voir ce que dit le Voyageur dans les Pays-Bas autri- 
chiens [par Dérivai], t. III, Amsterdam, 1783, p. 317-322. 

* 1628, selon le texte de Y engagère, en flamand, publié dans les Placcaeten van 
Brabandt, derde deel, Brussel, 1664, p. 417-431. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 279 

c'est à dire pendant l'espace d'un an et jour, conformément à nos 
loix municipales, sont mis en parallèle avec ceux qui jouissent du 
droit de bourgeoisie ; et par conséquent, que l'exemption des droits 
de tonlieux a été stipulée en faveur des premiers comme à l'avantage 
des seconds. 

Les périodes suivantes de cet acte solennel n'établissent aucune 
distinction entre le bourgeois et l'habitant simplement domicilié ; 
toutes les clauses de cette convention concourent à faire adopter que 
les habitans doivent participer en égal degré avec les bourgeois de la 
franchise des droits susmentionnés. 

Enfin on n'y voit aucune reserve, aucune restriction ni exception 
de personne, de quelle religion elle puisse être, soit chrétienne, soit 
juive, ou autre ; ainsi tous nos citoyens semblent devoir profiter du 
même bénéfice que les termes du contrat accordent indistinctement ; 
nous avons constamment suivi ce principe à l'égard de ceux qui pro- 
fessent la religion chrétienne sans distinction des catholiques et des 
reformés. 

L'équité paroit appuyer ce sentiment, si Ton considère que les 
habitans non bourgeois, quoiqu'exerçant une autre religion, que celle 
qui domine en ces pais, contribuent également avec les bourgeois à 
toutes les charges, auxquelles ceux-ci sont assujettis, et qu'ils sup- 
portent par conséquent aussi le paiement des intérêts, que la levée 
du capital de six cent mille florins pour satisfaire au prix d'achat de 
l'engagère susdite, a créés. 

Guidés peut être par ces principes, quelques juifs ont cru pouvoir 
se présenter aux greffes de l'hôtel de ville afin d'y obtenir les lettres 
requises pour la jouissance de l'exemption des droits de tonlieux. 

Domiciliés fixement en cette ville pendant le terme d'un an et 
jour (terme prescrit par le règlement du 18. septembre 1627 touchant 
la franchise desdits droits) ils ont peut être estimé que la religion, 
qu'ils professent, ne sauroit les exclure de la faveur accordée aux 
habitans qui sont de la religion chrétienne. 

Ces motifs paroissent plausibles au premier abord, mais en appro- 
fondissant les choses, nous voyons s'élever des doutes, qui nous ont 
engagés à nous refuser à la demande de ces juifs, jusqu'à ce que le 
gouvernement nous fera parvenir quelle route nous pouvons tenir 
dans ces circonstances. 

Nos doutes semblent pouvoir se fonder sur ce qu'il paroit assez 
évident, que les juifs n'ont qu'une habitation précaire en cette ville, 
laquelle, quelque longue qu'elle fut, ne sauroit par conséquent leur 
attribuer l'effet des privilèges et des droits attachés aux autres ha- 
bitans de la ville. 

Par décret de feu Son Altesse Roiale, en date du 44. juin de l'année 
4757 ! , il a été enjoint à nos prédécesseurs de faire émaner une or- 

1 C'est une erreur de date ; il s'agit ici du décret du 20 novembre 1756. 



280 REVUE DES ETUDES JUIVES 

donnance de police par rapport aux juifs, qui voudront se fixer sous 
le ressort de notre jurisdiction. 

Il y est déclaré d'après les ordres exprès de ce Serenissime Prince, 
que pour empêcher la facilité avec laquelle la résidence des juifs est 
tollerée en ces pais, tous ceux de la nation juive, qui voudront se 
fixer dans cette ville, seront tenus de payer tous les ans au profit 
de Sa Majesté, au bureau de la recette des revenus de ses domaines, 
la somme de trois cent florins, et qu'ils devront faire conster du 
paiement de cette taxe avant de pouvoir s'établir ici ; de plus, que le 
paiement de cette taxe devra être ainsi continué d'année en année, 
à peine que ceux qui n'y auront pas satisfait seront bannis à per- 
pétuité. 

Et afin que les juifs, sous prétexte de passer par cette ville ou 
d'une demeure de peu de tems, ne rendent ces dispositions illu- 
soires, il leur est défendu de rester en cette ville au delà du terme 
de deux fois vingt quatre heures, sous peine de devoir payer ladite 
somme de trois cent florins ou d'être punis à l'arbitraire, s'ils sont 
hors d'état de pouvoir y satisfaire. 

De cette ordonnance de police, qui n'a jamais été révoquée \ et par 
laquelle on se rappelle la teneur des anciennes loix de nos souverains, 
ensuite desquelles ceux de la nation juive ont été bannis de ces con- 
trées, semble suivre, que les individus de celte nation, n'étant que 
tollerée parmi nous, ne peuvent espérer de pouvoir profiter des avan- 
tages relativement à la franchise des droits des tonlieux, propres 
aux habitans de la ville qui professent la religion chrétienne, tandis 
que ceux-ci n'en peuvent même user d'après la disposition du règle- 
ment précité du 4 8. septembre 1627, qu'après qu'ils auront tenu do- 
micile en cette ville plus d'un an et jour*. Ce n'est donc qu'après ce 
terme que nos habitans acquièrent le titre nécessaire qui leur donne 
le droit de participer aux franchises des droits de tonlieux, titre que 
les juifs ne scauroient se flatter d'obtenir, puisque ne pouvant rester 
en cette ville que pendant l'espace d'un an, au moyen du paiement 
annuel de trois cent florins, ils perdent l'espoir des faveurs accordées 
aux habitans au moment même où. ceux-ci commencent à s'en pré- 
valoir. 

Que Vos Altesses Roiales nous permettent encore de leur rappeller 
que par leur décret du 3. août 1785, Elles nous ont notifié que vu les 
raisons particulières, qui militent pour le négociant de cette ville, 
Michel Mitschell, juif de nation, c'etoit leur intention qu'il fut admis 
à la bourgeoisie, et que Vos Altesses Roiales ont daigné nous in- 
former par la même dépèche que l'on ne pourra admettre doresnavant 
aucun juif à la bourgeoisie de cette ville à moins que, d'après le 

1 Mais dont l'effet avait été suspendu, par dépêche de Cobenzl au conseil de Bra- 
bant, du 7 juin 1758. Voir plus haut au chapitre des Taxes sur les juifs. 
a Mots soulignés dans l'original. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 281 

rapport à faire à Vos Altesses Roiales des circonstances, Elles don- 
nent des ordres particuliers et exprès à cette fin. 

En supposant que ces volontés de Vos Altesses Roiales partent non 
seulement du principe que tous ceux qui désirent être admis à la 
bourgeoisie doivent être de la religion chrétienne, mais aussi qu'Elles 
ont eu en vue d'empêcher au moyen de cette sage disposition, que 
les juifs n'acquièrent le titre requis pour pouvoir entrer dans les 
corps de métiers et ne trouvent ainsi la facilité de tromper le public 
à la faveur de ce titre, nous croions entrevoir un inconvénient non 
moins important s'ils obtiennent l'exemption des droits de tonlieux, 
celui d'agir dans l'exercice de leur commerce sans aucune bonne foi 
et de préjudicier pour lors aux intérêts du souverain non moins qu'à 
ceux des particuliers. 

Il paroit sans doute dangereux d'accorder à cette nation, que sa 
mauvaise foi reconnue dans le commerce réduit a être errante sur 
le globe, sans pouvoir se concilier la confiance de la société, les avan- 
tages qui soutiennent les fortunes de nos habitans. 

Ignorant enfin si nos lettres de franchises des droits de tonlieux 
seroient respectées par les employés de Sa Majesté, il ne nous reste 
que de sousmettre nos doutes aux profondes lumières de Vos Al- 
tesses Roiales, et de les supplier très humblement de nous y faire 
parvenir leur haute détermination. 

Nous sommes avec le plus profond respect, 

Madame, Monseigneur, 

De Vos Altesses Roiales, 

Les très humbles et très obeissans serviteurs, 

Les bourguemaitres, echevins, tré- 
soriers, receveurs et conseil de 
la ville de Bruxelles, 

P: Verjan '. 
Bruxelles ce 4, 8 bre 1786. 

Extrait du protocole du conseil privé de Sa Majesté, 
du 14. 8 bra 4 78 G. 

M. d'Aguilar a fait rapport de celui du magistrat de Bruxelles par 
lequel il propose le doute, si l'on doit accorder la franchise des thon- 
lieux aux juifs domiciliés en cette ville. 

Cette franchise a été prise en engagere pour la ville de Bruxelles 
pour la somme de f. 600,000 ; mais ceux du magistrat doutent 
si, vu les dispositions portées et les règles établies encore en dernier 
lieu pour qu'on n'admette point de juifs à la bourgeoisie sans un 

1 Original dans le carton 1293. — Pierre Verjan était un des greffiers de la ville. 



282 REVUE DES ETUDES JUIVES 

aveu exprès du gouvernement, on peut tenir les juifs pour habi- 
tans fixes reconnus tels, à l'effet de jouir de la franchise dont il 
s'agit. 

Le conseil trouve, que les mêmes raisons qui s'opposent à l'ad- 
mission des juifs à la bourgeoisie, militent aussi pour qu'on ne les 
tienne point pour habitans fixement domiciliés à l'effet que dessus, 
que l'exemtion des thonlieux pourroit d'ailleurs fournir le moyen 
facile de frauder à ceux des juifs touchant lesquels on n'a pas d'ap- 
paisement et qui sont le plus grand nombre. 

Il fut résolu d'après ces motifs de proposer à Leurs Altesses 
Royales de ne laisser tenir et reconnoitre d'autres juifs pour fixement 
domiciliés à l'effet de jouir de l'exemtion de thonlieux, que ceux 
qui de l'aveu du gouvernement ont donné des appaisemens suffisans 
à cette fin, en déclarant en conséquence au magistrat de Bruxelles, 
qu'on ne doit y accorder des lettres ou certificats de franchises des 
thonlieux à çi'autres juifs qu'à ceux qui, d'après la permission du 
gouvernement, sont admis bourgeois de la même ville ou qui, d'a- 
près une pareille et expresse permission, y sont tenus pour fixe- 
ment domiciliés et qualifiés à ce titre à jouir de l'exemtion dont il 
s'agit, tellement qu'aucun juif ne jouira de cette exemtion à moins 
d'un aveu exprès du gouvernement./. Kulb. y *. 

Marie, Albert, etc., 

Sur le rapport qui nous a été fait de votre représentation au sujet 
de l'exemption des thonlieu dont des juifs désirent de profiter comme 
habitans de la ville de Bruxelles, nous vous faisons la présente pour 
vous dire que c'est notre intention qu'il ne soit accordé des lettres 
ou certificats des franchises des thonlieux comme habitans de Brus- 
selles à d'autres juifs que ceux qui, d'après la permission du gouver- 
nement, sont admis bourgeois de cette ville ou qui, d'après une pa- 
reille et expresse permission, y sont tenus pour fixement domiciliés 
et qualifiés à ce titre à jouir de l'exemption dont il s'agit, tellement 
qu'aucun juif ne puisse jouir de cette exemption à moins d'un aveu 
exprès du gouvernement. 

Vous en informerez ceux qu'il appartient et vous veillerez à ce que 
l'on s'y conforme. A tant, etc*. 



1 Original, paraphé par le conseiller de Kùlberg, dans le carton 1293. En marge 
de cet extrait du protocole, on lit l'apostille : Nous nous conformons, paraphée par les 
gouverneurs généraux. 

2 Brouillon de la minute dans le carton 1293. En marge on lit : « A ceux du 
magistrat de Bruxelles. Brux s le 21. 8 bre 1786. Paraphé Kulb. v*, signé M. A t [Marie, 
Albert], contresigné de Reul. » 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 283 

IX. 

ARRÊTÉ DU REPRÉSENTANT DU PEUPLE LAURENT CONTRE LES JUIFS. 



Nous venons de voir les derniers actes de l'administration autri- 
chienne relatifs aux juifs des Pays-Bas. On n'eut pas à s'occuper 
d'eux pendant les années suivantes troublées parla révolution bra- 
bançonne et la première invasion française. L'ancien régime s'ef- 
fondrait et il n'allait bientôt plus y avoir de distinction entre les 
juifs et les autres citoyens. 

Après quelques hésitations . l'assemblée nationale française 
avait enfin, dans sa séance du 21 septembre 1791, décrété l'éman- 
cipation des israélites, et reconnu qu'ils étaient citoyens dès quils 
réunissaient les conditions dont elle faisait dépendre cette qualité 1 . 
Cependant trois ans après, malgré cette déclaration solennelle, 
qui, il est vrai, ne concernait pas les pays belgiques conquis, et 
n'y fut pas publiée 2 , le représentant du peuple Laurent, à peine 
entré à Mons avec l'armée française 3 et voulant sans doute sévir 
contre des vagabonds, des voleurs ou des espions, mit encore une 
fois les juifs hors du droit commun, en édictant contre eux le ter- 
rible arrêté que voici : 

Juifs. 

Il est défendu aux juifs de suivre l'armée à peine de mort. 

Les généraux, les commandans des postes de l'armée et le comité 
de surveillance de la commune de Mons, recevront les dénonciations 
contre les contrevenans, et les feront arrêter sur le champ, pour être 
exécutés dans les vingt-quatre heures. 

Mons ce 16 messidor, l'an deux de la République française \ 

Le représentant du peuple près 
l'armée du nord, 

Signé : Laurent 5 . 

1 Halphen, Recueil des lois, etc., concernant les israélites depuis la révolution de 
1789, Paris, 1851, p. 9. 

2 Defacqz, Ancien droit belgiqne, t. I, Bruxelles, 1846, p. 278. 

3 Les représentants du peuple Laurent et Guyton entrèrent à Mons, avec les 
troupes françaises, le 1 er juillet 1794. 

* 4 juillet 1794. 

5 Placard pet. in-folio, imprimé « A Mons, chez A. J. Lelong, imprimeur-libraire, 
n° 33. » — La bibliothèque publique de Mons en possède un exemplaire, 55* porte- 
feuille, pièce n° 2807. 



28 i REVUE DES ETUDES JUIVES 



X. 



PATENTE DE MENDIANTS ACCORDEE A DES JUIFS CONVERTIS. 



La pièce qui suit est la traduction d'une lettre patente en fla- 
mand donnée par Philippe, duc de Brabant et comte de Saint-Pol, 
à toute une troupe de juifs convertis, et par laquelle il les autorisa 
à mendier dans tous les pays de sa domination. Une copie du texte 
flamand de ce document existe aux archives générales du royaume 
de Belgique, dans un volume écrit au xvi e siècle, contenant des 
copies de mandements, de lettres patentes, de commissions, rémis- 
sions, privilèges, dons, etc., émanés de la chancellerie du duc Phi- 
lippe pendant les années 1427, 1428 et 1429 ! . Le document qui 
nous occupe paraît y avoir été assez mal transcrit; le copiste, 
n'ayant sans cloute pu lire facilement l'original, a évidemment 
estropié un grand nombre de mots et a même laissé deux passages 
en blanc. 

Si le lecteur trouve étrange la longueur démesurée de la phrase 
principale de cette lettre patente, nous le prions de s'en prendre à 
la chancellerie du duc Philippe ; pour notre part, tout en nous con- 
formant autant que possible au style des chartes du temps écrites 
en français, nous nous flattons d'avoir rendu la présente traduction 
beaucoup moins embrouillée que ne l'est le texte original. 

Philippe, [par la grâce de Dieu, duc de Lothier, de Brabant et de 
Limbourg, marquis du Saint-Empire, comte de Ligny et de Saint- 
Pol, 2 ] à tous et un chacun, prélats, prélates 3 , prévôts, doyens, curés 
et toutes autres personnes ecclésiastiques de quelque état ou con- 
dition qu'elles soient, et pareillement à tous nos féaux bannerets, 
chevaliers et vassaux, nos drossards, baillis, maires, ammans, écou- 
tettes et à tous autres nos officiers, justiciers, serviteurs de tous nos 
dits pays, présents et avenir, et à leurs lieutenants, à qui cette notre 
présente lettre viendra, salut. 

1 Chambre des comptes, reg. n° 23, en papier, relié en parchemin, intitulé au dos : 
A. Chartres, privilèges, 1300 à 1433 : n e 3, HTt. Notre lettre patente s'y trouve 
fol. xij verso— xiij verso. Une main du xvme siècle y a écrit en tête le titre français 
suivant : Permission pour Otto Canolent frères^ femme et enfans juifs rendu cathe 
d'aller mandier dans le Brabant. 31 . œ bre 1427. 

a Nous récablissons ici, d'après d'autres chartes, les titres du duc Philippe, omis 
dans la copie flamande, ou plutôt simplement indiqués par un etc. 

3 « Prelaterssen » . 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 28§ 

Gomme il est apparu par plusieurs lettres patentes scellées, que 
nous avons vues et fait visiter par notre conseil, que maître Otte 
Canolent, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs et une par- 
tie de ses écoliers, jadis juifs, qui ayant abandonné Terreur mau- 
dite et l'aveuglement de la loi juive d'où ils sont venus et à laquelle 
ils ont été attachés jusqu'ici par l'aveuglement de leurs cœurs, de 
Tinspiration du Saint-Esprit et miraculeusement, comme ils disent, 
se sont convertis au christianisme, qui est une vraie lumière, sont 
devenus de bons croyants et des chrétiens, et ont reçu le saint bap- 
tême chrétien, faisant pénitence de leurs péchés passés, ainsi qu'il 
convient; et comme leditJan 1 , sa femme et ses enfants, attendu qu'ils 
ont abandonné tous les biens qu'ils avaient dans la dite loi juive, 
n'ont pas dans ce temps-ci de quoi se procurer le nécessaire et sont 
destinés à succomber faute du nécessaire, à moins que des hommes 
bienfaisants ne leur donnent pour l'amour de Dieu les aumônes que 
tous les bons chrétiens doivent raisonnablement être portés à faire, 
afin qu'ils (ces convertis) puissent devenir plus fermes dans notre 
sainte foi, qu'ils ne [retournent] faute [du nécessaire 2 ] à leur pré- 
cédent manque de foi et qu'ils ne retombent dans l'erreur ; 

Si est-il que nous voulons et mandons à chacun de vous, désirant 
que le dit maître Otte avec sa femme et ses enfants, que nous avons 
pris et mis, prenons et mettons en notre particulière sauvegarde et 
conduite, vous accueilliez favorablement quand ils se présenteront à 
vous, demandant vos aumônes pour l'amour de Dieu, et que partout 
dans nos dits pays sous notre domination, chacun selon son état, les 
laisse circuler, venir et s'en retourner avec leur avoir et leurs biens, 
sans leur faire ou souffrir être fait quelque tort, empêchement ou 
désavantage en quelque manière que ce soit, leur partageant géné- 
reusement pour l'amour de Dieu vos aumônes des biens qu'il vous 
a départis, et que vous y engagiez ceux qui vous sont soumis, au- 
tant [que vous 3 ] pourrez, afin que vous et ceux-ci, par cette et d'au- 
tres bonnes œuvres, puissiez gagner les biens éternels en échange de 
ce bien terrestre, et nous témoigner aussi affection et reconnais- 
sance. 

En témoin de cette lettre nous y avons fait mettre notre scel. 
Donné en notre ville de Bruxelles le dernier jour de décembre, l'an 
de Notre Seigneur M CCCC et vingt-sept, selon le style de la cour 
d6 Cambrai. 

1 Sic. Otte Canolent avait- il reçu au baptême le nom de Jean ? 

2 Lacune dans la copie flamande. 

3 Lacune dans la copie flamande. 



286 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

XI. 
BAPTÊMES DE JUIFS A LIÈGE ET A BRUXELLES. 



Les historiens liégeois, Chapeaville 1 , le P. Foullon 2 , Abry 3 et 
le P. Bouille 4 , font tous mention du baptême d'un juif de 38 ans* 
dans la cathédrale de Saint-Lambert, en octobre 1573. La céré- 
monie eut lieu en grande solennité : une estrade fut dressée à cet 
effet au milieu de la nef, et le suffragant de Liège, Grégoire 
Sylvius, évêque de Tagaste, administra le sacrement au catéchu- 
mène, en présence du prince évêque Gérard de Groesbeck et d'une 
immense assemblée. Jean de Berlaimont, prévôt de Saint-Lambert, 
et Raes d'Ans, seigneur de Fontaine, Tun des bourgmestres, 
furent ses parrains et lui donnèrent le nom de Lambert. 

Le P. Foullon et, d'après lui, le P. Bouille, disent que ce juil 
s'appelait Jessé ; mais il est plus probable que son nom était Isaac, 
comme on le lit dans les conclusions du chapitre cathédral de 
Saint-Lambert. Voici, au surplus, la décision concernant ce juif 
et la mention de son baptême et de sa confirmation, extraites des 
procès-verbaux des séances du chapitre : 

XII 8 briB anno 4573. 

Cum quidam Isaac judseus supplicet ut cum jam in fide christiana 
sit edoctus desideretque baptisari et inter fidèles christianos aggre- 
gari et per preeceptores suos suffraganeum videlicet et M. Anthonium 
Ghennart idoneum ad baptismi susceptionem judicetur, placuit do- 
minis meis ut idem in sua ecclesia baptisetur horâ septimâ, de 
mane, die XXV preesentis mensis dominica, scilicet die post festum 
sancti Luce 5 . 

XXV 8 bris anno 1573. 

Baptisatus fuit in navi ecclesiœ sub corona, theatro ibidem co-ns- 
tructo et elevato, quidam judeus per suffraganeum R mi episcopi Leo- 

1 Gesta pontificum Leodiensium, tom. III, Leodii, 1616, p. 470. 

2 Eistoria Leodiensis, tom. II, Leodii, 1736, p. 296. 

3 Recueil héraldique des iourguemestres de la noble cité de Liège, Liège, 1720, 
p. 311-312. 

* Histoire de la ville et pays de Liège, Liège, t. II, 1731, p. 468. 
5 Archives de l'État à Liège : Cathédrale de Saint-Lambert, Secrétariat, Conclu- 
sions capitulaires, n° 116, fol. 172. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 287 

diensis Gerardus à Groesbeeck, et, suscepto baptismo, fuit statira 
confirmatus, fueruntque illius patrini D. praapositus Barlaimont et 
senior burghimagister pro tempore civitatis videlicet D. de Fontaine, 
hoc statim inissa summa decantata et hoc post concionem per dic- 
tum dominum suffraganeum factam, quee propter multitudinem 
populi ibidem eô tune congregati (quia dies erat 4ominicus) vix po- 
tuit audiri ». 

Le P. Foullon fait la réflexion suivante à propos de cette céré- 
monie : « E6 jucundius spectaculum fuit, quôd ex pervioaci et 
perfida gente raro admodùm, ubivis gentium, ad Christum agnos- 
cendum seriô adducantur. Leodii verô vix scio an aliàs unquam, 
cùm apud nos habitârint nulli, quantumvis in vicino per Germa- 
niam sparsi. » 

Si le P. Foullon avait encore été en vie en 1722, il n'eût pas 
manqué de relater une cérémonie du même genre, arrivée cette 
année et non moins solennelle, tant par le nombre des convertis 
que par la qualité du principal d'entre eux. Connaissant l'impor- 
tance que le moindre événement arrivé à Liège prenait aux 
yeux des historiens de cette ville, on peut s'étonner que les 
éditeurs et continuateurs de l'ouvrage du P. Fouilon, le baron de 
Crassier et M. de Louvrex, n'en aient point fait mention, non plus 
que le P. Bouille 2 . 

Nous suppléerons à leur silence, en donnant, tel que nous l'avons 
copié sur l'un des registres paroissiaux de Saint- Adalbert 3 , l'acte 
de baptême d'un rabbin allemand, de sa femme et de ses enfants, 
qui reçurent ce sacrement dans cette église le 19 mai 1722. 

4722. 

Rabinus seu praedicans synaguogae judaicas per annos 23 in Ger- 
mania cum familia sua, sponsa, duobus filijs et tribus filiabus, ju- 
daismo abiuralo, professioneque fidei nostree facta, post instruc- 
tionem sufficienlem mysteriorum nostrorum, baptisatus est in 
ecclesise nostrae navi présente populi magni concursu, a quibus Deus 
per suam misericordiam quamvis perfidis abstulit velamen cordis 
eorum, adduxitque eos ad veri luminis claritatem Jesu Christi Do- 



1 Ma., fol. 174. 

2 Le P. Foullon mourut en 1668. Le baron de Crassier et M. de Louvrex éditèrent 
son ouvrage et composèrent le tome III. Le premier tome parut en 1735, le deuxième 
en 1736 et le troisième en 1737 ; ce dernier relate les événements jusqu'à cette 
année. Le P. Bouille va jusqu'en 1732 inclusivement. 

3 Archives de l'état civil de Liège : Registre contenant les noms et surnoms des 
en/ans batisez en V église paroissiale de & Adalbert a Liège, commençant Van 1708. 



268 REVUE DES ETUDES JUIVES 

mini Dostri, quorum nomina in hoc libro et vitse aeternee sint scripta, 
erant ex parochia 

S. Christoph. 19 [Maii]. 

Petrus, antea Mardocheeus, Engelender cognomine, paterfamilias, 
qui cum sponsa infrascripta matrimonium renovarunt in facie ec- 
clesiœ, cujus patrinus fuit R. D. Petrus Lucion prœsbyter et ec- 
clesise collegiatse S. Joannis Evang., matrina vero fuit domicella 
Maria Catharina Le Bon. 

Maria Catharina, antea Sara nomine, sponsa dicti Pétri et mater- 
familias, cuius patrinus fuit perillustris ac generosus D. Joannes 
Baptista de Cartier canonicus Leodiensis, M. nobilis domina Maria 
Cath. du Mortier sponsa nobilis D. Ferdinandi Joseph de Diffuy 
scabini Leodiensis. 

Albertus Joseph, antea Lazarus nomine, nlius natu major eorum- 
dem, cuius P. fuit nobilis D. Albertus Joseph Dacre de Liedekerke 1 , 
M. nobilis domina Aleis Eleonora de Mariot sponsa D. Barme. 

Ferdinandus Joseph, antea Levi nomine, nlius natu minor eorum- 
dem, cuius P. fuit nobilis D. Ferdinandus Joseph de Diffuy supremai 
justitiee Leodiensis scabinus, M. nobilis domicella Ludovica de 
Libert de Flemalle pro nobili domina Maria Francisca de la Tour de 
Haling sponsa nob. domini Leopoldi Joseph de Bonhomme scabini 
Leodien. 

Maria Monica, antea Eva nomine, filia natu maior vidua eorum- 
dem, cuius P. fuit nob. dominus Leopoldus Joseph de Bonhomme 
supremee justitiae Leod. scabinus, M. nobilis domina Margarita Pe- 
tronilla du Sart vidua nobilis domini Ludovici de Cartier supremee 
justitee patriœque Leodien. scabinus. 

Maria, antea Rachel nomine, filia eorumdem natu minor, cuius 
P. fuit nob. D. Matthias Guilielmus de Vanbuel consilij ordinarij 
senator, M. nobilis domina Maria de Malaese sponsa nob. domini 
Hyeronimi de Favereau actualiter consulis Leod. 

Maria Adeodata, antea Rebecca nomine, fil. natu minima eorum- 
dem, cuius P, fuit nobilis de Bartholomeeus de Masset exconsul 
Leodien., M. vero domicella Maria Adeodata du Mortier. 

Quibus det Deus perseverantiam. 

Comme on le voit, les rares conversions de juifs faisaient évé- 
nement autrefois ; leur abjuration était reçue avec solennité, 
et les grands personnages regardaient comme un honneur de 
tenir sur les fonts baptismaux les nouveaux convertis. Nous en 
avons encore pour preuve la mention suivante, que nous lisons 
dans une vieille gazette de Bruxelles, les Relations véritables du 
24 octobre 1721. 

1 Plusieurs personnes de la famille de Liedekerke furent seigneurs d'Acre, c.-à-d. 
Acren-Saint-Martin, dans le Hainaut. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 289 

De Brussellele 24 octobre 1721. 

Lundi 20 de ce mois, Mr. le pasteur de l'église paroissiale de Notre- 
Dame de la Chapelle en cette ville, fit la cérémonie dans le portail 
de son église de recevoir l'abjuration du judaisme d'une fille juifve 
âgée de 24 ans, nommée Sara Leybing, native de Straesbourg, et de 
la baptiser, aiant été tenue ^r les fonts par madame la princesse de 
la Tour et Tassis, et par le prince Alexandre son fils aine, qui lui 
donnèrent les noms de Marie-Alexandrine, en présence de beaucoup 
de noblesse et de peuple. 

La nouvelle donnée par les Relations véritables concorde en 
tout point avec l'acte suivant inscrit dans l'un des registres bap- 
tistaires de la Chapelle * : 

Octoberl721. 

20. Sara Leybing 

judeorum parentum filia et usquè ad vigesimum quartum aetatis 
annum in judaicâ cecitate educata, post debitam instructionem et 
judaismi abjurationem baptizata est, et nomen impositum Maria 
Alexandrina, suscipientibus e sacro fonte illustrissime ac excellen- 
tissimà domina Maria Ludovicâ Anna Franciscâ de Lobcowitz prin- 
cipissâ de la Tour et Tassis et illustrissimo ac excellentissimo 
domino Alexandro de la Tour et Tassis prefatae principissae filio 
natu seniore. 

Les jésuites de Bruxelles s'occupaient beaucoup de conversions 
au siècle dernier. Le registre où sont consignés les abjurations et 
les baptêmes de leurs catéchumènes existe encore ; c'est le Liber 
conversorum ad fïdem catholicam in collegio Societatis Jesu 
Bruxellis ab A 1115 ad A um MIS, conservé aujourd'hui à la 
bibliothèque royale 2 . Il y est fait mention de quelques juifs 
baptisés dans diverses églises de Bruxelles vers le milieu du 
xviii 6 siècle. 

Addition. — Vers la fin du chapitre des Transactions des juifs, nous avons 
omis d'indiquer, en note, que nous avons trouvé l'opinion de M. le D r A. Kisch dans 
sa notice sur Trois sceaux juifs du moyen âge, publiée dans la Revue des études 
juives, t. IV, 1882, p. 278-281. 

Emile Ouverleaux. 



1 Archives de l'état civil de Bruxelles : Registrum baptismale ecclesiae parockialis 
Beatae Mariae Virg™ de Capelia Bruxellis, 1721-1728, fol. 28 recto. 

2 Fonds Goethals, manuscrit n° 81, in- 4°. 



T. IX, n° 18. 19 



NOTES ET MÉLANGES 



kSûSk et ^iSk 



La particule talmudique abttba I, comme aussi le mot ^bnbN, qui 
lui correspond dans le Targum des Hagiographes 2 , dans le Tal- 
mud de Jérusalem 3 et dans le Midrasch ^Rabba 4 , a deux sens 
opposés. Tantôt Nbttba et ^bnba signifient si, tantôt, au contraire, 
si... ne pas, si ce n'était. De plus, il arrive parfois que l'on 
ajoute à abtobN, pour lui donner le sens négatif, la négation Nb. 

Sans nous arrêter à la question de savoir comment un même 
mot peut prendre deux significations aussi opposées, il est évident 
que remploi de Nbttba et ibiba dans un sens ou l'autre n'est pas 
arbitraire. Aussi voyons-nous déjà Rabbenu Tarn 5 proposer pour 
ab»bN la règle suivante : Nb^ba avec un a à la fin signifie si, 
■^bttba avec un ■? signifie si... ne pas. Mais cette règle, comme 
on l'a fort bien démontré 6 , est fausse. Il suffit, pour s'en assurer, 
de consulter les éditions correctes et les manuscrits du Talmud 7 
qui portent toujours abiïbK avec un n. Cette règle, d'ailleurs, 
serait inapplicable à ''b'iba, et n'expliquerait pas l'emploi de la 
négation sb avec Nb^bN s . 

1 Voir sur ce mot l'excellent article de M. R. Duval, publié dans la Revue, 
t IV, p. 268. 

* Voir les exemples 2-5, 31, 32, 80, 81. — On trouve deux fois abttbltf dans ce 
Targum, exemples 1 et 82. 

3 Voir les exemples 83 et 84. 

4 Voir l'exemple 86. 

5 Tosafot de Megillah, 21 a. 

6 Luzzato, dans sa grammaire chaldéenne, au mot ftbfàbN > M. Levv» dans son 
dictionnaire chaldaïque ; M. Kohut, dans son édition de l'Arukh. 

7 Voir le Dif/dugé Soferim, de Rabbinowicz. 

* C'est cependant en se fondant sur cette règle que plusieurs éditions ont voulu 



NOTES ET MELANGES 291 

Nous proposons une autre règle, fondée non sur l'orthographe 
de abroba, mais sur sa syntaxe. Dans la plupart des langues il y a 
des mots qui sont à la fois prépositions et conjonctions : abttba et 
ibnba sont dans ce cas. Ils ont seulement ceci de curieux qu'ils 
changent pour ainsi dire de signification selon qu'ils sont l'un ou 
l'autre. Quand ils sont prépositions, ils signifient sans (sens né- 
gatif), quand ils sont conjonctions, ils signifient si (sens positif). 
On nous permettra, pour établir notre proposition, de l'appuyer 
sur de nombreux exemples. 

A, Voici d'abord les cas où ibiba et ab*obN sont prépositions et 
signifient sans. 

i. ...Dp*l !mTQ i-nû» Nbttbtt *p!--ri*p*£*n*jb îi^Ta^Taa *i*on 

Il avait décidé de les exterminer, sans Moïse son élu qui se 
leva... (Targum sur Psaumes, cvi, 23). 

2. isirjos mma TTrr ipims> ^tin ibib^ 
Sans ta loi, mes délices, j'aurais péri dans mon malheur (ibid., 

cxrx, 92). 

3. 'rn anal» "-b-iba bornai *p*73 l p*w ÎS^ÎS? !-n!-n "r\ ibiba 

&wni *iyb:n "pin *7*3 pn aii ...NWDm mm 
Sans l'Eternel, qui nous est venu en aide, doit dire Israël, 
sans la parole de l'Eternel qui nous a secourus..., (l'ennemi) 
nous aurait avalés tout vifs (ibid., cxxiv, 1-3). 

4. ibits 11*71 u:*is*7 Niai ï-hûe ^bibtf ...Nfti*7 "»i»a •pnmprj'jjb N^n 
Dieu aurait voulu engloutir (les Israélites) dans les eaux de la 

mer.. ., sans Moïse le prophète qui étendit ses mains en priant 
(Targum sur Cantiques, i, 10). 

5. jnsjn a-m 8*91*7** ibiba abnnnrïb . . .bNiiû-* ma iraunnN 
La maison d'Israël.. . aurait été condamnée à périr sans les 

justes de cette génération (ibid., 11, 15). 

6. banuii wi& bi» smbm iûD*«an5 ibbïi manpfc ttbuî Nbiïba 
Sans ces trois versets, les pieds des Israélites auraient chan- 
celé (Berakot, 32 a). 

7. *-pn:ri!i nssb raizjii© m snma abftba 
Sans ce mien ami, qui est assis devant moi, je t'aurais tué 

(ibid.). 



corriger les textes talmudiques. L'édition de Lemberg, entre autres, a voulu même 
supprimer dans certains passages (Sabbat, 34 <&, 41 a çtpassim) lai négation jsb. 



292 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

s. -nuab niasa ^n mro tnpn xbnhs 

Si ce n'était un texte formel, on ne pourrait pas dire une chose 
pareille (ibid. ; Rosch - Haschanah, 17 #; Megillah, %\a\Sotah, 
43 b ; 2ta## Batra, 10 « et 16 # ; Sanhédrin, 95 # ; Hullin, 91 #). 

9. ...!-rcn3 btt !rû3S ^s» ûbi? û^prû ab b^oa bii) i-j»n abttba 
b^aa bra ï-rcm ^S7a û:n* a^prû ab rra'O bor> nas abfcban 
Sans la chaleur de l'Orion, le monde n'aurait pu résister au 
froid des Pléiades..., et sans le froid des Pléiades, le monde 
n'aurait pu résister à la chaleur de l'Orion (Berakot, 58 b). 

10. bapïm iso ta» *oïi ababa 
Sans lui, le livre d'Ezéchiel eût été caché (Sabbat, \Zb',Hagigah, 

43 #; Menahot, 45a). 

11. tmn tatna anaa *p N n3 ^ abttbis 
Si ce n'était Sabbat, on ne lirait pas de Haftarah le jour de la 

Néoménie [Sabbat, 24 fl). 

12. nwi dwa irb* Ta^n ï-sb^ba nibwa ïrmnbn ababa a^brai^ 

a*anïi 
Jérusalem, sans ses portes fermées la nuit, serait considérée 
comme propriété publique (Erubin, 22 a). 

13. miEt-f bip ababai *p*tt b© i-ûrart bip 3>tttz» rran baba ababa 

ïteh b^ bip 3>52u:3 T*rr b© 

Sans le bruit que fait le globe du soleil, on entendrait le bruit 

de la multitude qui remplit la ville, et sans le bruit que fait la 

multitude de la ville, on entendrait le bruit que fait le globe du 

soleil [Yoma, 20 b). 

14. ib b-o^ ira* ib ntisna na"pn abttba 

Sans Dieu qui l'aide, (l'homme) ne pourrait vaincre le mauvais 
penchant [Sukkah, 52 b). 

15. y-iso û^io -ra^prû ab ni»?» ababis 
Sans les postes (des prêtres), le ciel et la terre n'auraient pu 

subsister (Taanit, %lb; Megillah, 31 b), 

16. ")B8p i«tt N32T ab Nnp "Wr N721^nn Nb»bN 
Sans le Targum de ce verset je ne saurais ce qu'il signifie 

{Megillah, 3 a). 

17. *mra ban©' 1 b© •jïrwnott T^rnûa ab maiiDÉnrt miJPK «bnbN 

trbsT 

Sans les premières lettres, il ne serait resté personne d'entre 
les Israélites (ibid., 12 b). 

18. û-p ban "pHB-in na-wn p ababa 
Sans eux, nous pécherions chaque jour (Ketubot, 68 a). 



NOTES ET MELANGES 293 

19. îiobi* na m"pïi an a ab fiptt isb^bN 
Sans elle, Dieu n'aurait pas créé son monde (Nedarim, 31 b). 

20. ynai tmatt w**pna ab rrb^ abttba 
Sans la circoncision, le ciel et la terre n'auraient pu subsister 

(iMd. t 32 a). 

21. snn •ns'itt barum ba rrt Tïl btt> "inbsn abttba 
Sans la prière de David, tous les Israélites auraient été mar- 
chands de matières grasses (Sotah, 49 a). 

22. rpban iro^ntt trttsn "n^bn W vu piprm btt inban abftbN 

Sans la prière de Habaquq, deux docteurs se couvriraient 
d'un seul manteau (ibid.). 

23. nn« rwra ib^sa* û^pntt ûbnm •pa p abiïba 
S'il n'en était ainsi 1 , le monde ne subsisterait pas même un 

instant (Gittin, 34 b). 

24. b&W 1 » i-rnn tirons» anrr ab^ba 
Sans lui, la Loi aurait été oubliée en Israël (Baba Baira, 21 a). 

25. rvsn na 3>bm i-pnntt bus ba msba bra îi&rra ab73bN 
Sans la crainte de l'autorité, quiconque est plus fort que son 

prochain l'avalerait (Abodah Zarah, 4 a). Cf. n° 28. 

26. -in po2 ab naT ab^ban . . . ïi^nbtt na-p nwy $b ^i &ô?3bN 

rmna 
Sans David, Joab n'aurait pu faire la guerre. . ., et sans Joab, 
David n'aurait pu étudier la Loi (Sanhédrin, 49 a). 

27. rp^bs bfcnu^ bia DS-patt-nz) la^nna '■pb^rnu) int abiïba 
Sans le vav (du pluriel) qui est dans kééluka, Israël aurait été 

condamné à la ruine (ibid., 63 a). 

28. -ijybn a^n nrwn na u3-<n tiamfc abttba 
Sans sa crainte (de l'autorité), chacun avalerait tout vif son 

prochain (Pirqé Abot, III, 2). 

29. iinn ùinn ■paDio» ^b» m^b bp 1 ^ bsnWû^npfliC abttba 

Sans « ta bienveillance semblable aux montagnes élevées a », 
qui pourrait résister à « tes jugements insondables comme 
l'abîme » (Erakin, 8 b) . 



1 Le mot p est ici un pronom démonstratif comme dans p ^iHN ,pb ,p T735, 
etc. On aurait pu traduire sans cela. 

2 biK ^"nï-D 'inplïfc est un verset des Psaumes (XXXVI, 7) ; c'est pourquoi 
ces trois mots sont considérés ici comme formant une seule et unique expression. 



294 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

30. nna rww ib^Dtf RHiiib bn^ wa "p abttba 
S'il n'en était ainsi (l'enfant) ne pourrait vivre un seul instant 

[Niddali, 30 à) . 

Dans tous ces passages, abttba et ^biba peuvent se rendre par la 
préposition française sans. 

B. Au contraire, dans les passages qui suivent, Nbttba et ^biba, 
étant conjonctions, ont le sens de si. Le verbe qu'ils déterminent 
peut être exprimé (le participe présent est considéré comme un 
verbe) ou sous-entendu *. 

31. *ptt ifcrr, rr> ^aaftb "pb^i ab ...«i»»* p'5 ïnû35nE ^b-iba 
Si- tous les peuples... se réunissaient, ils ne pourraient 

éteindre ma pitié pour toi (Targum sur Cantiques, vin, 6). 

32. b^> mb mrifc N3N ...md "pEE bi nsà sfr ^biba 

Si quelqu'un donnait tout l'argent de sa maison» . ., je lui ren- 
drais le double (iMd.) 2 . 

33. 13572 -n^b t-ib-o^ ïrnâ bs "pa rnanb p3>b v mun hbn^a abttba 

S'il avait été permis à l'œil de tout voir, aucune créature ne 
pourrait supporter la vue des êtres malfaisants (Berakot, 6 a). 

34. oibei t^id banrai biû piatt-nati -pTiiûa «b irions ab^ba 

Si je m'étais mis en colère, personne d'entre les Israélites 
n'aurait échappé (ibid., la; Sanhédrin, 105 b). 

35. r\i2H na iû'TOhb ihS Sfèi n» aim *ft 13a Nbttba 
Si j'étais vivant et lui mort, le vivant pourrait contredire le 

mort [Berakot, 27 b) . 

36. vu ab ib"û û-pïi bs iiiro p'à "îiûan na iîoï fà Wàîri abttba 

vb* ^maia» 
Si Ben Zakkaï s'était mis la tête entre les genoux toute la 
journée, on n'aurait pas fait attention à lui [ibid., 34 a). 

37. ■piubn ï-win fm nab© ab ri3T©*n rata baniBi nw» abttba 

Si Israël avait observé le premier Sabbat, aucun peuple n'au- 
rait pu le soumettre (Sabbat, 118 b). 

1 Le participe présent ou le verbe (être) sous-entendu répondent à notre imparfait ; 
le parfait du verbe à notre plus-que-parfait. 

2 ^blbiS a fini même par perdre complètement son sens primitif dans Cantiques, 
VI, 10, f^tt-On *pD1 *pï55 "ïblbN "fànfab « Pour voir si les sages augmentent et 
se multiplient >. Ici ^blbft répond au latin num, il n'indique pas une bypotbèse, 
mais une interrogation. 



NOTES ET MÉLANGES 295 

38. ■pb&tta T» "JMWiS mnrns "rna b*w> 'pnftïaa ababa 
Si Israël observait deux sabbats selon la règle, il serait aussi- 
tôt délivré {ibid.). 

39. ifita N3Tiri!Q ÏTltt ^NÏÏpfc iTPrntn NbttbN 
Si je l'avais vu de face, je serais encore plus fin (Erubin, 13 b) l . 

40. ababan vmsy *i$ ûbn^rs finaara ar» "W ^a W"4k ababa 

isno n^ ûbi^n anaaiû ûva "ûe* ïtw p ûm-> 
Si Eliézer mon fils [était] avec moi (je pourrais faire absoudre 
tous les péchés commis) depuis la création du monde jusque 
maintenant, et si Jotam fils d'Ouzziyyah [était] avec nous, (tous 
les péchés commis) depuis la création du monde jusqu'à sa fin 
{Sukkah, 45 b). 

41. i"piû*a tfba vnjap ab ■mrt imaa wt*i «baba 
Si j'avais vécu à cette époque, je n'aurais fixé (l'anniversaire 

de la destruction du temple) qu'au dix Ab [Taanit, 29 a). 

42. -ib-D ûbi3>rs bai "pa-ntia 'pasv )n ababs 
Si eux sortaient, ils détruiraient le monde entier (Megii- 

lah, 6 b). 

43. jaSSH 1» bioa nna *nb ïrna ababa 

Si tu étais Lévite, tu ne pourrais réciter la bénédiction sacer- 
dotale (ibid., 24 b). 

44. v:qb W naa Wià^ ffl aim biara ï-ina «baba 

Si tu étais Saul et lui David, j'aurais fait périr bien des David 
à cause de lui (Moed Qatan, \6b). 

5. aabirb -inba rrnwi brossa Wbbrè JWua ababa 

Si on avait frappé Hananyah, Misael et Azaryah, ils auraient 
adoré l'idole {Ketubot, 33#). 

46. ■mai? ba-a ab n^p STiiïT ababa 
Si Juda [était] vivant, il n'aurait pas manqué aux devoirs 

conjugaux [ibid., 62 b). 

47. ti'i -ina -is^n ab «pn bsnmn&n aam rniun «baba 
Si Doeg et Ahitofel avaient expliqué (tel verset) ainsi, ils 

n'auraient pas poursuivi David (Sotah, 21 a). 

48. rnpirnb ïran ff\h ab wbmh im> ^a imrb ababa 
Si les gens de Jéricho avaient accompagné Elisée, il n'aurait 

pas excité les ours contre les enfants (ibid., 46 b). 

1 Quelques éditions ont la leçon "ibtf au lieu de Nbabfcî, mais la plupart des mss. 
portent ttbabN- Voir Diqduqé Soferim, L c. 



2D6 RKVUE DES ÉTUDES JUIVES 

49. aan ab srma *o apan ""û a-ip wrb nna îtwi abttba 

Si Aher (Elisa ben Abuyah) avait expliqué ce verset comme 
R. Jacob, son petit-fils, il n'aurait pas péché (Qidditsin, 39 a ; 
Hullin, ad finem). 

50. d^in b\a T^y niN» m^iûn» nna tra'ttfc mpaii d\-na abttba 

Si deux (cheveux) sortaient d'un seul trou, ils obscurciraient 
la vue de l'homme {Baba Batra, 16 a ; Niddah, 52 #). 

bi. y-iN^î na mtûBiDtaio nna oisn^ "paum "psa d^nui ab^bs* 

Si deux gouttes (de pluie) sortaient d'un seul moule, elles 
écraseraient la terre (Baba, Batra, 16a). 

52. ûb-im bd na •pa'nnfc "rna b^didE mwm mbrp ^nui ab^ba 
Si deux coups de foudre sortaient d'un seul sillon, ils détrui- 
raient le monde entier (ibid.). 

53. n» "rtt nna mi nnNtt in nn^ 3>jn d^iptt abtiba 
Si (l'aigle) était en avance ou en retard d'un seul instant, (le 

faon) mourrait aussitôt (ibid., \6à). 

54. ib"id bbwi bd nN •pd'nma îrïb m d^ppra «baba 

Si (le mâle et la femelle du Léviatan) s'accouplaient, ils détrui- 
raient le monde entier [ibid., Ikb). 

55. im-n TO^b rsbid-» sma bd *pa "p* *pb ifflan D^a» ababa 

Si (le Léviatan) introduisait sa tête dans le paradis, aucune 
créature ne pourrait supporter son odeur [ibid., 75 a). 

56. ib map *mïi î-pïi ^ab -tid-i^d ->dn abttba 

Si moi seul, j'avais été brûlé, la chose me serait déjà pénible 
[Abodah Zarah, 18 a). 

57. nmv ababa rnaa^aio ^wa t»» i-naaia mbi* ababa a^dta 

mntt Ta d"»b 
(Les animaux) qui sont dans la mer, s'ils montaient sur le 
continent, périraient immédiatement; (ceux) qui sont sur le con- 
tinent, s'ils descendaient dans la mer, périraient immédiatement 
[Hullin, 127 a). 

58. mTYn ababa n*n«atD mna ■ra -maa mbn* ababa -netau) 

mna "7">7û -nab 
(Les animaux) qui sont dans le feu, s'ils montaient dans l'air, 
périraient immédiatement, (ceux) qui sont dans l'air, s'ils des- 
cendaient dans le feu, périraient immédiatement (ibid.). 

59. Tpû3>b , pb"id*' 'pa "pd dpani prof arma ar rîd"pn aa ababa 

nnain -as» 
Si Dieu avait plaidé contre Abraham, Isaac et Jacob, ils n'au- 
raient pu résister à ses reproches (Erahin, Ma). 



NOTES ET MÉLANGES 297 

60. ù-n^ia dna rts^ mMiûtt "pn bs ï-pa^a ïw abttba 
Si (la femme) faisait attention pendant tout le crépuscule, vous 

auriez raison (Nidda/i, 53#). 

On remarquera que dans la plupart des exemples ci-dessus le 
verbe suit immédiatement la conjonction et le sujet ne vient 
qu'après le verbe. 

C. Si, à l'aide des mots ababa et ^bnbN pris comme conjonctions, 
on veut exprimer le sens de si. . . ne pas, on les fait suivre de la 
négation £*b. 

61. -p i3 nasto î^b "pa ^man >*b abttbN 
Si tu ne m'avais pas vu tel (avec les traces de mes souffrances), 

tu ne m'aurais pas trouvé tel (aussi instruit) {Sabbat, 33 b). 

62. nttia ïinN w ...nan* mift >*b ab»b« 
Si tu n'avais pas été avec nous. . ., tu aurais raison (ibid., 3ia). 

63. wj ï-ït lai snttiab aba inao >*b ab^ba 

Si je n'étais venu que pour apprendre cette chose, cela me 
suffirait (iàid., 41 a). 

64. bmntt nvts Tnttb i^n min narra ï^b ab^ba 

Si la Loi n'avait pas été donnée, nous apprendrions les conve- 
nances par le chat (Erubin, 4 00#). 

65. îs^T irbiBTm *io*m rrn^s bisab r<bN i3->b^ t^b abttba 

Si nous n'étions allés en Palestine que pour y manger les 
fruits de Génésareth, cela nous suffirait (Pesakim, Sa). 

66. is^i û^'T-pn î>m::tû ^m ynmb t^ba n^b^ ><b abttbN 

Si nous n'étions allés en Palestine que pour nous baigner 
dans les eaux thermales de Tibériade, cela nous suffirait [ibid.). 

67. Tibrçrwa mn zstb "ni ïrbapi *<^ P "^tttii mri >*b abttba 

Si Sim'i ben Géra n'eût pas existé ou que David l'eût tué, 
Mardochée ne serait pas né (Megillah, \%b) 1 . 

6s. *jtt!-r T^n» ftiri t*6 b-iau: mbapi wn rpft t^b «baba 

Si Agag n'eût pas existé, où que Saûl l'eût tué, Aman ne 
serait pas né (ibid., 13 a). 



1 Ce passage et le suivant ne se trouvent pas dans nos éditions du Talmud, mais 
ils sont cités dans VEn, Yaaqob et le Diqduqé tSoferim de Rabbinowicz. 



298 REVUE DES ETUDES JUIVES 

69. SflRn irattin ï-tia^n ?>ibN dïib "jp^a t^b bîn^ iRBft t-6 abttbN 

naba anioim "iddi 
Si Israël n'avait pas péché, il n'aurait reçu que les cinq livres 
de la Loi et le livre de Josué [Nedarim, 22 b). 

70. nbibi r^npnia î-imïi m-iÊn nb^bi ïtqizï t^pa t^b Nbttba 

Si elle ne s'était pas appelée Dalilah, elle aurait mérité d'être 
appelée Dalilah (Sotah, 9 b). 

71 . wj riî nan braœa t^bjs ban^ pn wlfrîi t^b ab7ûbtf 

Si je n'avais fait monter Israël (de l'Egypte) que pour cette 
raison, cela me suffirait (Baba Mesia, 61 b). 

72. P3ttN!i s<b p^n t^b Nb?abN 
Si tu ne l'avais pas vu, tu ne l'aurais pas cru [Baba Ba- 

tra, 75 a). 

73. twd itnp ï^b >*b)abtf yt ba> trnn fr^nt» t*nTa> ï-psi •nai 
Ezra aurait mérité que la Loi fût donnée par son intermédiaire, 

si Moïse ne l'avait pas devancé (Sanhédrin, 21 b). 

74. unn bd d^Maua ïrpaa ^d b^apnb s^ba ban^ ia? >6 NbttbN 

Si Israël n'avait eu que le mérite de prier son père céleste une 
fois tous les mois, cela lui suffirait (ibid., 42 a}. 

75. vion» ■witta î>6 ..-.rrab rtbwi dmaa a^pïi r<b ab^aba 

D^bDi T-na banui^ 
Si Abraham n'avait pas prié avant l'arrivée du malheur..., 
aucun Israélite n'aurait échappé (ibid., 44 b). 

76. nb "paiera vn barua^ ^rtan nna* bd u:na bpbpp-o t^b ateba* 

d^a-iia d^na w 
Si le serpent n'avait pas été détruit, chaque Israélite se serait 
procuré deux bons serpents (ibid., 59#). 

77. m*pt» bd maab idp^a va ba> riboi ^aô?a no no aô?aba* 

mnaunpi 
Si un ange n'était pas venu le souffleter, il aurait tenté d'in- 
sulter tous les chants et toutes les louanges (ibid., 92 b). 

78. *rn b© "îanna *v«niaa no ...^b^nao np^aa* n^niaa no ao7:ba* 

Si Ebiatar n'était pas resté à Ahimélek. . ., il ne serait resté 
personne de la postérité de David [ibid., 9ob). 

79. banuji ^andnb ïiapp mn no Yrwïn bannaa no no aottba* 
Si Gabriel n'était pas venu l'arrêter, il n'y aurait pas eu de 

remède pour Israël (ibid., 96 a). 



NOTES ET MELANGES 299 

D. On peut encore exprimer le même sens de si.. . ne pas au 
moyen de nos deux mots suivis de la conjonction i ou Ui placée 
devant le verbe. C'est ce qui a lieu surtout pour ibiba. On a alors 
une locution tout à fait analogue à la locution française sans que 
au sens où cette locution était usitée au xvn e siècle i . Exemples : 

80. '-n s^maa ifcrrab ma?:nrt -n ^biba ...8*npiD ^Sb "b? ^p 
Les faux témoins se seraient levés contre moi. . ., si je n'avais 

espéré en la bonté de Dieu (Targum sur Psaumes, xxvn, 42-43). 

81. trp i-ietp -onai ^b"iba 3>i^b^ *pa l" 1 ^^ fr^^iïib '■» t^n 
Dieu aurait voulu les faire disparaître du monde, s'il ne s'était 

rappelé son serment (Targum sur Cantiques, n, 4 7;. 

82. p^sa mn t^^pi t^an tsïTatûn û-nn t^iï-n t^b^b^ 
S'il n'était scellé du nom grand et sacré, il sortirait (iàid. f 

iv, 42). 

§3. 3>nb sps^ *p "iTsnb 'i rî">b :rm t<b ***:n usa nn mm ^bibx 

S'il n'avait été un grand homme, R. Eliézer ben Yaaqob ne se 
serait pas assis plus bas que lui (Yerusalmi Seqalim, v, 6). 

84. la» mm t^b tnnbaïi **nn 'rt b?ansîi nnn baniû^ in72Nua ">bibN 

Si Israël n'avait dit sur le mont Garmel : L'Eternel est Dieu, le 
feu ne serait pas descendu du ciel [id., Taanit, n, 4). 

85. na rtbs^iï mm nnn mn ynan tnbtë Wpn inau) t*îbttbtf 

Si Dieu n'avait mis la paix sur la terre, la guerre et les 
bêtes sauvages la désoleraient [MasséUt Dérèk Eres, Pérèq Bas- 
salom). 

86. rnibi"» ïimn î^b np^is **^™ ^b"ibfc 

Si elle n'était pas vertueuse, elle n'aurait point d'enfants \Be- 
résit Rabba, seclion Yayyésé). 

E. Nous avons trouvé notre règle en défaut dans un très petit 
nombre de cas que nous allons tous indiquer. Ce sont cinq 
exemples où ^biba et Nbttba sont conjonctions et cependant ne 
signifient pas si, comme le veut notre règle, mais si*-., ne pas. 

87. -nasa ^mpTiian mi» n?o ^b m*D ^ ^bnba 
Si Dieu ne m'avait pas secouru, pour un peu j'aurais été 

réduit au silence (Targum sur Psaumes, xciv, 17). 

1 Voir Dictionnaire Littré, s. v. sans, § 10. 



300 REVUE DES ETUDES JUIVES 

88. rr3£73 ib'D dVi3>ii bd nmms ï-rrwtt y: p xhnbn 
Si Ben Nés ne le retenait pas (le vent du sud) détruirait le 

monde entier [Gittin, 31 à). 

89. irms Yi733>b rsb-o- 1 ïria bs "pa ims ■pûd'o tPtt t^bttba 
Si Peau ne couvrait pas le génie de la mer, aucune créature ne 

pourrait supporter son odeur [Baba Batra, 79 b). 

90. "nia "pb* ww !inN -oin r^bTaba 
Si tu n'étais pas Onias, je te frapperais d'interdit (Berakot, 

19 a ; Taanit, 19 « ; iW., 23 a). 

91. ">rn pb? i3ina ïrnK omn j**b»bN 
Si tu n'étais pas Todos, je te frapperais d'interdit {Berakot, 

19 a ; Pesahim, 53 a). 

On remarquera que dans tous ces exemples le substantif suit 
immédiatement la conjonction ^biba et abiïbN, et que cette circons- 
tance assez rare, comme on l'a vu plus haut, a pu faire que dans 
nos cinq exemples on aura donné, par exception ou par erreur, 
au lieu du sens positif qu'ils ont quand ils se rapportent au verbe, 
le sens négatif qu'ils ont quand ils se rapportent au substantif. 
Cependant il est impossible de méconnaître que nos cinq cas, 
87-91, sont de vraies irrégularités; il suffit de comparer, pour s'en 
convaincre, ces cinq numéros avec les n os 40, 46, 50, 51, 52, 60 où 
nos deux mots sont également suivis immédiatement d'un subs- 
tantif sans que leur signification en soit le moins du monde altérée. 
On comprend difficilement que "nb ïina abfcbN (n° 43 ; voir n° 44) 
et ïinN ^in NbttbN (n° 90, voir 91) soient deux cas où une légère 
différence dans la construction de la phrase (pronom ou, si l'on 
veut, verbe, ici avant, là après le sujet) change entièrement le 
sens du mot abttb». Voilà pourquoi mon cher maître, M. Isidore 
Loeb, suppose qu'il y a une faute dans les n os 87 à 91 et qu'il 
faut lire comme suit : n° 89 : ^b wvi '* ""biba ; n os 90 et 91 : 
rrrwEtt) "p p NbftbN, "pODfciO trïï abttbN (comme on a Nbttba 
nmia ri"nprî, n° 14, zwm nr "Win Nbttba, n° 7), et enfin, n os 90 
et 91, nnN mn ab «bttba, nna Dmn sb abïïba. La disparition 
erronée d'un ab après un mot terminé par ab s'explique par un 
phénomène bien connu des paléographes. 

En résumé, on a la règle suivante : 

1. Quand abttba et ibiba sont prépositions, ils ont le sens né- 
gatif (ex. 1-30; 87-91); 

2. Quand ils sont conjonctions, ils ont le sens affirmatif (ex. 31- 



NOTES ET MÉLANGES 301 

60), et ils n'obtiennent le sens négatif que s'ils sont accompagnés 
de Nb (ex. 61-79) ou des conjonctions tzi ou *i (ex. 80-86). 



Mayer Lambert. 



HAGGADA ET LÉGENDE 



Le recueil qu'on vient de publier à Berlin à l'occasion du qua- 
tre-vingt-dizième anniversaire de M. le docteur Zunz \ renferme 
un mémoire de M. le docteur Gùdemann, intitulé : Haggada et 
Midrasch-Haggada 2 . Ce travail nous a paru d'une assez grande 
portée pour que nous en présentions les idées principales aux 
lecteurs de la Revue. On est habitué à entendre par haggada la 
partie homilétique de l'ancienne littérature rabbinique. On Top- 
pose dans ce cas à la halacha qui s'occupe de la législation civile 
et religieuse des Juifs selon l'esprit du Talmud. Le savant rabbin 
de Vienne ne conteste pas cette signification traditionnelle du mot 
haggada ; mais il la croit plus moderne qu'un autre sens que le 
mot aurait eu dans les temps les plus anciens. 

Selon M. Gùdemann, les Israélites, comme tous les autres peu- 
ples, avaient à leur origine une histoire mêlée de mythes et de 
légendes. Les faits et gestes des ancêtres y étaient racontés avec 
cette addition poétique qu'on rencontre dans tous les récits de 
l'antiquité païenne. Le monothéisme réagit contre ces ornements 
et fit des efforts afin de dépouiller la vie des héros du peuple 
d'Israël de tout ce que l'imagination trop féconde avait pu y ajou- 
ter 3 . Au moment surtout où l'on mit cette histoire par écrit, on 

1 Jubelschrift mm neuntigsten Geburtstag des D T Zunz, herausgegeben durch das 
Curatorium der Zunz-Stiftung, Berlin, 1884. — La fondation remonte à 1874, l'an- 
née où M. Zunz atteignit sa quatre-vingtième année ; elle a à sa tête M. le D r Neu- 
mann, conseiller de santé (Sanitâtsrath), un de nos coreligionnaires les plus actifs 
pour tout ce qui concerne les intérêts intellectuels, moraux et matériels du judaïsme. 
L'administration a publié trois volumes des œuvres du D r Zunz, sous le titre de 
Gesammelte Schriften, I, 1875; H, 1876 ; III, 1876. 

* Jubelschrift, p. 111 à 121. 

3 Le style sec et prosaïque de quelques livres historiques de la Bible est, selon 
M. G., voulu, et nullement l'effet de l'incapacité de l'auteur. Car, malgré l'expurga- 
tion, il est resté des passages qui sont fortement entachés des anthropomorphismes 
que le rédacteur cherche cependant à éviter. 



302 HEVUE DES ETUDES JUIVES 

eut soin de la dégager des éléments dangereux pour la doctrine du 
mosaïsme; mais ces éléments n'en persistèrent pas moins dans la 
bouche du peuple. Ainsi, l'histoire de la jeunesse d'Abraham, de 
ses luttes avec Nemrod, avec son père et sa famille parce qu'il 
brûlait les idoles, a disparu complètement de nos textes ; cepen- 
dant il se peut que la tradition orale en ait propagé des souvenirs 
qui ont été fixés dans les livres midraschiques. 

C'est ce qu'on appelait autrefois, selon M. G., fiaggada (îtwt) 
& récit oral » , en opposition avec Uetab ( sro ) « récit écrit » ■ . 
Si le premier de ces deux termes, poursuit notre auteur, ne se 
lit pas dans la Bible, le second s'y rencontre dans un passage 
qu'on n'a pas suffisamment remarqué. Ezéchiel, en parlant des 
faux prophètes, affirme que leurs présages « ne seront pas ins- 
crits dans l'écrit (nrosi) de la maison d'Israël » (ch. xm, v. 9). 
Il y avait donc un livre rédigé dans l'esprit des vraies croyances 
d'où l'on excluait ce qui y était contraire 2 . 

Nous croyons pouvoir donner à l'argument de M. G. une plus 
grande valeur par la remarque suivante. La ponctuation masoré- 
tique de Mhtâb avec kâmetz 3 est contraire à la règle, ce mot 
étant à l'état construit. Nous avons fait observer ailleurs * que 
les noms propres préfèrent pour la dernière syllabe une voyelle 
longue, qui en fait ressortir davantage la prononciation. Ainsi les 
noms de Nathan ()rp) , Schafât (obis), Rahâb (arn), etc., bien 
qu'ils représentent la troisième personne du masculin singulier 
du parfait, remplacent le patah par un kâmetz ; il en est de même 
pour les noms de Yimnâh (rr;^; , Yischwâh (irre^), où la dernière 
syllabe devrait avoir ségol, et de Yiftâh (nns^) où il faudrait patah. 
On distingue de même ■q t r« «mon maître » dans un sens profane de 
"•jtn « Seigneur »,qui par son sens sacré prend la valeur d'un nom 
propre. Il ne serait donc pas étonnant que la tradition eût main- 
tenu le kâmetz de Ketâb, si ce mot avait le sens prégnant d'E- 
criture. 

M. G. découvre fort ingénieusement dans une baraitâ la trace 
de l'emploi du mot haggada dans le sens qu'il lui attribue. Il 
est dit qu'à la femme soupçonnée d'adultère, on raconte ce des 
paroles de haggada et des faits arrivés dans les Ecritures les plus 

1 M. G. croit même qu'à l'origine, la distinction entre debârîm schébbiktâb et 
débârim schébbe'al péh n'avait pas d'autre sens. 

2 Pour le Deutéronome, trouvé du temps du roi Josias, cf. II Rois, xxn, 13, et 
surtout xxiii, 3, où le mot Ù^in^H rappelle le même terme qui se rencontre dans le 
passage de traité de Sota cité plus bas. 

3 Elle est attestée par Ibn Djanah, Mikmâh, p. 196. 

4 Journal asiatique, 1868, II; Notes épigraphiques , p. 110. 



xNOTES ET MÉLANGES 303 

anciennes l », afin d'amener une confession de sa part. Ici la hag- 
gada ne peut signifier que les événements qui ne sont pas consi- 
gnés dans la Bible. A cette occasion, l'auteur du mémoire nous 
paraît encore ne pas avoir tiré du passage cité tout le parti qu'il 
aurait pu en tirer. En effet, les deux exemples que la baraïta 
donne sont la confession de Juda et celle de Ruben; or, la première 
est racontée dans la Genèse et la seconde n'est qu'une légende, 
une haggada. 

Si le mot haggada est devenu définitivement l'équivalent d'ho- 
mélie, l'ancien sens n'en est pas moins resté constant pour un petit 
livre fort connu, qui est récité dans les familles juives pendant les 
deux premières soirées de Pâque. Les anciens docteurs se réunis- 
saient, nous raconte-t-on, et consacraient les deux nuits toutes en- 
tières à des entretiens sur la sortie de l'Egypte, entretiens où les 
légendes devaient avoir une large part 2 . En agissant ainsi, ces 
docteurs suivaient une prescription de l'Exode (ch. xm, vers. 8), 
où le verbe mam est employé. Déjà plus haut (ch. xn, vers. 26), 
il est dit : « lorsque vos fils vous demanderont quel est le sens de 
ce service, vous' répondrez, etc. ». En lisant les versets qui suivent 
depuis 27 jusqu'au 41 on serait bien tenté de prendre le tout 
comme le modèle d'une réponse que les parents pourraient faire à 
la question de leurs enfants ; c'était comme un thème qui pouvait 
être varié à l'infini par l'imagination des conteurs 3 . Si l'on com- 
prend ainsi notre passage et qu'on en fait pour ainsi dire un pre- 
mier essai de haggada, on trouvera peut-être l'explication du mot 
schimmourim (frniM) qu'on lit deux fois dans le verset 42 qui 
termine ce morceau. Ce mot difficile ne se retrouve nulle part ail- 
leurs dans l'Ecriture. Or, samara a en arabe, comme sens principal 
« s'entretenir pendant la nuit». Les Bédouins, pendant leurs migra- 
tions dans le désert, aiment à s'asseoir devant leurs tentes jusque 
fort avant dans la nuit et à entendre les contes de leurs anciens ; 

* Sota, 7 h-, tra-ittiann ù'mrûa "uniNiii d^ia^m î-fc^ "nm. C'est bien la 

bonne leçon, comme le prouve M. G..., p. 116 et 117. 

2 Dans les temps les plus anciens, ces entretiens étaient libres, et chaque père de 
famille les choisissait selon son goût et d'après le degré de connaissances quïl pos- 
sédait. Ils ne furent fixés qu'à l'époque où l'ignorance des masses exigea une 
sorte de rituel. Le dizième chapitre de la mischnah de Pesâhîm donne une partie de 
ce formulaire, qui a été augmenté successivement. Les psaumes connus sous le nom 
de hallêl étaient récités longtemps avant la destruction du temple, comme le prouvent 
des proverbes populaires qui se rapportent à cet usage, j. Pesâhîm, 35 b. (Cf. Schuhl, 
Sentences et proverbes, n° 1190.) 

3 Notre texte ne s'accorde pas tout à fait avec notre manière de voir. Ainsi le 
verset 28 interrompt mal à propos le récit, et n'est qu'une répétition du verset 50. 
Peut-être en est-il de même du verset 37; cf. xm,20 et Nombres, xxxiii, 5 et 6. Mais 
en éliminant ces versets, le reste forme un ensemble qui raconte les faits essentiels 
relatifs à la sortie d'Egypte. 



304 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ces veilles sont appelées samaroun. Pourquoi la nuit de Pâque 
n'aurait-elle pas été nommée dans ce sens û"m?3tz) h"h « la nuit 
des entretiens nocturnes » ? 

Nous serions également disposé à croire que (en. xm, vers. 8), 
il y avait après les mots n^Nb . . . niam « tu feras à ton fils en ce 
jour le récit (hagâdâ) suivant », un nouveau récit de la sortie 
d'Egypte qui a été retranché comme superflu, et dont il n'est resté 
que la conclusion : « Pour cette raison Dieu m'a accordé sa faveur, 
lorsque je sortis de l'Egypte 1 ». Enfin un troisième modèle de ré- 
ponse fort abrégé se lit ibid, v. 14 et 15. 

J. Derenbourg. 



UNE ÉLÉGIE SUR JOSEPH CARO 



A la fin du premier volume d'une édition du Zohar (Mantoue, 
1560, in-4° en 3 vol.), que possède la Bibliothèque nationale de 
Paris 2 , sur la dernière page en blanc, on trouve une rt^p (élégie) 
manuscrite, composée sur la mort de Jos. Garo, « par Juda fils de 
Moïse de Saltaras (D-iNaboa), habitant de Pesaro, Tan (5)335 (— 
1575) ». 

Cette pièce est non seulement inédite, mais probablement 
unique ; du moins les conservateurs des plus célèbres et plus ri- 
ches bibliothèques de manuscrits hébreux auxquels nous nous 
sommes adressé pour cet objet ne connaissent pas cette élégie. 
Elle est écrite en caractères orientaux cursifs, et nous confessons 
avoir éprouvé des difficultés à la lire 3 , à cause de la ressem- 
blance de plusieurs caractères entre eux et d'un certain nombre 
de ligatures. 

1 Les mots J-jf TiD^D doivent se rapporter à ce qui précédait. Le singulier 
"•DNit^ s'explique aussi fort bien, du moment que la phrase termine le récit du père. 
— Nous renvoyons au mémoire de M. G. pour les observations judicieuses qu'il fait sur 
ce qu'on nomme Midrasch haggada et Midrasch halacha. Voy. ce que nous avons dit 
à ce sujet dans Y Encyclopédie de M. Lichtenberger, art. Talmud, vol. XII, p. 1010. 

2 Au dos des trois vol., qui sont reliés aux armes de la maison du roi (Louis XV), 
portant le double L entrelacé, surmonté de la couronne royale, on peut lire : Zohar 
IDEN Splcndor ; le doreur a mal lu le deuxième mot de la traduction latine du titre : 
id est. 

3 Avec le concours d'un jeune hébraïsant, M. Mose Giacomo Montefiore. 



NOTES ET MÉLANGES 305 

Le texte se compose de neuf quatrains, tous suivis d'un refrain. 
Chaque vers comprend quatre hémistiches de six syllabes ; les 
trois premiers hémistiches riment entre eux. Le dernier rime avec 
la fin des deux vers suivants. La syllabe finale du quatrième vers 
de chaque quatrain rime avec le dernier mot du refrain (à deux 
hémistiches), qui est invariablement : Joseph. Nous ne pouvons 
nous dispenser de donner au moins Yincipit : 

mt "irmnn "-irnaiD *na n^n nm ba in -hiîn ima rm np^ 

L'auteur rappelle que Garo (originaire, comme on sait d'Es- 
pagne, où il est né en 1488) est allé habiter la Terre-Sainte, et 
qu'il est mort à Safeth comme un saint. 

Après la fin (un) de ce premier texte, se trouvent deux strophes 
de huit vers, à deux hémistiches chacun, dont les rimes alternent 
en se croisant ; c'est un tour de force auquel se délecte le poète, 
qui, au milieu d'allusions incessantes soit à la Bible, soit aux 
livres rabbiniques, déplore de nouveau la perte du savant rabbin; 
puis il annonce, au milieu de beaucoup de périphrases, que les 
communautés ont nommé pour successeur à ce maître émérite le 
Gaon Jacob, au mois d'Adar II. 

Cette poésie confirme par sa date l'année (déjà connue) de la 
mort de Caro. Le poète Juda est un « habitant de Pesaro », fils 
d'un certain Moïse de Saltaras, petite commune qui existe encore 
aujourd'hui, sise non loin de ladite ville de Pesaro. Ce Juda a dû 
écrire sous l'impression de la triste nouvelle reçue par ses compa- 
triotes, qui étaient en relations fréquentes avec le Levant. Peut- 
être a-t-il transcrit lui-même l'élégie sur son propre exemplaire 
du Zohar, car la signature du poëte n'est précédée d'aucune de 
ces épithètes élogieuses dont les Italiens ne sont pas avares. 

Moïse Schwab. 



T. IX, n° 18. 20 



BIBLIOGRAPHIE 



Histoire des Israélites depuis l'époque de leur dispersion jusqu'à 
nos jours, par Théodore Reinach. Paris, libr. Hachette (1885), in-16 de xvm- 
423 p. 



Un livre comme celui de M. Reinach manquait en France, il 
manque peut-être ailleurs. L'ancienne Histoire des Juifs, de Bas- 
nage, a des parties qui sont encore très bonnes, mais il est clair 
qu'elle est aujourd'hui incomplète et surannée, elle consacre des 
chapitres et même des livres entiers, et des plus longs, à des ques- 
tions qui font sourire (par exemple la question des dix tribus), elle 
repose tout entière sur des conceptions historiques par trop naïves. 
L'ouvrage de M. Schwab est trop élémentaire. La belle Histoire des 
Juifs de Graetz, dont une traduction française est en cours de 
publication, est un peu longue pour un public pressé et, malgré 
le talent des traducteurs, il lui manque ce tour original de la 
langue sans lequel un ouvrage se l'ait difficilement lire en France. 
M. Reinach sera lu, il a la force et la grâce du style, il a l'intelli- 
gence des faits, la méthode qui les enchaîne et les explique, l'art 
qui les groupe et les discipline. Ce n'est pas un mince mérite 
d'avoir su disposer dans un ordre excellent des matériaux si nom- 
breux et quelquefois si disparates, et de les avoir fait entrer dans 
un cadre restreint sans manquer aux lois des proportions et de la 
perspective. M. Reinach y a pleinement réussi : la division de son 
récit est simple et rationnelle, les repos et les points d'arrêt sont 
choisis avec discernement, les événements sont expliqués dans 
leurs causes et leurs effets, cet ouvrage est une véritable histoire, 
non un simple catalogue de faits. Il commence à la chute de Bethar 
et finit à l'époque moderne. Les cinq livres dont il se compose com- 
prennent l'histoire des Juifs en Asie jusqu'au xi 9 siècle,, où leur des- 
tinée, dans ces régions, ne présente plus aucun intérêt ; l'histoire 
des Juifs en Occident jusque vers la même époque, l'histoire des 
grandes persécutions, l'époque de la Renaissance, les temps mo- 



BIBLIOGRAPHIE 307 

dernes. On y trouvera, dans ses grands traits, un tableau de la vie 
des Juifs à travers les siècles, de leur rôle économique, politique et 
social, de leurs travaux scientifiques, de leurs efforts et de leurs 
souffrances. 

Si ce livre n'était pas un livre de vulgarisation, si, au lieu de s'a- 
dresser principalement à la jeunesse ou aux personnes pour les- 
quelles le détail a moins d'importance que les vues d'ensemble, il 
était destiné aux hommes de science et d'étude, nous pourrions 
indiquer ici les passages qui demanderaient à être revus et qui le 
seront dans une nouvelle édition. Dans un si vaste recueil de faits, 
les erreurs sont inévitables, M. Reinach, pour répondre au vœu 
d'un comité scolaire dont il fait partie, a été obligé de composer 
son histoire en peu de mois, et Ton s'étonnera qu'ayant disposé 
d'un temps si court, il ait pu écrire un ouvrage où la critique n'ait 
pas davantage à reprendre ou à corriger. Mais le cadre et le fond de 
l'ouvrage sont bons, les rectifications y trouveront leur place sans 
l'altérer ni le déranger. Il suffira, ici, d'une légère retouche; là, de 
quelque suppression ou addition. Dans les délicates questions de 
nuances, on se trompe d'un rien et c'est quelquefois beaucoup. 

Prenons, par exemple, l'excellent passage de M. R. sur le Talmud 
(p. 24) : c'est cela et ce n'est pas cela. Oui, il y a dans le Talmud 
abus de dialectique, raffinement, subtilités, problèmes inextricables 
et invraisemblables, dissertations à l'infini, tous ces traits sont 
justes, on n'a rien à y reprendre; ce qui n'est pas juste, c'est de 
ne voir que cela dans le Talmud ou d'y attacher une trop grande im- 
portance, de signaler les défauts de la forme plutôt que les qualités 
du fond, de ne pas voir que ces subtilités sont l'accompagnement 
inévitable de toutes les discussions théologiques ou juridiques ; 
de ne pas voir surtout le jeu des physionomies, le sourire qui ac- 
compagne ces traits d'esprit, qui montre que c'est bien pure plai- 
santerie et que ce jour là l'école était d'humeur folâtre. 

Prenons encore pour exemple la vie de Maïmonide (p. 83). Il est 
vrai que Maïmonide n'a pas été un créateur et cependant rien n'est 
plus faux. Maïmonide a créé une méthode nouvelle, il a été, en 
fait de construction scientifique, un architecte de génie. C'est là sa 
grande originalité, elle suffit à sa gloire. Il est vrai aussi que Maï- 
monide a « immobilisé la tradition », si on entend par là qu'il l'a 
transcrite et réduite en règles; cela n'est pas vrai si on entend par 
là qu'il ait « arrêté le progrès », car, en fait, il ne l'a pas arrêté et, 
on pourrait dire, tout au plus, qu'il a tracé à la pensée juive, jusque 
là un peu vagabonde, une voie régulière. C'est peut-être un petit in- 
convénient, c'était assurément un grand avantage. 

On voit de quelle nature sont les observations les plus importantes 
que nous pourrions avoir à soumettre à M. Reinach. La tentative 
qu'il a faite est d'autant plus intéressante qu'elle ne vient pas d'un 
savant voué à l'étude de l'histoire juive. M. Reinach a le mérite d'a- 
voir, sur toutes les questions qu'il étudie, des vues toutes fraîches, 



3U8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

un jugement que l'habitude n'a pas oblitéré, des opinions libres du 
préjugé scientifique ou professionnel. Ce ne sont pas, à certains 
égards, de trop mauvaises conditions pour écrire l'histoire. M. Rei- 
nach a pu voir bien des choses qui auraient échappé aux gens du 
métier, ou il les a vues autrement qu'eux, ce qui n'est pas toujours 
un mal et ce qui est toujours instructif. Il y avait des chances pour 
qu'il se trompât sur divers points, il y en avait aussi, et il l'a bien 
prouvé, pour que, sur beaucoup d'autres, il nous présentât des vues 
originales, neuves, et d'une saveur particulière. Pour notre part, 
nous le remercions qu'il ait bien voulu nous donner ce plaisir et cet 
enseignement. 

Isidore Loeb. 



Talmudische Chrestomathie mit Anmerkungen, Scholien und Glossar unter 
besondere Beriicksichtigung der talmudischen Discussion als Lesebuch zur der von 
ihm edirten Winer'schen Grammatik bearbeitet von D r Bernard Fischer, rabbiner. 

1884, 8° de vu -|- 268 p. 



Il existait déjà deux chrestomathies talmudiques, l'une consacrée à 
l'hébreu de la Mischna, l'autre à l'araméen du Talmud, la première de 
Geiger^la seconde de M. Fùrst 2 . En voici une nouvelle qui, paraît-il, 
vient combler une lacune regrettable et qui, comme l'indique le 
long titre que nous avons reproduit, a pour auteur un grammairien 
de profession, l'éditeur de la grammaire talmudique de Winer, et, 
je crois, de la réimpression du Dictionnaire talmudique de Buxtorf. 
Comment un étudiant, puisque aussi bien ce livre lui est destiné, 
s'aviserait-il de se méfier d'un guide aussi bien préparé? C'est cette 
considération qui me détermine à ajouter quelques mots à la brève 
notice qui a été consacrée ici-même à ce livre pour mettre en garde 
cet « étudiant » contre les notions grammaticales que veut lui incul- 
quer l'auteur. Pour cela il me suffira de donner un échantillon de sa 
science. Je le prends dans le premier passage qui m'est tombé sous 
les yeux. Si quelqu'un m'accuse d'avoir choisi le moins flatteur, je 
pourrai lui certifier que les autres, que j'ai parcourus ensuite, ne 
laissent pas de le valoir. C'est le morceau qui commence à la 

1 Lehr-u. Lesebuch der Sprache der Mischnah, Breslau, 1845. Fait suite à la gram- 
maire de la Mischna, Zehrîuch %ur Sprache der Mischna, Breslau, 1845. 

2 Haruzê Peninim, Perlenschnurc aramaïscher Qnomen u. Lieder, oder aramaïsche 
Chrestomathie, Leipzig, 1836. Fait suite au Lehrgebailde der aram. Idiome, du même. 
— Il a paru il y a deux ans deux fascicules d'une chrestomathie talmudique, à 
l'usage des commençants, rédigée en hébreu, sous le titre de Hamadrikh, par les 
frères Abraham et Benjamin Singer; Presbourg, Lôwy et Alkalay, 1882, 4°. 



BIBLIOGRAPHIE 309 

page 185 et qui est tiré du Talmud de Babylone, Taanit, 21 b. Cette 
page n'est pas ponctuée ; malheureusement le commentaire qui 
accompagne le texte ne garde pas cette modestie, et la Bible a dit 
avec raison que « la prudence est avec les modestes ». 

Dès les premiers mots, on s'arrête surpris : l'auteur a mal lu. 
Voici la phrase : . . . NttbTD trb ^na ïnirî NiftiN WN. Ceux qui ont un 
peu pratiqué le Talmud savent qu'il faut mettre une virgule après 
le deuxième mot, qui forme avec le premier un nominatif absolu, et 
que la phrase doit se traduire littéralement : « Abba Oumna 1 , la paix 
lui venait. . . » M. F. place la virgule après le troisième mot et tra- 
duit en note : « Abba était chirurgien ». Première faute, mais un 
dicton du Talmud, que connaît assurément M. F., dit avec raison 
aussi qu' « une faute en amène une autre ». M. F. ne sait plus que 
faire du mot suivant, ^nN, qui, en réalité, est le participe présent 
employé avec le parfait du verbe « être ». Il nous apprend alors que 
« "tin est mis pour "WnK, lequel est mis lui-même pour nnN, 3° pers. 
fém. du parfait ». C'est la première fois qu'on rencontrerait une 
3 pers. fém. du parfait d'un verbe N'b ainsi orthographiée : elle est 
toujours terminée, sous sa forme contracte, en "W. Quant à deviner 
pourquoi ce serait un féminin, j'y renonce, à moins de supposer que 
M. F. a pris Nttbo pour un féminin. 

Quelques lignes plus loin, le texte porte "^îa nYiin. J'ai cru 
d'abord a une faute d'impression, mais le commentaire m'a enlevé 
cette illusion, car "^n s'y retrouve et même ponctué "^n. A-t-on 
jamais vu dans n'importe quelle langue araméenne un participe 
féminin bâti de la sorte ? Le plus curieux de l'affaire, c'est que nos 
éditions du Talmud donnent la leçon correcte : fc^îa ! 

Je laisse de côté une foule de peccadilles, comme ^anna» « du de- 
hors » ponctué "WjMWa, parce qu'on n'a pas vu que le premier N est 
mis pour hy; anaa « salaire » ponctué N^JtëS, par confusion avec 
m^N « lettre » ; comme « Epto 1 »» mis pour t]33ntt », au lieu de 
« mis pour BpD3rv»H », l'araméen n'étant pas de l'hébreu; comme 
enfin la leçon ^uîds ^-û^ adoptée par M. F. et traduite « fortifie-toi », 
sans qu'on nous explique comment un impératif itpeêl peut avoir 
un complément direct et pourquoi cette leçon vaut mieux que celle 
de ^pass Nns, c'est-à-dire le pael ; je laisse donc de côté toutes ces 
peccadilles, qui n'échapperaient pas à un éditeur sérieux, pour en 
venir à un exemple caractéristique. 

P. 187, 1. 5, se lisent dans le texte ces mots : "Wntflb ïTTrti&ai 
ftpISfcb. Cette phrase est écrite de beaucoup de façons dans les diffé- 
rents textes et mss. qui la donnent, et il eût suffi pour s'en aper- 
cevoir d'ouvrir les Diqduqé Sofrim de Rabbinovicz, mais M. F. parait 
ignorer l'existence de ce précieux auxiliaire, car jamais il ne le cite. 
Adoptons de confiance la leçon de M. F. La phrase se comprend 

1 « Le chirurgien ». 



310 REVUE DES ETUDES JUIVES 

aisément, elle doit signifier : * J'y ai renoncé (à cette somme) et l'ai 
consacrée à la charité ». Voici comment M. F. analyse les deux pre- 
miers mots : « 'N est le Aphel de iiriD (M. F. veut dire Nfio), lavare, 
aUuere se ; ^Nn^lb vient de "^rm, mis pour rnarùH, adjectif de îtjh, 
de même que ^Nttîsa est mis pour *$WZ)2 et vient de *)W. » On dirait 
que les erreurs sont accumulées ici à plaisir. 'N ne peut pas venir 
de NfiD, car on dirait trmfMri ; en outre Nfio signifie « se baigner » 
et non « se laver », et le factitif de « se baigner » ne peut donner le 
sens de « renoncer, abandonner » ; je crois même que ce verbe n'est 
jamais pris dans un sens métaphorique. ïrnttON vient de la racine 
fiD5, qui correspond à 2D5 employé couramment dans le Talmud de 
Jérusalem, et avec le mot suivant ("^rwb = hebr. "Wi) il forme une 
locution bien connue : « j'ai détourné ma pensée, j'ai renoncé ». 
•wnsnb n'est, on le voit, que VKVft avec le b indiquant l'accusatif, et 
est un nom avec l'affixe possessif de la 1 re personne. Inutile donc de 
recourir à des hypothèses fantastiques où l'hébreu se mêle à l'ara- 
méen sans rime ni raison. 

Pour ceux qui voudraient poursuivre cette revue, il ne manque 
pas de joyeusetés grammaticales à cueillir. Ainsi M. F. ne veut plus 
qu'on dise tr'ifrb "ON, qui est très grammatical, « car ce participe 
serait un Pael (un participe Pael sans le 12 forma tif !), il faut lire 
d"^3b » ; cette forme de participe pou al étant, on le sait, très fré- 
quente dans la Mischna ! Il faut ponctuer le mot iba, qui correspond 
à l'hébreu ïibN, fttap ; au moins ainsi le pronom « ceux-ci » signi- 
fiera « si » ! ^aii est formé de ma fctti, ^12 de ma N» ! Dans la phrase 
tfp-psb bN3> lyn bfc«> est le participe présent et doit être ponctué 
btx* ! . . . 

•• T 

Quant aux fautes de ponctuation, il faut renoncer à les noter. Il y 
en a cependant une qu'il faut signaler, car elle parait bien voulue. 
Tous les mots terminés en *w sont ponctués par l'auteur *vr. Or tout 
le monde sait que Falef n'est ici qu'une simple mater lectionis. 

M. F. n'attachait probablement pas beaucoup d'importance à ces 
détails futiles ; il se réservait pour les grandes dissertations qui 
terminent son ouvrage et qu'on ne s'attendait guère à y trouver. 
Celle qui roule sur le tétragramme est un pur chef-d'œuvre. Pour 
M. F., le vrai nom de Dieu chez les Hébreux était PP. Comme M. F. 
est d'accord avec le poète ancien que : Primos in orbe Deos fecit 
timor, pp doit renfermer l'idée de crainte, (le raisonnement est assez 
joli). Ce mot, en effet, vient de !"ïb^ « mente turbatus, impotens metu »; 
le lamed supprimé est remplacé par le daguesch dans le h (un da- 
guesch dans un hê, risum teneatis. . .). De ÏT\ viennent tout natu- 
rellement ^xd = tr\ *7«5, tribut = *fr bN, mï"p == srnh *rf. 

Après cela il faut tirer l'échelle. 

Israël Lévi. 



BIBLIOGRAPHIE 311 



«Jnbclschrift zum neunzigsten Geburtstag des D r L. Zunz, heraus- 
gegeben durch das Curatorium der Zunz-Stiftung, Berlin, 1884. 



Le beau volume dédié au grand-maître de la littérature rabbi- 
nique, M. Zunz, à l'occasion de son quatre-vingt-dixième anniver- 
saire, se compose d'articles variés écrits par différents savants et 
dont. nous allons donner une analyse succinte, par ordre de ma- 
tières. 

Commençons par la Bible. M. D. Rosin fournit des notes explica- 
tives sur quelques passages bibliques difficiles. L'exégèse de M. Ro- 
sin est plutôt celle des commentateurs du moyen âge, se permet- 
tant tout au plus un déplacement de mots dans les versets difficiles 
à comprendre, sans admettre des corrections au texte massorétique. 
Aussi, d'après notre opinion, M. R... n'a pas fait beaucoup avancer 
l'exégèse. Dans le passage de Job, xxn, 2, la racine "po est telle- 
ment torturée, en invoquant même l'aide du dictionnaire étymo- 
logique de Diez, que cette méthode nous rappelle les spirituels 
Murim de Herz Wessely, de Euchel, etc. Traduire le passage de Job, 
xxni, '13, ia:riDi i?2T in&o anm par « s'il (Dieu) est contre quelqu'un, 
qui le retiendra », est contre l'idiome hébreu ; il est évident que ^iriNS 
est la corruption d'un verbe qui devait faire le parallélisme de MrriN. 
D'un autre côté, le mot ns dans le sens de « ténèbres », dans le 
verset de Job, xxv, 14, est très acceptable; en effet, dans la Misch- 
nah mN est employé dans le sens de « soir », ce qui a déjà été re- 
marqué par Ibn Djannah. M. Rosin a encore raison de traduire le 
mot !nD2 de Job, xxvi, 9, par « lune », au lieu de trône. 

L'article de M. Marco Mortara, intitulé « La Genesi e la Scienza, 
Note sull' origine sull' età dell' nomo », est plutôt une prédication 
qu'un article scientifique. Pour réfuter Darwin, il faut d'autres ar- 
guments que les sentences éthiques de la Mischnah d'Abot; les sen- 
tences sont belles et pleines de moralité, mais elles ne sont pas faites 
pour renverser Darwin. 

Les travaux concernant la littérature talmudique contenus dans 
le volume sont tous les quatre remplis d'intérêt. Je crois que 
M. Gùdemann a bien développé sa thèse que R. Aqiba s'est occupé 
de classer l'Aggada, comme il l'a fait pour la Halakha. Quant à la 
supposition que les rédacteurs de l'Ancien-Testament aient sup- 
primé les légendes populaires pour pouvoir arriver plus vite au 
monothéisme, elle n'est nullement prouvée. — L'article de M. Brùll 
sur l'origine de la Tosefta renferme beaucoup d'érudition, et les notes 
abondent en conjectures nouvelles. Selon l'auteur, la Tosefta n'est 
pas un complément de la Mischnah (je crois que cette idée est aban- 
donnée généralement), mais elle s'est formée par des additions suc- 



312 REVUE DES ETUDES JUIVES 

cessives à une ancieanc Mischnah, de même qu'il y a eu des additions 
pour la halakhah dans les temps postérieurs à la Mischnah. Que R. 
Néhémiah ait pu être le compilateur de la Tosefta, cela est possible, 
mais nous ne voyons pas que cela soit suffisamment prouvé par le 
passage du Talmud où R. Néhémiah est appelé Nahorai, ce qui signi- 
fierait « celui qui éclaircit par la Halakhah ». R. Méir, ainsi que 
Eléazar fils d'Arach, portaient d'après le Talmud la même épi- 
thète. Il faut se garder de vouloir toujours voir dans chaque expres- 
sion du Talmud une intention historique.— M. Schorr, le vétéran de 
la critique talmudique, est toujours jeune avec ses soixante-dix ans. 
Son article en hébreu sur les mbiia rfDbfï, mpios et maiatp qu'on 
attribue tantôt à Yehoudai Gaon, tantôt à Siméon de fcrp"9 (Kayyâr 
en Mésopotamie ?) reprend l'ancienne discussion sur ce sujet inté- 
ressant en s'appuyant sur la publication des Halakhot tirées d'un 
ms. du Mahazor dit de Vitry (compilation de Simhah de Vitry) par 
M. Ghaim M. Horowitz. Si M. Schorr avait connu notre article sur 
les n&n msbîr, attribués à Yehoudai Gaon [Israël. Letterlode^ année 
IV, p. 55, pass.), il serait peut-être arrivé à un résultat plus précis. 
Nous avouons quil est difficile de se procurer à Brody toutes les 
nouvelles publications et surtout tous les périodiques qui traitent 
de la littérature juive (il y en a trop, et on en veut encore augmenter 
le nombre); acceptons donc l'article de M. Schorr tel qu'il est, nous y 
trouverons en tout cas les documents concernant les Halakhot Ge- 
dolot dans leur ensemble. — M. J. Derenbourg nous donne un spé- 
cimen du commentaire arabe sur la Mischnah de Maïmonide, avec la 
traduction hébraïque corrigée d'après l'original. Le spécimen con- 
tient le premier chapitre de Kélim. Dans l'introduction, M. D... 
donne, pour d'autres traités de la Mischnah, des passages de la tra- 
duction hébraïque par lesquels on voit clairement combien les 
traducteurs ont mal compris l'original. Il serait donc désirable que 
l'original arabe, dont on possède maintenant des mss. dans toutes les 
bibliothèques, voie la lumière en même temps que la traduction hé- 
braïque corrigée qu'on y joindrait pour ceux qui ne savent pas 
l'arabe. Combien de questions de casuistique disparaîtront et ne 
seront plus écrites de nouveau en Pologne et en Orient, quand l'ori- 
ginal sera à la disposition des rabbins! M. D... prépare le Séder 
Tohorot et, malgré son âge avancé, avec la vigueur et l'énergie qu'il 
déploie, nous ne doutons pas qu'il vienne à bout de ce travail; il 
se prêterait aussi à rédiger les autres cinq Sedarim avec des collabo- 
rateurs plus jeunes. Ceux-ci se trouveront également, mais ce qui 
manque, c'est un mécène pour donner les moyens matériels pour 
cette publication importante. Espérons « qu'Israël ne sera pas encore 
veuf ». L'édition présentera d'autres difficultés. M. D..., par exemple, 
à la fin du chapitre, corrige un passage inexplicable; mais quand il 
verra qu'un ms. d'Oxford qui a été collationné avec l'original porte, 
en effet, le passage corrompu, il faudra t bien l'accepter avec ses 
fautes, à moins de dire que Maïmonide n'a pas revu ce qu'il avait 



BIBLIOGRAPHIE 313 

écrit. Ses lecteurs ou élèves n'auraient-ils pas attiré son attention 
sur de tels passages obscurs ? Maïmonide cite dans son commen- 
taire sur la Mischnah des passages talmudiques qu'on ne trouve pas 
dans nos exemplaires, il fait de même pour la Midrasch dans son 
« Guide des Egarés ». On croirait qu'il cite de mémoire, mais il n'en 
est pas ainsi. Par exemple, le passage ^ fcnïi Nïïtf "DIT ïTO IfcJQi 
twinabi wûb aira ïi^n ■"îfccab sip ^narN (p. 7) ne se trouve 
pas textuellement dans le Talmud de Babylone, traité Niddah (la 
substance y est fol. 55) comme M. D... l'a bien fait observer dans une 
note, mais nous avons trouvé le passage textuellement dans un ms. 
du Midrasch haggadol du Yémen, compilé par Saadyah Themani, 
à la section PTWn. Le même Midrasch a aussi les passages cités dans 
le « Guide ». Pourquoi ce Midrasch, dont on possède des mss. à Ox- 
ford, à Londres, et dans la bibliothèque de M. le baron David de 
Gùnzburg, ne serait-il pas publié par la nouvelle sociéVté des Mekitsé 
Nirdamim? Un jeune talmudiste, M. Schechter, qui vient d'achever 
son ms. d'Aboth de R. Nathan, d'après les deux rédactions, avec des 
notes et des renvois, serait prêt à entreprendre l'édition de ce 
Midrasch important avec des notes et des renvois. 

Le département de la poésie et de la liturgie (à ce dernier le 
grand-maître a consacré presque la moitié de sa vie), est représenté 
par MM. Eger etFrankl. Le premier donne un meilleur texte de deux 
poèmes du fameux Salomon ben Gabirol; le dernier publie des pièces 
liturgiques d'Eléazar Kalir inconnues jusqu'à ce jour. 

M. Steinschneider nous donne un aperçu de la métaphysique 
d'Aristote d'après des traductions ou commentaires juifs du moyen 
âge. Ce travail est en même temps l'histoire littéraire de ces com- 
mentaires et contient un vocabulaire pour des termes de philosophie 
employés en hébreu. Il représente une petite partie d'un grand ou- 
vrage dont M. St... s'occupe depuis trente ans. 

Nous sommes heureux de faire remarquer que non seulement le 
volume dédié à M. Zunz a un caractère international, mais qu'il est 
aussi interconfessionnel. L'Allemagne, la France, l'Angleterre, l'Au- 
triche-IIongrie, l'Italie et la Russie y ont contribué, et M. l'abbé 
chevalier P. Perreau, l'aimable bibliothécaire de Parme, représente 
avec M. Mortara, non-seulement l'Italie, mais aussi la chrétienté. Il 
a choisi un ouvrage théologique assez intéressant, le traité sur le Pa- 
radis de Hayyim Israeli, qu'il publie d'après les mss. de Parme et 
d'Oxford. Il en existe encore un troisième ms. dans la bibliothèque 
de M. le baron de Gùnzburg, cet exemplaire n'a pas été mis à contri- 
bution par M. Perreau. 

M. Jellinek donne une continuation de ses intéressantes bro- 
chures de bibliographie (ù"Ona5lp); c'est la bibliographie des prédi- 
cations hébraïques ayant pour but de célébrer la mémoire des morts 
(IDDft). Le travail est divisé en trois colonnes contenant : 1° les noms 
des défunts par ordre alphabétique et la date de leur mort; 2° les 
noms des prédicateurs et la date de leurs prédications ; 3° les titres 



314 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

des ouvrages dans lesquels ces prédications se trouvent. A la fin, 
M. J... donne encore une table alphabétique des noms des prédi- 
cateurs ainsi que des titres des ouvrages cités. On voit combien 
l'arrangement est pratique et commode. M. J... prépare, par ces 
brochures bibliographiques, une véritable table des matières de la 
littérature hébraïque du moyen âge, et on n'aura qu'à compléter 
cette table au fur et à mesure que les catalogues des différentes bi- 
bliothèques paraîtront. 

Nous avons réservé pour la fin les articles qui ont trait aux rab- 
bins et savants français (provençaux) du moyen âge. Il y en a quatre 
renfermant différents sujets. En premier Heu M. D. Gassel donne une 
biographie complète d'Abraham, fils de Nathan ha-yarhi (de Lunel), 
l'auteur du Manhig. Est-il possible qu'à Berlin on ne connaisse pas 
V Histoire littéraire de la France? Autrement M. G... aurait pu con- 
naître l'existence du mSFtoîSïl et du MftbttirTi-i'o, non par des citations, 
mais par des mss. de ces ouvrages existant dans des bibliothèques. 
M. C... a commis la même négligence pour d'autres ouvrages dans 
son livre sur la littérature juive qui a paru en 1879. Il a bien fait de 
se méfier du passage de l'édition du Manhig où il est dit qu'Abraham 
se rendit très jeune à Tolède ; le ms. d'Oxford porte, en effet, ifeia 
b^ibn *tnr\ « dans ma jeunesse à Lunel » et non pas inb^blttà. 
— M. Kaufmann a fait, d'après le ms. unique d'Oxford, une édition 
avec renvois à la Bible et au Talmud. des lettres d'En Duran (Siméon 
fils de Joseph) de Lunel, adressées à Don Vidal (Menahem Meiri) à 
Perpignan. Une analyse de ces lettres se trouve dans les Rabbins 
français [Hist. litt. de la France, t. XXVII). Dans les notes de ''avant- 
propos, M. K... éclaircit des points restés douteux dans YBistoire 
littéraire. Le mot p^T se rapporte, en effet, au ntobto d'Abba Mari. 
M. K... a peut-être raison de dire que Samuel Sulami et Samuel 
Saqail (Escala) sont deux personnes différentes. — M. le baron David 
de Gunzburg publie un traité sur la peste, d'Isaac, fils de Todros d'A- 
vignon, élève d'Immanuel fils de Jacob de Tarascon, écrit en 5133 == 
1373 ; cette édition est faite d'après un ms. de sa bibliothèque. La 
description des traités différents que ce ms. renferme n'est pas sans 
importance pour l'histoire de la médeciue parmi les Juifs au moyen 
âge. L'édition ainsi que la préface (en hébreu) sont faites avec soin. 
Nous croyons cependant qu'il faut lire (p. 92 3) OTjfcôa au lieu de 
Doubla et peut-être inaba* bm au lieu de îijba. Le nom du copiste 
du n° 12 (p. 96) semble être Mordecai fils de Salomon Heilpern ("p^bM 
au lieu de iTDbfc; abî est probablement l'eulogie fEtf Mb^iab W-Oî); 
à Forli fiVnBa tis au lieu ^bmss na ; de même au n° 25, p. 97). 
Pourquoi M. de G... a-t-il transcrit en français des noms techniques 
de médecine qui se trouvent en caractères hébreux dans l'ouvrage 
d'Isaac, puisque cet auteur est un provençal? — Le quatrième traité 
est une défense du beau sexe, par Yedaiah de Béziers, contre le 
traité de Juda fils Sabbethai, qui attaque les femmes ; il est tiré 
par nous d'un ms. unique à Oxford. Yedaiah le dédie à ses amis 



BIBLIOGRAPHIE 315 

Méir et Juda, fils de don Salomon dels infanz à Arles. La publication 
ayant été un peu hâtée, des erreurs sont restées dans l'imprimé. 
L'ouvrage est écrit en prose cadencée et le sens en est quelquefois 
difficile à deviner. Nous donnerons des corrections que des amis 
nous ont signalées, nous les publierons dans un autre article que 
nous nous proposons d'écrire sur la littérature hébraïque relative 
aux attaques et aux défenses du beau sexe. Yedaiah a composé ce 
traité à l'âge de dix-huit ans, après avoir écrit, une année aupara- 
vant, un traité d'éthique. Ces publications seront mises à contribu- 
tion dans la continuation de Y Histoire des rabbins de France au 
xiv e siècle, qui, nous l'espérons, trouvera sa place dans un des pro- 
chains volumes de Y Histoire littéraire de la France. 

N'oublions pas d'exprimer nos remerciements au comité de la 
fondation Zunz, et surtout à l'infatigable M. le D r Neumann, pour 
avoir stimulé par leur zèle cette intéressante publication ; nous de- 
vons aussi exprimer notre reconnaissance à MM. Steinschneider et 
Frankl, qui se sont occupés de l'arrangement de volume et de la 
revision des épreuves. M. Steinschneider a en outre ajouté des notes 
utiles à plusieurs de ces traités. 

A. N. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 



Tome IX, p. 152. — Péreç, l'auteur du Maqré Dardaqé, n'est autre que 
Péreç Trévot, probablement le premier de la famille célèbre des Trévot, 
sur laquelle nous reviendrons prochainement. Un ms. d'Oxford (Canon, 
or. 24 ; n° 1137 de notre Catalogue) qui renferme un livre de prières selon 
le rite catalan porte les mots suivants (fol. 142) : liltfbap ^nsn^ln -fl3N !"D 

yna .ipm ^-rpm N-fj-nn aman \m an^ï opwift rma nb* wi 
niabi rtsiNrt niab na^ "la^b , ">puj ^pin «rap ^ma^n -ma» aia^a 

ÏTpU353!n. Péreç Trévot se donne ici comme Français et Catalan et fait allu- 
sion à son exil et à sa misère ; il nomme enfin son Maqré Dardaqé. Le ms. 
de Paris, n° 18, montre facilement que Péreç vivait après l'année 1395, car 
Menahem, fils de Péreç Trévot, acheva ce ms. le 5 ab 5272 = 1512 à 
Goberno (? "3 , "D*13 ou C31^15) dans la maison de Joseph, Moïse et Samuel, 
tous trois fils d'Isaac Gallico. Or ce Menahem, comme on l'a vu [Revue, 
t. IX, p. 153, note) était l'arrière petit-fils de notre Péreç. — P. 153, 1. 3, 
lire Moreira, au lieu de Morenu. — Ibid., 1.9. Nous ajouterons encore un 
document tiré du ms. 315 de la bibliothèque de M. le baron de Gùnzburg, 
dans lequel il est question de l'expulsion des Juifs de Fiance en l'année 
5155 = 1395, année à laquelle Péreç Trévot fait allusion dans son Maqré 
Dardaqé. Ce ms. contient des pièces diverses, entre autres la note chrono- 
logique suivante : VV"® t|b« ...y'nb a'a'-n a">aba 'n rv® am 
rwnnb ï"i S]bN .ijabiDTP Yiftbn nttvifib aYp t|b« .ïisiûttfi rftnmb 
6|bN . a^vrari rûiEN 'ppriTO pffiWnp mabfcb B'E'n t\bn , ^baa Tittbn 
. a^aintt rrpbb «Yp'nn . mmb» 'a ^nmz rrra rb'raab tfs'i 
ï'a'p .a^ain» nmfcb M's'nn .ia ■pfcKîra d^bôW^toTS^n nvab a's'nn 
mbab îV'a ."néon rra baTiai mbab 'b .nanïîa htinv* "a mbab 
ïwnaaibb iba tDn^pn a-r nbwi -ibs ùïî73 B|mi , ibattncmab tr^naorr 
...'!-5 &on .ûyin msiN nrr>bi narp-ïiab anvn 
^b^i iïtdwi iJro Voi tpbb» 'rt rotûa i-pn nanst» bi-nn or-ian 
. *"ab trara b"pT a^abN 'M ttmft ïfip'WiBîa nbinaïi imraïi . p"sb 
.p"ab a» «îrnjny la y&b a'fc'p a^aba 'n ttrrti wmen inwtt 
• p's'b aam i» a^b^N ia^o K'a'p a^ab» 'n nsta tîi ï-HÎfcnbûpE nviwsi 
aana un:n un a !tba 'jtra ii'5'p a^aba !n rfttt frrt na-im "WDM »twi 

...y^N" 1 'il. « Année 5282 de la création du monde = 1522. Il y a 
1333 ans depuis l'achèvement de la Mischnah, 1153 ans depuis l'achève- 
ment du Talmud de Jérusalem ; 1017 depuis l'achèvement du Talmud de 
Babylone ; 1229 depuis l'empereur Constantin, qui introduisit la religion 
chrétienne ; 1229 depuis la croyance au dualisme ; 951 depuis la naissance 
de Mahomet ; 899 depuis l'introduction de l'Islam ; 889 depuis la mort de 
Mahomet ; 127 depuis l'expulsion de France (1395) ; 30 ans depuis l'expul- 
sion d'Espagne ; 25 depuis l'expulsion de Portugal. Ils furent aussi chassés 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 317 

de ce pays, une minorité des expulsés se rendirent en Lombardie, et les 
autres en Turquie et dans d'autres pays chrétiens. Que Dieu. . . Le grand 
exil de France eut lieu en Tannée 5066 = 1306 ; la grande calamité de 
Perpignan en 5130 = 1370 ; celle de Paris en 5141 = 1371 ; les grandes 
persécutions en Catalogne eurent lieu en 5151 = 1391 ; la seconde expul- 
sion de France en 5155 = 1395. Que Dieu fortifie ! . . . » La seconde pièce, 
à en juger d'après les mots mnémotechniques pour les dates qui y sont 
employés, est probablement tirée de l'ouvrage nitittîn "p-ÛT, « Annales 
des persécutions », de Profet Lévi (Ephodi) de Perpignan (Voir Graetz, 
Geschichte der Juden, t. VIII, p. 4QQ pdss. Nous profitons de l'occasion pour 
constater, d'après une communication de notre ami M. Halberstam, que 
l'élégie de Profet, mentionnée par nous, t. IX, p. 117, note 2, se trouve 
imprimée dans l'appendice de l'édition de la grammaire d'Ephodi). Bona- 
foux Bonfils Astruc de Perpignan (voir Revue, t. V, p. 41) fait peut-être 
allusion à la persécution de Perpignan de Tannée 1391. — Ibid., p. 154. 
Voici un document relatif au cardinal iEgidius dont parle M. Perles, p. 200. 
Le ms. du Musée britannique, Hari. 5704, qui renferme une espèce de 
Midrasch Yalqut sur les 12 prophètes porte, à la page 199 a, la suscription 

suivante : nbwû i^mai izm» ma? -nn ^ott unpn rûab» ûbram 
tpft^m ib:n n-ns? ^mb t^Trabrin pp -ni b$ imw tbd V\hwi2 inxi 
TPBB&tti i^rma nbrc»» nnn nuia ibima wa ns attTfcbn mra»i 
wm na wr« iibwtt ba im» vorûi ï-i7û-in ■wrira *uûn ii^ "n wsrfy 
nion "naa rainbb ïirwnn jn® "naan b* psnti n^a b™n psrs 
^■wiaa 1125 nn bv bb"û inrm mbisbi !nb yp "p« rwaa nb^Eï-n 
lawai vwn ib in-i iab nwn ittsfi ba iwn irnaiïrp ™m pnh 'M 

Ï»n ncaab j-û^ banian ïrnïr siûin 

îTv^b -iuî^ ïi*mfcn m«53 ton qb^ ûaimiinbn p"sb 

Suit la traduction latine de cette inscription. — Ad. Neubauer. 



LISTE DES I01UUI MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 

DEPUIS LE 1 er JUILLET 4 884. 



Basch, rue Rodier, 62. 

Breux, maître de conférences à l'École des Langues orientales, rue 

du 29 juillet, 3. 
Heymann (Alfred), avenue de l'Opéra, 20. 
Ledrain, professeur à l'Ecole du Louvre, rue du Bac, 122. 
Léon (Xavier), boulevard Hausmann, 127. 
Lévy (Sylvain), agrégé des lettres, rue Simon-le-Franc, 17. 



PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DU CONSEIL 

ET DE L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE 



SÉANCE DU CONSEIL DU 29 OCTOBRE 1884. 

Présidence de M. Joseph Derenbourg. 

Le Conseil vote l'impression d'un calendrier perpétuel pour la concordance des 
dates chrétiennes et juives, composé par M. Isidore Loeb. Cet ouvrage sera envoyé 
aux Membres de la Société. Il décide en même temps que, vu cette publication, 
l'Annuaire de 1885 ne contiendra que les conférences de l'année et les allocutions 
et rapports de l'Assemblée générale. 

Le Conseil décide qu'il demandera à M. le grand rabbin Zadoc Kabn de faire une 
conférence le jour de l'Assemblée générale. 

Il remercie M. Derenbourg, président, de s'être fait l'interprète de ses félicitations 
à l'occasion du 90 e anniversaire du docteur Zunz à Berlin. 

M. Halévy a la parole pour une communication sur la légende de Barthalmion. 

M. Israël Lévi lui répond. 



SÉANCE DU CONSEIL DU. 27 NOVEMBRE 1884. 

Présidence de M. Joseph Derenbourg. 

L'ordre du jour appelle la fixation de la date de l'Assemblée générale. Le Conseil 
décide qu'elle aura lieu le 20 décembre. 

Le Conseil fixe l'ordre du jour de cette Assemblée. 

M. Schwab communique une note de M. Ernest Havet sur la question de l'origine 
du repos du dimanche. 

SÉANCE DE L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 20 DÉCEMBRE. 

Présidence de M. J. Derenbourg, président. 

M. le Président prononce une allocution. 

M. Erlanger, trésorier, lit un rapport sur l'état financier de la Société pendant 
l'exercice 1883-1884 qui embrasse dix-huit mois. Cet exercice se balance exactement 
sans qu'il ait été touché aux intérêts du capital de fondation. 

M. Th. Reinach, secrétaire, lit un rapport sur les publications de la Société 
pendant l'année 1883 84. 

M. le grand rabbin Zadoc Kahn fait une conférence sur Maïmonide. 

Il est procédé ensuite à l'élection de neuf membres du Conseil. Sont élus à 
l'unanimité : MM. Albekt-Lévy, Astrug, Derenbourg (Hartwig), Ephraim, 
Erlanger, Kahn (Zadoc), Isidor, Straus, Vernes, membres sortants. 

M. Joseph Derenbourg- -est réélu* i» l'unanimité, président de la Société pour 
l'année 1885. 

Les Secrétaires^ Ab. Cahen et Th. Reinach 



Le gérant responsable, 

Israël Lévi. 



TABLE DES MATIÈRES 



ARTICLES DE FOND. 

Dejob (Gh.). Documents sur les Juifs des États pontificaux 77 

Halévy (Joseph). I. Découvertes épigraphiques en Arabie 1 

II. Recherches bibliques : Le tétragramme 161 

Loeb (Isidore). I. Deux livres de commerce du commencement 

du xiv e siècle (suite et fin) 21 , î 87 

II. Un convoi d'exilés d'Espagne à Marseille en 1492. . . 66 
Maulde (R. de). Les Juifs dans les États français du Pape au 

moyen âge [suite) 92 

Neubauer (Ad.). Documents inédits (suite) « 51, 214 

Ouverleaux (Emile). Notes et documents sur les Juifs de Bel- 
gique sous l'ancien régime (suite et fin) 264 

Prudhomme. Notes et documents sur les Juifs du Dauphiné. . . 231 



NOTES ET MÉLANGES. 

Derenbourg (J.). Légende et Haggada 301 

Lambert (Mayer). fi*b»btf et iblb» 290 

Neubauer (Ad.) . I. R. Mattitya Ha-Yiçhari 116 

II. Tmb et wvmoip 119 

III. Les Juifs de Southwark 120 

Schwab (M.) . Une élégie sur Joseph Garo 304 



BIBLIOGRAPHIE. 

A. N. I. Geschichte des Erziehungswesen und der Gultur des 
abenlàndischen Juden wâhrend des Mittelalters, II e 

vol., par M. Gùdemann 1 44 

IL Beitrâge zur Geschichte der hebrâischen u. aramâi- 
schen Studien, par J. Perles......... . 152 



320 REVUE DES ETUDES JUIVES 

III. Jubelschrift zum neunzigsten Geburtstag des D 1 

L. Zunz 311 

Duval (Rubens). Grammatik des Biblisch-aramâischen, par 

E. Kautzsch 138 

Lévi (Israël). Talmudische Ghrestomathie , par Bernard Fi- 
scher 308 

Loeb (Isidore). I. Revue bibliographique, 3 e trimestre 1884 122 

IL Histoire des Israélites depuis leur dispersion, par 
Théodore Reinach 306 



DIVERS. 

Additions et rectifications 1 59, 316 

Chronique et notes diverses 1 55 

Liste des nouveaux membres de la Société des Études juives 

depuis le 1 or juillet 1884 160, 317 

Procès-verbaux des séances du Conseil et de l'Assemblée géné- 
rale 318 

Table des matières 319 



FIN. 



VERSAILLES, IMPRIMERIE CERF ET FILS, RUE DUPLESSIS, 59. 




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